Réservé aux acteurs! relire et imprimer pour le 24 Mai: Texte du « Bourgeois » annoté.
Publié par V. Poisson dans Atelier Théâtre.Musiques
Lumières
ACTE I
Lumière : Matin, dans un salon bourgeois, le soleil se lève peu à peu.
Scène I
Les maîtres de musique et de danse
Lou, Lily, Alban, Valentin, les danseurs (qui se mettent sur le côté).
Maître de musique, parlant à ses musiciens.
Venez, entrez dans cette salle, et vous reposez là, en attendant qu’il vienne.
Maître à danser, parlant aux danseurs.
Et vous aussi, de ce côté.
Les danseurs se mettent de côté.
Maître de musique, à l’Élève.
Est-ce fait ?
L’élève
Oui.
Maître de musique
Voyons… (L‘élève joue la sérénade)
Voilà qui est bien.
Maître à danser
Est-ce quelque chose de nouveau ?
Maître de musique
Oui, c’est un air pour une sérénade, que je lui ai fait composer ici, en attendant que notre homme fût éveillé.
Maître à danser
Peut-on voir ce que c’est ?
Maître de musique
Vous l’allez entendre, avec le dialogue, quand il viendra. Il ne tardera guère.
Maître à danser
Nos occupations, à vous, et à moi, ne sont pas petites maintenant.
Maître de musique
Il est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous deux ; ce nous est une douce rente que ce Monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie qu’il est allé se mettre en tête ; et votre danse et ma musique auraient à souhaiter que tout le monde lui ressemblât.
Maître à danser
Non pas entièrement ; et je voudrais pour lui qu’il se connût mieux qu’il ne fait aux choses que nous lui donnons.
Maître de musique
Vous recevez fort bien pourtant l’argent que notre homme vous donne.
Maître à danser
Assurément ; mais je n’en fais pas tout mon bonheur, et je voudrais qu’avec son bien, il eût encore quelque bon goût des choses.
Maître à danser
Chut! Le voilà qui vient.
Scène 2
Andy, Lou, Lily, Agnès, Cynthia, Valentin, Alban.
La robe de chambre
Entrée du Bourgeois : Forte lumière/rayonnement au moment de l’entrée. Puis Lumière d’intérieur ;
Monsieur Jourdain
Hé bien, Messieurs ? Qu’est-ce ? Me ferez-vous voir votre petite drôlerie ?
Maître à danser
Comment ? Quelle petite drôlerie ?
Monsieur Jourdain
Eh la… comment appelez-vous cela ? Votre prologue ou dialogue de chansons et de danse.
Maître à danser
Ah ! ah !
Maître de musique
Vous nous y voyez préparés.
Monsieur Jourdain
Je vous ai fait un peu attendre, mais c’est que je me fais habiller aujourd’hui comme les gens de qualité ; et mon tailleur m’a envoyé des bas de soie que j’ai pensé ne mettre jamais.
Monsieur Jourdain
Je me suis fait faire cette indienne-ci.
Maître à danser
Elle est fort belle.
Monsieur Jourdain
Mon tailleur m’a dit que les gens de qualité étaient comme cela le matin.
Maître de musique
Cela vous sied à merveille.
Monsieur Jourdain
Laquais ! holà, mes deux laquais !
Premier laquais
Que voulez-vous, Monsieur ?
Monsieur Jourdain
Rien. C’est pour voir si vous m’entendez bien. (Aux deux maîtres.) Que dites-vous de mes livrées ?
Maître à danser
Elles sont magnifiques.
Monsieur Jourdain. Il entr’ouvre sa robe, et fait voir un haut-de-chausses étroit de velours rouge, et une camisole de velours vert, dont il est vêtu.
Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices.
Maître de musique
Il est galant.
Monsieur Jourdain
Laquais !
Premier laquais
Monsieur.
Monsieur Jourdain
L’autre laquais !
Second laquais
Monsieur.
Monsieur Jourdain
Tenez ma robe. Me trouvez-vous bien comme cela ?
Maître à danser
Fort bien. On ne peut pas mieux.
Monsieur Jourdain
Voyons un peu votre affaire.
La démonstration de chant
Maître de musique
Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air qu’il vient de composer pour la sérénade que vous m’avez demandée. C’est un de mes écoliers, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.
Monsieur Jourdain
Donnez-moi ma robe pour mieux entendre… Attendez, je crois que je serai mieux sans robe… Non ; redonnez-la-moi, cela ira mieux.
Lumière sur le chanteur et le violoniste.
Valentin chante, Alban au violon.
« Soleil, lève-toi soleil… »
Monsieur Jourdain
Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci, par-là.
Maître de musique
Il faut, Monsieur, que l’air soit accommodé aux paroles.
Monsieur Jourdain
On m’en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez… Là… comment est-ce qu’il dit ?
Maître à danser
Par ma foi ! je ne sais.
Monsieur Jourdain
Il y a du canard dedans.
Maître à danser
Du canard ?
Monsieur Jourdain
Oui. Ah !
Musique enregistrée 1 : La danse des canards
N’est-il pas joli ?
Maître de musique
Le plus joli du monde.
Maître à danser
Et vous le chantez bien.
Monsieur Jourdain
C’est sans avoir appris la musique.
Maître de musique
Vous devriez l’apprendre, Monsieur
Monsieur Jourdain
Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?
Maître de musique
Oui, Monsieur.
Monsieur Jourdain
Je l’apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre le Maître d’armes qui me montre, j’ai arrêté encore un Maître de philosophie, qui doit commencer ce matin.
Maître de musique
La philosophie est quelque chose ; mais la musique, Monsieur, la musique.
Maître à danser
La musique et la danse. La musique et la danse, c’est là tout ce qu’il faut.
Démonstration de danse
Maître de musique
Voulez-vous voir nos deux affaires ?
Monsieur Jourdain
Oui.
Maître de musique
Allons, avancez. Il faut vous figurer qu’ils sont habillés en bergers.
Monsieur Jourdain: Voyons.
Lumières colorées durant le rock : ambiance soirée.
Musique enregistrée 2 : Rock on the Clock
Monsieur Jourdain
Est-ce tout ?
Maître de musique
Oui. (…)
(Acte II, scène 1)
Monsieur Jourdain
Voilà qui n’est point sot, et ces gens-là se trémoussent bien. (…) C’est pour bientôt au moins ; la personne pour qui j’ai fait faire tout cela, me doit faire l’honneur de venir dîner ici!
Maître à danser
Tout est prêt.
Monsieur Jourdain
Au moins n’oubliez pas tantôt de m’envoyer des musiciens, pour chanter à table.
Maître de musique
Vous aurez tout ce qu’il vous faut.
Monsieur Jourdain
Mais surtout, que le ballet soit beau.
Leçon de menuet
Maître de musique
Vous en serez content, et, entre autres choses, de certains menuets que vous y verrez.
Monsieur Jourdain
Ah ! Les menuets sont ma danse, et je veux que vous me les voyiez danser. Allons, mon maître.
