Critique du livre de Lilo Petersen, Les Oubliées
Publié le 19 février 2008 par Marie Desmares dans Niveau 3e
Les oubliées. C’est ainsi que Lilo Petersen désigne les 5.000 femmes réfugiées en France et qui ont été victimes d’un internement au Vel d’Hiv’ le 15 mai 1940 puis au camp de concentration français de Gurs dans les Pyrénées.
La « rafle » de 1940 n’est pas à confondre avec celle des 16-17 juillet 1942, qui a arrêté plus de 13.000 Juifs dans Paris et sa banlieue, et qui a été organisée par les autorités de Vichy.
Celle dont parle Lilo Petersen, qui en a elle-même été victime, a bien eu lieu avant la mise en place du régime de Vichy, c’est-à-dire dans les dernières heures de la IIIe République. La drôle de guerre durait alors depuis huit mois : le 3 septembre 1939, la France avait déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et attendait l’attaque d’Hitler, qui débuta le 10 mai 1940. Elle luttait contre « l’ennemi intérieur » car elle craignait les espions allemands sur son territoire.
Ce 15 mai 1940, alors que l’offensive allemande a commencé depuis 5 jours, 5000 femmes allemandes ou d’origine allemande se rendent au Vélodrome d’Hiver, sur la convocation (il n’y a pas eu d’arrestations systématiques comme en 1942, d’où la nécessité d’ajouter des guillemets au terme rafle) du général Pierre Héring, gouverneur militaire de Paris (les hommes ont dû se rendre au Stade de Buffalo la veille).
Lilo Petersen fait partie de cette « rafle ». Agée de 18 ans, elle a suivi sa mère, militante allemande antinazie qui s’était réfugiée en France afin d’échapper à la répression dont elle était victime en Allemagne depuis l’accession d’Hitler au pouvoir, en 1933.
Aujourd’hui âgée de 85 ans, elle dénonce dans son livre Les oubliées, l’aberration de cette « rafle » et les conditions de vie que des milliers de femmes comme elle et sa mère ont dû subir dans le Vélodrome d’Hiver puis surtout dans le camp de Gurs.
Aberration de convoquer et d’interner des femmes allemandes qui luttent précisément contre l’ennemi de la France et que celle-ci avait justement accueillies à ce titre : l’Allemagne nazie.
Conditions de vie épouvantables.
Le Vélodrome d’Hiver est un bâtiment clos par un toit de verre destiné à accueillir notamment des courses cyclistes et de 15 à 18.000 spectateurs dans des gradins. C’est là que Lilo Petersen, sa mère, et leurs 5.000 compatriotes d’infortune, attendent pendant plusieurs jours d’être transférées dans des conditions très difficiles. Des paillasses à même le sol en guise de lits, des cabinets insalubres, pas de possibilité de se laver, une chaleur étouffante sous le toit de verre, pas d’abri anti-aérien. Le manque de moyens, dans ce contexte de désordre général, est criant.
C’est au camp de Gurs, dans les Pyrénées, que sont transférées les femmes du Vel’d'Hiv’. Il s’agit d’un camp de réfugiés destinés aux anciens combattants républicains de la Guerre civile espagnole. Les autorités de Vichy en font ensuite un camp de concentration pour les prisonniers politiques et les Juifs. Les conditions de vie sont si épouvantables et les décès si nombreux qu’ils font dire à Lilo Petersen «Les Allemands faisaient crever ; les Français laissaient crever.» : baraquements en bois mal isolés du froid de l’hiver, de la chaleur de l’été, des pluies incessantes, promiscuité étouffante, absence d’éclairage, eau et nourriture sévèrement rationnées, rats, poux, punaises, puces…
Le livre de Lilo Petersen permet de mieux dévoiler un fait très peu mis en lumière : qui se souvient aujourd’hui des Oubliées ?
Pour mes anciens élèves, aujourd’hui lycéens, je vous conseille plutôt la critique de mon collègue Hugo Billard sur son blog.
Les oubliées, Lilo Petersen, postface de Denis Blanchot, Editions Jacob-Duvernet, novembre 2007.
Compteur
22 février 2008 à
Voilà des mises au point et des rappels (des informations en ce qui me concerne) qui méritaient grandement d’être faites!!! Bravo!