Juin 22

SQ 6 – « Pauca Meae », Les Contemplations, Hugo – LA 1 « Oh souvenirs! printemps … »

LA 1 « Oh souvenirs ! »

  • Poème qui fait partie de ceux qui ravive le souvenir, pour faire revivre les jours heureux. Imparfait itératif qui présente ce souvenir comme une habitude, qui le rend récurrent.
  • Importance du discours dans le poème :
    • Adresses au lecteur
    • A lui-même
    • Paroles au discours directe de L
  • Léopoldine simplement désignée par « elle », évidence de son identité, au cœur de la section, au cœur du poème
  • Importance des connecteurs spatiaux et temporels
    • Lieu précis, noms propres, référentiel
    • Connecteurs temporels structurent le poème : une journée en famille du matin au soir, des jeux dans la nature aux contes du père. Symboliques, pas précis.
  • Idéalisation, champ lexical de la pureté, de l’innocence. Lien avec la nature (simplicité, lien avec la création) → romantisme
  • Attitudes de Léopoldine :
    • En lien avec le père
    • Qualités, vertus
  • Situation de bonheur domestique (champ lexical).
  • Pouvoirs de la poésie : c’est elle qui fait revivre au rythme léger des octosyllabes qui présentent une poésie loin de la grande pompe épique, de l’alexandrin tragique. Elle est aussi le lien avec les enfants. Ce sont eux dans le poème qui font du père un poète grandiose, un conteur extraordinaire. (hyperboles)
  • Douleur et nostalgie sensibles dans les nombreuses exclamations et incises
  • Souvenir mis en poème, le faire revivre, vivre la réunion le temps du poème
  • Hommage pour magnifier la perte, l’effacer le temps du poème

Enjeu : récit d’un souvenir, moment de bonheur familial

Forme : multiplicité des discours, lyrisme qui permet épanchement à travers le souvenir

Fonction : faire revivre les moments de bonheur, dépasser la mort par la poésie

Problématique : Comment V. Hugo dépasse-t-il la douleur provoquée par la mort de sa fille, en faisant revivre les moments de bonheur domestique à travers l’écriture poétique ?

I/ Le récit des souvenirs heureux

a/ Le récit d’un bonheur familial

– temps du passé « vivions » « entendais »

– vocabulaire qui souligne les différentes personnes de la famille, « sœur » « père » « aïeul » « frères »

– par ailleurs insistance sur la dimension personnelle et lyrique : marques de la première personne « je » « moi » « ma famille / mes enfants »

– par ailleurs choix de quatrains d’octosyllabes, pas grand vers noble alexandrin, mais choix d’un vers qui cadre plus avec le récit d’un bonheur familial et intime.

b/ Un poème centré sur Léopoldine

– le poème est centré sur Léopoldine, qui pourtant n’est jamais nommée directement : elle est évoquée à travers le pronom personnel « elle ». L’interprétation ne fait pourtant aucun doute. L’absence même de dénomination directe souligne sa présence et son importance.

– le rôle central de Léopoldine et le fait que le poème soit entièrement dédiée à sa mémoire sont soulignés par le pronom personnel complément « l’ » dans « Je l’entendais sous ma fenêtre ». ou encore avec la première apparition « Lorsqu’elle était petite encore ». Normalement le pronom « elle » est anaphorique et nécessite la mention de Léopoldine avant, pourtant, ici, il n’est pas nécessaire. Cette identification immédiate souligne son importance.

– elle est évoquée et identifiée à travers ses liens familiaux : « ses frères » (possessif 3e personne du singulier) ou encore « elle était l’ainée ». Ce qui permet d’en donner une image harmonieuse, heureuse, en lui donnant un rôle fondamental au sein de la famille.

– Sa présence est également très marquée puisqu’elle parle dans le poème : discours direct, qui souligne d’ailleurs un autre lien familial dans l’apostrophe « Père, viens ! ». Le poème donne vie à Léopoldine, le temps d’un souvenir.

c/ Les liens avec la nature et Dieu

– De plus le poème encadre ce souvenir du spectacle de la nature, mais aussi établit des liens plus sacrés avec Dieu de manière à offrir un contexte mélioratif à ce souvenir et à le présenter comme un hommage.

– Ce contexte est très net dans la deuxième strophe : interrogation du vers 5 à 8, « Connaissez-vous » emploi de la deuxième personne du pluriel pour s’adresser au lecteur, établir un lien avec lui.

– Emploi de noms propres référentiels, « Montlignon » « Saint Leu ». De plus les propositions subordonnées relatives dans cette strophe permettent de détailler le tableau offert au lecteur « la colline qui joint Montlignon à Saint Leu » « une terrasse qui s’incline / Entre un bois sombre et le ciel bleu ? »

– Le parallèle avec la nature (champ lexical) est visible dans les vers 19 et 20 : parallélisme de construction « Ma famille avec la nature, / Mes enfants avec les oiseaux ! »

– De la même manière le lien avec Dieu ou une forme de sacré est sensible dans la métaphore « Tous ces regards du paradis » qui évoquent ceux des enfants qui se portent sur leur père au moment de l’histoire du soir. Ou encore « J’entrevoyais un coin des cieux ». Répétition à deux reprises du paradis.

T° : Ce récit donne lieu à un hommage à Léopoldine à travers l’évocation du souvenir, mais surtout à une idéalisation de cette famille et de leurs rapports. Cela amène à prendre la mesure de la force des la poésie qui parvient à magnifier le souvenir pour dépasser la mort et l’absence.

II/ Un poème qui magnifie le souvenir pour mieux dépasser la mort et l’absence

a/ Idéalisation et éloge de la vie de famille pour dépasser la mort

– ensemble d’exclamations mélioratives, à tonalité élégiaque « O souvenirs ! printemps ! aurore ! / Doux rayon triste et réchauffant ! ».

– hyperboles : la dimension hyperbolique est sensible dans l’insistance sur la totalité, sur l’absence de faille dans ce tableau idyllique et bucolique, on peut en effet relever les expressions suivantes qui insistent sur cette totalité « Tout chantait sous ces frais berceaux » « Nous jouions toute la journée » « Tous ces regards du paradis » ou encore « Toujours, ces quatre douces têtes / Riaient », l’adverbe toujours est ici mis en évidence en tête de vers, en position accentuée et séparé du reste du vers par une virgule.

– métaphores mélioratives image de l’oiseau « de peur de la faire envoler » ou encore la description l’aide du présentatif « C’est » « C’était ma fée, / Et le doux astre de mes yeux ».  Ces métaphores livrent une vision idéale de Léopoldine ainsi que ce sa famille « ces regards du paradis », insistant sur l’innocence de ce tableau familial.

– La dimension totale épique du conte inventé par le poète ajoute à l’idéalisation de ce tableau familial qui semble lui aussi sorti d’un conte. Champ lexical du conte « personnages, conte profond, poème éclos, Arioste, Homère », mais aussi des références à la tonalité épique et donc hyperbolique « prodiguant les carnages » « d’affreux géants très bêtes » « des nains pleins d’esprit » « Arioste » « Homère ».

b/ Trouver l’apaisement dans le souvenir : importance du discours

– On peut noter qu’au-delà du récit, le poème est fortement marqué par le discours, ce qui permet de faire vivre de manière plus directe et plus forte le souvenir, de façon à dépasser l’absence qui meurtrit le poète : celle de Léopoldine. On peut noter les emplois du présent d’énonciation, qui renvoie à différentes paroles :

– celles du poète, soit au lecteur, soit à lui-même : « Connaissez-vous » « Pénètre/ Mon cœur dans ce passé charmant » on peut également relever ces moments de discours intérieur sans l’emploi de verbe au présent, mais grâce à des exclamations placées entre tirets « -Aube pure ! »

– celles de Léopoldine « J’ai laissé les enfants en bas. » « Père, viens ! / Nous allons t’apporter ta chaise / Conte-nous une histoire, dis ! »

– la parole et notamment la parole poétique a une place fondamentale dans le poème grâce à l’importance du conte dans le poème. C’est en effet la parole du poète qui est développée de manière narrativisée des vers 37 à 47, comme le souligne l’expression « pendant que je parlais ». Ou encore la métaphore qui rapproche Hugo de deux des plus grands poètes épiques de l’Histoire « J’étais l’Arioste et l’Homère ».

c/ Les pouvoirs de la poésie

– faire vivre moment de bonheur : à travers les discours, à travers la mise en scène idéaliste de toute une famille (voir procédés précédents). A travers surtout l’ensemble des métaphores qui disent la dimension absolue du bonheur : les enfants présentés comme des anges, le père-poète dont la valeur égale celle de l’Arioste et d’Homère aux yeux de ses enfants.

