La Fontaine a tiré cet apologue d’Esope, le fabuliste grec qui a écrit L’Estomac et les Pieds. Mais on retrouve un récit similaire dans L’Histoire Romaine de Tite Live qui raconte comment le sénateur Ménénius a convaincu le peuple romain de ne pas faire sécession avec les aristocrates du Sénat. Esope appliquait la fable au général d’armée, La Fontaine, qui place cette fable dans le Livre III publié en 1668, lui donne une signification politique sur la monarchie. Il s’agira de montrer comment La Fontaine légitime à la fois le pouvoir monarchique et le pouvoir des fables. Dans un premier temps nous mesurerons l’art du fabuliste qui offre un récit plaisant et enlevé, pour ensuite étudier la représentation qu’il donne du pouvoir royale, avant de montrer comment la deuxième partie de la fable qui est une mise en abyme de l’apologue lui donne toute son efficacité.
I Un apologue ..
a) un récit court :
mise en place du récit dès vv 4 et 5 = transition avec introduction des personnages mais pst de vérité générale)
puis passage aux temps du récit à partir du vers 7 : « résolut » élément perturbateur qui déclenche l’action
b) et plaisant
récit enlevé : discours rapporté directement + vivacité avec passage au présent de narration vv 14 et 15
« Ainsi dit, ainsi fait « formule orale du conte + raccourcissement du vers pour montrer accélaration de l’action
plaisir d’une histoire avec début, milieu, fin + plaisir de décrypter les équivalences + animation mb du corps
II qui définit la grandeur royale
a) la portée didactique de l’apologue :
vers 1-4 : introduction du projet de la fable : définition « A la voir d’un certain côté » puis récit des vv 6 à 24
vers 24-32 : la morale – une représentation idéale de ce que doit être l’exercice de la royauté – basculement de l’histoire à la leçon avec la révélation de l’analogie « Ceci peut s’appliquer à la grandeur royale » // v. 3-4
une leçon : présent de vériter générale
b) définition du pouvoir royal comme garant de l’équité :
la réciprocité des services au fondement du pouvoir féodale et monarchique : les privilèges des seigneurs se justifient par la protection qu’ils doivent assurer à leurs sujets – le principe de cette réciprocité est donné au vers 25 : « Elle reçoit et donne, et la chose est égale » vers binaire : égalité des verbes « reàoit et donne » dans le même hémistiche + adverbe de manière « et réciproquement » au vers 26
vers 26 et 27 : 2 actions qui montrent les deux sens de l’échange et qui développe l’idée du vers 25 avec parallélisme syntaxique tout + vers + Groupe pronominal « pour elle » et « d’elle » – l’adverbe qui exprime cette réciprocité est mis entre ces deux propositions parallèles comme l’aiguille d’une balance équil
c) et de la prospérité de l’Etat :
« pour elle » et « d’elle » : le parallélisme des deux groupes pronominaux montre que la royauté est au centre des échanges, au centre de l’organisation de l’Etat – omniprésence exprimée dans « cent lieues »
l’Etat est représenté à travers l’ensemble des membres qui la constituent énumérés des vers 28 à 32 au singulier et avec majuscule propre à la généralisation, avec une certaine hiérarchie « l’artisan, le Marchand, le Magistrat, le Laboureur, le Soldat » – le tout rassemblé dans l’expression qui clôt le passage « tout l’Etat »
la propsérité est exprimé dans les verbes à connotation positive : « subsister, enrichit, gage, maintient, donne paye, entretient » = c’est une puissance qui « distribue ses grâces », qui ne dilapide pas les richesses
≠ image du souverain qui saigne son pays par les impôts et les guerres mais on est en 1668 au début florissant du règne de L. XIV
III avec une stratégie argumentative efficace
a) un second récit qui redouble le premier:
même élément perturbateur « s’allait séparer »
de nouveau un discours rapporté mais cette fois indirectement « disaient que »
même grief : avec antithèse des énumérations vers 36 les privilèges opposés « au lieu de » aux peines
b) une mise en abyme qui dit le pouvoir du fabuliste :
« Ménénius le sut bien dire » = il est comme le fabuliste, il recourt à une histoire, celle précisément des membres et de l’estomac que raconte La Fontaine, et il a du succès puisqu’il convainc la plèbe de revenir et d’accepter l’alliance avec le Sénat en respectant son autorité qui concourt à la prospérité de Rome « Et par cet apologue, insigne entre les fables » => La Fontaine s’inscrit dans une tradition glorieuse, la référence à un exemplum de l’Antiquité confère au genre mineur le prestige, le succès de ménénius assure de son pouvoir
Conclusion :
une fable riche en deux temps : la leçon est au centre de la fable comme la royauté est aucentre des échanges qui assurent la prospérité de l’Etat, représentation positive du pouvoir royal appuyée sur une stratégie dont l’efficacité est redoublée par la mise en abyme de la fable avec le recours à l’exemplum antique = cf « Le Pouvoir des Fables »
éloge de la Royauté ? Oui, une leçon nécessaire après la Fronde MAIS aussi un conseil sur les devoirs d’un bon roi
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