ECONOMIE et HUMOUR
Un blog qui s\'adresse à à tous ceux qui veulent mieux comprendre les questions économiques, mais de manière ludique, en s’appuyant sur l’humour.

Les grands courants économiques: REVISIONS

Un moyen original et distrayant pour faire un dernier point sur les grands courants économiques et leurs différences.

Ces épisodes d’un » feuilleton économique » sont plus particulièrement destinés aux élèves de la série ES qu’ils aient suivi ou pas la spécialité SES.

Episode 32 :  Fiche d’identité des grands courants économiques.

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 Episode 33 : Le courant (libéral) continue…de dominer

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Episode  34 : Le marxisme, une théorie au service de la révolution

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Episode 35 : Marx est mort et le marxisme ?

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Episode : 36   Le keynésianisme, une théorie révolutionnaire

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Episode  37 : La demande, c’est fondamental !

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Publié le 16 juin 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique

Episode 37 : La demande, c’est fondamental !

-          Bastien cherchait une réponse claire. L’interrogateur reprit la parole :

-         Mais si ce n’est pas important…

-         Bastien dans ses pensées, se ressaisit :

-         Mais si, au contraire, c’est très important…Il fut interrompu.

-          C’est fondamental, reprirent en chœur une demi-douzaine de voix qui savaient que leur prof avait tendance à abuser de cet adjectif. Sans se démonter celui-ci enchaîna :

-          On sait que c’est … fondamental, dit-il en esquissant un sourire, mais expliquons pourquoi. Sur un marché, vous savez que se rencontrent l’offre et la demande. Ceci dit, libéraux et keynésiens ne leur accordent pas la même importance. Pour les libéraux ce qui est fondamental (celui-ci s’était échappé de la bouche de Bastien), c’est le rôle joué par les entreprises et les entrepreneurs, autrement dit par l’offre. Si on les laisse faire, agir, sans trop de contraintes fiscales ou autres, poussés par l’appât du gain, ils sauront prendre les bonnes décisions qui feront que la demande s’ajustera à l’offre. Il y aura croissance économique et prospérité. Au contraire, pour les keynésiens, c’est le rôle de la demande qui est …fondamental (Bastien se rendit compte en le redisant qu’il avait bien du mal à se défaire de cet adjectif). S’il y a demande, il y aura production (les économistes disent offre); s’il y a production, il y aura création d’emplois et en principe baisse du chômage. D’où la question…

-         Fondamentale…

-         Bon, ça va. Dites moi plutôt, Paul, quelle question nous devons nous poser ?

-         Peut-être, pourquoi la demande augmente ou pas ?

-         Très juste. Les entrepreneurs pour Keynes, n’investiront et embaucheront que s’ils pensent que la demande va augmenter. Or, en période de faible croissance économique, leurs pronostics, on dit leurs anticipations, seront pessimistes. Qui peut les rendre plus optimistes ?

-         L’Etat bien sûr dit Clément, le désormais spécialiste de la question.

-         Absolument, renchérit son prof. L’Etat peut engager des fonctionnaires, se lancer dans une politique de travaux publics, et essayer par différents moyens d’augmenter le revenu des ménages, des consommateurs. Ainsi la consommation, la demande en général, va augmenter ce qui devrait inciter les chefs d’entreprise à prendre des risques. L’Etat doit essayer de réduire l’incertitude des décideurs.

-         En résumé dit Clément, si on mise sur l’offre, c’est qu’on fait confiance à la main invisible, au marché, pour que l’économie fonctionne bien, alors que si on mise sur la demande, c’est l’Etat interventionniste ou providence qui joue un rôle fondamental.

Bastien ne releva pas le dernier fondamental. Etait-ce une taquinerie ou l’adhésion d’un élève à la démarche de son professeur ? Il se disait que recourir trois ou quatre fois à cet adjectif pour expliquer un point délicat comme celui-ci, c’était un minimum. D’autre part, malgré sa jeune expérience, il avait acquis la conviction qu’un tic de langage, une maladresse devenait une faute quand on s’en excusait. En revanche, assumer ce petit travers devenait une marque de fabrique qui aide à construire une personnalité.

Un peu perdu dans ses pensées, Bastien n’avait pas vu entrer Toscano. Il venait lui rendre les clés. Il avait un soi-disant rendez-vous qui l’obligeait à écourter son cours. Bastien pensa : « il est vraiment gonflé ! ». Il refusa de se déplacer et lui dit simplement : « envoie ».

Il avait remarqué que déplacer énergiquement une table ou un bureau, faire  virevolter une craie ou la brosse donnait de lui une image avantageuse, de sportif. Il voulut rattraper avec maestria les clés, mais ce fainéant de Toscano les envoya trop mollement. Elles s’écrasèrent lamentablement et bruyamment sur le sol carrelé alors que Bastien emportait deux chaises en tentant vainement de les rattraper. Les élèves étaient hilares. En les ramassant piteusement, Bastien pensait que ses théories pour faire jeune et dynamique en avaient pris un coup.

Bastien chercha à reprendre l’initiative. Il savait que dans quelques minutes la sonnerie retentirait, et avec son accord ou pas, une classe de terminale fait une pause. Il lui restait peu de temps pour boucler ce qu’il avait prévu.


Publié le 12 juin 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode : 36 Le keynésianisme, une théorie révolutionnaire

Pas de volontaire ; Angéla se fit à nouveau discrète. Bastien pensa que le bellâtre d’histoire devait être moins à l’aise sur Keynes que sur Marx.

