ECONOMIE et HUMOUR
Un blog qui s\'adresse à à tous ceux qui veulent mieux comprendre les questions économiques, mais de manière ludique, en s’appuyant sur l’humour.

La diarrhée réglementaire européenne ?

Iturria et l’UE
 

On devrait avoir quelques scrupules à caricaturer l’Union Européenne. Elle a contribué à pacifier un espace géographique qui a connu trop de conflits historiques. Qu’on parle aujourd’hui du couple franco-allemand, comme moteur de l’Europe alors que ces 2 pays ont été en guerre 3 fois en moins de 70 ans, est très positif dans son bilan.

 

Pour autant, les citoyens peuvent être dubitatifs quand ils sont confrontés à des directives telles que celle-ci. Limiter la durée hebdomadaire du travail à 60 heures, ne peut être synonyme de progrès pour un français ou un allemand, mais en plus, cela ne peut que nourrir leur scepticisme  entretenu aisément par les « anti-Europe ».

Certes, il faut rappeler qu’un pays n’a pas à s’imposer ce plus petit dénominateur commun, et c’est donc une forme de progrès pour les travailleurs de pays qui n’avaient pas de législation contraignante dans ce domaine. N’empêche que cela inquiètera les opinions publiques qui peuvent être tentés de renoncer, de se débarrasser d’une Europe qui n’améliorerait pas leur quotidien. Il est troublant que quand on demande son avis au peuple (Pays-Bas et France en 2005, Irlande en 2008) les résultats sont négatifs. Il faut être talentueux pour leur rappeler et les convaincre, que les excréments peuvent être des fertilisants qui aideront à faire éclore de bonnes récoltes.

Nous sommes sûrement à un tournant. Pouvait-on passer de 15 à 25 puis 27 et plus, sans consulter les peuples ? Et maintenant que c’est fait, il faut leur proposer une Europe plus sociale, plus concrète qui aide à améliorer le sort des citoyens. Il faut aussi par exemple qu’elle porte de grands chantiers dans les infrastructures  (tout en ménageant si possible le développement durable), qu’elle soit en pointe dans la formation et l’innovation. Sinon, la vache européenne deviendra un taureau qu’on ne regrettera pas de mettre à mort.


Publié le 29 juin 2008 par maule64 dans Dessin et Dessein

On n’a plus que le droit de frapper la monnaie.

troc-dim-b.jpg
 

 Le troc nous apparaît bien archaïque, même s’il n’a pas complètement disparu. Il fut pourtant un grand progrès. Quand Cro magnon voulait le feu de Cro tagnon et qu’il était sans …pognon, il lui fallait le voler, s’en emparer plus ou  moins violemment. Le troc a, en permettant les échanges,  pacifié les rapports humains.

Les limites du troc sont cependant vite apparues. Si hier, j’ai échangé de la laine contre des poissons, mais qu’aujourd’hui je suis lassé de manger du poisson, je ne cèderai plus de laine contre lui. Problème de divisibilité également : la semaine dernière, j’ai reçu  4 Kg de fruits contre un vase que j’ai fait ; aujourd’hui mon partenaire de troc n’a que 2Kg à me proposer, à l’évidence, je ne vais pas couper en deux mon vase.

Tout ceci explique (du moins pour les économistes car les anthropologues ont un autre regard) pourquoi on s’est mis à frapper de la monnaie et l’évolution des formes  monétaires (ou formes de monnaie). La multiplication des échanges a rendu moins pratiques les pièces, il a fallu inventer les billets. La multiplication des relations commerciales a nécessité l’apparition des chèques et de la monnaie électronique.

La monnaie a pacifié les relations humaines, a-t-on dit, mais certains tels D. Clerc (fondateur du magazine Alter Eco évoqué dans une bulle) la qualifient de « pouvoir masqué ». Elle n’aurait pas que des fonctions techniques (cf épisode 4 du feuilleton), elle contribuerait à pérenniser l’ordre social en place, en anesthésiant les rapports sociaux du fait qu’elle cacherait, qu’elle masquerait les fortes inégalités sociales. Elle est un dénominateur commun qui rend compte des différences de rémunération, mais de manière moins crue que si on les évaluait en biens, et sans inviter à s’interroger sur la légitimité d’écarts pourtant très conséquents.


Publié le 27 juin 2008 par maule64 dans Dessin et Dessein

Les « charges sociales » allègent la vie des français

Il est de bon ton de parler de « charges sociales » alors qu’il s’agit en fait de cotisations sociales. Il est vrai que dans un document comptable ces cotisations sociales sont recensées dans les charges payées par les entreprises par opposition aux produits, c’est-à-dire à l’argent qui rentre dans l’entreprise.

