ECONOMIE et HUMOUR
Un blog qui s\'adresse à à tous ceux qui veulent mieux comprendre les questions économiques, mais de manière ludique, en s’appuyant sur l’humour.

Episode 17 L’Euro ne peut pas tout faire

 

Bastien n’en profita pas pour relever la demie erreur. Magnanime, il poursuivit :

-          L’exemple anglais est intéressant. Il prouve qu’on peut réussir sans faire partie de l’Euro. Il est commode pour les hommes politiques nationaux d’imputer à l’Euro, à Bruxelles les piètres performances de leurs économies.

-          Donc finalement, tu trouves que l’Euro c’est plutôt bien ?

-          Disons que beaucoup d’économistes le pensent, et qu’une fois au pouvoir les hommes politiques français ont cherché à le défendre plus qu’à le remettre en cause.

-          Tu m’énerves, tu rejoues les savonnettes. Mouille-toi. Qu’est-ce que t’en penses ?

-          Son bilan est globalement positif selon moi. Il impose une discipline sûrement utile. On a maîtrisé l’inflation. On ne peut trop laisser filer les déficits budgétaires et sociaux, ainsi que l’endettement de notre pays.

-          Et pourtant, tu manques d’enthousiasme en présentant ce bilan.

-          C’est vrai. Cela m’a agacé qu’on le présente comme la panacée. Certains laissaient croire Euro = croissance = prospérité pour tous. A l’évidence, les choses ne pouvaient être que plus compliquées. Et puis, je me demande si en acceptant les contraintes liées à l’Euro, donc des politiques d’inspiration libérale, remettant en cause l’interventionnisme économique, le volontarisme politique, si je ne suis pas laissé abuser par les défenseurs de ce qu’on a appelé la pensée unique. C’est-à-dire un discours qui défend l’économie de marché en disant qu’il faut lui faire confiance et que moins l’Etat intervient, meilleure est la situation.

-          Je comprends mieux ta mine renfrognée, voire un peu boudeuse.

-          N’exagère pas.

-          T’es mignon quand même. Qu’est-ce que tu conclues alors ?

-          D’abord qu’il est assez simpliste d’imputer à l’Euro fort la responsabilité de nos difficultés. Bien sûr qu’on peut souhaiter qu’en face de la Banque Centrale Européenne émerge un pouvoir politique plus fort. Peut-être qu’on finira par voir apparaître une coopération politique se fixant des objectifs de plein emploi, de réduction des inégalités, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Il y a trop de disparités entre les pays de l’Union Européenne pour que les politiques mises en œuvre, comme par enchantement, permettent à la France de résoudre ses difficultés économiques. L’Euro peut être un facteur de stabilisation qui n’exonérera pas notre pays d’engager des réformes structurelles. En résumé, comme je le dis aux élèves…

-          Cite toi, c’est très chic.

     Nouvel haussement des épaules de Bastien :

-          L’avenir n’est a priori ni rose, ni noir, il est à écrire. Je ne garantis pas la félicité, mais je dis qu’il faut aller de l’avant.

-          Ta conclusion est : let’s go !

-          Au fait, je ne t’ai pas parlé du NON au référendum sur le traité constitutionnel européen du 29 Mai 2005, ni du mini traité pour sortir l’U.E. de l’impasse…

-          Non, mais tu crois que cela va m’aider pour mon cours de cet après midi ?

-          Désolé ! Au fait, tu as une photo de l’Euro ?

-          Oui, c’est une illustration du texte.

-          Tu peux leur apprendre qu’il y a deux symboles sur chaque billet.

-          Je sais. Un pont qui symbolise la liaison entre les pays et une fenêtre pour l’ouverture. Je ne vais pas aller très loin avec ça.

-          J’ai fait ce que j’ai pu.

-          C’est vrai, tu as été chou, mais encore une fois tu as débordé. Tu as largement passé les 10 minutes.

-          Franchement, je trouve que c’est un minimum. Ce soir qu’est-ce que tu fais ?

-          Je ne sais pas encore.

-          J’avais pensé…

-          Je n’ai pas trop le temps d’en parler. Je vais déjeuner en vitesse à la cantine avec Céline. Cela fait d’ailleurs un moment qu’elle me jette des regards noirs, et qu’elle consulte ostensiblement sa montre. Il faut dire qu’on reprend à 13 heures.

-          Moi aussi, je suis à la bourre. Je mange chez mes parents.