Lily se met au piano pour interpréter un menuet.
Maître à danser
Un chapeau, Monsieur, s’il vous plaît. La, la… En cadence, s’il vous plaît. La, la, la, la. La jambe droite. La, la, la. Ne remuez point tant les épaules. La, la. Vos deux bras sont estropiés. La. Haussez la tête. Tournez la pointe du pied en dehors. La. Dressez votre corps.
Monsieur Jourdain
Euh ?
Maître de musique (Lily s’interrompt en souriant…)
Voilà qui est le mieux du monde.
La révérence
Monsieur Jourdain
À propos. Apprenez-moi comme il faut faire une révérence pour saluer une marquise : j’en aurai besoin tantôt.
Maître à danser
Une révérence pour saluer une marquise ?
Monsieur Jourdain
Oui : une marquise qui s’appelle Dorimène.
Maître à danser
Donnez-moi la main.
Monsieur Jourdain
Non. Vous n’avez qu’à faire : je le retiendrai bien.
Maître à danser
Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect, il faut faire d’abord une révérence en arrière, puis marcher vers elle avec trois révérences en avant, et à la dernière vous baisser jusqu’à ses genoux.
Monsieur Jourdain
Faites un peu. Bon.
Premier laquais
Monsieur, voilà votre maître d’armes qui est là.
Monsieur Jourdain
Dis-lui qu’il entre ici pour me donner leçon. Je veux que vous me voyiez faire.
Scène II
Leçon d’escrime
+ Théophile
Lumière d’éclairs/ orage pour l’entrée du maître d’armes.
Maître d’armes, après lui avoir mis le fleuret à la main.
Allons, Monsieur, la révérence. Votre corps droit. Un peu penché sur la cuisse gauche. Les jambes point tant écartées. Vos pieds sur une même ligne. Votre poignet à l’opposite de votre hanche. La pointe de votre épée vis-à-vis de votre épaule. Le bras pas tout à fait si étendu. La main gauche à la hauteur de l’œil. L’épaule gauche plus quartée. La tête droite. Le regard assuré. Avancez ! Le corps ferme. Touchez-moi l’épée de quarte, et achevez de même ! Une, deux. Remettez-vous ! Redoublez de pied ferme ! Une, deux. Un saut en arrière. Quand vous portez la botte, Monsieur, il faut que l’épée parte la première, et que le corps soit bien effacé. Une, deux. Allons, touchez-moi l’épée de tierce, et achevez de même. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez de là. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. Une, deux. Un saut en arrière. En garde, Monsieur, en garde.
Le Maître d’armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant.
En garde.
Monsieur Jourdain
Euh ?
Maître de musique
Vous faites des merveilles.
Première dispute des trois maîtres
Maître d’armes
Vous voyez combien la science des armes l’emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la…
Maître à danser
Tout beau, Monsieur le tireur d’armes : ne parlez de la danse qu’avec respect.
Maître de musique
Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l’excellence de la musique.
Maître d’armes
Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !
Maître de musique
Voyez un peu l’homme d’importance !
Maître à danser
Voilà un plaisant animal, avec son plastron !
Maître d’armes
Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de la belle manière.
Maître à danser
Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.
Monsieur Jourdain, au Maître à danser.
Êtes-vous fou de l’aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative ?
Maître à danser
Je me moque de sa raison démonstrative, et de sa tierce et de sa quarte.
Monsieur Jourdain
Tout doux, vous dis-je.
Maître d’armes
Comment ? petit impertinent.
Monsieur Jourdain
Eh ! mon Maître d’armes !
Maître à danser
Comment ? grand cheval de carrosse.
Monsieur Jourdain
Eh ! mon Maître à danser.
Maître d’armes
Si je me jette sur vous…
Monsieur Jourdain
Doucement !
Maître à danser
Si je mets sur vous la main…
Monsieur Jourdain
Tout beau !
Maître d’armes
Je vous étrillerai d’un air…
Monsieur Jourdain
De grâce !
Maître à danser
Je vous rosserai d’une manière…
Monsieur Jourdain
Je vous prie !
Maître de musique
Laissez-nous un peu lui apprendre à parler.
Monsieur Jourdain
Mon Dieu ! Arrêtez-vous.
Scène III
2e dispute: avec le maître de Philo
Maître de philosophie, Maître de musique, Maître à danser, Maître d’armes, Monsieur Jourdain, Laquais.
Monsieur Jourdain
Holà, Monsieur le philosophe, vous arrivez tout à propos avec votre philosophie. Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.
Maître de philosophie
Qu’est-ce donc ? qu’y a-t-il, Messieurs ?
Monsieur Jourdain
Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu’à se dire des injures, et en vouloir venir aux mains.
Maître de philosophie
Hé quoi ? Messieurs, faut-il s’emporter de la sorte ? et n’avez-vous point lu le docte traité que Sénèque a composé de la colère ?
Maître à danser
Comment, Monsieur, il vient nous dire des injures à tous deux, en méprisant la danse que j’exerce, et la musique dont il fait profession ?
Maître de philosophie
Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu’on lui peut dire, et la grande réponse qu’on doit faire aux outrages, c’est la modération et la patience.
Maître d’armes
Ils ont tous deux l’audace de vouloir comparer leurs professions à la mienne.
Maître de philosophie
Et que sera donc la philosophie ? Je vous trouve tous trois bien impertinents de parler devant moi avec cette arrogance, et de donner impudemment le nom de science à des choses que l’on ne doit pas même honorer du nom d’art, et qui ne peuvent être comprises que sous le nom de métier misérable de gladiateur, de chanteur, et de baladin !
Maître d’armes
Allez ! philosophe de chien.
Maître de musique
Allez ! belître de pédant.
Maître à danser
Allez ! cuistre fieffé.
Maître de philosophie
Comment ? marauds que vous êtes…
Le philosophe se jette sur eux, et tous trois le chargent de coups, et sortent en se battant.
Monsieur Jourdain
Monsieur le philosophe.
Maître de philosophie
Infâmes ! coquins ! insolents !
Monsieur Jourdain
Monsieur le philosophe.
Maître d’armes
La peste l’animal !
Monsieur Jourdain
Messieurs.
Maître de philosophie
Impudents !
Monsieur Jourdain
Monsieur le philosophe.
Maître à danser
Diantre soit de l’âne bâté !
Monsieur Jourdain
Messieurs.
Maître de philosophie
Scélérats !
Monsieur Jourdain
Monsieur le philosophe.
Maître de musique
Au diable l’impertinent !
Monsieur Jourdain
Messieurs.
Maître de philosophie
Fripons ! gueux ! traîtres ! imposteurs !
Ils sortent.
Monsieur Jourdain
Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe. Oh ! battez-vous tant qu’il vous plaira : je n’y saurais que faire, et je n’irai pas gâter ma robe pour vous séparer. Je serais bien fou de m’aller fourrer parmi eux, pour recevoir quelque coup qui me ferait mal.