On peut néanmoins regretter l’emploi du terme « charge » qui est connoté négativement. On imagine des charges qui pèsent sur les pauvres entreprises. Tout comme le randonneur qui a sur les épaules un poids élevé, les entreprises seront freinées par ces prélèvements imposés par L’Etat. Retirons au randonneur son lourd sac à dos, et il gambadera ; réduisons les « charges » des entreprises et elles produiront plus, elles embaucheront. Outre que la relation n’est pas si évidente car il faut qu’elles trouvent des clients, on oublie trop rapidement à quoi servent les cotisations sociales. Dans le cadre de la redistribution, elles financent les prestations sociales. Elles permettent aux gens de se soigner, puis un jour de bénéficier d’une retraite méritée. Réduire les charges, c’est rogner sur les acquis sociaux obtenus souvent après de longues batailles. Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à ouvrir le débat sur le montant des cotisations et sur les modalités (faut-il développer la CSG ?), mais on ne peut se contenter d’affirmer de manière péremptoire qu’il faut les réduire sensiblement. Ces cotisations ont contribué à améliorer le sort des français, elles ont soutenu la demande des consommateurs, et elles ont contribué à faire de la main d’œuvre française, une main d’oeuvre en bonne santé et productive (les économistes parlent d’externalités).


Publié le 23 juin 2008 par maule64 dans Eco...nnerie lue ou entendue

«Qui paie ses dettes enrichit… les riches »

dette4.gif
 
Pourquoi avoir choisi ces dessins de Plantu ? Pour une double raison :

D’abord, c’est une façon pour moi, en  »inaugurant cette rubrique » de rendre hommage au talent de ce dessinateur qui généralement parvient à faire comprendre l’essentiel par son humour.

Ensuite, parce que ce dessin qui date d’une quinzaine d’années a gardé toute son actualité. Il nous rappelle la suffisance des pays riches qui bien souvent  pensent que ces pays en retard n’ont qu’à nous imiter. La théorie du développement linéaire de Rostow expliquait il y a plusieurs décennies que tous les pays se développeraient, franchiraient les mêmes étapes que nous, pays développés. Ces Pays en développement (dirait-on aujourd’hui) devaient nous imiter, et « investir » comme le préconise le représentant de l’économie capitaliste. Pour être juste, Rostow ne niait pas que nous devrions les aider à franchir ces étapes plus rapidement. De  nos jours, c’est le FMI (fonds monétaire international) qui demande à ces pays de nous imiter en adoptant des PAS (plans d’ajustement structurel) autrement dit, des politiques de rigueur d’inspiration libérale qui ont fait bien des dégâts en Argentine ou encore en Afrique. Notre aide était bien modeste (frêle esquif)  eu égard à la face cachée de l’iceberg qu’est ici la dette.

Enfin, bien des commentateurs se donnaient bonne conscience, en avançant que cette adhésion sans critique au libéralisme permettait de  réduire sensiblement la pauvreté. Las, les émeutes de la faim de ces dernières semaines, ternissent la confiance sans nuance que certains font à notre mode de développement pas si aisément transposable.


Publié le 23 juin 2008 par maule64 dans Dessin et Dessein

Blague 1 L’économiste et les moutons

Les moutons
« Dans une montagne, un économiste rencontre un berger et son troupeau de moutons. L’économiste dit au berger : « Je vous parie un mouton que je suis capable de vous dire immédiatement combien vous avez de moutons ». Le berger, confiant accepte le pari. L’économiste lui dit alors : « Vous en avez exactement 253″. Le berger, un peu halluciné, reconnaît que c’est vrai et lui dit : « Ben, oui, allez-y prenez en un ». L’économiste prend son mouton, mais au moment de partir le berger le rappelle et lui dit : « Attendez, moi je vous parie un mouton que je trouve votre profession ». L’économiste, confiant, accepte. Le berger lui dit : « Vous êtes économiste ». L’économiste stupéfait lui dit : « Oui, mais comment vous avez su ? « . Le berger lui répond alors : « Rendez-moi mon chien et je vous explique… ». »

 Commentaire :