-          Quelle date clé peut-on au moins mettre en avant ?

-          1929, dit Axel.

-          Bien, et pourquoi ?

-          Je sais pas. C’est dans le tableau, se contenta de répondre Axel dont la bonne réponse avait surpris son professeur.

Surprise, Angéla décidément en verve, reprit la parole :

-    C’est vrai, on a vu que jusqu’en 1929, les thèses libérales dominaient mais la crise de 1929 a montré leurs limites, et à partir des années 30, ce sont les thèses keynésiennes qui vont influencer les politiques économiques.

Bastien se hasarda à demander :

-          Et avec qui, vous avez vu ça ?

Il fut soulagé par la réponse.

- Ben, avec vous.

-  Pensant qu’il appartenait sûrement à la catégorie des « beaux gosses » du lycée, condition de base pour que son cours marque une élève comme Angéla, il put compléter la réponse.

Le capitalisme est au bord du gouffre en 1929. Les hommes politiques, tels Roosevelt aux Etats-Unis et son new deal, vont décider qu’il faut remettre en marche la machine économique et que c’est à l’Etat qu’incombe cette tâche. Dès 1933 aux Etats-Unis mais aussi en Allemagne (avec bien sûr des objectifs belliqueux dans le cas de Hitler), on voit intervenir l’Etat qui passe des commandes et se lance dans une politique de grands travaux. Et pourquoi a-t-on parlé de révolution keynésienne ?

Bastien eut le plaisir de constater que Bouchra consultait ses notes. Il lui donna la parole.

-          On peut dire que c’est une sorte de révolution puisque avant Keynes on pensait que l’Etat (gendarme) devait peu intervenir, et désormais on trouve normal qu’il joue un grand rôle ; on parle d’Etat-providence.

Bien sûr, Bastien savait qu’il aurait fallu indiquer que l’Etat avait été moins absent des affaires économiques au 19 ème siècle qu’on le dit, mais l’idée principale mise en évidence par Bouchra était bien qu’à partir des années 30 et surtout après 45 que l’Etat est devenu un acteur économique majeur. Il préféra clarifier un autre point.

-          Puisqu’on parle de révolution keynésienne, faut-il rapprocher Keynes de Marx ou de Smith ?

Une majorité d’élèves répondit :

-          Smith !

Bastien oublia les quelques réponses discordantes, et se dit avec fierté que son discours martelé en première, avait laissé des traces. Il voulut rester sur cette impression positive. Plutôt que de demander des précisions, il préféra les donner directement.

-          Marx est vraiment un révolutionnaire dans la mesure où il veut abattre le système capitaliste. Keynes lui, est un réformiste. Il veut aider le capitalisme à continuer à fonctionner. Il cherche à le pérenniser. Simplement, au contraire des libéraux qui estiment que ce système peut régler seul ses problèmes, il pense qu’il faut une espèce de technicien (en l’occurrence l’Etat) qui trouvera les réglages optimums pour que la machine économique, donc le système capitaliste, fonctionne bien.

-          Monsieur, vous pouvez préciser le rôle de la demande ? Vous avez dit un jour qu’il est fondamental, mais je ne sais plus trop pourquoi.


Publié le 3 juin 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 35 : Marx est mort et le marxisme ?

Bastien tout en pensant que décidément Angéla comme bien de ses copines, devait trouver beau gosse le nouveau prof d’histoire que lui trouvait très quelconque, dut concéder :

-          C’est vrai, il a raison sur ce point.

Heureusement François, celui qu’il voyait, hérédité oblige, comme un futur huissier, reprenait le combat.

-          Alors le communisme, c’est le système parfait ? Ca ressemble à une escroquerie. Comme dit mon père, c’est l’appartement témoin que fait visiter l’agent immobilier. La réalité est bien différente.

Bastien d’autant plus à l’aise qu’il n’avait jamais flirté avec le communisme, concéda sans peine :

-          C’est vrai que les expériences historiques ne plaident pas en faveur du communisme. A quels pays je fais allusion ?

 La question à peine posée, la réponse d’Angéla fusa. :

-          L’URSS, les pays de l’Est, Cuba, le Cambodge, le Vietnam…

Bastien stoppa l’énumération.

-          C’est bon, c’est bon Angéla.

Il voulut tout de même ajouter.

-          Ceci étant dit, je pense que pour être honnête intellectuellement, il faut voir ce système plus comme un idéal à atteindre, un objectif vers lequel il faut tendre, plutôt qu’une promesse concrète avec un échéancier précis. C’est un peu comme le 20 en dissertation. On essaie de s’en rapprocher même quand on a de très bonnes notes, tout en sachant qu’on a peu de chances de l’atteindre.

Bastien sentait bien que sa comparaison n’emportait pas l’adhésion. Une voix anonyme obtint un réel succès en disant :

-          Tu m’étonnes que ce soit long pour y arriver…moi, la moyenne me suffirait.

François toujours soupçonneux et prêt à dégainer demanda :

-          Et les cocos, il se corrigea alors que les rires gagnaient les rangs, je veux dire les communistes, qu’est-ce qu’ils en pensent ? Et est-ce que le PC va mourir. Les journalistes, ils le disent à chaque défaite électorale, et il est toujours là, conclut-il, visiblement déçu.