Scène IV
La leçon de Philosophie
Paul et Andy
Lumière plus intimiste durant la leçon de philosophie.
Maître de philosophie, en raccommodant son collet.
Venons à notre leçon.
Monsieur Jourdain
Ah ! Monsieur, je suis fâché des coups qu’ils vous ont donnés.
Maître de philosophie
Cela n’est rien. Un philosophe sait recevoir comme il faut les choses. Laissons cela. Que voulez-vous apprendre ?
Monsieur Jourdain
Tout ce que je pourrai, car j’ai toutes les envies du monde d’être savant ; et j’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas fait bien étudier dans toutes les sciences, quand j’étais jeune.
Maître de philosophie
Ce sentiment est raisonnable : nam sine doctrina vita est quasi mortis imago. Vous entendez cela, et vous savez le latin sans doute.
Monsieur Jourdain
Oui, mais faites comme si je ne le savais pas : expliquez-moi ce que cela veut dire.
Maître de philosophie
Cela veut dire que sans la science, la vie est presque une image de la mort.
Monsieur Jourdain
Ce latin-là a raison.
Maître de philosophie
N’avez-vous point quelques principes, quelques commencements des sciences ?
Monsieur Jourdain
Oh ! oui, je sais lire et écrire.
Maître de philosophie
Par où vous plaît-il que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne la logique ?
(…) Maître de philosophie
Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?
Monsieur Jourdain
Apprenez-moi l’orthographe.
Maître de philosophie
Très volontiers.
Monsieur Jourdain
Après vous m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune et quand il n’y en a point.
Maître de philosophie
Soit. Pour bien suivre votre pensée et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles ou voix : A, E, I, O, U.
Monsieur Jourdain
J’entends tout cela.
Maître de philosophie
La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : A.
Monsieur Jourdain
A, A. Oui.
Maître de philosophie
La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut : A, E.
Monsieur Jourdain
A, E, A, E. Ma foi ! oui. Ah ! que cela est beau !
Maître de philosophie
Et la voix I en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles : A, E, I.
Monsieur Jourdain
A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !
Maître de philosophie
La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.
Monsieur Jourdain (imitant l’âne)
O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, I, I, O.
Maître de philosophie
L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.
Monsieur Jourdain (le singe)
O, O, O. Vous avez raison, O. Ah ! la belle chose, que de savoir quelque chose !
Maître de philosophie
La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout à fait : U.
Monsieur Jourdain
U, U. Il n’y a rien de plus véritable : U.
Maître de philosophie
Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que : U.
Monsieur Jourdain
U, U. Cela est vrai. Ah ! que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela ?
Maître de philosophie
Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.
(Monsieur Jourdain
Est-ce qu’il y a des choses aussi curieuses qu’à celles-ci ?
Maître de philosophie
Sans doute. La consonne D, par exemple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d’en haut : da.
Monsieur Jourdain
Da, da. Oui. Ah ! les belles choses ! les belles choses !
Maître de philosophie
L’F en appuyant les dents d’en haut sur la lèvre de dessous : Fa.
Monsieur Jourdain
Fa, fa. C’est la vérité. Ah ! mon père et ma mère, que je vous veux de mal !
Maître de philosophie
Et l’R, en portant le bout de la langue jusqu’au haut du palais, de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement : Rra.
Monsieur Jourdain (le chien)
R, r, ra ; r, r, r, r, r, ra. Cela est vrai. Ah ! l’habile homme que vous êtes ! et que j’ai perdu de temps ! R, r, r, ra.
Maître de philosophie
Je vous expliquerai à fond toutes ces curiosités.)
Le billet à la marquise
Monsieur Jourdain
Je vous en prie. Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.
Maître de philosophie
Fort bien.
Monsieur Jourdain
Cela sera galant, oui.
Maître de philosophie
Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?
Monsieur Jourdain
Non, non, point de vers.
Maître de philosophie
Vous ne voulez que de la prose ?
Monsieur Jourdain
Non, je ne veux ni prose ni vers.
Maître de philosophie
Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.
Monsieur Jourdain
Pourquoi ?
Maître de philosophie
Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer que la prose, ou les vers.
Monsieur Jourdain
Il n’y a que la prose ou les vers ?
Maître de philosophie
Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.
Monsieur Jourdain
Et comme l’on parle qu’est-ce que c’est donc que cela ?
Maître de philosophie
De la prose.
Monsieur Jourdain
Quoi ? quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?
Maître de philosophie
Oui, Monsieur.
Monsieur Jourdain
Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.
Maître de philosophie
Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…
Monsieur Jourdain
Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
Maître de philosophie
Il faut bien étendre un peu la chose.
Monsieur Jourdain
Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.
Musique 3 : Tango du professeur de philo.
Maître de philosophie
On les peut mettre premièrement comme vous avez dit.
Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.
Monsieur Jourdain
Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?
Maître de philosophie
Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
Monsieur Jourdain
Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.
Maître de philosophie
Je n’y manquerai pas.
Monsieur Jourdain
Comment ? Mon habit n’est point encore arrivé ?
Second laquais
Non, Monsieur.
Monsieur Jourdain
Ce maudit tailleur me fait bien attendre pour un jour où j’ai tant d’affaires. J’enrage. Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur ! Au diable le tailleur ! La peste étouffe le tailleur ! Si je le tenais maintenant, ce tailleur détestable, ce chien de tailleur-là, ce traître de tailleur, je…
Scène V
Le maître tailleur
Agnès, Andy, Gabin, Lou, Lily, Cynthia
Monsieur Jourdain
Ah vous voilà ! Je m’allais mettre en colère contre vous.
Maître tailleur
Je n’ai pas pu venir plus tôt, et j’ai mis vingt garçons après votre habit. Voilà le plus bel habit de la cour, et le mieux assorti. C’est un chef-d’œuvre que d’avoir inventé un habit sérieux qui ne fût pas noir ; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés.
Maître tailleur
Voulez-vous mettre votre habit ?
Monsieur Jourdain
Oui, donnez-le-moi.
Maître tailleur
Attendez. Cela ne va pas comme cela. J’ai amené des gens pour vous habiller en cadence, et ces sortes d’habits se mettent avec cérémonie. Holà ! entrez, vous autres. Mettez cet habit à Monsieur, de la manière que vous faites aux personnes de qualité.
Pour le défilé : lumières crépitantes comme des flash.
Musique enregistrée 4 : Défilé de mode, sur Genesis.
Scène supprimée devant les scolaires: Les garçons tailleurs
Garçon tailleur
Mon gentilhomme, donnez, s’il vous plaît, aux garçons quelque chose pour boire.
Monsieur Jourdain
Comment m’appelez-vous ?
Garçon tailleur
Mon gentilhomme.
Monsieur Jourdain
« Mon gentilhomme ! » Voilà ce que c’est de se mettre en personne de qualité. Allez-vous-en demeurer toujours habillé en bourgeois, on ne vous dira point : « Mon gentilhomme ». Tenez, voilà pour « Mon gentilhomme ».