La blague ne nie pas que les économistes aient des compétences, en particulier en mathématiques. Les livres des économistes (surtout destinés aux étudiants et à leurs condisciples) le confirment. Cela explique en particulier le mécontentement d’étudiants qui ont milité pour que l’enseignement de l’économie tienne davantage compte des réalités concrètes. On pourrait multiplier les exemples montrant le décalage entre les citoyens et les économistes. Ils sont souvent des techniciens plus ou moins brillants de l’économie mais qui exaspèrent leurs concitoyens quand leurs discours sont trop éloignés des réalités ressenties. Par exemple, les  économistes agaçaient quand ils affirmaient que le passage à l’Euro n’avait pas eu de conséquences significatives sur la hausse des prix. Beaucoup de revenus modestes pensaient le contraire. De même, il a fallu du temps aux économistes pour reconnaître une sensible hausse des prix de produits basiques (y compris le logement) ce qui affectait le pouvoir d’achat et le moral des français. Les économistes s’appuyaient sur l’indice des prix à la consommation fourni par l’INSEE or celui-ci, calcul rigoureux, complexe ne rendait pas bien compte des difficultés réelles des ménages. L’économiste cherche à asseoir ses raisonnements qu’il veut le plus scientifique  (voir épisode 1 du « feuilleton économique »), sur des données acceptées par la communauté des économistes, mais cela ne l’exonère pas de s’interroger sur la pertinence de ces outils et de leur évolution surtout quand cela alimente le décalage, voire le divorce entre les français et leurs élites qui pourtant doivent inspirer confiance puisque ce sont elles qui doivent faire accepter les sacrifices.


Publié le 23 juin 2008 par maule64 dans Blagues commentées

Episode 1 : L’économie, une science molle ?

Chap 1

            A QUOI  CA  SERT  L’ECONOMIE ?

 Sonnerie de 8 h 55. Salle des professeurs. 

-  « En forme Bastien ?
-   Comme un lundi.
-   Tu as trop fait la fête.
-   Non, j’ai simplement conversé avec des fantômes cette nuit.
-   Quoi de plus…
-   Surnaturel ! Lâche-moi un peu Patrick.
-   Un conseil en tout cas, évite de brûler le feu rouge près du lycée.
-  J’ai simplement confondu l’orange et le rouge. Au fait, mon cours de seconde est bien dans la chemise orange. C’est pas vrai,  j’ai pris la rouge, celle de la séance de terminale. Déjà qu’avec mon prompteur de pauvre (le cours) je peine le lundi, je vais carrément ramer. Il va falloir ruser et gagner du temps.

       9 h 00. Début du cours.

     Après un minutieux et donc, long appel, il faut se lancer.

-  « Avez-vous des questions sur l’actualité ?
-  ……..
-  Allons, on se concentre. Je répète : y a-t-il des questions ?

Je m’en doutais. Ils dorment, ils s’en foutent, ils ne feront rien pour m’aider. En anglais, Julie les brancherait sur des « gossips », des potins, mais nous, on se prend pour des gens sérieux. Tant pis, revenons aux définitions de la population active, aux différents calculs qui en découlent.

- Tout le monde a bien compris l’intérêt de ces calculs ?
- Eh ben, à quoi ça sert Monsieur ?
- Vous voulez dire Rachid, ces calculs ?
-  Non, l’économie.
- Mon père, il dit à remplir les formulaires de l’A.N.P.E.
- Ah pas ce genre d’humour Kévin, surtout un lundi ! Revenons à la question de Rachid. Précisez votre pensée.
- Le prenez pas mal, Monsieur. Ca fait plus d’un mois qu’on a commencé cette nouvelle matière, et je n’ai pas su bien expliquer à quoi ça sert, quand mon père m’a posé la question.

Purée, je voulais m’éloigner de ce cours oublié, mais là, on attaque fort. C’est une question essentielle.

- Disons que cette matière doit vous aider à mieux comprendre, à décrypter l’économie et la société dans lesquelles nous vivons. On s’appuie sur diverses sciences comme l’économie…
- Le prof de Maths, il a dit que ce n’était pas une science.

 Intervention perfide de Solène, une petite peste, comme par hasard fille d’un collègue de physique.