– famille et amour font de lui poète : inspiration. Précisément la famille et les enfants en particulier apparaissent comme une source d’inspiration. On peut voir l’activité d’invention du père-poète dans le vocabulaire « j’inventais » « je trouvais » « j’étais » « je parlais ». On a déjà noté le vocabulaire du conte et la tonalité épique et merveilleuse qui transparait dans les références. On peut souligner par ailleurs les antithèses qui soulignent combien la famille est source d’inspiration : « je trouvais les personnages / Parmi les ombres du plafond » ou encore « par la fenêtre sombre / J’entrevoyais un coin des cieux ! » Chaque fois, les ombres et l’absence de lumière se transforme en richesse poétique, en couleur, en espoir. On pourrait considérer cette mise en abyme du récit (le poète nous raconte dans un poème comment il racontait des histoires à ses enfants – récit dans le récit) comme une manière de révéler les pouvoirs de la poésie et surtout son lien essentiel pour le poète avec la famille, l’amour et le bonheur domestiques. L’encadrement de ce récit par d’autres acteurs comme « leur mère » ou encore « Leur aïeul » souligne cet aspect.

– dépasser la mort, influencer sentiments : Les différentes interventions du poète (exclamations au discours direct entre tirets le plus souvent, mais aussi directement comme au vers 30) comme l’insistance sur le conte fait aux enfants permettent de mettre en évidence la manière dont la poésie fait vivre le passé, ce qui a disparu de façon à dépasser la mort. Les sentiments évoqués à travers des adjectifs comme « triste et réchauffant » « charmant » « pure » « charmants » « chers » soulignent le bonheur qui est comme réactivé par l’évocation poétique.

Conclusion : Ainsi le poème à traves l’évocation du souvenir, permet au poète de vivre durant un instant encore les moments de bonheur vécu en famille quand Léopoldine était encore présente. L’importance du discours ainsi que du récit qui idéalise ce tableau familial révèle les pouvoirs de la poésie, qui donne vie à ce qui est mort, de façon à l’emporter sur la mort, l’absence et le désespoir, et tirer l’image des cieux des ténèbres.

Juin 21

SQ 7 – Affrontement au théâtre – LA 1 Camus, Les Justes

Voici la LA et d’autres informations pour vous aider à réviser. 

Juin 21

Présentation Corneille – ES

Pierre Corneille

1606 – 1684

Vie de Corneille

Débuts littéraires

Pierre Corneille est né à Rouen le 6 juin 1606, dans une famille de magistrats. Il fit ses études chez les jésuites, au collège de la ville, et se destina d’abord à une carrière d’avocat, projet qu’il abandonna très vite pour se consacrer au théâtre.

Mélite (1629), sa première création, fut confiée aux acteurs qui fonderont plus tard le théâtre du Marais et rencontra à Paris un succès suffisant pour décider son auteur à embrasser la carrière dramatique, qu’il ne quittera plus jusqu’en 1674.

Ses premières pièces furent essentiellement des comédies ; le genre, jugé secondaire, était alors en crise, et il contribua beaucoup à le réhabiliter. Il en écrivit six entre 1629 et 1636 (la Veuve, 1632 ; la Galerie du palais, 1633 ; la Suivante, 1634 ; la Place royale, 1634 ; l’Illusion comique, 1636). C’est à la même époque qu’il donna la tragi-comédie Clitandre (1631), ainsi que Médée (1635), sa première tragédie. Il revint plus tard à la comédie, notamment avec le Menteur (1643).

 

Querelle du Cid

Le triomphe du Cid (1637) fit date dans la carrière de Corneille : alors que le succès public le consacrait avec éclat dans son métier de dramaturge, il dut affronter ce qu’on appelle « la querelle du Cid ». Cette polémique naquit sans doute de conflits d’intérêts divers et des jalousies aiguisées par le succès de la pièce, mais elle donna lieu à un débat intéressant qui nous renseigne a posteriori sur la formation de l’esthétique classique.

En effet, ses ennemis reprochèrent à Corneille de n’avoir pas respecté tout ce qui constitue l’idéal classique au théâtre, notamment les règles de la vraisemblance et de la bienséance, celle des trois unités, ainsi que celle qui préconise la séparation distincte des tons et des genres.

 

Succès et controverses

Dans ses grandes tragédies des années 1640, Horace (1640), Cinna (1641), Polyeucte (1642) et Rodogune (1644), Corneille se montra davantage soucieux du respect des règles du théâtre classique, avec toutefois de notables exceptions. Durant ces années, il connut une carrière brillante, que vint couronner son élection à l’Académie française en 1648. Adulé par le public, reconnu par ses pairs, pensionné par le pouvoir, Corneille fut également nommé procureur des Etats de Normandie.

En revanche, les années 1650 furent assombries par la disgrâce que lui valut Nicomède (1651). Si la pièce connut un succès fracassant, elle apparut aussi comme un éloge à peine voilé du Grand Condé, qui était à la tête de la Fronde ; ainsi, dès la fin des événements, Corneille fut privé de sa charge et de sa pension. Il s’éloigna alors de la création dramatique pour se consacrer à une traduction en vers de l’Imitation de Jésus-Christ (1656). Il ne revint au théâtre qu’en 1659 avec Œdipe. En 1660, il publia trois Discours sur l’art dramatique, tandis que commençait la parution de son Œuvre en recueils, chaque volume étant accompagné d’un « examen » des différentes pièces.

 

Dernières années

Protégé par Fouquet, puis par Louis XIV, Corneille continua à se consacrer au théâtre, mais Racine avait désormais les faveurs du public. En 1670, les deux auteurs se trouvèrent en rivalité directe lorsqu’ils donnèrent simultanément des pièces sur le même sujet antique. Racine triompha avec sa Bérénice, face au Tite et Bérénice de Corneille, qui ne rencontra qu’un succès mitigé. Dès lors, le temps de Corneille était terminé, et ses deux dernières créations, Pulchérie (1672) et Suréna (1674), furent des échecs qui le poussèrent à cesser son activité de dramaturge. Il mourut à Paris le 1er octobre 1684.

 

Le Cid

Le Cid marque une date importante dans l’histoire du théâtre au XVIIe siècle. D’abord parce que cette pièce inaugure la série des quatre grandes tragédies de Corneille (Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte), ensuite parce que cette œuvre, qui connut un immense succès, suscita une violente polémique, très révélatrice de l’évolution de la doctrine classique.

Le Cid est une tragi-comédie, genre qui n’est pas exactement un mélange de tragédie et de comédie, mais qui se définit plutôt comme une tragédie au dénouement heureux, fondée sur des principes romanesques. Aussi s’attendait-on à ce qu’elle suive les trois règles d’unité (d’action, de lieu et de temps). Or, l’intrigue est composée de deux actions distinctes, quoique subordonnées l’une à l’autre, et se déroule dans une multiplicité de lieux, ce qui troubla profondément les défenseurs du théâtre classique et suscita la polémique.