Garçon tailleur
Monseigneur, nous vous sommes bien obligés.
Monsieur Jourdain
« Monseigneur », oh, oh ! « Monseigneur » ! Attendez, mon ami : « Monseigneur » mérite quelque chose, et ce n’est pas une petite parole que « Monseigneur ». Tenez, voilà ce que Monseigneur vous donne.
Garçon tailleur
Monseigneur, nous allons boire tous à la santé de Votre Grandeur.
Monsieur Jourdain
« Votre Grandeur ! » Oh, oh, oh ! Attendez, ne vous en allez pas. à moi « Votre Grandeur ! » Ma foi, s’il va jusqu’à l’Altesse, il aura toute la bourse. Tenez, voilà pour Ma Grandeur.
Garçon tailleur
Monseigneur, nous la remercions très humblement de ses libéralités.
Monsieur Jourdain
Il a bien fait : je lui allais tout donner.
ACTE III
Scène II
Le rire de Nicole
Agathe, Andy.
Entrée de Nicole qui balaie et danse :
Musique 5 : danse de Nicole
Monsieur Jourdain
Nicole !
Nicole
Plaît-il ?
Monsieur Jourdain
Écoutez.
Nicole, rit.
Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Qu’as-tu à rire ?
Nicole
Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Que veut dire cette coquine-là ?
Nicole
Hi, hi, hi. Comme vous voilà bâti ! Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Comment donc ?
Nicole
Ah ! ah ! mon Dieu ! Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Quelle friponne est-ce là ! Te moques-tu de moi ?
Nicole
Nenni, Monsieur, j’en serais bien fâchée. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Je te baillerai sur le nez, si tu ris davantage.
Nicole
Monsieur, je ne puis pas m’en empêcher. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Tu ne t’arrêteras pas ?
Nicole
Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Mais voyez quelle insolence !
Nicole
Vous êtes tout à fait drôle comme cela. Hi, hi.
Monsieur Jourdain
Je te…
Nicole
Je vous prie de m’excuser. Hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Tiens, si tu ris encore le moins du monde, je te jure que je t’appliquerai sur la joue le plus grand soufflet qui se soit jamais donné.
Nicole
Hé bien, Monsieur, voilà qui est fait, je ne rirai plus.
Monsieur Jourdain
Prends-y bien garde. Il faut que pour tantôt tu nettoies…
Nicole
Hi, hi.
Monsieur Jourdain
Que tu nettoies comme il faut…
Nicole
Hi, hi.
Monsieur Jourdain
Il faut, dis-je, que tu nettoies la salle, et…
Nicole
Hi, hi.
Monsieur Jourdain
Encore !
Nicole
Tenez, Monsieur, battez-moi plutôt et me laissez rire tout mon soûl, cela me fera plus de bien. Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
J’enrage.
Nicole
De grâce, Monsieur, je vous prie de me laisser rire. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Si je te prends…
Nicole
Monsieur… eur, je crèverai… ai, si je ne ris. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain
Mais a-t-on jamais vu une pendarde comme celle-là ? Qui me vient rire insolemment au nez, au lieu de recevoir mes ordres ?
Nicole
Que voulez-vous que je fasse, Monsieur ?
Monsieur Jourdain
Que tu songes, coquine, à préparer ma maison pour la compagnie qui doit venir tantôt.
Nicole
Ah ! par ma foi ! je n’ai plus envie de rire ; et toutes vos compagnies font tant de désordre céans, que ce mot est assez pour me mettre en mauvaise humeur.
Monsieur Jourdain
Ne dois-je point pour toi fermer ma porte à tout le monde ?
Nicole
Vous devriez au moins la fermer à certaines gens.
Scène III
La leçon de Jourdain aux femmes
Julie, Nicole, Andy
Julie : Quand tu découvres ton époux III,3, Agathe doit rester en scène. Tu dois t’exclamer en le découvrant (contemple-le un instant d’un air incrédule).
Madame Jourdain
Ah ! ah ! voici une nouvelle histoire. Qu’est-ce que c’est donc, mon mari, que cet équipage-là ? Vous moquez-vous du monde, de vous être fait enharnacher de la sorte ? et avez-vous envie qu’on se raille partout de vous ?
Monsieur Jourdain
Il n’y a que des sots et des sottes, ma femme, qui se railleront de moi.
Madame Jourdain
Vraiment on n’a pas attendu jusqu’à cette heure, et il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le monde.
Monsieur Jourdain
Taisez-vous, ma servante, et ma femme.
Madame Jourdain
Vous devriez bien plutôt songer à marier votre fille, qui est en âge d’être pourvue.
Monsieur Jourdain
Je songerai à marier ma fille quand il se présentera un parti pour elle ; mais je veux songer aussi à apprendre les belles choses.
Monsieur Jourdain Vous parlez toutes deux comme des bêtes, et j’ai honte de votre ignorance. Sais-tu bien comme il faut faire pour dire un U ?
Nicole
Comment ?
Monsieur Jourdain
Oui. Qu’est-ce que tu fais quand tu dis un U ?
Nicole
Quoi ?
Monsieur Jourdain
Dis un peu U, pour voir ?
Nicole
Hé bien, U.
Monsieur Jourdain
Qu’est-ce que tu fais ?
Nicole
Je dis U.
Monsieur Jourdain
Oui ; mais quand tu dis U, qu’est-ce que tu fais ?
Nicole
Je fais ce que vous me dites.
Monsieur Jourdain
Ô l’étrange chose que d’avoir affaire à des bêtes ! Tu allonges les lèvres en dehors, et approches la mâchoire d’en haut de celle d’en bas : U, vois-tu ? Je fais la moue : U.
Nicole
Oui, cela est biau.
Madame Jourdain
Voilà qui est admirable.
Monsieur Jourdain
C’est bien autre chose, si vous aviez vu O, et Da, Da, et Fa, Fa.
Madame Jourdain
Qu’est-ce que c’est donc que tout ce galimatias-là ?
Nicole
De quoi est-ce que tout cela guérit ?
Monsieur Jourdain
J’enrage quand je vois des femmes ignorantes.
Madame Jourdain
Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies, et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.
Monsieur Jourdain
Lorsque je hante la noblesse, je fais paraître mon jugement, et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie.
Madame Jourdain
Çamon vraiment ! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré avec ce beau Monsieur le comte dont vous vous êtes embéguiné. Oui, il a des bontés pour vous, et vous fait des caresses ; mais il vous emprunte votre argent.
Monsieur Jourdain
Hé bien ! ne m’est-ce pas de l’honneur, de prêter de l’argent à un homme de cette condition-là ? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m’appelle son cher ami ?
Monsieur Jourdain
Taisez-vous : le voici.
Madame Jourdain
Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt ; et il me semble que j’ai dîné quand je le vois.
Monsieur Jourdain
Taisez-vous, vous dis-je.
