Le premier roman de Victor Hugo
Victor Hugo 30 mai 2007, 8:30
Bug-Jargal première version est présenté comme un « extrait d’un ouvrage inédit : Les contes sous la tente ». Mais dans cet ouvrage publié en 1818 il y a cependant plus qu’une simple nouvelle militaire ; les problèmes sociaux et humains de l’esclavage et de la ségrégation raciale y tiennent une place prépondérante .
D’ailleurs les problèmes de l’esclavage ont été déjà traités par Marivaux dans L’Ile des esclaves (1725), par Montesquieu dans L’Esprit des lois, par Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, par Rousseau dans le Contrat social et par tant d’autres. Il faudrait rechercher l’originalité du récit de Hugo, ailleurs que dans les thèmes. Peut-être la trouve-t-on dans la solution que l’auteur préconise pour résoudre les problèmes de l’esclavage et certaines questions d’ordre moral. Si l’on jette un regard rétrospectif sur l’histoire d’Haïti et dans une optique africaine, on s’aperçoit qu’il s’agit en somme d’une histoire d’Africains venus d’horizons divers apprenant progressivement à se connaître. On peut même dire dans ce cas que c’est pour la première fois qu’un écrivain occidental parle de l’Afrique non seulement à partir d’Haïti, mais de toutes les Caraïbes.
En concevant le personnage de Bug Jargal, Hugo a eu recours à l’antithèse, pour montrer l’absurdité de l’esclavage, esclave de sang royal, Bug-Jargal vaut mieux que son maître. L’auteur lui attribue des qualités exceptionnelles qui le mettent bien au dessus de ceux qui font de lui une marchandise. Bug Jargal se présente ainsi : « Ecoute, mon père était roi au pays de Kakongo. Il rendait la justice à ses sujets devant sa porte… Nous vivions heureux et puissants.
Des Européens vinrent ; ils nous vendirent ! »
Victor Hugo exploite ici un thème déjà connu, celui du valet dont les valeurs morales et intellectuelles dépassent de loin celles de son maître. Comment ne pas songer à cette phrase prononcée par le Figaro dans le barbier de Séville : «Aux vertus qu’on exige dans un domestique, votre excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valet» Cette idée chère à Hugo trouvera son illustration dans le personnage de Ruy Blas, ce laquais élevé au rang de premier ministre. En abordant la révolte des opprimés de Saint-Domingue en 1791, ses origines, ses causes et ses conséquences, le romancier n’avait pas l’intention de faire une oeuvre historique. Néanmoins, la deuxième version, si l’on excepte les éléments inventés, peut servir de livre d’histoire. Hugo y narre les faits selon leur ordre chronologique exactement comme les ont rapportés les historiens.
Elvire Maurouard
[Photo d'Elvire Maurouard par Alain HERMAN]
19 novembre 2006 à 10:56
Elvire Bonjour et félicitations pour ton blog.
Serais-tu intéresséeà écrire un article ou un texte ou juste un commentaire sur la part du rêve chez tes écrivains préférés, sans te détourner de ton sujet ?
Victor Hugo était sensible aux courants ésotériques de l’époque, (voir Philippe Muray « le 19e siècleà travers les âges »), et je sais que les uns et les autres se penchaient très sérieusement sur le sens de leurs rêves.
C’est bien entendu une suggestion !!! Et je le mettrais sur mon blg cela va de soi.
Bonne continuation
Louise-Frédérique
http://louisefrederique-s.net/blog
interprétation des rêves en direct
20 novembre 2006 à 4:23
Enfin un blog qui parle de » l’esthétique nègre »!
« Je suis noire et je suis belle » peut-on lire dans » Le Cantique des Cantiques ». Une assertion qui, dans la logique sémantique aboutità cette équation:
Je suis noire = je suis belle. Contre le fait on n’argumente pas.
N’étant jamais mieux servi que par soi-même, il revientà une femme noire, en l’occurence Elvire Maurouard de passer au crible de l’esprit critique les oeuvres des auteurs qui ont prônéà juste titre la beauté de sa race. C’est le cas de Victor Hugo, de Baudelaire et les autres.
Le choix de Rimbaud ne s’était-il pas porté sur Mariam une Abyssine avec laquelle il a vécuà Aden? (Cf. Jean-Jacques Lefrère in Rimbaud, portait d’Ottorino Rosa)
Bravo Elvire
Maggy De Coster, Journaliste, écrivain poète
8 avril 2009 à 9:31
Bravo Elvire pour ton blog et la pertinence de tes analyses! Parmi les oeuvres qui ont loué la beauté de la femme noire, il y a les carnets de voyage de Blaise Cendrars en Amérique du sud. Dans les années 20, il a voyagé par bâteau depuis la France jusqu’au Brésil, en passant par l’Afrique. Il décrit admirablement, en quelques pages, l’élégance et le port des femmes africaines entrevues lors d’une escale et l’émoi esthétique suscité. J’ai acheté, au salon du livre de Bélem une version bilingue ancienne dont je relis régulièrement des passages, notamment ceux consacrés à la beauté noire.
Encore bravo!