Les Beautés noires de Baudelaire
Placée sous le signe de l’exotisme, la femme noire hante l’œuvre de Baudelaire. La présence de ces beautés noires représente le trait saillant des mondes exotiques de l’Afrique et de l’Asie des Fleurs du Mal. Mais qui sont ces femmes noires ? Dorothée l’Africaine qualifiée par le poète d « idéal de la beauté noire », la Malabaraise, cette indienne au « corps doux », Jeanne Duval, femme noire née en Haïti dont Baudelaire était l’amant pendant vingt ans ? Toutes ces beautés noires correspondent à la soif de spiritualité ou de sensualité de l’auteur des Fleurs du Mal. Chaque poème est un tableau dont la scène richement tropicale se trouve embellie par la svelte volupté d’une femme indolente. A l’instar du tableau d’Edouard Manet représentant Jeanne Duval.
Avec Jeanne Duval[1], Les murmures de la forêt tropicale iront se réfugier dans les rêves que suscitent les parfums d’une chevelure bleue. La Malabaraise lorgnée naguère par un jeune voyageur timide aura préparé les voies à l’haïtienne transplantée en France.
Le poète voit surgir des visions de paradis tropicaux de navires en rade, de vastes tableaux marins, de formes gracieuses et séduisantes, de palmiers miroitants. Les autres sens y participent aussi: il entend les flots mugissants et savoure les caresses de la brise marine; il ressent la chaleur extrême des zones torrides; il flaire l’arôme des fleurs des îles. On trouve chez Baudelaire une certaine conception de la « beauté noire », distincte de la beauté blanche. Cette distinction semble solidement ancrée dans la pensée et l’esthétique baudelairiennes. On n’a qu’à se rappeler les remarques que Baudelaire fait en 1846, à propos de la grande Odalisque d’Ingres :
« Il y a dans le dessin de M. Ingres des recherches d’un goût particulier, des finesse extrêmes, dues peut-être à des moyens singuliers. Par exemple nous ne serions pas étonné qu’il se fût servi d’une négresse pour accuser plus vigoureusement dans l’odalisque certains développements et certaines sveltesses[2]. »
Henri Lemaître, commentant ce texte, ne tarde pas à nous rappeler que «la liaison de Baudelaire avec Jeanne Duval, mulâtresse comme on sait, remonte à 1842». D’après Henri Lemaître donc, le jugement que Baudelaire porte sur les « traits nègres » de l’Odalisque est fondé sur sa connaissance personnelle de la femme noire.
Elvire MAUROUARD
[1] Voir F. Porche, Baudelaire, pp. 109-118, Editions Flammarion, 1944.
[2] Cité par Henri Lemaître dans Baudelaire,Curiosités esthétiques, l’Art romantique, Paris, Classique Garnier, 1961, p. 94 ; note en bas de page.

16 mars 2007 à 12:53
bien le bonjour
c’est un tres beau travail sur la vision que pouvait avoir une certaine « intelligentia devoyée « qui pouvait « fréquenter » les noirs (es);
en quels nombres etaient-ils ,quelle était leur place à l’époque beaudelerienne ect etc .
Comme peintre ,j’ai toujours porté un regard sur les differentes visions ,ou perceptions du noir dans l’art europeen , mais je ne connait pas d’ ouvrage ou de peintre ,voir d’ecrivain noir ayant porté un regard sur le corps du noir
si cela existe faites moi signe s’il vous plait a l’adresse indiquée
la bataille n’est pas gagnée
ps on a pu recement dans lun film pasé sur arte « le roman de Matisse « voir cette fameuse noire posant pour le peintre (rencontre entre Aragon et Matisse