Juin 21

Présentation de Camus – ST2S

Albert Camus

1913 – 1960

Un intellectuel engagé

Né en Algérie dans une famille très modeste, orphelin de père, Albert Camus commence des études de philosophie au cours desquelles il fait la connaissance du professeur Jean Grenier, qui l’influencera beaucoup et lui fera découvrir Nietzsche. Atteint de la tuberculose, il ne peut achever ses études, mais soutient cependant en 1936 un diplôme d’études supérieures, « métaphysique chrétienne et néoplatonisme ». Parallèlement, il participe à des projets dramatiques, adaptant ou jouant des pièces de théâtre.

Lors de son bref passage au Parti communiste (1935-1937), il fonde et anime la troupe du Théâtre du Travail avec l’ambition de mettre les œuvres dramatiques classiques et contemporaines à la portée d’un public défavorisé. Il anime ensuite une autre compagnie, le Théâtre de l’Équipe, et publie sa première œuvre, l’Envers et l’Endroit (1937), une compilation d’essais littéraires sur des sujets assez divers où apparaissent, déjà, les grands thèmes de la maturité : la mort, le soleil, la Méditerranée, l’isolement, le destin de l’Homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc. Deux ans plus tard paraît Noces, qui mêle l’essai philosophique à la poésie lyrique.

À partir de 1938, Camus embrasse le journalisme, d’abord à Alger (Alger républicain, Soir républicain), puis à Paris (Paris-Soir), où il s’établit définitivement en 1942. C’est là que paraissent simultanément et dans la clandestinité le roman l’Etranger et l’essai le Mythe de Sisyphe (1942) ; deux œuvres remarquées qui exposent la philosophie de Camus et s’inscrivent dans ce que lui-même appelle le « cycle de l’absurde » (cycle que viendront par la suite compléter les pièces le Malentendu, 1944, et Caligula, 1945). Réformé pour raisons de santé en 1939, Camus joue un rôle très actif dans la Résistance, au sein du mouvement Combat. À la Libération, et jusqu’en 1947, il est le rédacteur en chef du journal Combat, aux côtés de Pascal Pia. Il se met aussi au service des grandes causes humanitaires internationales.

Il n’en poursuit pas moins son œuvre littéraire à un rythme soutenu avec, notamment, la création de ses pièces le Malentendu (1944) et Caligula (1945), puis la publication de son roman la Peste (1947), qui inaugure le cycle de la révolte et de la solidarité, dont font partie l’État de siège (1948) et les Justes (1949), mais surtout l’Homme révolté (1951). Ce dernier essai est à l’origine de la rupture définitive entre Camus et Jean-Paul Sartre, puisqu’il souligne clairement les divergences des deux écrivains sur la question de l’engagement.

En 1952, Albert Camus démissionne de son poste à l’UNESCO pour marquer sa réprobation devant la passivité de cette institution à l’égard de l’Espagne franquiste. Par la suite, en 1956, il s’engage de nouveau en tentant d’intervenir en faveur d’une trêve dans la guerre d’Algérie.

Il publie ensuite la Chute (1956), où il revient sur sa rupture avec l’existentialisme, ainsi qu’un recueil de nouvelles, l’Exil et le Royaume (1957) ; deux œuvres d’où émane plus que jamais la nostalgie d’une altérité oubliée. La même année, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des Hommes ». Le 4 janvier 1960, alors qu’il travaille à un autre roman, le Premier Homme (posthume, 1994), il se tue dans un accident

Quelques œuvres :

Le Mythe de Sisyphe (1942)

L’Étranger (1942)

Caligula (1944)

Le Malentendu (1944)

Réflexions sur la Guillotine (1947)

La Peste (1947)

Les Justes (1950)

L’Homme révolté (1951)

Juin 21

SQ 7 – Verlaine, Les fêtes galantes, LA n°3 « L’amour par terre »

LA n°3 – Verlaine, Fêtes galantes, « L’amour par terre »

 

Remarques générale sur l’ensemble du poème :

– éléments romantiques (ruines et statue amour)

– Discours, celui du poète / sujet lyrique avec lui-même, puis adresse à la femme, qui ne répond pas, communication impossible

– dimension symbolique du poème avec l’image de la statue d’Amour brisée, qui peut évoquer le changement dans une relation, le côté éphémère d’une relation. Le papillon que la femme suit du regard à la fin du poème // idem. Déjà avec un autre partenaire, déjà le changement. La relation amoureuse ne dure pas : le marbre lui-même symbole de la durée est « épars »

– poème élégiaque

– érotisme présent dans le poème

– musicalité du poème : refrain, répétition

– méprise : mélange entre influences romantiques, mais aussi ironie et désenchantement face à l’attitude de la partenaire, entre romantisme et érotisme.

– presque la réécriture d’une vanité.

 

Problématique : Comment dans ce poème aux accents romantiques Verlaine exprime le désenchantement face à la frivolité de la femme / l’amour éphémère ?

I/ Un poème élégiaque :

→ Un poème qui évoque l’amour sur un ton élégiaque, celui de la complainte, de la perte, au matin d’un lendemain de fête.

a/ Décor : lendemain de fête … galante

– champ lexical, parc, nature

– mention de la destruction

– pour autant, le tout est déréalisé, peu précis : le vocabulaire et les repères temporels et spatiaux ne sont pas précis. « L’autre nuit » « du matin » ou encore le superlatif « le plus mystérieux du parc ».

b/ Influences romantiques : la rupture, les ruines

→ plusieurs influences romantiques dans le poème

– paysage naturel qui fait écho à un état d’esprit. La statue brisée dans le parc, au lendemain d’une fête peut être vue comme un paysage « état d’âme » qui traduit bien la tristesse et le désenchantement du poète

– l’expression de la souffrance et de la tristesse sur le mode élégiaque comme le mettent en valeur la plupart des exclamations et des répétitions « c’est triste » ont tendance à placer le sujet lyrique à part, dans une solitude qui évoque également une inspiration romantique.

c/ L’expression de la tristesse et de la mélancolie : l’élégie

– reprises et répétitions avec variations, exclamations « le vent de l’autre nuit a jeté bas l’amour » / « le vent de l’autre nuit l’a jeté bas ! » « C’est triste » « Oh ! c’est triste » « Oh ! C’est triste ! »

– exclamations lyriques « oh ! »

– champ lexical de la mélancolie « mélancoliques, triste, tout seul, chagrin profond, avenir solitaire et fatal, dolent »

– insistance sur la tonalité mélancolique à travers l’enjambement des vers 10-12 où l’omniprésence des pensées négatives est mise en évidence par la continuité qu’impose l’enjambement à cheval sur trois vers.

II/ Un poème symbolique qui dit le trajet d’un amour éphémère :

→ A travers l’évocation de la statue brisée, on peut retrouver les traces successives d’un amour éphémère : de la séduction et l’érotisme au lendemain de fête.

a/ L’érotisme et la fête

– syllepse « bandant » avec insistance de l’adverbe « malignement ». Métaphore érotique est filée par le vers suivant dans la relative « dont l’aspect nous fit tant songer tout un jour ». Les marques d’intensité à travers l’adverbe « tant » ainsi que « tout » provoque la même référence aux relations érotiques qui ont rapproché les deux personnages du poème, celui qui parle et la jeune femme de la fin du poème.

– l’érotisme et l’ambiance de fête, de légèreté, de libertinage sont également présent à la fin du poème : « papillon de pourpre et d’or ». Le GN peut être également pris comme une métaphore désignant un nouveau partenaire. L’insistance sur les couleurs riches et flamboyantes du papillon peut tout aussi bien faire référence au costume du partenaire, tout en soulignant l’attirance.

– enfin la mention de la statue Amour, du cupidon renvoie également à l’érotisme et la suggestion des rapports libertins entre les partenaires.

b/ La rupture et l’après

→ Mais c’est surtout le lendemain, la rupture, la fin de quelque chose qui est évoquée dans le poème.

