Rencontre avec Thomas Vinau

Les 7 et 8 mars 2017, deux classes de Seconde, la Seconde 3 (avec Mme Domon) et la Seconde 6 (avec Mme Duhterian) ont rencontré Thomas Vinau après avoir travaillé autour du recueil Juste après la pluie de cet auteur.

Avec les élèves de Seconde 3, un échange a eu lieu autour de questions posées sur le roman et l’écriture en général, et certains élèves ont pu lire les textes qu’ils avaient écrits dans le cadre du travail préalable autour du recueil. Voici la retranscription de cette rencontre :

Quel a été son parcours ?

Les livres, il ne les a pas tellement rencontrés à l’école, mais plutôt dans sa famille (à 7 ans on lui a lu Le vieil homme et la mer de Hemingway). Il a passé trois fois le bac, et il s’est plutôt construit contre l’école, contre un professeur de 3e par exemple, qui l’avait humilié. Il a fait des études de sociologie et d’ethnologie, puis a fait des petits boulots (agricoles entre autres). Mais toute sa trajectoire professionnelle a constitué en des stratégies pour avoir le plus de temps possible pour lire, écrire et profiter de la vie.

Pendant dix ans, il n’a fait que lire et écrire de la poésie sans être publié. Il écrit depuis vingt-trois ans même s’il n’est publié que depuis dix ans.

Qu’est-ce qui l’a conduit à la poésie ?

Adolescent, il a écrit des poèmes romantiques et révoltés, sous l’influence de Baudelaire ou Rimbaud, mais le vrai déclencheur a été la rencontre de la poésie américaine, Buchowski ou Brautigan.

Pour lui, la poésie, l’écriture, c’est quoi ?

C’est voir les choses autrement pour les dire autrement, et les dire autrement pour les voir autrement.

Ecrire c’est trouver sa place dans le monde, se réconcilier avec les gens, la société. C’est un outil face à l’incompréhension et l’insatisfaction. La poésie a droit à tout, le trivial et la beauté.

Quels sont ses rituels d’écriture et ses sources d’inspiration ?

C’est un écrivain du matin, il a besoin d’être chez lui, en silence, face à la fenêtre. Il s’inspire de sa vie mais pour raconter autre chose, il s’inspire aussi des auteurs qui l’ont construit. Pour écrire, il a besoin d’un élan et de s’amuser, il écrit à l’instinct puis il retravaille, peu à peu, après avoir laissé reposer. Il élague et gomme aussi. Il cherche à ce que tout le monde puisse le lire ; ce qu’il aimerait c’est qu’on puisse « tomber » sur lui comme lui a pu « tomber » sur des livres qui l’ont construit. Il se définit comme un « doux récalcitrant ».

Pourquoi le titre du recueil Juste après la pluie ?

Il avait l’idée d’un gros recueil de petites choses, il a pensé à « un kilo de poésie », ou « un poème par jour », des poésies à usage quotidien. Il a pensé l’appeler Clopinettes d’éclats mais l’éditeur le lui a déconseillé puisque « Clopinettes » est la marque de cigarettes électroniques ! Juste après la pluie était le titre du dernier poème, il représente bien la couleur du recueil, l’importance des détails, la mélancolie, le fait de « se mouiller ».

Pourquoi avoir créé un blog ?

Quand il s’est installé à la campagne, le blog lui a permis de montrer ce qu’il faisait à un plus grand nombre, en plus c’est une sorte de gymnastique quotidienne, une discipline, comme des esquisses.

On a rencontré Chloé Delaume !

Mardi 12 avril 2016 après-midi, Chloé Delaume est venue au CDI rencontrer la Seconde 3. Nous avions lu des extraits de J’habite dans la télévision et deux pièces radiophoniques, Le retour de Charlie Orphan et Au commencement était l’adverbe. Elle a répondu à toutes nos questions et les élèves ont apprécié sa façon de parler, atypique et proche d’eux.