-          Ca, je ne suis pas un devin. Ce que je sais, c’est qu’après la deuxième guerre mondiale, le PCF était très puissant, mais depuis une trentaine d’années c’est la dégringolade. Il est passé d’une vingtaine de % aux présidentielles de 1969 à moins de 4% avec R. Hue en 2002, et à moins de 2% avec MG Buffet en 2007. Piètres résultats qui expliquent pourquoi le PC veut mettre en avant la candidature Mélenchon pour cette élection qui ne lui réussit plus du tout.

-          Et comment on peut l’expliquer ?

-          Son succès reposait à mon avis sur deux éléments complémentaires qui faisaient sa solidité. D’abord le discours communiste était une virulente critique du capitalisme et de ses excès, ajouta Bastien en baissant la voix tout en guettant le futur huissier, mais cela n’aurait pas suffi. Le PCF semblait pouvoir proposer une alternative : le communisme, en fait le socialisme comme on l’a dit tout à l’heure.

-          Quoi ! On voulait faire la Russie en France ? Dit François, incrédule.

-          Franchement, je ne crois pas que c’était le souhait des électeurs, ni même de la plupart des élus communistes, mais cela crédibilisait l’idée qu’on pouvait inventer autre chose que le capitalisme. Avec les difficultés des pays de l’Est, puis leur effondrement, l’alternative communiste française, même à inventer, est devenue de moins en moins crédible. Reste la fonction protestataire, la dénonciation des excès du capitalisme qui a été en partie récupérée par des leaders plus charismatiques de l’extrême-gauche.

-          Il est moribond alors ? Insista François.

-          C’est sûr qu’il ne va pas bien. Saura-t-il proposer un modèle de dépassement du capitalisme comme il dit ? Le PS qui en a besoin pour gagner des élections l’aidera-t-il à survivre ? Je n’ai pas de réponse définitive. On verra, et je veux qu’on aborde le troisième grand courant, le courant keynésien. Qui peut brièvement le présenter ?


Publié le 29 mai 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique

Episode 34 : Le marxisme, une théorie au service de la révolution

Bastien pensait pouvoir enfin aborder le deuxième grand courant économique, quand son collègue Toscano entra et lui demanda sa clé pour ouvrir sa salle de classe. Pas si bête se dit Bastien, alors que les élèves souriaient devant ce retard habituel de Toscano. Un léger retard a toujours des témoins, le Proviseur par exemple, en revanche, le gros retard passe presque inaperçu, excepté des élèves  qui excusent volontiers les retards des camarades et surtout ceux des profs..

-          Venons en au courant marxiste, et à Marx mort à Moscou…

Bastien fut un peu vexé que son piège tombe à plat.

-          Mais non, Marx est mort et enterré à Londres en 1883. Ville qui symbolisait le capitalisme qu’il combattait. C’est une nouvelle preuve de l’ironie de l’histoire… Il n’alla pas plus loin, ayant même cru entendre un léger : « on s’en fout ». Un peu abattu, il demanda :

-          Pourquoi parle-t-on à propos du marxisme d’un discours scientifique et révolutionnaire ?

-          Moi je sais, Monsieur. Angéla ne voulait pas rater ce qui serait sûrement sa première et dernière intervention de la semaine, et peut-être du mois.

-          On vous écoute.

-          D’abord, c’est scientifique parce qu’il dit des choses sérieuses… scientifiques quoi.

Bastien se dut d’ajouter :

-          Disons qu’il a analysé rigoureusement le système capitaliste, sans se contenter d’une dénonciation morale. Il a insisté sur les contradictions du système économique et d’autres auteurs ont pu s’appuyer sur ses travaux. En somme, ceux qui adhèrent à ses thèses sont les marxistes, des bonhommes rouges alors que ceux qui s’appuient sur son raisonnement sans forcément partager ses conclusions sont qualifiés de marxiens, sans être de petits bonhommes verts…

Toujours pas de réactions, ou plus exactement une grande incrédulité apparaissait sur les visages. Bastien préféra redonner la parole à Angéla qui s’impatientait :

-          Et puis, son discours est révolutionnaire car il pense que le système capitaliste repose sur l’exploitation, sur l’aliénation des travailleurs et qu’on ne peut améliorer ce système. La propriété privée engendre les inégalités, il faut donc abattre ce système iji… inique et le remplacer par un autre.

Il y eut un blanc. Angéla était heureuse de son intervention ou plutôt de sa tirade tant elle semblait tirée du cours de philo ou d’histoire se demandait Bastien. Il se ressaisit :

-          Et par quel système faut-il le remplacer selon Marx ?

-          Le communisme bien sûr, dit Axel.

-          Pas du tout, par le socialisme, affirma Angéla qui pour donner du poids à son affirmation se sentit obligée d’ajouter : le prof d’histoire l’a dit.

-          Bien, je reprends. Pour les communistes, le système honni…

-          Oh ni, c’est quoi Monsieur ? Comment ça s’écrit ?

Bastien eut du mal à masquer son soupir.

-          Le système honni, détesté si vous préférez, c’est le capitalisme. Il faut donc l’abattre. Leur objectif ultime, c’est le communisme. Un système sans classes sociales, où chacun recevrait selon ses besoins. Evidemment, on ne peut passer de l’un à l’autre en peu de temps. Entre le système à abattre (le capitalisme) et le système idéal qu’on veut ériger (le communisme), on doit passer par le socialisme, une phase transitoire.