Scène IV
Jourdain donne de l’argent à Dorante
Andy, NaÏka
Naika : III,4, quand tu viens emprunter de l’argent, tu commences par « hum hum » pour te faire remarquer et tu restes ne retrait tant que Mme Jourdain peste.
Dorante
Mon cher ami, Monsieur Jourdain, comment vous portez-vous ?
Monsieur Jourdain
Fort bien, Monsieur, pour vous rendre mes petits services.
(Scène VI)
Monsieur Jourdain
Voilà deux cents louis bien comptés.
Dorante
Je vous assure, Monsieur Jourdain, que je suis tout à vous, et que je brûle de vous rendre un service à la cour.
Monsieur Jourdain
Je vous suis trop obligé.
Ils sortent.
Scène VIII
La dispute des amants
Valentin, Agathe, Maxime, Alexandre
Valentin et Maxime. Pour le début de la scène de dispute des amoureux, vous arrivez et vous vous indignez à voix basse sur scène le temps que Nicole arrive.
Nicole
Ah ! Vous voilà tout à propos. Je suis une ambassadrice de joie, et je viens…
Cléonte
Retire-toi, perfide, et ne me viens point amuser avec tes traîtresses paroles.
Nicole
Est-ce ainsi que vous recevez…
Cléonte
Retire-toi, te dis-je, et va-t’en dire de ce pas à ton infidèle maîtresse qu’elle n’abusera de sa vie le trop simple Cléonte.
Nicole
Quel vertigo est-ce donc là ? Mon pauvre Covielle, dis-moi un peu ce que cela veut dire.
Covielle
Ton pauvre Covielle, petite scélérate ! Allons vite, ôte-toi de mes yeux, vilaine, et me laisse en repos.
Nicole
Quoi ? tu me viens aussi…
Covielle
Ôte-toi de mes yeux, te dis-je, et ne me parle de ta vie.
Nicole
Ouais ! Quelle mouche les a piqués tous deux ? Allons de cette belle histoire informer ma maîtresse.
Scène IX
Cléonte
Quoi ? traiter un amant de la sorte, et un amant le plus fidèle et le plus passionné de tous les amants ?
Covielle
C’est une chose épouvantable, que ce qu’on nous fait à tous deux.
Cléonte
Je fais voir pour une personne toute l’ardeur et toute la tendresse qu’on peut imaginer ; je n’aime rien au monde qu’elle, et je n’ai qu’elle dans l’esprit ; elle fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie ; je ne parle que d’elle, je ne pense qu’à elle, je ne fais des songes que d’elle, je ne respire que par elle, mon cœur vit tout en elle : et voilà de tant d’amitié la digne récompense ! Je suis deux jours sans la voir, qui sont pour moi deux siècles effroyables : je la rencontre par hasard ; mon cœur, à cette vue, se sent tout transporté, ma joie éclate sur mon visage, je vole avec ravissement vers elle ; et l’infidèle détourne de moi ses regards, et passe brusquement, comme si de sa vie elle ne m’avait vu !
Covielle
Je dis les mêmes choses que vous.
Cléonte
La Voici.
Scène X
Cléonte
Je ne veux pas seulement lui parler.
Covielle
Je veux vous imiter.
Lucile
Qu’est-ce donc, Cléonte ? qu’avez-vous ?
Nicole
Qu’as-tu donc, Covielle ?
Nicole
Pour moi, j’en ai été toute scandalisée.
Lucile
Ce ne peut être, Nicole, que ce que je dis. Mais le voilà.
Cléonte
Je ne veux pas seulement lui parler.
Covielle
Je veux vous imiter.
Lucile
Qu’est-ce donc, Cléonte ? qu’avez-vous ?
Nicole
Qu’as-tu donc, Covielle ?
Lucile
Quel chagrin vous possède ?
Nicole
Quelle mauvaise humeur te tient ?
Lucile
Êtes-vous muet, Cléonte ?
Nicole
As-tu perdu la parole, Covielle ?
Cléonte
Que voilà qui est scélérat !
Covielle
Que cela est Judas !
Lucile
Je vois bien que la rencontre de tantôt a troublé votre esprit.
Cléonte
Ah ! ah ! on voit ce qu’on a fait.
Nicole
Notre accueil de ce matin t’a fait prendre la chèvre.
Covielle
On a deviné l’enclouure.
Lucile
N’est-il pas vrai, Cléonte, que c’est là le sujet de votre dépit ?
Cléonte
Oui, perfide, ce l’est, puisqu’il faut parler ; et j’ai à vous dire que vous ne triompherez pas comme vous pensez de votre infidélité, que je veux être le premier à rompre avec vous, et que vous n’aurez pas l’avantage de me chasser. J’aurai de la peine, sans doute, à vaincre l’amour que j’ai pour vous, cela me causera des chagrins, je souffrirai un temps ; mais j’en viendrai à bout, et je me percerai plutôt le cœur, que d’avoir la faiblesse de retourner à vous.
Covielle
Queussi, queumi.
Lucile
Voilà bien du bruit pour un rien. Je veux vous dire, Cléonte, le sujet qui m’a fait ce matin éviter votre abord.
Cléonte fait semblant de s’en aller et tourne autour du théâtre.
Non, je ne veux rien écouter.
Nicole
Je te veux apprendre la cause qui nous a fait passer si vite.
Covielle suit Lucile.
Je ne veux rien entendre.
Lucile suit Cléonte.
Sachez que ce matin…
Cléonte
Non, vous dis-je.
Nicole suit Covielle.
Apprends que…
Covielle
Non, traîtresse.
Lucile
Écoutez.
Cléonte
Point d’affaire.
Nicole
Laisse-moi dire.
Covielle
Je suis sourd.
Lucile
Cléonte.
Cléonte
Non.
Nicole
Covielle.
Covielle
Point.
Lucile
Arrêtez.
Cléonte
Chansons.
Nicole
Entends-moi.
Covielle
Bagatelle.
Lucile
Un moment.
Cléonte
Point du tout.
Nicole
Un peu de patience.
Covielle
Tarare.
Lucile
Deux paroles.
Cléonte
Non, c’en est fait.
Nicole
Un mot.
Covielle
Plus de commerce.
Lucile
Hé bien ! puisque vous ne voulez pas m’écouter, demeurez dans votre pensée, et faites ce qu’il vous plaira.
Nicole
Puisque tu fais comme cela, prends-le tout comme tu voudras.
Cléonte
Sachons donc le sujet d’un si bel accueil.
Lucile fait semblant de s’en aller à son tour, et fait le même chemin qu’a fait Cléonte.
Il ne me plaît plus de le dire.
Covielle
Apprends-nous un peu cette histoire.
Nicole
Je ne veux plus, moi, te l’apprendre.
Cléonte suit Lucile.
Dites-moi…
Lucile
Non, je ne veux rien dire.
Covielle
Conte-moi…
Nicole suit Cléonte.
Non, je ne conte rien.
Cléonte
De grâce.
Lucile
Non, vous dis-je.
Covielle suit Nicole.
Par charité.
Nicole
Point d’affaire.