IMG-20160412-00823Sur son parcours d’écrivain et son caractère :

  • Elle a commencé très jeune à écrire pour s’occuper quand sa mère corrigeait des copies, pour elle c’était un jeu, comme de la pâte à modeler. Encore aujourd’hui elle pense que l’écriture est un peu comme de la plomberie !
  • Ensuite elle a publié dans les revues du lycée, elle ne pensait pas devenir écrivain au départ mais les choses se sont enchaînées assez facilement. Elle a été chroniqueuse pour jeux vidéos. Maintenant elle vit (pas forcément bien !) de ses livres, depuis 15 ans.
  • Elle fait aussi des “performances”, qui sont des lectures de textes avec du son, de la vidéo mais aussi des expériences particulières.
  • Elle vient de travailler durant 3 ans (et durant les 18 derniers mois de manière intensive – jusqu’à 18h par jour) à un roman qui va paraître en septembre, Les sorcières de la République. L’écriture a été tellement intense (elle a été jusqu’à réécrire 17 fois certains passages !) que pour l’instant, elle n’écrit pas de nouveau livre mais elle a l’idée d’une maison hantée qui mangerait les gens. Elle lit des livres dessus.
  • Elle écrit essentiellement la nuit et a besoin de bruit autour d’elle.
  • Ses auteurs préférés ; Artaud, Rimbaud, Racine. Elle aime la littérature qui marque et qui violente un peu son lecteur. Ses réalisateurs préférés : Rohmer, Allen, Ozon, Chabrol, Resnais, Cronenberg (Videodrome, ExistenZ, Chromosome 3)
  • Elle se juge plus lucide que pessimiste : la terre est surpeuplée, les difficultés de pollution et de nourriture pour tous sont indéniables, c’est un constat. Elle a été avant très politisée, aujourd’hui beaucoup moins.
  • Elle est fascinée par les cimetières, par ce qui se passe sous les tombes. A l’étranger, elle va d’abord au cimetière puis au supermarché, ce qui la renseigne tout de suite sur le rapport au monde, à la vie, à la mort, des gens. Elle a écrit un roman où elle se balade dans les cimetières et a des discussions avec  des morts (Dans ma maison sous terre). Le cimetière est lié pour elle à l’émotion, à l’apaisement. C’est un endroit familier et un des seuls endroits publics extérieurs où on a le silence.
  • Internet est quelque chose selon elle de formidable et très utile (si elle avait eu internet à la fac, sa vie aurait été plus facile, elle n’aurait pas eu besoin d’aller en bibliothèque tout le temps ! Elle aurait mis 45 secondes à trouver “Chloé” de Duke Ellington et pas un mois et demi !)
  • Le nom de Chloé Delaume vient d’un personnage de L’écume des jours de Boris Vian (Chloé) et d’un texte d’Antonin Artaud intitulé L’arve et L’aume. Il est né de la volonté de se séparer de son passé et des lourdes traces familiales et de devenir un personnage.

IMG-20160412-00825Sur les pièces radiophoniques :

Pour Charlie Orphan, qui était une commande de France Culture, elle s’est inspirée de la pièce de Pirandello Six personnages en quête d’auteur et sur ce que lui disaient des amis, comme quoi elle n’approfondissait pas ses personnages masculins qui étaient souvent grossiers et incultes.

Sur J’habite dans la télévision :

  • Elle a été marquée par les effets de la télé à haute dose : elle avait envie de chips alors qu’elle n’en mange pas d’habitude et était hantée par l’insécurité (c’était la période de campagne présidentielle de Sarkozy). En plus, elle finissait par ne plus citer ses sources et croire elle-même que ce que disait la télé était ce qu’elle pensait.
  • Après cette expérience, elle est partie à la campagne pendant un mois sans écran et après a arrêté pendant 2 ou 3 ans de regarder la télévision. Aujourd’hui elle a un rapport plus sain à la télé, qui l’entoure régulièrement. Elle pense important de savoir ce qui s’y passe pour comprendre le fonctionnement et l’évolution de notre société.

Sur son écriture :

  • La part de “vécu” dans son écriture ? 100% ! Les deuils, les émotions négatives, tout est matériau d’écriture. Le vécu subi est injecté dans la fiction et se transforme.
  • Si son écriture semble étrange c’est qu’elle souhaite lier fond et forme, elle veut abîmer l’écriture pour montrer le corps abîmé. Si les phrases sont hachées, sans ponctuation ou avec trop de ponctuation, c’est pour épouser le mouvement de la pensée, elle veut montrer le flux de la pensée en action, quand on pense, souvent, les phrases sont inachevées.
  • Son but est d’écrire pour faire bouger les gens, leur faire vivre une expérience dense qui les pousse à se remettre en question et d’atteindre un état différent après la lecture.
  • Utiliser les références littéraires dans son écriture c’est à la fois pour rendre hommage à la littérature, pour montrer qu’on travaille sur une langue vivante mais construite par des morts et pour transmettre des mots forts.

Des trois rencontres avec les auteurs 12 ont préféré celle avec  Ahmed Kalouaz, 11 celle avec Jo Witek et 10 celle avec Chloé Delaume.