– Echo entre le « vent de l’autre nuit » et le « souffle du matin » qui permet d’exprimer le changement qui a lieu dans la relation

– le marbre est mis à la rime avec « arbre ». Le minéral et le végétal s’opposent ici. Le minéral qui représente pourtant la durée, la longévité, semble avalé par le végétal. On peut en effet souligner cette disparition au profit du végétal grâce à l’adverbe « péniblement » qui traduit la disparition du nom de l’artiste au même titre que la disparition de l’amant et de la statue amour. De plus l’apposition « épars » en fin de phrase, insiste sur la disparition de la statue de marbre, sa dislocation. Ainsi à travers tous ces éléments on voit l’insistance sur la rupture dans un poème qui est à première vue, un poème d’inspiration romantique.

T° : pourtant cette inspiration romantique va être corrigée par le désenchantement volontiers ironique du poème qui donne une image frivole de la femme et souligne le caractère éphémère de l’homme comme dans une réécriture des vanités.

III/ Le désenchantement et l’ironie face à la frivolité féminine :

a/ Solitude du poète

– champ lexical de la solitude : établi un parallèle entre le poète et la statue brisée

– expression solitaire qui s’oppose à la position à part de la femme, de la partenaire. Quand s’adresse à la femme : au milieu d’un vers, effet de rupture, avec tiret qui renforce le fait que les deux partenaires ne forment plus un couple. Déterminant possessif « mon rêve »

– L’enjambement des vers 10-12 met en évidence, par la continuité de la phrase qui se poursuit sur trois vers, la solitude du poète qui semble rapprocher du piédestal, ou plutôt de l’artiste dont le nom ne se voit déjà plus. Comme lui le sujet lyrique est déjà oublié par la femme qui ne lui répond plus.

– L’exclamation « Tout seul ! » est mise en évidence par sa position en tête de vers, position accentuée (renforcée par l’intonation exclamative).

b/ Communication impossible

– opposition entre la tonalité mélancolique vue précédemment et la légèreté dans l’attitude de la femme « œil frivole » « vole » « s’amuse »

– le rapprochement à la rime de « frivole » et « vole » souligne que la femme est déjà en train de penser à d’autres partenaires et ne se préoccupe pas des remarques mélancoliques et élégiaque du sujet lyrique ici.

-par ailleurs, on peut noter que l’adresse directe (apostrophe « toi-même, renforcement de l’adresse par la locution interrogative « est-ce pas ») du sujet lyrique mise en évidence par le tiret, ne reçoit aucune réponse.

c/ Ironie du poète et désenchantement

– CC de lieu « au-dessus de » : superposition de l’attitude frivole et de la tristesse, des ruines de la statue. Il y a une concomitance entre la fin de la relation et de début d’une autre qui est mis en évidence par ce CC. Cela a pour effet de révéler une forme d’ironie de la part du poète, en même temps qu’il exprime son désenchantement.

– opposition de la rime « touchée » « jonchée » : antithèse entre les sentiments et la rupture dans la relation symbolisée par la statue brisée.

– symbole de l’amour et de ce qui dure « le marbre » sont brisés : le réseau métaphorique invite, en se terminant sur des oppositions « bien que » « dolent/frivole » à comprendre le désenchantement du poète.

– le déséquilibre entre la première partie de la question du poète et la longue subordonnée concessive « bien que » révèle là encore l’ironie et la lucidité du sujet lyrique, qui pose la question et se rend compte en même temps de l’incommunicabilité avec son amante, sa partenaire. L’insistance de la locution « est-ce pas » semble paradoxalement jouer le rôle d’un révélateur à la fin du poème et insister sur l’absence de sentiments chez la femme à laquelle le poète s’adresse.

Conclusion :

Finalement le poème trouve bien sa place à la fin du recueil des fêtes galantes. Il offre les aspects variés de l’amour que l’on trouve dans le recueil : la tonalité érotique, romantique, mais aussi le regard lucide sur le caractère éphémère des relations, leur légèreté et la comédie à laquelle elle donne lieu, parfois avec cruauté. Ici le poète fait le constat élégiaque de la fin d’une relation, un lendemain de fête, comme pour clore ces tableaux successifs des fêtes galantes. La mélancolie est également un aspect important du poème que l’on retrouve de nombreuses fois dans le recueil. Le poème révèle par ailleurs de nombreux aspects de l’esthétique verlainienne (nuance, méprise, musicalité…)

Juin 21

Descriptifs textes pour l’oral – premières

A votre demande, voici les descriptifs en PDF pour pouvoir imprimer en double les lectures analytiques (textes que vous n’avez pas déjà dans les livres). Bon courage pour la dernière ligne droite. 

 

Juin 19

SQ 7 – Verlaine, Fêtes galantes – LA2 En patinant

LA n°2 – Verlaine, Fêtes galantes, « En patinant »

Problématique : Dans quelle mesure ce récit rétrospectif d’un amour soumis aux saisons renverse-t-il les stéréotypes en fin de compte ?

I/ Un récit rétrospectif d’un amour plein de stéréotypes

a/ Récit d’une histoire d’amour rythmée par les saisons : les étapes de la relation amoureuse

– récit rétrospectif : temps du récit, passé simple et imparfait, plus-que-parfait.

– mais aussi discours : adresse directe à la femme aimée « Madame » (trois fois dans le poème)

– ce récit retrace les étapes d’une relation amoureuse jusqu’à revenir au présent. La structure du poème est marquée par le changement des saisons. Le changement du printemps à l’été apparait au cœur d’un vers, de manière à souligner le changement radical, (v. 33) ce que renforce l’exclamation joyeuse interrompue par la conjonction adversative « mais ». Le passage à l’automne est mis en valeur par l’adverbe « heureusement » mais aussi « brusquement » qui soulignent le changement positif, tandis que la conjonction « or » permet le retour au présent, en hiver, après le passage en revue des mois qui précèdent. Le poème se termine ainsi au futur « nous fleurira » comme une manière de revenir au printemps qui faisait débuter la relation.

 

b/ Des tableaux successifs de l’amour (les stéréotypes)

→ L’évocation des saisons renvoient à des séries de stéréotypes sur l’amour et ses étapes.

– saisons se succèdent et sont associées à des tableaux de la nature différents : fleurs et douceur au printemps, l’été est associé à la chaleur et à des odeurs plus lourdes, l’automne est associé au froid et au vent tandis que l’hiver voit disparaitre les mentions de la nature.

– mais ces tableaux successifs sont aussi marqués par des représentations symboliques : champ lexical du renouveau pour le printemps « roses naissantes, innocentes, lilas, soleil nouveau » qui va de pair avec une vision stéréotypée de l’amour naissant, associée à des images de la nature. Idem pour l’été : annoncé dès la première strophe les dangers de l’Eté pèsent : comme dans le chiasme vers 29-30 qui souligne les risques dans cette antithèse et annonce le changement. C’est le champ lexical de la passion qui supplante celui du flirt et de la séduction « volupté, vertigo, pâmoisons ». L’accumulation sans verbe conjugué des vers 45 à 48 insiste sur les stéréotypes liés à la passion mais aussi à l’été et la chaleur. Cette gradation du printemps à l’été offre un diptyque, une opposition, car l’automne et l’hiver ne donnent pas lieu aux mêmes tableaux. Les allitérations en R et L, labio-dentales et gutturales manifestent la rupture entre la passion et le calme retrouvé, tandis que la syllepse « bise » (deux sens : baiser et vent, jeu de mot) fait le lien une dernière fois entre les saisons passées et le présent.

 

c/ Des amants passifs

– toutes les actions ne sont pas le fait des amants : la nature est sujet des verbes, tandis que les amants sont le plus souvent objet « Dont l’Eté férut nos cervelles » « nous affola » « investit nos âmes » « vint nous corriger ». De plus de nombreux verbes vont avoir un sens passif : « nous cédâmes ».