-          Comme chaque Lundi ! T’es un bon garçon. Allez, on s’appelle ce soir, et le bonjour à ta maman. Bye !

 

J’aime pas trop ce « bonjour à ta Maman ». Elle l’apprécie vraiment ou bien elle était narquoise ? Hum… Poser cette question, c’est déjà y répondre. Il faudra que j’espace mes déjeuners familiaux. Il y a des dents qui vont grincer. Impossible d’en parler aujourd’hui, il me faudra déjà subir les reproches pour mon retard.

Ce qu’on peut retenir du chapitre  4  (et donc des épisodes 13 à 17):

L’Euro est une réalisation spectaculaire de la construction européenne. Il n’était pas évident de relever ce défi d’abord, politique.

Le bilan économique est plus difficile à établir.

 Certains soulignent qu’il doit être un facteur de bonne gestion de l’économie (on surveille les déficits et l’inflation), il devrait favoriser la croissance.

D’autres regrettent que la mise en place de l’Euro ait fait  privilégier les considérations économiques au détriment des préoccupations sociales (quels emplois? Quelle évolution des inégalités?..).

Les difficultés actuelles (crise, interrogations sur notre mode de croissance) montrent que les politiques nationales restent indispensables et qu’il faudra peut-être renforcer la coopération avec certains partenaires européens sachant qu’à 27 ou plus, il est difficile de faire l’unanimité.

Enfin, Bastien le prof a du mal à faire avancer ses projets avec sa collègue, et Bastien le fils bien élevé, ne pourra échapper au repas familial.

 


Publié le 18 juillet 2009 par maule64 dans Un feuilleton économique

Qu’ils sont empruntés!

 En fait, nous savons peu de choses de cet emprunt dont on parle tant. Et si on en parle tant dans les medias c’est que cette question relève plus du politique que de l’économie.

Que peut-on dire?

- Le Président voulait parler devant le congrès à Versailles. Comme il avait peu à dire de nouveau sur le fond, ses conseillers ont dû lui suggérer de collecter des fonds: l’idée de l’emprunt était lancée comme on lance une toupie et il s’agit de la faire tourner pour occuper les medias. Les anglo-saxons qualifient ces conseillers en communication de « spin doctors » (a) ceux qui font tourner les infos pour occuper les medias et faire en sorte que leur champion soit au centre de l’actualité et lui donne le tempo qui lui convient.

- Normalement, quand un gouvernement (mais y en a -t-il vraiement un?) a défini ses priorités, il va chiffrer ses dépenses et chercher à les financer en recourant pourquoi pas  à l’emprunt. Or ici, on nous dit qu’on va lancer un grand emprunt, mais on ne sait pas dans quelles conditions et pour quels projets. Autrement dit, cet emprunt va tel une toupie tourner sur lui-même pendant de nombreuses semaines avant espérons le de produire des effets positifs.

 

Il faut savoir que l’Etat emprunte très régulièrement sur les marchés financiers. Bien des économistes toutes tendances confondues, ne voient pas vraiment l’intérêt de lancer cet emprunt qui comme il doit être un succès politique, sera probablement avantageux  pour les souscripteurs (cf taux d’intérêt assez élévé+ sûrement des avantages fiscaux), et donc au total coûtera plus cher à l’Etat et aux contribuables.

On peut penser que finalement, ce sont ceux qui ont des revenus confortables et de l’épargne qui en seront les principaux bénéficiaires. Ils récupéreront leur épargne plus des intérêts grâce aux impôts payés par tous, en particulier la TVA, impôt qui  touche tous les revenus notamment modestes. Ce sont donc eux qui feront comparativement le plus gros effort… au profit des plus aisés.

On ne peut toutefois pas négliger a priori la dimension symbolique et peut -être utile de l’opération. L’exécutif peut arguer que cet emprunt national peut mobiliser les énergies et redonner du souffle à notre croissance. Nous verrons…

Pour atteindre cet objectif, il cherche des cautions . Il emprunte à la gauche un ex premier ministre (Rocard) et au camp chiraquien également un ex premier ministre (Juppé).

Plantu a raison de les nous les présenter embarrassés et donc…. empruntés. L’un et l’autre sont certainement flattés d’avoir été sollicités, mais ils représentent des traditions économiques différentes: le premier interventionniste et plutôt favorable aux impôts alors que le second veut plutôt réduire le poids de l’Etat ce qui ne rend pas leur association très convaincante.