Rencontre avec Jo Witek

Rencontre avec l’écrivain Jo Witek

Ce jeudi 7 avril 2016, la classe de Seconde 3 et son enseignante Mme Domon ont rencontré Jo Witek, écrivain pour la jeunesse venue à la médiathèque dans le cadre du Salon du Livre jeunesse d’Albi. Voici la retranscription de cette rencontre :

 

IMG-20160407-00809De quoi vous êtes-vous inspirée pour les romans Mauvaise connexion et Trop tôt?

Mauvaise connexion et Trop tôt sont des textes réalistes écrits dans une langue simple, courts pour toucher un large public et destinés à faire débat. Elle a rencontré des jeunes filles qui avaient vécu des choses similaires mais après seulement. Elle s’est inspiré de son propre vécu de femme et de son expérience de journaliste. Peu après avoir écrit Mauvaise connexion, elle a rencontré une jeune femme dans le train, en larmes parce qu’elle était harcelée sexuellement pour son premier poste. Discuter avec elle l’a aidée à porter plainte et ne plus être victime.

Pourquoi vos thématiques sont-elles souvent sombres ?

Jo Witek pense que le monde est sombre et la littérature parle du monde. Son point de vue est social et engagé, elle veut parler de ce qui la heurte et qui pourrait être amélioré.

Comment avez-vous eu connaissance du quotidien des aveugles pour écrire Rêves en noir ?

Elle a passé 15 jours dans un institut pour aveugles qui lui parlaient de leur quotidien et en échange elle leur a proposé des ateliers d’écriture. Ce fut une rencontre extraordinaire et le livre a été écrit en 5 semaines seulement après cette expérience ! De plus, le livre est sorti en librairie simultanément en version braille.

IMG-20160407-00811Que lisez-vous ?

De tout, beaucoup de livres de littérature contemporaine. Dernier coup de cœur en date, Amours de Léonor de Recondo, mais elle aime beaucoup les classiques russes, Tchekov, Dostoïevski et comme auteurs français, Stendhal, Flaubert, Duras.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Quand elle « part » pour un roman, elle y a pensé depuis longtemps, a pris des notes, y a réfléchi dans la voiture ou au supermarché. Quand elle commence à écrire, elle cale ses horaires d’écriture sur ceux des enfants : 9h-17h ! Elle aime entendre le bruit de la vie quand elle écrit. D’ailleurs autant elle peut écrire avec du bruit autour d’elle autant elle en est incapable avec de la musique car la musique, elle a besoin de l’écouter vraiment et de ne rien faire d’autre.

Vivez-vous de vos livres ?

Il faut savoir que 5 600 auteurs sur les 100 000 inscrits en tant qu’auteurs vivent de leur plume et que le salaire moyen est de 15 000 euros par an. L’écrivain doit donc avoir une énergie débordante car il est souvent amené à avoir plusieurs activités et vit parfois dans la précarité. Elle-même a été d’abord comédienne, puis a écrit des scénarios pour le cinéma, a été journaliste. Vers 32 ans elle a écrit 2 romans non publiés et depuis l’âge de 38 ans, elle écrit pour la jeunesse. Mais elle n’écrit pas sur commande, elle écrit toujours parce que cela lui semble nécessaire et urgent. Par exemple son dernier livre, Le Domaine, est différent de ce qu’elle a écrit jusque là, elle aime surprendre et ne pas forcément écrire ce que le lecteur attendrait. De même elle n’a pas envie d’écrire des séries à plusieurs tomes, elle préfère l’intensité des choses comme des romans.

Comment choisissez-vous les noms de vos personnages ?

Elle y accorde une importance mais pas excessive, pour le pseudo de Julie Nottini (choisi parce qu’il sonnait un peu italien) elle a choisi « Marilou » en référence à une chanson de Gainsbourg, pour le héros de Un hiver en enfer, Edward s’est imposé pour son côté « old school ». Mais il lui faut avoir le nom de son personnage pour continuer à écrire.

Rencontre avec Ahmed Kalouaz

Ce jeudi 1e octobre 2015, deux classes de Seconde, la Seconde 3 (avec Mme Domon) et la Seconde Pro MVA (avec Mme Woock) ont rencontré Ahmed Kalouaz après avoir travaillé autour du roman Avec tes mains de cet auteur au CDI, avec les documentalistes et Mme Duhtérian.