Angéla s’empressa d’ajouter :

-          Le prof a dit qu’il valait mieux parler de phase de transition parce que ça implique quelque chose de long, de plusieurs décennies, alors que transitoire, ça laisse supposer que ça pourrait être assez bref.


Publié le 18 mai 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 33 : Le courant (libéral) continue…de dominer

Bastien aurait pu apporter des nuances en particulier sur la formule du laisser faire, mais déjà heureux qu’il y ait eu échanges entre les élèves, il allait se contenter de poursuivre ses questions ; pourtant Claire intervint dans son style habituel.

-          Eh Monsieur, c’est quoi cette « pensée unique » ?

-          Je ne pensais pas l’avoir mise dans le tableau, fit Bastien un peu agacé par son propre zèle.

-          Ben si ! Juste au fond de la première colonne. Faut pas en tenir compte ?

-          Disons que ce n’est pas essentiel pour nous, mais puisque je l’ai mis et que vous l’avez remarquée, on peut en dire deux mots. La théorie libérale est indispensable, incontournable quand on étudie l’économie…

-          Et pas les autres ? Interrogea Claire qui manifestement cherchait à repérer les connaissances superflues.

-          Si, les autres aussi ! Mais la théorie libérale structure l’enseignement de l’économie dans le supérieur ce qui ne veut pas dire que tous les enseignants adhèrent aux conclusions du discours libéral, c’est-à-dire en schématisant qu’il faut accepter le système capitaliste et que la trop grande intervention de l’Etat nuit au bon fonctionnement de l’économie.

-          Où est le problème ?

-          C’est que certains trouvent que surtout depuis les années 80, trop de dirigeants politiques, trop d’experts qui conseillent les institutions qui orientent le fonctionnement de l’économie (FMI, OCDE, BCE..) défendent sans sourciller la logique libérale.

-          Si elle est logique, ce n’est pas un problème.

-          Il faut entendre logique ici, comme une approche cohérente mais discutable. Ceux qui la contestent disent que  ce système produit trop d’effets nocifs comme l’exploitation, les inégalités, les dégâts environnementaux…

-          C’est un discours de gauchiste, dit faiblement mais quand même de manière audible, François, un fils d’huissier.

Bastien se sentit visé :

-          Attention, je ne dis pas que c’est la vérité. Il faudrait faire un bilan objectif et complexe de l’impact de cette politique. Disons pour conclure momentanément (du moins Bastien l’espérait) que par pensée unique, on veut signifier qu’alors que certains après Mai 68 voulaient changer de société, beaucoup aujourd’hui, y compris à gauche chez ceux qui ont gouverné ou pourraient gouverner, on accepte assez volontiers que les contraintes imposées par l’économie capitaliste réduisent sensiblement les marges de manœuvre des décideurs. Le social ne pourrait découler que de la prospérité économique qui elle-même serait conditionnée par le bon fonctionnement de l’économie capitaliste qui lui-même imposerait un désengagement de l’Etat sous forme de privatisations ; il faudrait aussi réduire  les déficits, l’endettement, les impôts et au préalable le nombre de fonctionnaires.

Bastien pensa : « ouf ! Ma tirade les a assommés ». François lui voulait qu’on établisse que derrière les « ceux qui dénonçaient la pensée libérale » se cachaient à peine, les gauchistes. Il demanda :

-          Qui critique la pensée unique, comme vous dites ?

Bastien n’apprécia guère ce « comme vous dîtes ». Il répondit cependant comme si de rien n’était.

-          Il y a bien sûr l’extrême-gauche, les communistes, beaucoup de verts, certains socialistes qui estiment que désormais leurs dirigeants comprennent trop bien la logique capitaliste, les altermondialistes…

 -          Alter ou anti-mondialistes Monsieur ?

-          Ce sont les mêmes sauf qu’au départ, ils s’appelaient les anti-mondialistes pour montrer qu’ils étaient farouchement hostiles à la mondialisation qu’ils qualifiaient de libérale.

-          Et alter, c’est mieux ?

-          Ca veut dire quoi, demanda Bastien ?

-          Autre.

-          Bien ! Donc si on est pour une autre mondialisation, c’est plus positif que d’être contre. On a un projet alternatif. Et qui symbolise ce courant ?

-          Bové ! Dirent en chœur les quatre cinquièmes de la classe.

Bastien désabusé,  pensa : Démonter ou plutôt saccager un Mc Do, c’est symboliquement fort, et plus parlant qu’un livre de 400 pages sur le sujet. Ca parle bien aux lycéens, question de références, de culture. Il observait aussi François qui semblait satisfait d’avoir pu mettre au clair sa petite liste de gauchistes invétérés dans la quelle il devait y faire figurer bon nombre de professeurs.


