Tamango de Prosper Mérimée : De l’esclavage à la révolte

Il est difficile de démêler la position personnelle de l’auteur dans cette brillante nouvelle. Dans Tamango, Mérimée s’en prend aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs et les renvoie dos à dos. Il se moque des négriers qui ont une parfaite bonne conscience tout en se comportant d’une façon odieuse envers les Noirs. Les négriers posent à priori que le nègre est non-conceptuel et un simple d’esprit. Mérimée présente Tamango comme un guignol, habillé de défroques européennes ridicules avec un air d’importance comique. « On remarquait entre les revers blancs de l’habit et son caleçon de toile de Guinée une bande considérable de peau noire qui ressemblait à une ceinture. » Tamango, esprit léger, brade son « bois d’ébène » pour de la pacotille tout en s’enivrant. Dans son ivresse, il va même jusqu’à céder la plus jolie de ses épouses. Finalement lui-même sera pris comme esclave. L’auteur montre les Noirs entichés de sciences occultes, rivés aux superstitions aux craintes irrationnelles et aux fétiches.
Mais dans la deuxième partie de l’ouvrage, le postulat change. Les Noirs, intelligents et logiques, mettent au point une stratégie rigoureuse en vue de recouvrer leur liberté par la révolte à bord du navire négrier. Mérimée décrit minutieusement ce plan qui consiste à limer les fers, à encercler les gardes sans qu’ils s’en rendent compte et à attendre le signal de l’attaque. « Ils avaient eu soin de limer leurs fers de manière qu’ils ne parussent pas coupés.. D’ailleurs, ils les faisaient si bien résonner, qu’à les entendre, on eût dit qu’ils en portaient un double poids. Après avoir humé l’air quelque temps, ils se prirent tous par la main et se mirent à danser pendant que Tamango entonnait le chant guerrier de sa famille, qu’il chantait autrefois avant d’aller au combat. »
En 1817, Louis XVIII a été obligé d’interdire formellement la traite et l’esclavage, même s’il est reconnu qu’il n’a rien fait pour que la loi soit appliquée. Ainsi l’attitude de Prosper Mérimée devant le problème noir est ambiguë. Son œuvre porte quelques éléments du mythe nègre, reflet de la vision du monde d’une époque.

Elvire Maurouard