-    – Vous êtes sûre qu’il a dit ça ?
- Monsieur, il faut pas vous laisser faire. Il faut lui demander des comptes, on peut venir avec vous à la récréation.
- Du calme Mustapha !
- En fait, il a dit ce n’est pas une science exacte.
- Votre précision est importante Solène, et elle devrait nous éviter un pugilat dans la salle des profs.
- Et pourquoi pas ? il nous a donné un devoir vachement difficile l’autre jour.
- J’ai dit du calme ! Revenons à ce qui nous intéresse. On oppose les sciences exactes (ex. la physique, la chimie) aux sciences humaines (ex. l’histoire). Les premières concernent des phénomènes a priori naturels qu’on peut souvent étudier en laboratoire. J’associe les produits A et B et j’en retire le produit C. Je refais autant de fois l’expérience qu’il le faut en neutralisant les facteurs extérieurs, et j’en tire une loi. Les sciences humaines, elles, étudient les hommes, les femmes, leurs comportements. Les facteurs explicatifs sont très nombreux. Impossible de les mettre sérieusement en équations. Au mieux, on dira, voilà ce qui dans cet ensemble d’éléments me paraît le mieux expliquer le phénomène étudié. Conclusion : dans une science exacte au même moment on aura à peu près la même vérité, le même discours, sauf de la part des incompétents, mais aussi des chercheurs plus brillants qui font progresser leur science. La vérité des sciences exactes est donc bien plus relative qu’on ne veut bien le dire. Dans les sciences humaines, au même moment des gens reconnus par la communauté scientifique pourront tenir des discours diamétralement opposés.
- Même en éco ?
- Oui.
- C’est embêtant.
- Moi, je dirais plutôt que c’est ce qui fait le charme de l’économie. Par exemple, pour lutter contre le chômage, certains avanceront qu’il faut alléger le coût du travail, et d’autres diront qu’il faut améliorer le pouvoir d’achat des salariés.
- Qui a raison ?
- Je ne peux répondre ainsi à la question. Il faut comprendre la logique, la cohérence de ces propositions, les remettre dans leur contexte historique. Autrement dit, faisons la différence entre l’économie, c’est-à-dire ce qu’on peut vivre quotidiennement et l’Economie, la discipline, qui aide à comprendre les rouages de l’économie capitaliste. Elle doit dire voilà, ce qui s’est passé, elle a plus de mal à dire voilà ce qui va se passer. Mais elle doit aider l’homme politique à faire les bons choix économiques, et le citoyen à choisir ceux qui semblent capables de faire ces bons choix économiques.
- Donc l’économie, comme dit mon père, est une science molle.
- C’est vrai Solène que certains opposent sciences dures (ou exactes) aux molles (ou humaines). Personnellement, n’étant pas un universitaire d’économie, je m’amuse de ce classement qui se veut blessant. Ce qui compte, c’est que la démarche adoptée dans une discipline soit la plus scientifique possible. C’est le cas de l’économie et de la sociologie, même si leurs travaux débouchent fréquemment sur des conclusions nuancées et donc décevantes pour les médias et les citoyens qui aimeraient avoir des certitudes. Encore une fois, l’être humain, et je m’en félicite, n’est pas près d’être mis en équations. Mais pas de doute, l’économie est bien plus proche de l’astronomie que de l’astrologie.
- Ouais, mais moi ça me plairait pas de me faire traiter de science molle.
-  Nous sommes d’accord avec vous Jordan.


Publié le 22 juin 2008 par maule64 dans Un feuilleton économique

Présentation de la journée accablante

Prologue

- «  Monsieur, quelqu’un frappe à la porte.
-  C’est agaçant d’être interrompu, surtout à coup sûr pour un motif futile, pensa Bastien. Il dit : « entrez ! »
-  Nous voudrions parler à Bastien Etchandy, c’est bien vous ?
-  Oui, mais qui êtes‑vous ? Il me semble vous connaître, en tout cas, vous, le barbu.
-  Je suis Karl Marx, et voici Adam Smith.
-  C’est une blague, un poisson d’avril en automne !
-  Pas du tout, nous sommes très mécontents de la façon dont vous présentez nos théories, et nous sommes venus vous donner une leçon. Nous allons vous remettre les idées en place, nous avons une méthode infaillible. »

Il ne leur fallut que quelques secondes pour ouvrir la fenêtre, et suspendre par les pieds ce pauvre professeur dont les efforts de vulgarisation ne leur convenaient pas.  

-  Aidez‑moi les élèves, au secours !

Le délégué devenu prudent depuis le dernier conseil de classe, quand il s’agissait de s’adresser à des adultes, résuma le sentiment général en se contentant de répondre :

-  Mais Monsieur, vous nous dîtes qu’il faut rester neutre en économie.
-  Ça suffit !  Lâchez moi ! 
-  Tu plaisantes, je suppose ?
-  N’hésitez pas, lâchez le !  dit avec fermeté un nouvel arrivant. Son ton contrastait avec son délicieux accent anglais, et son flegme tout britannique.
-  Qui c’est celui‑la  encore ? Que me veut‑il ?
-  Je suis John Maynard Keynes.
-  Mais, Monsieur Keynes, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour vous, et j’insiste sur l’importance de vos travaux.
-  Pas de flagornerie, pas de sentimentalisme, trancha net Karl Marx.
-  Lâchez‑moi !
-  Tu insistes petit  ?
-  Mais ce n’est pas possible. Vous n’appartenez pas aux mêmes siècles, et puis vos théories sont contradictoires.
-   Certes, mais nous sommes lassés de ces vulgarisations qui caricaturent la richesse, la profondeur de nos oeuvres, dit J.M. Keynes.
-  Tout à fait, enchaîna Smith. Nous ne supportons plus que de petits prétentieux de ton espèce nous attribuent, selon leur bon vouloir, des bons, et surtout de mauvais points.