– Toutes les saisons apparaissent comme personnifiée à travers les actions qui leur sont imputées, à part l’hiver, car en effet la fin du poème ménage un renversement de situation.

 : le poème à travers ce récit rétrospectif livre aussi une image des illusions du désir au sein de la relation amoureuse.

II/ La dénonciation des illusions du désir et le renversement des stéréotypes

a/ Les illusions du désir, l’amour comme un jeu

– la légèreté, l’absence de sérieux, la montée du désir : champs lexicaux à la fois du désir mais aussi du loisir, de l’absence d’activité. Le « jeu » mentionné au vers 7 est renforcé par les expressions qui traduisent l’absence de sérieux et d’engagement : les images « baisers superficiels » « sentiments à fleur d’âme » mais aussi la répétition de l’adverbe « sans » qui insistent sur la légèreté de la relation. De la même manière la répétition de « seul » renforcé par « tout » puis « bien » a le même effet. L’exclamation « Comme… » insiste sur le plaisir sans engagement des deux amants.

– les menaces de la passion : mais le jeu devient sérieux dans le poème et le passage à l’été est marqué par l’expression des menaces de la passion. Les verbes d’action au passé simple sont mis en évidence par des séries d’enjambements qui placent ces verbes en tête de vers, en position accentuée « Investit » « lancèrent » « tombèrent ». L’accumulation des vers 45 à 48 met en évidence la comédie amoureuse qui se joue toujours mais d’une tonalité différente : l’absence d’articles dans cette accumulation met à distance les sentiments et souligne l’artificialité de ces émotions. Le vocabulaire est par ailleurs largement péjoratif « oiseux, sans raison, indéfiniment, moites, vague ».

– le jeu n’est peut-être pas complètement terminé en automne, comme semblent le suggérer les hyperboles « l’élégance réclamée / De tout irréprochable amant  / Comme de toute digne aimée… » L’exagération souligne le stéréotype, tandis que les points de suspension évoquent l’ironie du poète/amant.

b/ Le renversement des stéréotypes : une fin inattendue

– le renversement de la fin :

La métaphore filée de la course de traineau remplace le réseau métaphorique des saisons par un autre, provoquant un retournement de situation à la fin du poème. Les stéréotypes liés au climat ont pris fin.

– le retour à l’action et au présent, au futur : le retour au présent d’énonciation, mais aussi du présent de l’impératif et du futur, permet le retour aussi à l’action des amants

– le pari : champ lexical de la course avec des paris : « nos parieurs » « autres traineaux » « disputer » « filons » « nous fleurira ». L’image du pari permet l’évocation de la victoire dans une concessive « quoiqu’on caquette », qui exprime un effet d’annonce positif qui tranche avec la mélancolie ou la critique du reste du poème. Le futur à valeur prophétique « fleurira » permet d’insister sur une image qui est multiple. Ces fleurs qui font leur retour à la fin du poème peuvent tout à la fois évoquer le retour du printemps et donc la victoire des amants, mais aussi les fleurs du mariage.

– le surnom familier « Fanchon » met en avant une forme d’intimité avec l’amante, qui contraste avec les apostrophes plus distantes du reste du poème. De la même manière la tonalité parfois élégiaque du reste du poème « Comme tous deux … ! » « Heureux instants ! » « Adieu, rafraichissantes brises ? » disparaît à la fin du poème au profit d’une proximité mise en valeur par les impératifs « Tenez-vous bien » « filons ! » mais aussi l’assurance qui transparaît dans le modalisateur « osent ». Le poème offre ainsi une fin qui contraste par sa tonalité et ses images, rompt avec la mélancolie et l’élégie afin d’offrir une image positive qui fait signe vers un avenir possible, sans pour autant nier la part de jeu et de comédie dans le désir et l’amour.

Conclusion :

Poème assez étonnant dans l’ensemble de l’œuvre, si l’on retrouve les mêmes thèmes que dans d’autres notamment la comédie amoureuse, ou encore l’ironie vis-à-vis des stéréotypes poétiques de l’amour, ce poème offre pour une fois l’image d’un avenir possible. Il renverse ainsi les stéréotypes et tire parti du jeu et de la comédie. Ce poème peut nous faire penser au dernier du recueil « L’amour par terre » qui après une évocation largement romantique et élégiaque se termine sur une tonalité plus moqueuse et légère.

Juin 19

SQ 4 image de la lecture et des lecteurs – LA 2 – Bovary, Flaubert – ST2S

Je poste cette synthèse sous la forme d’un fichier pdf pour que la mise en page soit conservée. Comme le texte est long et plein de références, j’ai utilisé des codes couleurs etc pour faciliter votre lecture et vos révisions. J’espère que tout sera clair. N’oubliez pas que nous avons beaucoup parlé de ces textes et que vous avez beaucoup de notes dessus.

Juin 19

SQ 7 Sacrifice au théâtre – LA 2 – Cyrano de Bergerac, E. Rostand

LA n°2 – Cyrano de Bergerac, E. Rostand.

Axe Relevé Procédés Explications
et se lève brusquement.(il va s’ adosser à l’ arbre.) (il tire l’ épée.) (il lève son épée.) (il frappe de son épée le vide.)(il frappe.) (il fait des moulinets immenses et s’ arrête, haletant.)

(il s’ élance l’ épée haute)

(l’ épée s’ échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.)

Didascalies Cyrano ne veut pas mourir assis. Il veut mourir l’épée à la main, debout. Toute sa vie, il a combattu (cf. la tirade des « Non, merci »).
Cyrano
Le Bret
Roxane
Cyrano
Roxane
Cyrano
C’est Cyrano qui parle le plus. Il ne parle pas à ses amis. C’est presque un monologue.
Elle / l’/

Cette camarde

Pronoms personnels Allégorie La mort est désignée par le pronom personnel « elle ». Il refuse de la nommer : il n’en a pas peur. Pour lui, c’est un combat de plus.
Je me sens déjà botté de marbre,
Ganté de plomb !
Métaphore Là encore, il refuse de reconnaître la mort, donc utilise des images (« botté » et « ganté » = des éléments qui désignent son statut social).
Que dites-vous ? … c’est inutile ? …Vous êtes mille ?
Ah ! Je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Pronom personnel « vous » Cyrano s’adresse à ses ennemis (c’est la raison pour laquelle il a l’épée à la main), qu’il défie.
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !Non ! Non !C’est bien plus beau lorsque c’ est inutile ! Présent de vérité générale Maximes Au cours de sa tirade, Cyrano essaye de rappeler sa philosophie : il n’agit que pour la beauté du geste [se bat contre 100 mercenaires, aide Christian, etc.].
Le Mensonge ?
Les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés!…
Ah ! Te voilà, toi, la Sottise !
Allégories Majuscules

Enumération Tutoiement

Cyrano énumère ses différents ennemis : ce sont tous des défauts. Il y en a deux à mettre à part : « le Mensonge » et « la Sottise ». Ces deux défauts sont au singulier.La Sottise est tutoyée : elle est intime (il la fréquente souvent) ou méprisée (on tutoie quelqu’un que l’on méprise).
j’ entrerai chez Dieu Euphémisme Il ne dit pas « quand je mourrai », pour atténuer l’idée. Il refuse de nommer la mort. Jusqu’au bout, il reste fidèle à ses idées (par exemple, il n’avoue pas à Roxane qu’il l’aime).Le mot « Dieu » est étonnant ici : Cyrano est un libre-penseur.
le laurier et la rose Métonymie ou synecdoque Métaphore Le laurier désigne la victoire militaire, la rose désigne l’amour.
Jamais, jamais ! je me bats ! Je me bats ! Je me bats ! Répétitions Exclamations Cyrano a encore assez d’énergie pour affirmer son désir de lutter jusqu’au bout. Il a refusé tout compromis (cf. la tirade des « Non merci »).
J’emporte malgré vous, et c’ est…C’est ? …
Mon panache.
Découpage du vers Chute Le dernier vers est éclaté, partagé en plusieurs répliques. Il nous fait attendre le mot final, la chute : le mot « panache » est mis en valeur. Un panache est un ensemble de plumes ; métaphoriquement, cela devient le symbole du courage, de la noblesse.
Il y a malgré vous quelque chose →
Que j’ emporte
Enjambement Verbe de mouvement Le vers ne s’arrête pas à la rime, il déborde, à cause du vers de mouvement « j’emporte ». Il refuse de mourir.