Publié le 12 mai 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 32 : Fiche d’identité des grands courants économiques

 

ECOLE    de PENSEE Courant LIBERAL Courant MARXISTE Courant KEYNESIEN
Date d’apparition Fin XVIII ème, en même temps que la révolution industrielle. Depuis de nombreuses variantes se sont succédé. Au cours du XIX ème siècle, et prolongements au XXème avec la révolution russe. Après la crise de 1929, et surtout après 1945
Un  nom Adam Smith (1723 1790) considéré comme le fondateur de ce courant avec notamment son livre de 1776 :« Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » Karl Marx …bien sûr né à Trèves en 1818 mort à Londres en 1883 John Maynard Keynes (1883 1946). Ces thèses novatrices ont fortement influencé la politique du XXème siècle au-delà du clivage droite / gauche
Leur regard sur le système capitaliste C’est le meilleur des systèmes qu’il faut laisser fonctionner naturellement car il permettrait de rendre compatible recherche de l’intérêt personnel et l’intérêt général Système particulièrement injuste basé sur l’exploitation des hommes et qu’on ne pourrait pas amender. Il faudrait le détruire probablement par une révolution pour le remplacer par le socialisme Keynes défend le système capitaliste contrairement à Marx, mais contrairement aux libéraux, il pense que spontanément il n’atteindra pas la situation optimale (forte croissance et faible chômage)
Le rôle du marché Rôle essentiel. Croyance absolue dans les vertus du marché (cf métaphore de la main invisible). La flexibilité des prix, la variation de l’offre et de la demande doivent permettre d’avoir une situation optimale (croissance et faible chômage) Rejet total de la propriété privée, du marché symboles d’une organisation économique et sociale qui conduisent à l’exploitation des travailleurs Les entrepreneurs, le marché ont un rôle essentiel dans l’économie capitaliste mais rien n’assure que leur action conduira spontanément à un équilibre de plein-emploi
 Le marché du travail  Le travail doit être considéré comme une marchandise comme les autres. S’il y a déséquilibre, il faut que le prix de cette marchandise (donc le salaire) varie pour retrouver l’équilibre  La bourgeoisie (qui détient les moyens de production) est en position de force, les salariés mal organisés se concurrençant entre eux, n’obtiennent que de salaires de misère  Ce marché ressemble certes à un autre marché, mais il n’a pas la flexibilité requise par les libéraux. Il est illusoire de croire que c’est sur ce  marché qu’on trouvera la solution au problème du chômage
Le rôle de l’Etat Puisque l’économie fonctionne bien toute seule, l’intervention de l’Etat doit être minimale. A l’époque on parlait de l’Etat-gendarme, aujourd’hui il s’agit de réduire son influence sur l’économie (il faudrait baisser impôts et dépenses) L’Etat était pour Marx au service de la classe dominante, d’où la nécessité de renverser le système capitaliste et l’organisation étatique qui en découle Rôle essentiel. Pour que l’économie fonctionne bien, il faut stimuler la demande et c’est l’intervention de l’Etat qui le permettra. L’Etat intervenant de plus en plus, a été qualifié d’Etat-providence
Influence actuelle

Très grande. Si l’Université lui a toujours accordé une grande place, c’est au cours des années 80 que les hommes politiques se sont montré beaucoup plus réceptifs au discours libéral( cf thème du désengagement de l’Etat).

Beaucoup d’experts d’organisations internationales (FMI, OCDE, U.E ?) relaient ces analyses, d’où le reproche qu’on leur adresse de diffuser une « pensée unique »

A fortement décliné avec l’effondrement des pays de l’Est et des P.C occidentaux, mais reste une référence non négligeable pour ceux qui ont un regard très critique sur le système capitaliste (extrême-gauche, altermondialistes …)

On a parlé de révolution keynésienne, de triomphe keynésien de 45 aux années 70. Années 80, mise en avant des limites réelles de cet interventionnisme(risques inflationnistes, prélèvements élevés), mais fort rares sont ceux qui estiment que l’Etat n’a pas encore un rôle important  à jouer dans l’économie capitaliste

 

Bastien pensa : Finalement ce tableau est plus riche que je ne le pensais. Comment va-t-on s’en sortir ? Pas de scrupules, le classique a toujours du bon, je vais poser des questions. Avec un peu de chance, j’aurai quelques réponses.

 

-    Est-ce un hasard si l’économie moderne, je veux dire la science économique est née en Angleterre ? Qu’est-ce qu’il y a Pierre ?

 

Pierre élève de TES, était  aussi un grand gaillard joueur de rugby. Comme beaucoup d’amateurs de ce sport, il avait une dent contre les british. Il marmonnait :

-          Ils nous auront tout fait ces anglais.

-          Mais non, dit Bastien. On peut les critiquer en rugby (Bastien était aussi chauvin que Pierre), mais pour l’économie, on peut se féliciter de leur rôle.

Devant le manque d’enthousiasme, il répéta les questions, en les invitant à regarder le tableau. Namia fit le lien entre la révolution industrielle née en Grande-Bretagne et qui marque les débuts du capitalisme moderne et une discipline qui a cherché à analyser l’émergence de ce nouveau système et qui est donc apparue là où le capitalisme a pris son essor.

Bastien redoutant une heure bien laborieuse, essayait de dynamiser son cours. Il en vint même à mimer. Les élèves dubitatifs ne comprenaient pas le lien que leur prof voulait établir entre le capitalisme défendu par les libéraux et ses doigts qu’il s’évertuait à faire successivement apparaître puis disparaître. Lassé, il finit par dire :

-          Mais non ! Je ne montre pas des doigts, mais la main invisible.

-          Et comment on peut montrer une main invisible, Monsieur ?

-          Ca suffit ! La question n’est pas là, Célya. Je voulais simplement qu’on me dise que les libéraux croyaient aux vertus de l’économie de marché. Celle-ci, selon eux, naturellement, parviendrait à un équilibre optimal. C’est comme si chacun poursuivant son intérêt personnel, contribuait à l’intérêt général. Les individus seraient comme poussés par une espèce de main invisible à faire les bons choix. C’est un peu comme si l’économie était une machine complexe qui arriverait à se régler elle-même, à s’auto-réguler.