Cléonte
Je vous en prie.
Lucile
Laissez-moi.
Covielle
Je t’en conjure.
Nicole
Ôte-toi de là.
Cléonte
Lucile.
Lucile
Non.
Covielle
Nicole.
Nicole
Point.
Cléonte
Au nom des Dieux !
Lucile
Je ne veux pas.
Covielle
Parle-moi.
Nicole
Point du tout.
Cléonte
Éclaircissez mes doutes.
Lucile
Non, je n’en ferai rien.
Covielle
Guéris-moi l’esprit.
Nicole
Non, il ne me plaît pas.
Cléonte
Hé bien ! puisque vous vous souciez si peu de me tirer de peine, et de vous justifier du traitement indigne que vous avez fait à ma flamme, vous me voyez, ingrate, pour la dernière fois, et je vais loin de vous mourir de douleur et d’amour.
Covielle
Et moi, je vais suivre ses pas.
Lucile
Cléonte.
Nicole
Covielle.
Cléonte
Eh ?
Covielle
Plaît-il ?
Lucile
Où allez-vous ?
Cléonte
Où je vous ai dit.
Covielle
Nous allons mourir.
Lucile
Vous allez mourir, Cléonte ?
Cléonte
Oui, cruelle, puisque vous le voulez.
Lucile
Moi, je veux que vous mouriez ?
Cléonte
Oui, vous le voulez.
Lucile
Qui vous le dit ?
Cléonte
N’est-ce pas le vouloir, que de ne vouloir pas éclaircir mes soupçons ?
Lucile
Est-ce ma faute ? et si vous aviez voulu m’écouter, ne vous aurais-je pas dit que l’aventure dont vous vous plaignez a été causée ce matin par la présence d’une vieille tante, qui veut à toute force que la seule approche d’un homme déshonore une fille, qui perpétuellement nous sermonne sur ce chapitre, et nous figure tous les hommes comme des diables qu’il faut fuir ?
Nicole
Voilà le secret de l’affaire.
Cléonte
Ne me trompez-vous point, Lucile ?
Covielle
Ne m’en donnes-tu point à garder ?
Lucile
Il n’est rien de plus vrai.
Nicole
C’est la chose comme elle est.
Covielle
Nous rendrons-nous à cela ?
Cléonte
Ah ! Lucile, qu’avec un mot de votre bouche vous savez apaiser de choses dans mon cœur ! et que facilement on se laisse persuader aux personnes qu’on aime !
Valentin tire Alexandra derrière le paravent pendant la dernière réplique de Maxime qui sort avec Agathe. C’est Gabin qui ressort de derrière le paravent.
Covielle
Qu’on est aisément amadoué par ces diantres d’animaux-là !
Scène XI
La demande en mariage de Gabin/Cléonte
Alexandre, Julie, Maxime (sur le côté), + Gabin
Alexandra : pour la demande en mariage de Gabin, tu lui tiens le bras ou la main, quand Mme Jourdain vous parle de faire la demande. Pendant qu’il fait sa demande tu te tiens derrière lui, et tu regardes Jourdain, les yeux pleins d’espoir.
Madame Jourdain
Je suis bien aise de vous voir, Cléonte, et vous voilà tout à propos. Mon mari vient ; prenez vite votre temps pour lui demander Lucile en mariage.
Cléonte
Ah ! Madame, que cette parole m’est douce, et qu’elle flatte mes désirs ! Pouvais-je recevoir un ordre plus charmant ? Une faveur plus précieuse ?
Scène XII
+ Andy
Cléonte
Monsieur, je n’ai voulu prendre personne pour vous faire une demande que je médite il y a longtemps. Elle me touche assez pour m’en charger moi-même ; et, sans autre détour, je vous dirai que l’honneur d’être votre gendre est une faveur glorieuse que je vous prie de m’accorder.
Monsieur Jourdain
Avant que de vous rendre réponse, Monsieur, je vous prie de me dire si vous êtes gentilhomme.
Cléonte
Monsieur, la plupart des gens sur cette question n’hésitent pas beaucoup. On tranche le mot aisément. Ce nom ne fait aucun scrupule à prendre, et l’usage aujourd’hui semble en autoriser le vol. Pour moi, je vous l’avoue, j’ai les sentiments sur cette matière un peu plus délicats : je trouve que toute imposture est indigne d’un honnête homme, et qu’il y a de la lâcheté à déguiser ce que le Ciel nous a fait naître, à se parer aux yeux du monde d’un titre dérobé, à se vouloir donner pour ce qu’on n’est pas. Je suis né de parents, sans doute, qui ont tenu des charges honorables. Je me suis acquis dans les armes l’honneur de six ans de services, et je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable. Mais, avec tout cela, je ne veux point me donner un nom où d’autres en ma place croiraient pouvoir prétendre, et je vous dirai franchement que je ne suis point gentilhomme.
Monsieur Jourdain
Touchez là, Monsieur : ma fille n’est pas pour vous.
Cléonte
Comment ?
Monsieur Jourdain
Vous n’êtes point gentilhomme, vous n’aurez pas ma fille.
Madame Jourdain
Que voulez-vous donc dire avec votre gentilhomme ? Est-ce que nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis ?
Monsieur Jourdain
Taisez-vous, ma femme : je vous vois venir.
Madame Jourdain
Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie ?
Monsieur Jourdain
Voilà bien les sentiments d’un petit esprit, de vouloir demeurer toujours dans la bassesse. Ne me répliquez pas davantage : ma fille sera marquise en dépit de tout le monde ; et si vous me mettez en colère, je la ferai duchesse.
Jourdain sort.
Madame Jourdain
Cléonte, ne perdez point courage encore. Suivez-moi, ma fille, et venez dire résolument à votre père, que si vous ne l’avez, vous ne voulez épouser personne.
Julie et Alexandra sortent.
Scène XIII
Le plan de Covielle
Maxime sort de sa cachette (il a observé tout la scène d’un coin de la scène) et a manifesté jusque là ses émotions en silence.
Covielle
Ah! ah ! ah !
Cléonte
De quoi ris-tu ?
Covielle
D’une pensée qui me vient pour tromper notre homme, et vous faire obtenir ce que vous souhaitez.
Cléonte
Comment ?
Covielle
L’idée est tout à fait plaisante.
Cléonte
Quoi donc ?
Cléonte
Mais apprends-moi…
Covielle
Je vais vous instruire de tout. Retirons-nous, le voilà qui revient.
Ils sortent.
Scène XVI
Le banquet la marquise
Naïka, Cynthia, Andy, les danseurs.
Le Bourgeois prépare la salle (scène muette) pour recevoir la marquise. Plante verte, table, lustre ??
Les élèves de 4e5 préparent la salle avec précipitation (c’est un moment important tout doit être parfait). Le Bourgeois donne des consignes.
Laquais (Agnès): Voilà Madame la Marquise et Monseigneur Dorante.
Le Bourgeois stresse un peu…
La marquise entre.