 

 

Problématique : Comment cette scène finale pleine de pathétique glorifie une dernière fois le héros Cyrano ?

I/ Une scène finale pathétique et épique

a/ La mort d’un héros pathétique

  • Annonce répétée de la mort sous diverses formules (d’abord poétiquement, puis brutalement, comment un combat … à mort)
  • Rappel absence d’amour dans la vie de Cyrano (regard péjoratif porté par sa mère et les femmes en général)
  • Demande de souvenir de la part de Cyrano (questions multiples à l’intention de Roxane)

b/ Les lamentations des amis impuissants

  • Pathétique lié aussi à la réaction des personnages autour de Cyrano (aveux d’amour de Roxane, cris, exclamations, didascalies…)
  • Des personnages cantonnés dans le rôle de spectateurs (la plupart des didascalies montrent que seul Cyrano bouge, répliques très courtes de Roxane et Le Bret, Ragueneau muet)

c/ Un dernier combat : une fin épique

  • Une mort en action (gestes et gesticulations de Cyrano)
  • Des répliques interrompues en permanence, qui miment à la fois l’ultime combat mais aussi l’agonie du héros.
  • Le combat : dimension épique jusqu’à la fin, insistance sur l’épée, la parole accompagne l’action, répétition de « Je me bats », interjections type « Tiens ! »

II/ La glorification d’un héros

a/ L’alliance du verbe et de l’action

  • Importance des didascalies qui accompagnent les répliques
  • Le rythme particulier des répliques (hachées, elles montrent à la fois que le personnage est agonisant, mais aussi ses mouvements, épousent le mouvement)

b/ Du dialogue au monologue tragique

  • Le dialogue avec les autres personnages est remplacé par un dialogue fictif avec la mort, et les ennemis (allégoriques, symboliques) de Cyrano
  • Finalement, une dernière scène qui ressemble plus à un monologue tragique même si ce n’est pas vraiment un monologue bien sûr (délibération, le personnage parle avec lui-même, beaucoup de phrases interrogatives / exclamatives, personnage agité…)

c/ Une mort édifiante

  • Un héros courageux jusqu’au bout qui fait face, seul
  • Le rappel dans un ultime combat des valeurs du héros
  • Le sens du sacrifice jusqu’au bout (la manière élogieuse dont il parle de Christian, une demande humble, l’acceptation de son sort)

Conclusion :

On a ainsi un dénouement tragique, pathétique et épique à la fois qui met en valeur le héros Cyrano, qui se sacrifie ici une nouvelle fois, au moment où Roxane apprend enfin la vérité. Le sacrifice est multiple ici, à la fois de manière rétrospective par rapport à Christian, mais aussi, dans cette fin qui met en scène sa mort. Le dénouement réunit à la fois la révélation et la résolution aux différents fils de l’intrigue. La figure de Cyrano est une nouvelle fois mise en avant, dans tout ce qu’elle a de sublime.

Autre proposition de commentaire : (ce n’est pas le mien, mais c’est pour vous aider à avoir une vision globale du texte, la plus complète possible).

Introduction

Le drame romantique a connu ses heures de gloires grâce à Victor Hugo à la moitié du XIXème siècle, dans des pièces comme Hernani ou encore Ruy Blas. Si ce genre paraît disparaître au commencement d’un nouveau siècle, certains dramaturges font perdurer ce style d’écriture sur les scènes françaises. Edmond Rostand fait partie de ces jeunes écrivains qui ne redoutent pas de suivre le modèle de leur père hugolien, tout en s’inspirant du mouvement symboliste de l’époque. Dans Cyrano de Bergerac, « comédie héroïque », le personnage principal est amoureux de sa cousine Roxane, qui elle-même aime un jeune gascon du nom de Christian. Grave dilemme lorsqu’il s’agit de protéger l’amoureux de celle qu’on aime : Cyrano propose alors un contrat avec Christian : celui-ci sera la beauté et Cyrano sera l’esprit, afin de séduire la belle. Christian meurt à la guerre, le héros ne dévoilera pas leur secret mais restera une présence discrète et quotidienne auprès d’une Roxanne entrée au couvent. Dans la dernière scène de la pièce, on assiste à une scène de révélation, dans laquelle Roxane découvre que celui qui lui écrivait des lettres d’amour était Cyrano, qui meurt suite à la réception d’une poutre reçue sur la tête, lors d’un piège tendu par ses ennemis. En quoi ce dénouement correspond-il aux caractéristiques attendues ? Si dans sa rhétorique, Cyrano considère la dualité de la mort, il n’en reste pas moins un poète plein d’esprit, qui joue sur la corde du registre pathétique.

Développement

I- La dualité de la mort

  1. a) La mort comme ennemie

La révélation qui a eu lieu précédemment laisse Roxane présente sur scène mais celle-ci n’intervient que deux fois dans cet extrait au vers 2554, pour prononcer le nom de Cyrano avec une ponctuation expressive, et au vers 2571 pour poser une question. Cyrano, entouré de cette femme qu’il a toujours aimé (la scène se déroule 15 ans après le début de la pièce) et de ses amis Le Bret et Ragueneau, est pourtant seul dans l’épreuve qu’il subit. Ce passage est presque un monologue tant les autres personnages sont muets. Il va alors s’adresser à la Mort et l’attendre de pied ferme. Les didascalies montrent la force de caractère du personnage, pourtant affaibli par son accident : « est secoué d’un grand frisson et se lève brusquement », « Il se raidit », « Il tire l’épée », « Il lève son épée », « Il frappe de son épée le vide », « Il frappe », « Il fait des moulinets immenses et s’arrête haletant », « Il s’élance l’épée haute ».Tous les verbes d’action montrent une énergie hors du commun qui donne une idée très précise de la détermination du personnage à affronter la Grande Faucheuse. Il la voit cependant comme une ennemie qu’il faut abattre et son côté guerrier (c’est un soldat gascon après tout) reprend le dessus. Il la désigne avec un pronom personnel très innocent « elle » (v.2551, 2552, 2554, 2555). Elle semble guetter le bon moment pour venir à bout de ce héros coriace. Le champ lexical qui se rapporte à elle est présent tout au long de sa longue réplique : « botté de marbre », « ganté de plomb », « vous me mettrez à bas », « Dieu », « mon salut ». La mort est représentée sous forma d’allégorie et devient une entité entière dans l’esprit halluciné de Cyrano. Il l’évoque aussi avec le groupe nominal « cette Camarde » (v.2555), représentation allégorique de la mort sous les traits d’un squelette. Et cette ennemie, il se doit de la combattre, d’où le jeu incessant de l’épée qu’il conserve auprès de lui et agite pour faire barrière entre elle et lui. Cette épée est d’ailleurs le symbole de Cyrano, en tant que soldat et homme tenace, courageux et intrépide. Elle ne l’abandonne que quand il rend son dernier souffle, comme l’indique la dernière didascalie « L’épée s’échappe de ses mains ». La répétition de « Je me bats ! » vers 2565 est un indice supplémentaire de la force de caractère de Cyrano qui n’est pas impressionné par celle qui doit le terrasser. Il ironise d’ailleurs sur son geste en disant que « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile » (v.2558). Il n’est pas dupe, il sait ce qui l’attend.

