Le Juif et la Noire au XVIIIème  siècle 

En 1787, la Société Royale des Sciences et des Arts de la ville fit preuve d’audace ; passant outre l’interdiction de donner des thèmes religieux, elle proposa le sujet suivant : «  Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? »Le mémoire présenté par Grégoire est celui qui a retenu le plus l’attention du jury de Metz. Intitulé « essai sur la régénération physique morale et politique des Juifs ». Grégoire décrit l’état des juifs dans le passé et le présent. Il commence par une petite histoire du peuple juif depuis l’Antiquité et leur dispersion. Il énumère les calomnies médiévales dont ils ont été victimes ; les accusations de profanateurs d’hosties ou empoisonneurs de puits. Si les Juifs sont dans cet état de dégénérescence, c’est bien, explique-t-il, la faute aux chrétiens qui les ont maintenus ainsi avilis :  « J’aurai toujours une prédilection pour ce peuple, dépositaire des archives les plus antiques, des vérités les plus sublimes, les plus consolantes, qui, depuis 18 siècles, se traînant dans tous les coins de la terre pour y mendier des asiles, calomnié, chassé, persécuté, existe pourtant, dont l’histoire, écrite en caractères de sang, accuse la cruauté des nations et qui, dans les temps déterminés par l’éternel, doit consoler l’église de l’apostasie de la gentilité. » Cette inclination pour les Juifs se concrétise en action directe avec le concours de Metz. Soulignons que L’Abbé Grégoire est aussi le contemporain des Philosophes des Lumières.  Au 18ème siècle  disparaissent avec les Philosophes des lumières les clichés d’origine religieuse qui seront remplacés par des accusations d’ordre économique ou ethnique. On a souvent mis en cause Voltaire et son acharnement  à l’égard des Juifs, ses tirades pleine de fiel, parlant de ce peuple à la fois ignorant et barbare, mais concédant à la fin « qu’il ne faut pas les brûler ». Des considérations personnelles sont venues fausser le jugement de Voltaire. C’est ainsi que, lors de son séjour à Londres, il avait fait des placements d’argent malheureux chez un banquier juif qui a fait faillite. Mais, il faut le dire, Voltaire partait en guerre contre toutes les religions.Montesquieu évoque le problème des Juifs dans Les Lettres Persanes et dans l’Esprit des Lois. Il maintient contre les Juifs les accusations de peuple déchu, mais déplace la responsabilité de cet état de fait. Il l’impute aux Chrétiens qui par leur mépris et leur ostracisme deviennent les auteurs de cette déchéance. Montesquieu part en lutte ouverte contre l’intolérance  religieuse, source de tous les maux. Il l’exprime dans sa très humble remontrance aux « inquisiteurs d’Espagne et du Portugal » où il se place résolument en précurseur de l’esprit de tolérance religieuse qui fleurira tout au long du siècle.   En 1786-1787 paraît un roman anonyme La Négresse couronnée. L’auteur fait précéder son œuvre d’une Epître dédicatoire aux Nègres : « Messieurs ou Messeigneurs, l’héroïne qui fait le sujet de cet ouvrage était noire comme vous ; et parce que vous n’êtes pas blancs, il serait bien singulier  qu’on ne pût vous dédicacer un livre… En fait de mérite la couleur n’y fait rien.. J’entends la fatuité qui murmure, elle qui vous regarde comme des retailles de l’humanité ; mais que peuvent les plaintes de l’orgueil conte le langage de la raison ?… » Une Africaine, Byty, originaire de Berissa, sur les bords du Niger, voyage en Europe, puis retourne en Afrique, où elle épouse le roi de Tombut. A la mort de celui-ci, elle se proclame reine et réalise dans son pays les réformes souhaitées par les philosophes. Elle assure par des lois sages la prospérité de l’agriculture, du commerce et des manufactures. Le tableau ne manque pas d’esprit, il y règne un ton d’ironie légère, et la figure de cette reine philosophe n’est pas sans rappeler l’impératrice de Russie Catherine II. Il y a davantage de couleur locale dans la comédie de Radet et Barré, représentée à la comédie italienne en 1787,  La Négresse ou le pouvoir de la reconnaissance. Nous y trouvons le lieu commun du « bon sauvage ». Les Nègres d’une île située dans une contrée mal déterminée ont d’abord bien accueilli les Blancs qui avaient débarqué chez eux, des Anglais. Puis à la suite de leurs perfidies, il les ont chassés et ont décidé de faire de même avec tous ceux qui viendraient  par la suite. Arrivent  alors deux naufragés français, Dorval et Frontin, qui sont sauvés par deux négresses Zilia et sa sœur zoé. Dorval et Zilia s’aiment. Dorval père arrive avec un vaisseau et va emmener son fils. Quand ce dernier  raconte à son père la bonté avec  laquelle il a été traité par Zilia, il lui répond : « Ce que tu m’as dit de cette bonne Zilia me touche et m’intéresse vivement, mais ne me surprend pas, mon fils. J’ai vu tous les pays, parcouru tous les climats, connu tous les peuples ; partout les hommes sont les mêmes, partout on en voit de bons et de méchants, qui malheureusement  sont obligés de vivre ensemble. » Une autre consécration est donnée à ce thème  sur un ton pathétique par les  Chansons madécasses de Parny (1787). La Chanson IX rapporte les plaintes d’une jeune fille à sa mère qui va la vendre aux Blancs. « Prières infructueuses ! Elle fut vendue chargée de fers, conduite sur le vaisseau ; et elle quitta pour jamais la chère et douce patrie. » Ces pièces sont perdues au milieu de poèmes en prédominance érotiques, mais le ton voluptueux et harmonieux du recueil eut une influence importante sur la sensibilité de l’époque.