-          C’est vrai que cela surprend un peu, nota Clément, mais on comprend mieux leur conception du rôle de l’Etat.

-          Tout à fait, dit avec emphase Bastien, trop heureux qu’il y ait du répondant. Précisez ce rôle, Clément.

-          Si le système fonctionne bien tout seul, pas besoin de l’aider à…fonctionner poursuivit Clément, un peu embarrassé par sa répétition. C’est ce qu’on a vu l’an dernier…

-          Et plusieurs fois, y compris cette année, s’empressa d’ajouter Bastien.

 

-          C’est la conception de l’Etat-gendarme, reprit Clément. Puisque que l’économie s’auto-régule, l’Etat n’a qu’à laisser faire, à laisser passer.

-          Taratata, je suis pas d’accord, les flics, ils sont interventionnistes, dit avec une certaine véhémence Jonathan.

-          Et parfois, ils verbalisent, ajouta narquois Jimmy.

-          J’en sais quelque chose, reconnut Jonathan.

Sans se départir de son calme ce qui impressionna Bastien, Clément reprit.

-          On sait que t’as eu des problèmes avec les flics…

-          Avec les gendarmes, dut corriger Bastien.

-          …mais ils se contentent de faire respecter les règles. C’est pourquoi le prof nous a dit de comparer l’Etat à un arbitre. Il contribue à ce que les acteurs, les joueurs économiques puissent s’exprimer, mais ce n’est pas lui qui fait le jeu économique. Il lui permet simplement de se dérouler en évitant en principe la loi de la jungle. Comme un arbitre, il fait respecter les règles, mais il ne fait pas le score.

 


Publié le 6 mai 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 31: Des élèves à contre courants

         14 h 00

  Chap 6 

TD SUR LES GRANDS COURANTS ECONOMIQUES

 Bastien avait fait le maximum, frisé plusieurs fois la contravention, il était en retard et encore plus décoiffé en déboulant dans la salle des professeurs pour récupérer ses affaires. Fallait s’y attendre, comme le matin à 11 heures, il croisa le Proviseur qui une nouvelle fois regarda avec insistance sa montre. « Tant pis,  se dit-il, je travaillerai mon image auprès de la direction plus tard. Pour l’instant, allons voir ces terminales ».

Bastien arrivait toutes voiles dehors. Il remarqua de petits sourires qui l’agacèrent. Il pensa : « Qu’on ne me cherche pas. Ils ne savent pas combien je peux être désagréable quand j’ai mangé de la daube. Au fait, de quoi vais-je leur parler ? ». Il se souvint qu’il voulait effectuer un petit rappel sur les grandes théories économiques.

-          Tout le monde est là ? Apparemment oui. Je commence. Aujourd’hui dans ce TD qui précède un cours sur les analyses du chômage, nous allons faire quelques rappels sur les grandes théories économiques. Alors pourquoi ? Pourquoi ce TD ?

-          ………

-          Ne répondez pas tous à la fois !  Pensez à un médecin, à une maladie.

-          ……….

-          Toujours rien ? Vous, Sébastien qui me connaissez depuis l’an dernier, cela n’évoque rien pour vous ?

-          Eh bien si, fit il  peu emballé d’avoir des souvenirs communs avec le prof. Je suppose que la maladie c’est le chômage.

-          Donc le médecin… ?

-          C’est l’économiste.

-          Et alors ? Poursuivez !

 -          En général, on peut imaginer que le traitement proposé ne variera pas trop d’un médecin à l’autre.

-          Exact ! Alors qu’en économie, les traitements peuvent être très différents parce que les diagnostics sont très différents d’une grande école économique à une autre. Pour aller plus vite, et puisque vous avez un passé en éco…

-          Et un avenir, j’espère Monsieur.

-          J’espère aussi dit avec un regrettable manque de conviction leur prof. Je disais donc que je vous ai demandé de remplir un tableau permettant de gagner du temps, en présentant de manière très synthétique ces grands courants économiques. Tout le monde l’a rempli ?

-          ……..

-          Je sens comme un lourd silence. Qui ne l’a pas rempli ?

Une forêt de doigts se leva. Qu’est-ce que je fais ? Se dit Bastien. L’alternative était la suivante : ou pousser une « gueulante » ou surmonter la déception et traiter avec diplomatie cette contrariété.

-          C’est-à-dire Monsieur, que c’était difficile.

-          Bof, pas tant que ça, bougonna Bastien.

-          Oui, mais vous, vous êtes prof.

La flatterie aurait pu amadouer Bastien, mais il explosa quand Juliette crut bon d’ajouter :

-          Et puis on n’a pas eu beaucoup de temps pour les recherches.

-          Vous rigolez ? Une semaine, c’est largement suffisant.

-          Il y avait aussi le DS (devoir surveillé) de 3 heures à préparer.

-          Le DS de quoi ?

-          D’anglais.

 Manifestement, l’argument n’était pas recevable ce Lundi.

-          Et c’est plus important que l’économie ?

-          Non, mais quand même, c’est un devoir de 3 heures.

-          Oui, mais d’anglais, ne put s’empêcher de répliquer Bastien.

-          Vous aimez pas l’anglais, Monsieur ?

-          La question n’est pas là. Passons, sinon je vais m’énerver. Qu’est-ce qu’on fait ? J’ai bien envie de vous laisser sans un corrigé de ce travail indispensable pour notre prochain devoir.