Avec les Seconde 3, un échange a eu lieu autour de questions posées sur le roman et l’écriture en général, et certains élèves ont pu lire les textes qu’ils avaient écrits dans le cadre du travail préalable autour du roman. Voici la retranscription de cette rencontre :

KalouazComment est né ce roman Avec tes mains, et pourquoi l’avoir construit en chapitres tous les 10 ans ?

Il était dans sa voiture et il pensait à son père. Il s’est alors rendu compte que la vie de son père avait souvent été marquée par le chiffre 2. Il s’est alors arrêté sur une aire d’autoroute et a marqué sur son carnet : « 1942, 52… voir ce qu’on peut faire avec ça. » Quand il a repris son carnet, il a commencé à écrire. Le roman s’est écrit en deux mois, entre le 21 novembre et le 21 janvier !

Quel a été l’avis de la famille ?

Il n’a contacté d’abord personne pour que les souvenirs qu’il raconte soient les siens. De plus, il n’a rien dévoilé sur la vie privée de ses frères et sœurs. Quant à sa mère, elle ne sait pas lire et ne pouvait donc pas accéder à son livre.

Kalouaz2Quel genre de père êtes-vous ? Votre vision de votre père a-t-elle évolué après le roman ?

Un père nourricier qui aime préparer de bons repas à ses enfants. La relation a été plus facile avec ses fils qu’entre lui et son père. Il a par exemple, beaucoup emmené ses fils voir des manifestations sportives ce qui les a aidés par la suite.

Depuis la fin de l’écriture d’Avec tes mains, depuis 2009, son père l’accompagne finalement partout en France ! C’est un sacré parcours depuis ce père analphabète jusqu’à son fils entré à Sciences Po…

Etes-vous retourné en Algérie comme vous le dites à la fin de votre livre ?

Il a souvent été sur le port de Marseille à imaginer prendre un bateau et puis… il ne l’a pas encore fait.

Que pensez-vous de la réaction antisémite de votre père dans votre livre ?

Avant, en Algérie, en Tunisie, au Maroc, il y avait des juifs, juifs et arabes partageaient la même cuisine, par exemple. La guerre des 6 jours a durci les choses et il y a eu, pour certains, un basculement contre les juifs, dont son père. Mais ce n’est pas héréditaire ! Dans un de ces derniers livres, un recueil de nouvelles nommé La chanson pour Sonny, il écrit contre toutes ces formes de racisme.

Avez-vous toujours eu envie d’écrire ? D’où vous vient la passion pour l’écriture ?

Il a commencé à écrire dès le CM2. Au collège, il publiait des poèmes dans une revue et les grands l’appelaient « le poète » et lui demandaient de leur écrire des poèmes pour leurs copines… Ecrire, pour lui, c’est ce qui permet de dire ce qui serait resté enfoui, sinon. C’est la force de l’écriture.

Mais écrire un livre, c’est toute une histoire. Par exemple, l’image sur la couverture, l’auteur a son mot à dire mais finalement, c’est l’éditeur qui choisit ! L’éditeur annote aussi énormément le manuscrit que l’auteur envoie.

Actuellement, il écrit un livre sur le harcèlement scolaire qui sortira en janvier. Si cela permet qu’on parle davantage de ce sujet, c’est bien !
Les élèves de Seconde 3 ont beaucoup apprécié cette rencontre, ils ont trouvé l’auteur proche d’eux, répondant simplement à leurs questions, ajoutant des anecdotes intéressantes, drôle et gentil. Cela a enrichi l’approche qu’ils avaient eu de l’œuvre de A. Kalouaz, l’a rendu plus vivante. Ils ont aimé partager leurs textes avec l’auteur, plusieurs ont été émus par ces lectures et ont pensé que cela avait contribué à mieux connaître les autres, à souder le groupe classe.

Les élèves de seconde Bac pro MVA ont été curieux de savoir  comment s’organisait une vie d’écrivain.

Kalouaz3Vous faites un brouillon? Comment faites-vous pour passer du brouillon à la version définitive ?

Ahmed Kalouaz a sorti de nombreux carnets sur lesquels, il prend des notes tout le temps. Il écrit ses pensées, des phrases qu’il ne veut pas oublier, des noms de lieux qui lui rappellent des souvenirs, il écrit pour ne rien perdre. Il y a avant la version définitive au moins 5 corrections, des aller-retours entre l’ éditeur et lui. Chacun fait des concessions. Il dit aussi que « faire » un livre, c’est aussi se documenter sur un sujet avant d’écrire une histoire. Par exemple, quand il a voulu parler des pénitenciers d’enfants qui existaient au début du siècle, il étudié les archives du pénitencier de Boussaroque au Cantal. Même chose pour son livre sur le harcèlement scolaire qui sortira bientôt. Il n’a pas besoin de se déplacer sur les lieux pour écrire dessus (ex Avec tes mains).