Lumière vive pour l’entrée de la Marquise.
Monsieur Jourdain : Madame !
Après avoir fait deux révérences maladroites, se trouvant trop près de Dorimène.
Un peu plus loin, Madame.
Dorimène
Comment
Monsieur Jourdain
Un pas, s’il vous plaît.
Dorimène
Quoi donc ?
Monsieur Jourdain
Reculez un peu, pour la troisième.
Dorante
Madame, Monsieur Jourdain sait son monde.
Monsieur Jourdain
Madame, ce m’est une gloire bien grande de me voir assez fortuné pour être si heureux que d’avoir le bonheur que vous ayez eu la bonté de m’accorder la grâce de me faire l’honneur de m’honorer de la faveur de votre présence ; et si j’avais aussi le mérite pour mériter un mérite comme le vôtre, et que le Ciel, envieux de mon bien, m’eût accordé… l’avantage de me voir digne… des…
Dorante
Monsieur Jourdain, en voilà assez : Madame n’aime pas les grands compliments, et elle sait que vous êtes homme d’esprit. (Bas, à Dorimène.) C’est un bon bourgeois assez ridicule, comme vous voyez, dans toutes ses manières.
Dorimène
Il n’est pas malaisé de s’en apercevoir.
Dorante
Madame, voilà le meilleur de mes amis.
Monsieur Jourdain
C’est trop d’honneur que vous me faites.
Dorante
Songeons à manger.
Laquais
Tout est prêt, Monsieur.
Dorante
Allons donc nous mettre à table, et qu’on fasse venir les musiciens.
Lumière festive.
Musique enregistrée 6 : Danse/ Ballet des marmitons
ACTE IV
Scène II
Mme Jourdain interrompt le banquet
Hurlement de Mme Jourdain. Tous s’enfuient.
Madame Jourdain
Ah ! ah ! Je trouve ici bonne compagnie, et je vois bien qu’on ne m’y attendait pas. C’est donc pour cette belle affaire-ci, Monsieur mon mari, que vous avez eu tant d’empressement à m’envoyer dîner chez ma sœur ? Je viens de voir un théâtre là-bas, et je vois ici un banquet à faire noces. Voilà comme vous dépensez votre bien, et c’est ainsi que vous courtisez les dames en mon absence, et que vous leur donnez la musique et la comédie, tandis que vous m’envoyez promener ?
Dorimène
Que veut donc dire tout ceci ? Allez, Dorante, vous vous moquez, de m’exposer aux sottes visions de cette extravagante.
Dorante
Madame, holà ! Madame, où courez-vous ?
Monsieur Jourdain
Madame ! Monsieur le Comte, faites-lui excuses, et tâchez de la ramener. Ah ! impertinente que vous êtes ! Voilà de vos beaux faits ; vous me venez faire des affronts devant tout le monde, et vous chassez de chez moi des personnes de qualité.
On ôte la table.
Madame Jourdain, sortant.
Je me moque de cela. Ce sont mes droits que je défends, et j’aurai pour moi toutes les femmes.
Monsieur Jourdain
Vous faites bien d’éviter ma colère.
Il reste seul, déçu… Reprend ses popcorns et mange assis par terre.
Mme Jourdain et les autres sortent.
Scène III
Covielle déguisé en turc
Valentin déguisé, Andy.
Covielle
Hum hum…
Monsieur, je ne sais pas si j’ai l’honneur d’être connu de vous.
Monsieur Jourdain
Non, Monsieur.
Covielle
Je vous ai vu que vous n’étiez pas plus grand que cela.
Monsieur Jourdain
Moi ?
Covielle
Oui, vous étiez le plus bel enfant du monde, et toutes les dames vous prenaient dans leurs bras pour vous baiser.
Monsieur Jourdain
Pour me baiser ?
Covielle
Oui. J’étais grand ami de feu Monsieur votre père.
Monsieur Jourdain
De feu Monsieur mon père ?
Covielle
Oui. C’était un fort honnête gentilhomme.
Monsieur Jourdain
Comment dites-vous ?
Covielle
Je dis que c’était un fort honnête gentilhomme.
Monsieur Jourdain
Mon père ?
Covielle
Oui.
Monsieur Jourdain
Vous l’avez fort connu ?
Covielle
Assurément.
Monsieur Jourdain
Et vous l’avez connu pour gentilhomme ?
Covielle
Sans doute.
Monsieur Jourdain
Je ne sais donc pas comment le monde est fait.
Covielle
Comment ?
Monsieur Jourdain
Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu’il a été marchand.
Covielle
Lui marchand ? C’est pure médisance, il ne l’a jamais été. Je ne suis revenu de tous mes longs voyages que depuis quatre jours ; et par l’intérêt que je prends à tout ce qui vous touche, je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du monde.
Monsieur Jourdain
Quelle ?
Covielle
Vous savez que le fils du Grand Turc est ici ?
Monsieur Jourdain
Moi ? Non.
Covielle
Comment ? Il a un train tout à fait magnifique ; tout le monde le va voir, et il a été reçu en ce pays comme un seigneur d’importance.
Monsieur Jourdain
Par ma foi ! je ne savais pas cela.
Covielle
Ce qu’il y a d’avantageux pour vous, c’est qu’il est amoureux de votre fille.
Monsieur Jourdain
Le fils du Grand Turc ?
Covielle
Oui ; et il veut être votre gendre.
Monsieur Jourdain
Mon gendre, le fils du Grand Turc ?
Covielle
Le fils du Grand Turc votre gendre. Comme je le fus voir, et que j’entends parfaitement sa langue, il s’entretint avec moi ; et, après quelques autres discours, il me dit : Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanahem varahini oussere carbulath, c’est-à-dire : « N’as-tu point vu une jeune belle personne, qui est la fille de Monsieur Jourdain, gentilhomme parisien ? »
Monsieur Jourdain
Le fils du Grand Turc dit cela de moi ?
Covielle
Oui. Comme je lui eus répondu que je vous connaissais particulièrement, et que j’avais vu votre fille : « Ah ! me dit-il, marababa sahem » ; c’est-à-dire « Ah ! que je suis amoureux d’elle ! »
Monsieur Jourdain
Marababa sahem veut dire « Ah ! que je suis amoureux d’elle » ?
Covielle
Oui.
Monsieur Jourdain
Par ma foi ! vous faites bien de me le dire, car pour moi je n’aurais jamais cru que « marababa sahem » eût voulu dire : « Ah ! que je suis amoureux d’elle ! » Voilà une langue admirable que ce turc !
Covielle
Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage ; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire Mamamouchi, qui est une certaine grande dignité de son pays.
Monsieur Jourdain
Mamamouchi ?
Covielle
Oui, Mamamouchi ; c’est-à-dire, en notre langue, paladin. Paladin, ce sont de ces anciens… Paladin enfin ! Il n’y a rien de plus noble que cela dans le monde, et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre.
Monsieur Jourdain
Le fils du Grand Turc m’honore beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui pour lui faire mes remerciements.