-          Ce ne serait pas juste Monsieur !

 -          Le grand mot est lâché. Soyons juste alors.

 Bastien avait déjà pris sa décision. Il avait vite appris à improviser dans ce métier.

-          Tant pis ! On va commencer par la fin. Je vais vous donner une photocopie avec la correction de l’exercice, et on va brièvement la commenter au lieu de construire ensemble ce tableau. C’est une démarche anti pédagogique, et à bannir en cas d’inspection, mais parons au plus pressé.

-          Justement, on frappe Monsieur.

-          Vous plaisantez ? Je n’ai rien entendu.

Sentant que leur prof manquait d’humour sur le sujet, un élève reprit :

-          Sûr Monsieur. Peut-être que vous avez été dénoncé et que c’est l’inspecteur qui vient vous voir.

-          Ca suffit, coupa Bastien visiblement agacé. Vous voyez, c’est juste un élève qui cherche sa classe.

S’ensuivit la distribution presque religieuse, d’un document sûrement trop profane pour les gardiens du temple de l’économie que sont les universitaires.

 


Publié le 6 mai 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 30: Enfin une bonne conduite ?

Bastien, préoccupé par le niveau de difficulté de ses explications pour ses élèves cala dans son petit démarrage en côte.

« Bon, même si j’en ai perdu, il faut que je fasse bien passer l’enchaînement suivant »

Avec autorité, en se redressant grâce à son volant, il reprit à haute voix :.

« Je voudrais que vous reteniez deux points essentiels ;

-          D’abord, au début nous avons eu une crise immobilière aux Etats-Unis et financière. Celle-ci est devenue une crise bancaire, beaucoup de banques ayant leurs comptes dans le rouge. On a eu ensuite une crise de confiance (les banques ne voulaient pas se prêter entre elles) et donc une crise de liquidités. A partir de là, cela a touché l’économie réelle, celle des entreprises qui produisent, investissent, embauchent et des ménages qui épargnent et consomment. La récession a gagné, provoquant un fort repli de la croissance en 2009 et une forte poussée du chômage ; la crise économique se double alors d’une crise sociale.

-          La deuxième idée c’est que si la situation des banques s’est assez vite redressée sauf exceptions, malgré les efforts des banques centrales et les plans de relance partout dans le monde, beaucoup de zones dont la zone euro vont connaître durablement des difficultés, des déficits et des dettes à résorber ce qui pénalisera le pouvoir d’achat et le niveau de vie des populations en particulier les moins favori… sées ».

Bastien eut du mal à prononcer le dernier mot, il avait oublié la présence d’un radar automatique. Avait-il ralenti comme d’habitude, le petit éclair aperçu n’était peut-être qu’un reflet sur la cash box comme il disait ?

Moyennement confiant dans sa bonne étoile, mais désormais proche du lycée, il voulait conclure le défi qu’il s’était lancé. Toujours aussi convaincant et sans craindre de parler à haute voix dans sa voiture sans passager, il poursuivit.

« Voyez-vous, on était tellement persuadés qu’on avait tiré les leçons de la crise de 1929  qu’on pensait qu’une nouvelle crise de cette ampleur n’était pas possible. Il y a eu pourtant plusieurs alertes comme le mini krach boursier de 1987 ou l’éclatement de la bulle spéculative de l’internet au début des années 2000, mais finalement, il suffisait que les banques centrales injectent des liquidités pour que la période délicate à passer ne dégénère pas en grave crise. Et de fait, la secousse de 2008 a fait vaciller le système sans l’emporter ».

C’est alors qu’il prit conscience du voyant lumineux qui  depuis un moment lui indiquait qu’il était sur la réserve.

« On verra ça plus tard » pensa-t-il en chassant le souvenir d’une panne sèche six mois auparavant dans la rue du lycée ce qui fit la joie des élèves qui assistèrent à la scène.

« Enfin, ajouta-t-il avec solennité, on peut se demander si on tirera les conséquences de cette séquence. Il y a eu des initiatives, comme la création du G20 (pour que coopèrent les pays les plus puissants), on a dit vouloir lutter plus énergiquement contre les paradis fiscaux, mieux encadrer les pratiques de la finance internationale (revoir le système des bonus des traders etc…). Certes, il y a eu quelques avancées mais maintenant que le secteur financier est probablement sorti de la crise, il fait du lobbying pour freiner les mesures les plus contraignantes et les pays leaders dans ce secteur (Angleterre, Etats-Unis, Luxembourg etc…) sont moins pressés de réformer en profondeur notre système financier qu’on a trop déréglementé, dérégulé comme on dit, dans les années 80 avec les conséquences qu’on connaît »

Un peu amer, il se demanda s’il pouvait ajouter qu’il redoutait qu’au fond on ait aidé le système à surmonter cette mauvaise passe jusqu’à la prochaine crise grave dans quelques années, et sans vraiment se soucier des dégâts sociaux consécutifs à cet appât insatiable du gain à court terme qui nous avait conduit au bord du gouffre.

Il réussit à se garer sur le parking des professeurs, descendit rapidement de son véhicule, le ferma en oubliant que le système de verrouillage automatique des portes ne fonctionnait plus depuis belle lurette sur ce modèle qui n’était plus coté à l’argus, et il se précipita vers sa salle de cours.