En résumé, le Président attend des dividendes politiques de cette initiative éconnomique dont on peut douter du véritable… intérêt .

 

(a)  Un Spin doctor est un conseiller en communication et marketing politique agissant pour le compte d’une personnalité politique, le plus souvent lors de campagnes électorales. Le terme a une connotation négative. [...]

Spin ferait allusion à la torsion, à l’effet que l’on donne à une balle de tennis ou à la façon de faire tourner une toupie. Ils dirigeraient donc l’opinion, en lui donnant une impulsion ou une pichenette, en lui fournissant les bons slogans, les bonnes révélations, les bonnes images, en mettant en scène les évènements qui la redirigeront dans le sens souhaité[...].

Le spin doctor a une influence considérable sur le discours, le programme et les initiatives de son client[...]. En ce domaine deux professionnels célèbres ont acquis une réputation sulfureuse, liée à des affaires de fuites ou de désinformation de la presse. Il s’agit de Karl Rove le conseiller de G. W. Bush, surnommé son « baby genius » et de Alastair Campbell pour Tony Blair. Tous deux eurent un rôle crucial dans le « marketing » de la guerre en Irak, et bien sûr dans le style et le programme de leurs clients.

En France, on peut prendre l’exemple de Nicolas Sarkozy, qui a bénéficié de l’habileté de plusieurs doreurs d’images, notamment Thierry Saussez ou encore Henri Guaino à partir de la campagne présidentielle 2006-2007.

Source de la note: article de Wikipedia sur les: « spin doctors »

 


Publié le 12 juillet 2009 par maule64 dans Dessin et Dessein
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Episode 16 Le bilan mitigé de l’Euro

 

-           Moi ?

-           Oui, toi Bastien, prof d’économie.

-           C’est pas facile de répondre en peu de mots. A-t-on le recul nécessaire au bout de quelques années pour établir un bilan objectif ?

-           J’entends bien, mais mouille toi un peu.

-           Sans compter qu’il est difficile de dire ce qu’il va advenir.

-           Je te demande simplement ton sentiment aujourd’hui. C’est sûr que si je voulais un avis de devin…. Julie ne termina pas sa phrase.

-           Qu’est-ce que tu insinues ?

-           Eh bien que la prévision, c’est pas toujours ton fort. Les actions que tu m’as conseillées, ont beau relever du domaine spatial, elles ont du mal à décoller…

-           Très drôle. Je t’avais proposé aussi un placement plus pépère. De toute façon, il faut attendre plusieurs mois, voire années, pour savoir si le placement en actions est vraiment rentable.

-           N’empêche que Paul, lui, a revendu des actions un mois après les avoir achetées, et a réalisé, je le cite « une sacrée bonne plus-value ».

-           Me parle pas de ces boursicoteurs à la petite semaine qui veulent croire qu’ils peuvent devenir des golden boys avec des opérations de si faible envergure.

-           Hein, que tu l’aimes pas Paul ?

-           Ne mélangeons pas sentiments personnels et économie.

-           Bon, on s’est éloigné. Ta position sur l’Euro ?

-           Je crois qu’il faut d’abord mettre en avant un point très important, même s’il est assez sous-estimé par des européens habitués désormais à la paix. Je veux dire que ce qui favorise les relations entre pays, les rapprochements, doit normalement éloigner le spectre de guerres si fréquentes et meurtrières dans le passé. Incontestablement, avec l’Euro, on a franchi un nouveau palier dans la coopération entre des vieilles nations pourtant jalouses de leur indépendance. C’est un point qu’on ne valorise pas suffisamment à mon goût. Ceci dit, même si l’objectif est noble, cela ne garantit pas le succès économique, mais je sens que tu t’impatientes.

-           Oui, alors ça marche ou pas l’Euro ?

-           Disons d’abord, que le scénario catastrophe ne s’est pas produit. Certains quelques semaines avant sa mise en place pensaient qu’on n’y arriverait pas. D’autres prédisaient son effondrement vis-à-vis du dollar. Et c’est vrai qu’il a d’abord baissé…

-           Accélère, parle moi d’aujourd’hui.

-           D’accord. Cela fait un bon moment qu’il est très haut par rapport au dollar. Il est passé de 1$ pour un euro à plus de 1,4 $ pour un €.

-           Quel bilan ferais-tu de l’Euro ?

