Suite à une décision d’Himmler le 30 avril 1942, la Direction Economique remplace la Direction Politique pour la prise en charge de l’inspection SS des camps. Le but est de tuer les individus à la tâche tout en réalisant un profit économique. Les déportés sont considérés comme des « Stücke » que l’on déplace selon les besoins de l’industrie.

Grâce aux camps, la S.S. dispose d’une abondante main-d’oeuvre à bon marché qu’elle loue aux entreprises allemandes, qui l’acceptent en toute connaissance de cause. IG-Farben construit sa nouvelle usine pétrochimique à Buna-Monowitz pour pouvoir disposer des déportés d’Auschwitz qui ont franchi le cap de la « sélection ». Des dizaines de milliers de déportés travaillent dans les usines d’armement de Krupp, Siemens, Heinkel, Daimler-Benz, Messerschmidt ou bien BMW. La direction centrale de la S.S. fixe les « salaires » de misère qui sont versés par les industriels aux chefs des camps, qui peuvent ainsi se constituer une réserve financière d’un niveau conséquent. Pour une journée de travail de 12 à 13 heures, la S.S. perçoit entre 3 et 6 marks par jour selon l’âge, le sexe et la « qualification » du déporté.

Les journées de travail se déroulaient dans des conditions épouvantables notamment dans les Kommandos (groupe de travailleur de déportés travaillant en camp annexe) des tunnels à Dora ou des carrières à Mauthausen.

Les déportés fabriquaient des fusées V2 dans des usines souterraines à Dora.

Ils pouvaient également être employés dans des Baubrigaden, groupes chargés de déblayer les rues et de rechercher les bombes non explosées pour les déminer à  main nue.

La rentabilité est définie en 1943, basée sur une durée de vie moyenne du déporté estimée à 9 mois.

À ces gains réalisés en monnayant le travail de ces esclaves, la S.S. ajoute les profits réalisés par la récupération des biens personnels des déportés, notamment les bijoux, les alliances et les dents en or. Les dents en or sont récupérées sur les cadavres des déportés par les membres de la Sonderkommando, un groupe de travail ayant pour fonction de retirer les cadavres des chambres à gaz et de les incinérer. La Reichbank récupère également les biens détenus par les déportés notamment les billets et les vêtements. . Ces biens sont triés par des groupes de travail de déportés comme par exemple à Auschwitz où il s’agit du groupe « Kanada ».Sur la courte période qui va d’avril 1942 à septembre 1943, le seul centre de Lublin-Maïdanek encaisse 178 millions de mark, somme considérable. Vers la fin du conflit, l’argent accumulé par les S.S. permet à ce centre de devenir le banquier de l’État nazi.

Ainsi les camps de concentration et de mise à mort s’avèrent être de véritables sources de profit économique. Ils sont mis à contribution à l’effort de guerre allemand. Ce profit est basé sur l’acte inhumain de la mort par épuisement et repose sur la participation ou la collaboration de grandes entreprises allemandes. Le système économique des camps est comparable à une nébuleuse industrielle. En effet chaque camp comportait une multitude de camps annexes et de Kommandos.

On peut maintenant se demander pourquoi les nazis ont-ils décidé de transformer le système des camps. Cette transformation s’explique par le fait qu’une guerre coûte cher. Elle consiste à rendre la déportation rentable voire même source d’un important profit pour l’économie de guerre. Les camps réalisent donc 2 objectifs de l’Etat nazi, la volonté expansionniste et l’élimination des opposants ou « des races jugées inférieures ».

A quoi servait l’argent gagné en tuant les individus à la tâche ?

L’argent gagné était reversé à l’effort de guerre et permettait de développer l’industrie d’armement. Cet argent représentait donc un important capital destiné à l’Etat nazi.

A quel moment les camps rapportaient-ils le plus de profits économiques ?

C’est pendant la période de déportation massive de 1942 à 1944 que les camps rapportaient le plus d’argent. Il s’agit de la période de la mise en application de « la solution finale de la question juive », qui provoqua l’assassinat dans les chambres à gaz de près de 3 millions de juifs. Plus il y a de déportés, plus l’argent perçu par les SS est grand. Au camp de concentration de Dachau en Allemagne le chiffre d’affaire de la DAW (Usines allemandes d’équipement) s’élevait à 23,2 millions de Reichsmarks.

Comment qualifier ce type de système économique des camps ?

Le profit économique se génère sur l’assassinat de millions de déportés et sur l’esclavage. On ne peut pas vraiment trouver de qualificatif à ces méthodes innommables sinon que c’est impardonnable pour l’humanité, surtout dans un pays civilisé. D’où un devoir de mémoire collectif et individuel pour ne pas faire revivre les périodes les plus sombres de l’histoire. Les hommes sont capables de faire régner le mal absolu, donc chacun doit avoir connaissance de ce qui s’est passé afin d’y réfléchir soigneusement.

Photo Musée de la résistance

Sources

Livre : Ravensbrück de Germaine Tillion edition du Seuil, 1988

Sites internet : www.musee-resistance31.fr

http://books.google.fr/books

www.memorialdelashoah.org