Les deux britanniques se tournèrent vers Marx.

-  Que faisons-nous ?
-  Je suis pour un châtiment, disons… capital. Le verdict tomba, tout comme Bastien.
-  Je vais me tuer en tombant de 6 mètres, non 7 mètres, 7, 7… 7… . Il est 7 heures le journal de France Inter.
- Quel affreux cauchemar ! Décidément, je dors mal dans la nuit de Dimanche à Lundi. Déjà la semaine dernière, avant de me réveiller en sursaut, j’étais poursuivi par Friedman qui me reprochait de mal présenter le courant libéral et l’importance de la lutte contre l’inflation, et la semaine précédente, c’était Malthus qui voulait m’étriper au prétexte que je  brocardais les positions rigoristes du pasteur qu’il était.

Déjà 7 h 15. Une bonne douche puis un rasage pour être présentable. Ce sera aussi l’occasion de faire le point sur cette dure journée qui s’annonce. Et quelle journée ! 6 heures de cours un Lundi, c’est déraisonnable. Je ne vais pas tout de même, à 28 ans, sacrifier tout mon week-end, pour peaufiner des cours destinés à des élèves encore moins en forme que moi. N’empêche que sur la monnaie et l’inflation en Première, si j’ai des questions trop techniques, je risque d’être en difficulté. C’est pas grave, j’éluderai, Je dirai que la question est intéressante mais que je ne peux, en début de Première, y répondre complètement car cela nous conduirait dans des développements trop longs, trop ardus. Un Lundi, ce genre d’argument est très dissuasif.  Par contre, cet après-midi sur le chômage, ça devrait rouler. C’est un de mes dadas. Je pourrai briller et leur montrer l’intérêt des Sciences Economiques et Sociales. Les S.E.S. aident à mieux comprendre la société et l’économie dans lesquelles nous vivons. Elles contribuent également à former le citoyen, c’est sûrement pour cela qu’elles agacent les Ministres de l’Education Nationale. Notre discours est jugé trop critique. Il me tarde vraiment de faire ce cours, je ne crains rien sauf peut-être… le cassoulet de Maman.

C’est pas vrai, j’avais oublié que chaque Lundi, je mange chez mes parents. Ma mère croit que loin de chez elle je dépéris. Il est vrai dit-elle, que les filles qu’on côtoie aujourd’hui, ont remplacé la casserole par l’ouvre-boîte et les bonnes sauces par des plats surgelés « light ». Résultat, le Lundi c’est saucisse lentilles, couscous ou ragoût de mouton avec bien sûr des pommes de terre. Difficile dans ces conditions de rendre vivant un cours. En pensant aux cuisinières du troisième millénaire, je ne suis pas content de Julie, ma prof d’anglais préférée. On peut dire qu’on est proches et même très proches, mais aussi modernes. Je trouve normal qu’elle soit allée avec sa collègue Cécile à Paris, passer le week-end chez une autre copine. Mais elle exagère, elle aurait pu me téléphoner, même en rentrant tard. Je suis pourtant beau joueur. En cours, quand on aborde le statut de la femme, je me félicite de son évolution positive, de l’émancipation féminine. J’émaille même mes propos de termes anglais. Et comme récompense ? Pas un coup de fil et du surgelé tout le week-end… ce qui ne surprendrait pas ma mère. Ne baissons pas les bras, il faut que je nous organise une petite soirée sympa: Je ferai les courses à 17 h, non 17 h 30. Je reçois Mme Bourdon, qui… bien entendu n’a pas le moral à cause de son fils.

Quelle journée ! Heureusement que je commence par un cours de Seconde sur la population active, les taux d’activité par sexe et par âge etc… Autant de questions passionnantes qui vous endorment une classe pas vraiment réveillée. Ca me permettra d’arriver sans encombre au café de 10 heures et de voir Julie pour lui parler de notre soirée »


Publié le 22 juin 2008 par maule64 dans Un feuilleton économique