  1. b) Les compagnons de la mort

Si la vie de Cyrano est en danger et qu’il doit lutter contre une mort inéluctable, il rencontre d’autres éléments qui vont le trouver sur le seuil de la tombe. Ainsi, il s’adresse aussi à plusieurs allégories : le Mensonge, les Compromis, les Préjugés, les Lâchetés, la Sottise (v.2561, 2562, 2563). Durant toute sa vie, Cyrano a du se défendre avec son arme favorite, à savoir l’esprit, contre toutes ces entités. En effet, il est laid, ce qui a joué en sa défaveur envers Roxane. Son plus grand handicap, il le nomme lui-même « mon nez » (v.2555). Il en joue, le maltraite oralement, ironise sur ce point, notamment dans la tirade du nez dans l’Acte I, scène 4. Il soufflette, se bat et tue pour lui. Ce qui engendre moult commentaires sur ce personnage haut en couleur qui prend ombrage des critiques de manière aussi virulente. Il termine bien à propos sur la Sottise, grand mal humain, puisque celle-ci ne voit pas plus loin que le paraître et l’apparence. Tous ces maux sont désignés sous le groupe nominal « vieux ennemis » (v.2560), précédés de l’interjection « Ah ! », comme si leur présence était une bonne surprise. Le pronom « vous » les présente comme un groupe indissociable. La Sottise, placée en fin de vers, est quant à elle séparée des autres (v.2563) et il la tutoie. Cette intimité présente une habitude entre eux, car Cyrano estime l’avoir suffisamment côtoyer dans sa vie. L’évocation de deux éléments végétaux « le laurier et la rose » (v.2566) fait référence à deux symboles particulièrement forts : la gloire, la victoire pour le premier (élément d’Apollon qui plus est), du secret, du sacrifice, du renouveau, de l’amour, de l’étincelle spirituelle pour la seconde. Il perd tout face à eux, or il les provoque grâce à l’impératif : « Arrachez ! » (v.2567). Il semble ne pas connaître la peur puisque il gardera avec lui une chose qui lui tient à cœur et qui clôt la scène : « Mon panache » (v.2571 : brio et bravoure extraordinaires). Le dernier vers, fragmenté selon le schéma suivant 6/2/1/3, laisse planer le suspense jusqu’au bout et on assiste, éberlué, à la mort souriante du héros qui paraît avoir joué son dernier bon tour.

TRANSITION

Cyrano est donc un héros prêt à mourir et même si cette disparition n’est pas voulue, il ne tombe jamais dans le registre élégiaque et affronte cette épreuve la tête haute. La mort n’est qu’une simple bagatelle qu’il traite comme il l’a fait avec ses ennemis, sur le champ de bataille. Malgré la douleur et le froid qui l’envahissent, il demeure toutefois un poète dans l’âme qui manie la rhétorique et les mots avec brio.

II- Un poète dans une scène pathétique

  1. Le don des mots

En effet, Cyrano se targue tout au long de la pièce de faire preuve de beaucoup d’esprit. On assiste à cette démonstration car ses répliques sont construites avec une syntaxe étudiée et un choix des mots totalement opportun. Ainsi, dès le début de l’extrait, ses paroles font mouche, même si elles paraissent décousues : Les phrases nominales (v.2549, 2550, 2561, 2562, 2571) sont ici choisies pour exprimer des souhaits et surtout, correspondent au souhait de Cyrano de faire cette dernière route en solitaire. Les tirets sont le signe d’hésitations, non pas dues à une perte de ses mots, mais tout simplement à la plaie qui lui ravage le crâne et lui fait entrevoir les noirceurs de l’au-delà. La mort le trouve chaussé et ganté (v.2551-2552) de matières lourdes et mortuaires. Un vocabulaire mélioratif intervient tout de même dans cette bagarre avec la mort puisqu’il évoque l’espoir (v.2557), la beauté (v.2558), la gloire et l’amour (v.2566), la pureté (v.2570). Même le rire est présent ici au vers 2561. Tout est métaphorisé dans ces envolées verbales, dans des alexandrins qui n’ôtent rien à la majesté du personnage, bien au contraire. Cyrano n’est pas un personnage de tragédie, mais il pourrait l’être tant sa noblesse langagière est importante. Le ton qu’il utilise ici est marqué par la ponctuation très expressive qui balance entre exclamations et questions rhétoriques. Il exprime, dans un présent qui ancre ses paroles dans une réalité funeste, sa certitude quant au bagage qu’il emmène avec lui dans la tombe et qui insiste encore sur sa force de caractère (v.2567, 2568, 2571). Ce présent intervient presque comme une vérité générale car rien ni personne ne peut lui enlever sa bravoure. Cela est une preuve supplémentaire quant au fait que le bon esprit et la finesse ne le quittent jamais. C’est un héros qui force l’admiration même au plus fort du pathétique.

  1. Une scène tragique

Si Cyrano se rit de la Mort, il n’en reste pas moins que cet extrait met en scène la disparition d’un personnage mythique. Amant effacé devant Roxanne mais aux premières loges quand il y a promesse d’une bagarre, il est ici abattu dans un dénouement où le pathos est à son comble. Le public a assisté à son accident et sait donc d’ores et déjà que la fin est proche. La pitié est bien présente dans la salle et sur scène. On attend avec angoisse le moment où Cyrano livrera son dernier souffle. Le « grand frisson » du début est annonciateur de son agonie, de même que le silence (v.2551) et le chancellement (v.2571). L’intervention redondante de Roxane et Le Bret insiste sur la terreur qu’implique cette exposition de la mort (v.2554). La présence mutique de Ragueneau est elle aussi un signe du pathétique. On retrouve encore ce registre dans la volonté stérile de Cyrano de rester en vie : il refuse de pactiser avec l’ennemi (v.2562) et lance des questions rhétoriques montrant la lucidité dont il fait preuve ici (v.2556). C’est dorénavant un vieil homme fatigué et blessé qui ne laisse pas de place à la faiblesse puisqu’il refuse même l’aide de ses compagnons (v.2549, 2550). L’impératif et l’adverbe de négation s’inscrivent dans un pathos qui conduit le public à une admiration doublée d’une volonté de voir ses souffrances se terminer. L’épée, objet de défense, symbole de courage et de bataille, est le seul élément qui trouve gré à ses yeux. Une épée et un arbre sont les seuls soutiens qu’il recherche, le monde des objets et de la nature prennent plus d’importance que les hommes qui l’entourent. On voit donc la solitude de ce héros, qui use du JE comme signe d’une existence maintenant fragile (v.2551, 2553, 2554, 2564…). Enfin, le pathétique rebondit une dernière fois dans les 2 dernières didascalies lors du dernier échange avec Roxane. Elle est celle qui l’a accompagné durant les 15 dernières années de son existence et qu’il a aimée en secret. Le fait de la « reconnaître » montre un ultime sursaut de cet amour obsédant qui lui a fait faire le sacrifice de toute une vie.

CONCLUSION

Au terme de ce commentaire, force est de constater que la disparition de Cyrano a lieu comme sa vie s’est déroulée, avec brio et intensité. Dans ce dénouement, on retrouve toutes les caractéristiques du genre puisqu’il est nécessaire, rapide et complet. L’aveu a eu lieu, la mort est intervenue à sa suite et l’intrigue amoureuse est résolue, même si elle laisse une certaine amertume auprès des personnages restants. Tout comme Ruy Blas, le héros disparaît au moment où son amour pourrait enfin se concrétiser. Du personnage tragique au héros romantique, le décès est-il inévitable ?

Juin 18

LA 1 – SQ 4 – Image de la lecture – Daniel Pennac

LA n°1 – Daniel Pennac, Comme un roman

Problématique : Comment Daniel Pennac livre-t-il une réflexion sur la lecture à travers le monologue intérieur d’un adolescent ?