Pourquoi le titre Avec tes mains ?

Pour parler de son père, c’est l’image qui est lui est venue car son père était quelqu’un qui ne parlait pas beaucoup et qui travaillait avec ses mains, il n’avait pas le temps de participer à la vie de famille. Les seuls moments où Ahmed Kalouaz « communiquait » avec son père , c’était quand ils bricolaient ensemble. Ce titre, il y tient, son éditeur voulait le changer, il lui proposait « Evasion à deux », « Le père et le fiston », finalement l’éditeur a cédé

Qu’est-ce qui vous plait dans l’écriture ? Ecrire ça suffit pour vivre ?

Les rencontres, les petits-déjeuners à l’hôtel (!), c’est un plaisir pour lui, écrire n’est pas du tout une souffrance. Il a connu des situations bien pires (!). Il a quitté l’école en 5ème et a ramassé les poubelles à 16 ans, il a fait beaucoup de petits boulots, tout en écrivant pour lui, il ne pensait pas devenir écrivain et en vivre. Ce sont la vente de ses livres et ses interventions qui le font vivre. Personne ne l’a obligé à écrire, il en a toujours eu envie.

Il rajoute qu’il a toujours été sportif dans sa vie, c’est complémentaire à l’écriture. Il a pratiqué le foot, le rugby et a fait des marathons, ceux de Paris, Berlin, New York notamment.

Il dit qu’il en encore des idées pour 10 livres, il va sortir un livre de poésies en Mars 2016.

Ce fut une rencontre spontanée dans laquelle Ahmed Kalouaz a raconté beaucoup d’anecdotes et qui a sans doute donné envie aux élèves de continuer leur lecture.

Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis

dialogue d'un chienCompte rendu collectif de la classe de Seconde 3

Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis  est une pièce de théâtre écrite par Jean-Marie Piemme, mise en scène par Sébastien Bournac et jouée par  Régis Goudot et Ismaël Ruggiero ainsi que Sébastien Gisbert musicien percussionniste, que nous avons vue  le Jeudi 15 Janvier 2015, à Albi aux Cordeliers.

Quel est le sujet de cette pièce ?

C’est l’histoire d’un chien errant provoquant régulièrement des accidents pour, selon lui, réduire la pollution. Ce chien est drôle, très intelligent, il a toujours réponse à tout, il veut se donner un style et se montre provocateur.

Un jour, Prince, comme dit s’appeler le chien, fait la rencontre de Roger, un portier solitaire, assez pauvre puisqu’il vit dans une caravane, il est misanthrope et aigri. Le chien va essayer de se faire adopter par Roger, ce qui n’est pas chose facile, il va être d’abord rejeté, puis battu et à la fin le portier va même jusqu’à essayer de l’empoisonner.

Cependant, une chose va les rapprocher. Roger a peur d’une certaine femme en rouge, on apprendra aussi que le portier n’a pas vraiment perdu sa fille comme il le disait au début, mais que cette femme en rouge, une assistante sociale, la lui a retirée. Prince aidera donc Roger à récupérer sa fille et sera adopté par le portier, puis rebaptisé Yuki par la petite fille.

 

Dialogue d'un chien2

Que pensez-vous de la mise en scène ?

Jeu des acteurs :

Le jeu des acteurs était impressionnant : les gestes de Roger quand il bat le chien sont gigantesques, il montre, sans vraiment frapper, toute la puissance qu’il peut avoir quand il s’énerve. L’acteur jouant Roger prend une voix grave, il se déplace à demi courbé, jamais droit, il exagère ses paroles quand il s’emporte. Il est mal coiffé, ses cheveux partent dans tous les sens comme pour montrer qu’il n’a plus rien à faire de son apparence vu le lieu où il vit et les conditions de vie qu’il mène. Il a le visage fermé, les seules expressions qu’il exprime sont la peur et la colère à part à la fin où son visage s’illumine quand il découvre qu’en réalité le chien n’est pas mort, qu’il ne l’a pas tué.

Quant au chien, lui, adore la compagnie. Il est joué par un homme habillé simplement et qui met un masque de chien lorsqu’il évoque son passé ou lors de ses sorties. On s’attache facilement à lui car, malgré son tempérament provocateur, peu sympathique et le fait qu’il a réponse à tout (avec un langage familier), il est drôle mais surtout intelligent, se donne un style plutôt original et est très attaché à son maître. Il est souvent assis mais aime bien se mettre en valeur quand il parle.