 Ce qu’on peut retenir de l’épilogue (et donc des épisodes 28 à 30):

Dans ce court chapitre, on voit apparaître les doutes de Bastien. C’est un fervent défenseur de cette science humaine qu’est l’économie, mais elle a du mal à échapper à un double écueil: Il s’agace quand certains font croire que les questions économiques sont simples à comprendre et d’un autre côté, il s’en veut d’avoir du mal à simplifier des questions qui restent assez complexes et quand on vulgarise ne déforme-t-on pas trop la réalité ?

Il a cherché à expliquer les causes de la crise débutée avec la crise des subprimes et à montrer que ses effets étaient loin d’être dissipés. La dérégulation, la grande liberté accordée aux marchés et à leurs acteurs ont provoqué de graves dérives et il n’est pas certain que le pouvoir politique à l’échelle mondiale ait la force et le courage pour encadrer des pratiques qui pourraient à l’avenir produire des effets proches de ceux qu’on a connus.


Publié le 13 mars 2011 par maule64 dans Un feuilleton économique
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Episode 29 La mécanique de la crise des subprimes

La longueur du feu et la cohorte de voitures qui s’écoulait lentement lui laissèrent le temps d’ébaucher une réponse.

 

« D’abord, je vais à l’essentiel, en disant que c’est une crise grave puisqu’elle n’est pas restée dans le domaine financier, elle a conduit à un essoufflement de la croissance et donc le chômage a augmenté entraînant de douloureuses conséquences sociales. C’est bien, je peux ajouter qu’elle a démarré aux Etats-Unis, mais qu’ils ne sont pas les seuls responsables. On a trop laissé d’initiative aux acteurs financiers (banques, fonds spéculatifs etc…) et cela nous a conduit près du précipice.

C’est pas mal, c’est un bon début et puis j’aime bien avoir une image pour marquer les esprits ».

L’autocongratulation fut interrompue par un coup de klaxon agressif.

« Ok, j’avance de 20 mètres. T’es content, le feu est à nouveau rouge. Bon par quoi, je continue ».

Adepte des plans implacables par leur logique, il opta par se pencher sur les origines de la crise.

« Bon, je vais simplifier. Je peux dire que les banques américaines ont accordé des prêts immobiliers (les fameux subprimes) à des ménages pauvres à qui on demandait de faibles remboursements pendant 1 ou 2 ans, puis les traites augmentaient et donc beaucoup ne pouvaient pas rembourser. Ces prêts moins sûrs se soldaient par des intérêts payés par les emprunteurs et souvent (sauf si leur situation financière s’était bien améliorée) une maison récupérée par les prêteurs (les banques) qui les vendaient plus cher sur le marché immobilier ; double avantage donc pour les banques. Le problème, c’est qu’ensuite, ce marché s’est retourné puis effondré. Les banques se sont retrouvées avec des maisons dépréciées et des défauts de paiement pénalisant leurs propres bilans. ».

 

En redémarrant, il frôla un pépé à vélo qui se serait offusqué s’il avait entendu les paroles de Bastien proférées à son encontre.

« Bon, faut qu’un élève me demande pourquoi ce problème américain s’est ainsi propagé » .

Très impliqué dans son scénario, il reprit :

« Vous avez raison, on peut s’étonner que tous les pays aient été ainsi touchés. Pour comprendre, il faut s’appuyer sur 2 termes : financiarisation et titrisation ».

 

Il pila net pour laisser passer une mamie qui lui jeta un regard noir.

« Ah ces vieux ! il se prit à rêver d’en malmener un ou deux en début de semaine, ça rendrait les autres plus conciliants », comme disait son pote Paul mais sa préoccupation principale n’était pas là.

 

« Est-ce que déjà les élèves ne vont pas décrocher ? Je peux leur dire d’abord qu’avant, la richesse produite était constituée de biens et services produits, alors que de plus en plus, la richesse produite est virtuelle avec beaucoup de produits financiers de plus en plus complexes et c’est ce qu’on appelle la financiarisation de l’économie. Or, justement, les banquiers et autres experts financiers ont imaginé la titrisation. Normalement, quand une banque prête de l’argent elle a une créance, un point c’est tout. L’astuce a été de transformer des « paquets de créances  en titres négociables (pour faire de l’argent sur des créances douteuses) qui ont été prêtées à d’autres organismes financiers et ce à travers tout le monde, car n’oublions pas qu’avec la mondialisation, les phénomènes sont désormais internationaux et quand des banques européennes ou autres pensent pouvoir gagner facilement de l’argent elles le font, achètent ces titres, en fabriquent aussi, oubliant que tout ou tard ces dérives spéculatives seront sanctionnées par un effondrement, mais ces banques sont puissantes elles se doutent que les Etats ne les laisseront pas tomber si elles sont en difficulté [too big too fail dit-on, trop grosses pourqu'on les laisse couler ou échouer]. Sauf que le gouvernement américain a refusé d’aider Lehman et Brothers en septembre 2008 ce qui a provoqué la cascade de difficultés qu’on a connu ».

 

Bastien hésitait, cette présentation était-elle suffisante ? ne fallait-il pas insister sur le fait que toutes ces créances douteuses étaient imbriquées dans des montages financiers complexes qui faisaient que toutes les grandes banques étaient impliquées et pire, ne savaient pas toujours exactement qu’elle était la proportion de titres toxiques qu’elles détenaient.


Publié le 7 décembre 2010 par maule64 dans Un feuilleton économique
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