I/ Une plongée dans l’esprit d’un adolescent :

a/ Un monologue intérieur

  • Point de vue interne, avec une plongée dans l’esprit de l’adolescent. A partir de « Page 48. » et jusqu’à la fin de l’extrait, les pensées de l’adolescent nous sont retranscrites, sous forme de discours indirect libre le plus souvent « « 500 pages ! S’il y avait des dialogues encore. Tu parles ! »
  • La scène qui se joue en classe dans l’extrait est également présentée comme ce qui se passe dans l’esprit de l’adolescent, en insistance sur ce qu’il a vu ou entendu, au présent « il revoit » « il entend ». Les parenthèses agissent comme des commentaires et montrent bien qu’il s’agit des remarques de l’adolescent qui revient sur ce moment rétrospectivement à l’occasion de sa lecture.

b/ Etrangeté du livre pour l’adolescent

  • Décomposition de l’objet : caractéristiques essentielles de l’objet, mais en restant uniquement dans le domaine matériel, de l’objet physique, palpable. Aucune référence au sens, à l’histoire, mais un décompte d’abord (nombre de pages, insistance sur les chiffres, écrits parfois en toutes lettres parfois en chiffres). Le décompte est mis en valeur par les exclamations qui traduit les émotions de l’adolescent. Ensuite le livre est décomposé en une série d’éléments : « pages », « lignes » « marges » « noirs paragraphes » « un dialogue » « un tiret » « encre noire ». Autant d’éléments qui réduisent le livre à un objet étranger.
  • Cette étrangeté est également mise en évidence dans l’extrait par des images, comme la métaphore « font entre lui et les pages ouvertes un écran glauque qui trouble les lignes ». La relative « un livre qu’il ne lit pas » suggère une espèce de paradoxe : la fonction du livre entre ici en opposition avec l’utilisation qui en est faite par l’adolescent.
  • Série de présentatifs pour faire le tour de l’objet et le présenter, en insistant toujours sur sa matérialité : « C’est épais, c’est compact, c’est dense, c’est un objet contendant, un livre ».

c/ Le comique de la scène

  • Registre de langue : familier, jurons
  • Connivence du narrateur qui s’excuse du vocabulaire « désolé, mais il jure »
  • Connivence et comique également dans la scène en classe et le mensonge du professeur, ainsi que les parenthèses à valeur de commentaires qui soulignent ces mensonges.
  • Comique parce que c’est une scène qui évoque l’expérience personnelle du lecteur : les commentaires du monologue intérieur au DIL mettent en évidence cette expérience commune et sa tonalité comique « S’il se souvenait au moins du contenu de ces quarante-sept première pages ! Il n’ose même pas se poser la question – qu’on lui posera, inévitablement. » L’adverbe ici, joue le rôle d’un modalisateur qui traduit l’ironie du narrateur et crée du comique.

T° : en effet, le texte se propose comme une réflexion sur un type particulier de lecture, la lecture scolaire, autrement dit, la lecture forcée.

II/ Une réflexion sur la lecture :

a/ Un cas exemplaire : l’adolescent et la lecture forcée

  • Pas de nom, pas de détails référentiels, l’adolescent est présenté comme le représentant de tout son groupe. Il y a donc un emploi générique de l’article défini.
  • L’adolescent est un cas exemplaire puisque l’on retrouve les mêmes caractéristiques chez tous les élèves : quand il se remémore la scène en classe, on remarque l’emploi de l’adjectif « unanime » qui montre que tous les élèves ont la même réaction, tout comme le GN « concert de protestations ».
  • Titres donnés : littérature patrimoniale : Pensées de Pascal et Madame Bovary de Flaubert. Cela aussi souligne la dimension exemplaire de l’extrait : c’est un cas d’école, qui permet de réfléchir à ce qui provoque au fil de notre vie, un dégoût de la lecture.

b/ La lecture scolaire et ses caractéristiques

  • Des lectures anciennes, distantes, toutes identiques :
    • Des ouvrages énormes : insistance sur la taille des livres qui semble insurmontable. Insistance via les questions « Combien de pages ? » « C’est pour quand » : autant de question qui traduisent l’inquiétude des élèves
    • Des lectures interchangeables : reprise de la même formule, la même phrase « Dans son livre, Les Pensées, Pascal nous dit que… » Puis idem pour Madame Bovary. Les œuvres ne sont pas singulières pour l’adolescent elles sont toutes une corvée en vue d’un travail. La question « Page quarante-huit ou cent quarante-huit, quelle différence ? » a la valeur d’une question rhétorique et souligne toujours l’absence de singularité des œuvres pour l’adolescent ; puisque toutes se réduisent à un objet : le livre.
  • Une lecture liée au savoir et à une forme d’autorité
    • La parole du professeur et les formules d’obligation : discours d’autorité, formules d’obligation « il faut » mais aussi expression de l’interdiction « protester en rouge » « Monsieur ne négocie pas ».
    • La parole magistrale (= du maître, c’est-à-dire du professeur) : le discours autorisé. La parole de l’adolescent est corrigée par le professeur « dénomination correcte » et cette correction est mise en évidence par l’énumération d’un vocabulaire qui représente le discours autorisé, celui validé par le professeur et étranger à l’élève : « roman, essai, recueil de nouvelle, plaquette de poèmes »
  • Une lecture sans liberté
    • Rien à voir avec les loisirs, c’est une lecture en vue d’un travail scolaire, rien à voir avec le plaisir de lire. La lecture apparait comme une condamnation, il y a presque quelque chose de tragique pour l’élève. Le lexique souligne bien cette idée de fatalité à laquelle on ne peut échapper : « inévitablement », « date fatidique » « Rien à faire » suivi d’un futur prophétique « le mot s’imposera à nouveau. ». L’élève n’a aucune marge de liberté dans ce type de lecture.

c/ Une réflexion sur l’objet livre

  • Le retour et l’insistance sur la matérialité du livre permet de faire réfléchir à l’échec d’une certaine lecture, la lecture forcée qui empêche le plaisir. Ceci est mis en évidence par :
    • La répétition du constat de l’épaisseur et de la densité avec les présentatifs « c’est »
    • L’insistance sur l’objet à travers l’emploi du démonstratif « ça » qui se contente de désigner ce que l’on a sous les yeux, sans aller plus loin.
    • Déclinaison des articles avec toujours la même valeur générique : « le livre, un livre, les livres, des livres ». Valeur exemplaire de l’objet qui finit par représenter ce qu’il produit comme effet. Les métaphores « c’est un bloc d’éternité » « C’est la matérialisation de l’ennui » montrent cette réflexion sur l’objet, sa dimension physique, qui finit par absorber tout entier son usage et son utilité.
  • Insistance également sur le savoir :
    • A travers la figure autoritaire et comique en même temps du professeur
      • Enumération des « livres » qui ne sont pas de la littérature « un annuaire téléphonique, un dictionnaire, un guide bleu … »
      • Les mensonges en hésitant « trois ou quatre cents »
    • Avec le rapprochement à la fin de l’extrait avec l’encyclopédie : métaphore de la fin de l’extrait. Souligne à quel point ce savoir écrase l’élève. De coussin pour ses fesses d’enfants, le livre est devenu instrument de torture : il est cantonné dans l’esprit de l’adolescent à un outil, objet, sans utilité pour lui.

 

Conclusion :

Cet extrait cherche ainsi à dénoncer avec humour une lecture qui ne donne pas envie de lire. La lecture scolaire infligée à l’adolescent apparaît comme un cas exemplaire de ce qu’il faut éviter : la lecture torture, la lecture travail. La forme romanesque que prend cette réflexion chez Daniel Pennac, permet de nous faire plonger dans l’esprit d’un adolescent pour mieux faire écho à notre propre expérience, sans négliger les atouts d’une scène comique. On peut se demander si Pennac, professeur de lettres lui-même, ne souligne pas l’échec de l’école de ce point de vue, c’est-à-dire la transmission de ce goût de lire et de découvrir.