Décor :

Pour ce qui est du décor, il était parfaitement bien choisi, on le définirait vétuste, un peu comme on pourrait définir Roger, vieux et détérioré par le temps qui passe. J’ai trouvé le décor très réaliste avec le mobilier de base qu’il y a dans une caravane, il y avait en haut  un logo lumineux sur lequel était écrit « Home » en bleu pour bien faire voir que c’était un lieu de vie. Un seul mobilier se trouvait sur scène mais il était doté de petites roues et pouvait être ainsi déplacé sur scène selon la fonction qu’on pouvait lui attribuer (canapé, fauteuil, porte-manteau,etc). La caravane du portier n’est rien d’autre qu’un canapé mobile où est suspendu un lustre et à côté un petit frigo. Sur le bord, des bidons en fer, des ressorts mais qui n’ont pas leur utilité habituelle. Au fond, sous le grand “HOME” lumineux, un échafaudage où se trouve le musicien de la pièce. D’ailleurs, ce dernier a un rôle important dans ce dialogue.

Musique :

La musique quant à elle a su étonner tout le public et pour cause! Les instruments étaient constitués de matériaux de récupération ou simplement de vieux objets en fer (vieille poubelle, casseroles, barres de fer, etc) Le musicien joue des morceaux avec des objets du quotidien mais en tire un son époustouflant et entraînant, qui prouve le grand talent de l’artiste.

Lumières :

L’éclairage était simple et avait pour fonction d’être éteint ou allumé lorsque les scènes changeaient.

Dialogue d'un chien3

Quelle scène vous a le plus frappé ?

Celle qui m’a le plus frappé est la scène où Roger pense avoir réussi à empoisonner le chien, il est d’abord heureux de s’être débarrassé du chien mais commence au bout de quelques minutes, il a des remords, et regrette fortement son geste. Il se met à crier « PRINCE ! » et à verser quelques larmes quand tout à coup le chien se réveille, très heureux de la farce qu’il vient de faire à Roger. Roger tente de cacher sa joie pour ne pas que le chien pense qu’il soit  faible mais fini par craquer et lui avouer qu’il l’aime.

La scène qui m’a le plus frappée, est celle où Roger frappe Prince à plusieurs reprises avec un drap. Dans la vie actuelle, on voit souvent les animaux maltraités, et je suis très touchée face à cela. Les animaux ne devraient pas être frappés ou rejetés, c’est choquant de voir de la violence sur scène au théâtre, c’est parce que cela montre aussi la nature humaine. On ne s’attend pas vraiment à voir cela je trouve cela très révoltant la violence gratuite.

Cette pièce est comique et de nombreuses scènes sont drôles, mais il y en a une que j’ai vraiment aimé. Le chien vient de rencontrer Roger et lui explique donc pourquoi il est venu ici. Il lui raconte son passé, les nombreux accidents qu’il a provoqués, évoque ses anciens maîtres… Dont un homme politique. Et là, une imitation parfaite de Nicolas SARKOZY, notre ancien président ! J’ai trouvé cette scène très drôle mais surtout réaliste de par les gestes, la voix mais aussi le discours. Elle amène une pointe de caricature sans trop en faire et modernise encore plus la pièce. Un moment marrant !

Une scène qui m’a marqué est celle où le chien mange la main d’un SDF qui gisait sous un pont. Dans cette scène apparaît une certaine critique de la pauvreté, que c’est triste d’avoir des personnes qui décèdent sans que l’on s’en rende compte, qui sont mortes depuis plusieurs jours, voir plusieurs semaines, sans que personne ne le remarque.

 

Quel est le message du metteur en scène et des acteurs dans ce spectacle ?

Le message que le metteur en scène et les acteurs ont voulu mettre en évidence c’est que le chien reste le meilleur ami de l’homme quoi qu’il arrive, les sentiments envers un animal sont toujours très forts. Ils permettent de se sentir moins seul et de donner un autre aspect à sa vie.

Je pense que le metteur en scène et l’auteur ont voulu montrer que même si l’on est de nature solitaire et que l’on ne peut pas s’échapper d’une situation qui nous dépasse, on peut quand même se fier à d’autres personnes et changer de comportement pour apprécier d’avoir une relation amicale et que malgré ce que l’on est, que l’on soit différents ou non, on trouvera toujours quelqu’un qui sera à nos côtés pour nous soutenir et nous aider dans les moments difficiles.