-           Au risque de t’agacer, je repars des deux scénarios extrêmes qu’on présentait à l’origine. L’échec pur et simple de l’euro ne s’est pas produit. Cela aurait conduit à une crise majeure dans la construction européenne. Les européens convaincus ne voulaient pas prendre le risque de devoir surmonter cette redoutable épreuve. De même, il fallait être naïf selon moi, pour croire au scénario optimiste : laissons faire l’économie de marché qui dopée par l’Euro, connaîtra une très forte croissance qui profitera à tous. Puisque je viens d’évacuer les options « « tout blanc » et « tout noir », il nous reste le nuancier de gris.

-           Je parie que tu vas te laisser séduire par le gris foncé.

Bastien haussa les épaules, mais ne put s’empêcher d’ajouter :

-           Un lundi , c’est tentant.

-           Et ça donnerait quoi ?

Pas mal de gagnants, comme par exemple des financiers, mais aussi les salariés de boîtes suffisamment compétitives pour faire face à une concurrence de plus en plus mondialisée. Ces gagnants peuvent même voir leur situation s’améliorer. Malheureusement, il y aura aussi beaucoup de perdants. Ceux qui ont la malchance de ne pas avoir les bonnes qualifications ; la malchance d’être nés dans des régions en déclin économique, de travailler dans des entreprises qui ne sont pas dans des secteurs porteurs. Pour peu que la dessus se greffe une politique très libérale qui au nom des de la convergence veut réduire les impôts, le rôle de l’Etat, on risque fort de voir les inégalités se creuser.

-           Ca c’était ton petit  couplet anti-libéral, voire anti-anglais. Je retiens plutôt l’idée des gagnants perdants qui a un petit côté casino.

-           C’est vrai que parfois on utilise cette expression. Les talentueux, mais aussi les veinards peuvent gagner beaucoup et d’autres, sans être forcément responsables de leur infortune, vont végéter ou carrément dégringoler de l’échelle sociale.

En baissant la voix, il ajouta :

-           Je n’y peux rien, si on présente ainsi, souvent le modèle anglo-saxon,comme étant celui d’une économie casino.

-           Tu m’étonnes. Il n’empêche que certains font mieux que nous en matière économique, ils doivent penser que l’Euro a du bon.

-           Et tu penses à quel pays ?

-           Au Bénélux, à l’Allemagne, à l’Angl….. Julie ne termina pas son énumération se souvenant que le Royaume-Uni préférait se tenir à l’écart de l’Euro.

 


Publié le 3 juillet 2009 par maule64 dans Un feuilleton économique

De la retraite au flambeau à la retraite à l’hosto

 La retraite est un sujet complexe et on aura l’occasion d’y revenir quand le gouvernement en dira plus sur ses projets.

Retenons quelques éléments:

- La gauche, les syndicats, ont porté avec fierté le flambeau de la retraite. Cela a été un des symboles forts des acquis sociaux. On pouvait craindre encore le fameux « métro boulot dodo », mais au moins on pouvait espérer une retraite méritée. Si les perpectives se transforment en « métro boulot caveau », ou un peu moins dramatique en « retraite à l’hosto », on peut comprendre que les français ne soient pas emballés par ces perspectives.

- Il est vrai qu’il y a des changements démographiques qui vont faire évoluer notre système, mais on peut difficilement se contenter des propositions du Medef et de la Droite, car travailler plus longtemps, c’est à coup sûr diminuer le montant des retraites (a) et pousser les français à compléter individuellement leur propre  pension de retraite. On tourne alors le dos à un des principes fondateurs de notre modèle social, basé sur la solidarité entre générations.

- La gauche elle, est très mal à l’aise sur le sujet. Elle sait bien que les français devront faire des efforts, mais lesquels? Elle essaie de trouver une échappatoire avec la pénibilité du travail. On imagine ce que cela peut représenter pour les métiers manuels, mais dans d’autres domaines, il y aussi du stress, de la pénibilité.

Il n’y aura pas de solution simple, mais espérons que nous trouverons des moyens de financer ce grand progrès social et de partager équitablement les efforts.

Souhaitons que pour les cadeaux de départ à la retraite, le choix ne portera pas entre canne et déambulateur, mais entre voyage en Egypte ou en Chine ou etc….

 

(a)   http://alternatives-economiques.fr/blogs/parienty/2009/06/28/retraite-a-60-ans-une-mise-en-cause-scandaleuse/

 

 


Publié le 1 juillet 2009 par maule64 dans Dessin et Dessein