La doctrine professée au XVIIIème siècle par Swedenborg, Martines de Pasqually, Saint-Martin, Levater et Fabre d’Olivet informe au XIXème siècle une tendance importante de la littérature. Comme l’a souligné R. Jasinski, « le siècle des Lumières est aussi celui des illuminés ». Au XIXème siècle, ce mysticisme et le renouveau chrétien  qui l’accompagne redécouvrent l’Afrique. Ce que recherche l’illuminisme, c’est l’authenticité originelle, l’unicité des différentes formes de révélations. D’après les auteurs anciens les Noirs sont les inventeurs de la religion. C’est en Afrique qu’on a appris pour la première fois à honorer les dieux. L’Egypte tient d’ailleurs une grande place dans l’institution des écoles initiatiques, et l’image de l’Afrique est liée aux pratiques magiques. A lire la plupart des auteurs maçonniques, leur doctrine émanerait d’une révélation unique, antérieure à toute autre et conservée dans les sanctuaires d’Isis en Egypte.

 

            On sait  que Nerval a lu l’Orphée de Ballanche et l’histoire de son initiation isiaque. Les recherches récentes ont mis en lumière les rapports ininterrompus entre le paganisme et le Christianisme. Dans son effort de rénovation du paganisme mystique, Nerval s’est également intéressé à La theréicia de Quintus Aucler. Les descentes aux enfers dont il écrit les parcours sont un thème commun de l’initiation orphique, telle qu’elle était pratiquée dans les temples égyptiens. Nerval a également lu le Die Isis Vesper de l’Allemand Bottiger. C’est surtout en cherchant cette Isis que le poète a découvert sa propre déesse. L’Isis égyptienne tient la plupart de ses attributs de la divinité négro-africaine de la fécondité, du développement et de la croissance : elle est noire comme la terre noire, comme le limon de Kémit – l’Egypte-, la patrie de Cham.

 

            Le poète nous livre ces quelques lignes : « Je reportais ma pensée  à l’éternelle Isis, la mère et l’épouse sacrée, toutes mes prière se confondait dans ce nom magique ». Déjà Plutarque  décrivait ainsi la déesse : « Les vêtements d’Isis sont teints de toutes sortes de couleurs bigarrées parce que son pouvoir s’étend sur la matière qui reçoit toutes les formes et qui subit toutes les vicissitudes ; puisqu’elle est susceptible de devenir lumière, ténèbre, jour, nuit, feu, eau, vie, mort , commencement et fin. » Si, au début d’Aurélia, Nerval évoque le patronage de Swedenborg et de Dante, il n’oublie pas Apulée, le célèbre  conférencier africain, le premier initiateur de la littérature fantastique dans la  culture occidentale :

 

« Swedenborg appelait ces visions Memorabilia ; il les devait à la rêverie plus souvent qu’au sommeil ; L’Âne d’or d’Apulée, La Divine Comédie de Dante, sont les modèles poétiques de ces études de l’âme humaine. », Gérard de Nerval, Aurélia, Folio/Gallimard, 1972.

 

            La couleur noire est  celle de l’abîme, de la mort, en même temps le nigredo et  le creuset de la matière basse mais fertile dont tout doit naître. Cette symbolique exprime la nature double : l’Ouroboros, le serpent noir qui se mord la queue dessine un zéro, un cercle, la forme parfaite : « c’est de là que tout sort et ou tout rentre pour en sortir à nouveau ». Noir est le Tout, Nuit antérieure au Fiat lux de la genèse. Le noir est à la fois le vide et la substance universelle qui représente l’union.