Je pense que le metteur en scène et les acteurs ont voulu nous passer comme message qu’il ne faut pas juger les personnes sans les connaître, que si l’on s’investit dans une chose et on y mettant tout ce qu’on peut on risque de réussir et surtout de s’aimer même si nous sommes pas du même sexe, âge, origine,…

L’auteur dénonce plusieurs problèmes de la société tout au long de la pièce comme le mensonge, l’hypocrisie … Mais aussi le fait qu’il faut vivre pleinement sa vie, sans avoir de regrets.

 

Quel est votre avis sur ce spectacle ?

J’ai trouvé cette pièce de théâtre très intéressante, car elle essaye de nous faire passer un message et de nous montrer que la société dans laquelle nous vivons est remplie d’hypocrites et de profiteurs tout en étant comique et amusante à regarder.

J’ai plutôt aimé ce spectacle car cela m’a permis de réfléchir sur le monde en lui même et de réfléchir autrement sur les paroles des gens.

Comme le dit le metteur en scène, Sébastien BOURNAC “cette pièce, en réalité, critique les mensonges des gouvernants, l’hypocrisie et le cynisme des puissants, la logique déshumanisée des administrations, les politiciens. Elle organise une rébellion de ceux qui subissent, elle se venge et prend une revanche sur les injustices et les désordres du réel.”

(photos prises sur l’article de La dépêche)

(textes écrits par Louise, Camille, Célia, Arnaud, Alexandra, Margaux, Maha, Pauline, Elisa, Maëva, Anthony)

Rencontre avec Didier Daeninckx

Voici les notes prises lors de la rencontre avec D. Daeninckx, ce lundi 6 octobre au lycée Rascol, avec les Secondes 1, 3 et 4.

Notes prises lors de la rencontre avec D. Daeninckx – lundi 6 octobre 2014

DaeninckxQuelle est l’origine de votre nom de famille?

Daeninckx est flamand et veut dire fils de (« ckx ») Daniel (« Daenin »). Son arrière-grand-père a fui l’armée belge à cheval, s’est installé à Lille et a fait venir toute la famille.

Que gagnez-vous sur la vente de vos livres?

Sur les livres de poche il gagne 5% (soit 25 centimes sur un livre à 5 euros) et 10% sur les livres (soit 1,50 euro sur un livre à 15 euros). On gagne un pourcentage sur les livres jusqu’à sa mort en ensuite les héritiers en gagnent pendant 70 ans. Il faut donc que le livre soit publié en de très nombreux exemplaires pour bien gagner sa vie. Peu d’écrivains gagnent bien leur vie en écrivant, mais ils écrivent quand même, par passion.

Ses livres les plus vendus : Cannibale, en 20 000 exemplaires à sa sortie mais a connu le vrai succès à sa sortie en poche surtout dans le domaine scolaire. En tout, a été vendu à un million d’exemplaires ! Meurtres pour mémoire a eu aussi beaucoup de succès.

Si vous n’étiez pas écrivain, qu’aimeriez-vous être?

Il est devenu écrivain un peu par hasard (son premier manuscrit a été refusé 9 fois et n’a été accepté par la 10e maison d’édition que plus de 4 ans plus tard alors qu’il avait abandonné toute idée de devenir écrivain), sinon peut-être aurait-il été journaliste.

Daeninckx2 Avez-vous déjà fait de la radio?

Non, mais il a déjà écrit des pièces radiophoniques (pour la radio) et aime beaucoup la radio.

Que vous apportent les rencontres avec les jeunes?

L’écriture isole, rencontrer les autres est donc très important. De plus, il a besoin de voir ce que son écriture produit comme effet sur ses lecteurs. Enfin, il en revient parfois avec des idées pour écrire.

Avez-vous des modèles en écriture?

Beaucoup ! Il a lu énormément mais aime surtout les romans policiers. Quelques auteurs très importants pour lui : Conan Doyle, l’inventeur de Sherlock Holmes, Jack London (qui s’est déguisé en clochard pendant trois mois pour vivre de l’intérieur la misère et en a rapporté le livre Le peuple de l’abîme), Dumas et le comte de Monte-Cristo.

Quelle cause vous semble la plus importante?

Celle de la planète, l’écologie, la survie de l’espèce mais aussi le combat contre toutes les formes de racisme.

Qu’est-ce qui est vrai dans « matin de canicule »?

Il a vraiment vécu l’épisode du bras humain sur le périphérique ; il est souvent allé dans un bar flamenco de Montreuil. A partir de ces détails vrais, il a construit son histoire.

