Les critiques de la psychanalyse : Alain et Popper


  Dès la publication de ses premiers travaux, Freud a fait face à des critiques de sa théorie. En faisant émerger la notion d’inconscient psychique Freud allait en effet bouleverser, non seulement la médecine, en redéfinissant ce que peut pouvait signifier d’être « malade » (les causes d’une pathologie peuvent ne pas être organiques mais psychologiques); mais il venait aussi contester la conception classique du sujet en philosophie, en révélant des processus psychiques qui échappent à sa connaissance et à sa maîtrise.
  La critique du philosophe Alain, telle qu’elle est développée dans ce texte par exemple, porte justement sur cette remise en cause du sujet qui serait impliquée par la théorie freudienne : Alain reproche à Freud d’inventer un « autre moi » en chacun de nous (un « mauvais ange », un « diabolique conseiller ») qui pourrait nous servir à remettre en question la responsabilité que nous avons sur nos actes. Nous pourrions, lorsque nous voudrions nous dédouaner de l’une de nos actions ou de ses conséquences, invoquer ce « double » pour affirmer que nous n’avons pas mal agi, ou que nous ne pouvions pas faire autrement, qu’au final cette action n’est pas la nôtre… C’est pour cela que l’extrait se termine sur la phrase « contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensée en nous sinon par l’unique sujet, je » et qu’Alain la commente en disant « cette remarque est d’ordre moral ». Il considère que la théorie de Freud est non seulement erronée mais aussi dangereuse, car en contestant la souveraineté que le sujet est censé avoir sur lui-même, elle ouvre la voie à toutes les conduites de fuite, elle fournit un alibi à celui qui voudrait fuir sa responsabilité morale.
  La critique du philosophe des sciences Karl Popper est d’une toute autre nature. Il ne se place pas sur le plan moral, ou ne regrette pas que la théorie de Freud porte atteinte à la dignité ou à la grandeur de l’homme, en tant que sujet. Son point de vue, sa critique, sont de nature épistémologique : il conteste le statut scientifique que Freud a toujours voulu donner à ses hypothèses. En appliquant ici son concept de falsifiabilité qui lui sert à établir la frontière entre les vraies et les fausses sciences, Popper souligne que le fait que la théorie de Freud puisse expliquer tous les phénomènes sur lesquels elle est susceptible de s’appliquer (les manifestations des actes psychiques des hommes) sans exception et sans pouvoir jamais être mise en défaut, n’est pas la preuve de la force de cette théorie, mais au contraire sa faiblesse. S’est justement parce qu’elle est à l’abri de tout démenti qu’elle n’est pas scientifique. Un énoncé réellement scientifique peut et doit se soumettre au contrôle de l’expérience. On doit pouvoir au moins imaginer des observations futures possibles qui le corroboreraient ou l’invalideraient (ainsi en est-il de la théorie de la relativité d’Einstein qui postule qu’aucune particule ne peut se dépasser plus vite que la lumière : si un jour une observation venait à contredire cette affirmation, il faudrait revenir sur la validité de toute la théorie). Dans le cas de la théorie de Freud, tout phénomène même apparemment en contradiction avec ses principes peut être, par la magie de l’interprétation, peut être rendu compatible avec celle-ci.

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