Daeninckx3 Pourquoi y a-t-il souvent des morts dans vos nouvelles?

La mort oblige les gens à faire face à la vérité, elle impose une rupture qui met les gens face à eux-mêmes. De plus, on reconstitue tout le passé de la victime à travers ses traces et on lui rend hommage.

Pourquoi le titre « mères glorieuses, mères angoissées »?

L’histoire se passe le jour de la fête des mères et c’est le maréchal Pétain qui a instauré cette fête, puisque la famille (« travail, famille, patrie » avait remplacé « liberté, égalité, fraternité » pendant le 2e guerre) était très importante. Ces mots ont été prononcés par lui dans son discours. Le titre est ironique.

Sur Willy Ronis

Un photographe qui a fait des photos pendant 70 ans, d’une mère lituanienne et d’un père russe, il a beaucoup photographié le quartier de Pigalle, il voulait être musicien ; à 85 ans, il saute pour la première fois en parachute et se prend en photo durant le saut. Ses photos racontent des histoires. Elles sont le plus souvent prises sur le vif, sauf les nus féminins et les portraits de commande.

Pourquoi avoir parlé de la Nouvelle-Calédonie?

Première fois en 1980, à la suite d’une guerre civile en Nouvelle-Calédonie, des Kanaks ont été arrêtés et mis en prison en France. Daeninckx a accepté de parrainer un des prisonniers kanaks. En 1997, un de ses amis, bibliothécaire à Nouméa, lui a proposé de venir parler aux lecteurs kanaks (car cet ami avait développé un système de « cases bibliothèques »). Il a été reçu royalement, on lui a même fait un arc de triomphe en fleurs de frangipaniers ! Les kanaks lui ont alors raconté ce qui s’était passé durant l’exposition coloniale de 1931 : 100 kanaks avaient été forcés de prendre le bateau pour l’exposition universelle et, une fois en France, après un temps passé à l’exposition coloniale, avaient été échangés contre des crocodiles allemands avant d’être renvoyés dans leur pays. Sur le bateau, ces gens qui parlaient français, étaient croyants et mangeaient de la viande bouillie, ont été obligés d’apprendre une sorte de langue sauvage, une danse sauvage, de manger de la viande rouge et de se comporter comme des animaux. Son ami lui a ouvert les archives de la bibliothèque de Nouméa. Là, il a trouvé des photos de ces hommes, dont un certain « Willy Karembeu ». Il a alors téléphoné à Christian Karembeu le footballeur pour voir si cet homme était de sa famille. Ce dernier l’a invité à venir le voir après la coupe du monde et a confirmé qu’il s’agissait bien de son arrière-grand-père.

Réaction après la lecture d’une nouvelle d’un élève sur la télévision :

Il a grandi sans télé, en a eu une pour la première fois à 16 ans. Il a écrit un recueil de nouvelles, Zapping, il y a 23 ans. La télé le questionne. En 1985, une fillette avait été coincée à cause d’un tsunami dû à un volcan en éruption sur des pentes enneigées. La fillette avait été filmée par le monde entier et était pratiquement morte en direct… comment on pouvait transmettre cette mort et ne rien pouvoir faire ? Il se demande aussi ce que ces écrans, partout, ont comme effet sur nos cerveaux. Il s’est rendu compte aussi que notre sensibilité s’émoussait à voir autant d’images choquantes, en voyant sa fille pleurer devant des scènes de guerre alors que lui ne pleurait plus.

Pourquoi écrire sur les parties cachées de l’histoire?

Il est issu d’une famille d’ouvriers et cette histoire n’est pas connue dans la littérature, il a donc voulu la faire vivre, cette histoire, d’autant que c’était des gens ordinaires mais qui se souciaient de l’état du monde. Ses nouvelles sont nées aussi des injustices qu’il ne supporte pas. Ecrire, pour lui, c’est alerter.

Vous considérez-vous comme un « écrivain engagé »?

Il n’aime pas ce terme, qui lui paraît trop définitif et sectaire. Il lui rappelle l’injonction « engagez-vous » pour l’armée. Il préfère l’expression d’A. Camus, « écrivain embarqué ». Le monde va mal, et l’écrivain est obligé de dire le malheur du monde, en essayant de voir tous les aspects, par exemple en se mettant, dans une de ses nouvelles, « corvée de bois », dans la peau d’un tortionnaire en Algérie. Il veut redonner de la force aux mots communs et banals, pour lui c’est cela, le style d’un écrivain.