Covielle
Comment ? Le voilà qui va venir ici.
Monsieur Jourdain
Il va venir ici ?
Covielle
Oui ; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.
Monsieur Jourdain
Tout ce qui m’embarrasse ici, c’est que ma fille est une opiniâtre, qui s’est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et elle jure de n’épouser personne que celui-là.
Covielle
Elle changera de sentiment quand elle verra le fils du Grand Turc ; Je l’entends venir : le voilà.
Scène IV
Rencontre Jourdain et Cléonte en Turc.
+ Valentin
Cléonte
Ambousahim oqui boraf, iordina salamalequi.
Covielle
C’est-à-dire : « Monsieur Jourdain, votre cœur soit toute l’année comme un rosier fleuri. » Ce sont façons de parler obligeantes de ces pays-là.
Monsieur Jourdain
Je suis très humble serviteur de Son Altesse Turque.
Covielle
Carigar camboto oustin moraf.
Cléonte
Oustin yoc catamalequi basum base alla moran.
Covielle
Il dit : « Que le Ciel vous donne la force des lions et la prudence des serpents ! »
Monsieur Jourdain
Son Altesse Turque m’honore trop, et je lui souhaite toutes sortes de prospérités.
Covielle
Ossa binamen sadoc babally oracaf ouram.
Cléonte
Bel-men.
Covielle
Il dit que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie, afin de voir ensuite votre fille, et de conclure le mariage.
Monsieur Jourdain
Tant de choses en deux mots ?
Covielle
Oui, la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en peu de paroles. Allez vite où il souhaite.
Scène V
Valentin va chercher les danseurs pour entrer à leur tête.
Covielle à part.
Covielle
Ha ! ha ! ha ! C’est moi, Covielle! Ma foi ! cela est tout à fait drôle. Quelle dupe ! Quand il aurait appris son rôle par cœur, il ne pourrait pas le mieux jouer.
Lumière orientale.
Musique enregistrée 7 : Danse/ le grand mamamouchi.
Le Mufti revient, et commande aux Turcs de bâtonner le Bourgeois, et chante ces paroles.
Dara, dara, bastonara, bastonara, bastonara.
Puis il se retire.
ACTE V
Scène I
La dernière révolte de Mme Jourdain
+ Julie
Madame Jourdain
Ah ! mon Dieu ! miséricorde ! Qu’est-ce que c’est donc que cela ? Quelle figure ! Est-ce un momon que vous allez porter ; et est-il temps d’aller en masque ? Parlez donc, qu’est-ce que c’est que ceci ? Qui vous a fagoté comme cela ?
Monsieur Jourdain
Voyez l’impertinente, de parler de la sorte à un Mamamouchi !
Madame Jourdain
Comment donc ?
Monsieur Jourdain
Oui, il me faut porter du respect maintenant, et l’on vient de me faire Mamamouchi.
Madame Jourdain
Qu’est-ce que c’est donc que tout cela ?
Monsieur Jourdain danse et chante.
Hou la ba ba la chou ba la ba ba la da (et tombe par terre).
Madame Jourdain
Hélas, mon Dieu ! mon mari est devenu fou.
Monsieur Jourdain, se relevant et s’en allant.
Paix ! insolente, portez respect à Monsieur le Mamamouchi.
Madame Jourdain
Où est-ce qu’il a donc perdu l’esprit ? Courons l’empêcher de sortir.
Elle sort.
Scène V
Lucille refuse le mariage
Alexandre, Andy, Gabin ou Valentin et tout le monde.
Monsieur Jourdain
Venez, ma fille, approchez-vous, et venez donner votre main à Monsieur, qui vous fait l’honneur de vous demander en mariage.
Lucile
Comment, mon père, comme vous voilà fait ! est-ce une comédie que vous jouez ?
Monsieur Jourdain
Non, non, ce n’est pas une comédie, c’est une affaire fort sérieuse, et la plus pleine d’honneur pour vous qui se peut souhaiter. Voilà le mari que je vous donne.
Lucile
À moi, mon père ?
Monsieur Jourdain
Oui, à vous : allons, tenez-lui la main, et rendez grâce au Ciel de votre bonheur.
Lucile
Je ne veux point me marier.
Monsieur Jourdain
Je le veux, moi qui suis votre père.
Lucile
Je n’en ferai rien.
Monsieur Jourdain
Ah ! que de bruit ! Allons, vous dis-je. Çà votre main.
Lucile
Non, mon père, je vous l’ai dit, il n’est point de pouvoir qui me puisse obliger à prendre un autre mari que Cléonte ; et je me résoudrai plutôt à toutes les extrémités, que de… (Reconnaissant Cléonte.) Il est vrai que vous êtes mon père, je vous dois entière obéissance, et c’est à vous à disposer de moi selon vos volontés.
Monsieur Jourdain
Ah ! Je suis ravi de vous voir si promptement revenue dans votre devoir, et voilà qui me plaît, d’avoir une fille obéissante.
Scène VI
Mme Jourdain accepte le mariage.
Tout le monde!
Madame Jourdain
Ma fille consent à épouser un Turc ? Elle peut oublier Cléonte? Je l’étranglerais de mes mains, si elle avait fait un coup comme celui-là.
Monsieur Jourdain
Voilà bien du caquet. Je vous dis que ce mariage-là se fera.
Madame Jourdain
Je vous dis, moi, qu’il ne se fera point.
Monsieur Jourdain
Ah ! que de bruit !
Lucile
Ma mère.
Madame Jourdain
Allez, vous êtes une coquine.
Monsieur Jourdain
Quoi ? Vous la querellez de ce qu’elle m’obéit ?
Madame Jourdain
Oui : elle est à moi, aussi bien qu’à vous.
Covielle
Madame.
Madame Jourdain
Que me voulez-vous conter, vous ?
Covielle
Un mot.
Madame Jourdain
Je n’ai que faire de votre mot.
Covielle, à M. Jourdain.
Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à ce que vous voulez.
Madame Jourdain
Je n’y consentirai point.
Covielle
Écoutez-moi seulement.
Madame Jourdain
Non.
Monsieur Jourdain
Écoutez-le.
Madame Jourdain
Non, je ne veux pas l’écouter.
Monsieur Jourdain
Il vous dira…
Madame Jourdain
Je ne veux point qu’il me dise rien.
Monsieur Jourdain
Voilà une grande obstination de femme ! Cela vous fera-t-il mal, de l’entendre ?
Covielle
Ne faites que m’écouter ; vous ferez après ce qu’il vous plaira.
Madame Jourdain
Hé bien ! quoi ?
Covielle, à part.
Il y a une heure, Madame, que nous vous faisons signe. Ne voyez-vous pas bien que tout ceci n’est fait que pour nous ajuster aux visions de votre mari, que nous l’abusons sous ce déguisement, et que c’est Cléonte lui-même qui est le fils du Grand Turc ?
Madame Jourdain
Ah ! ah !
Covielle
Et moi Covielle qui suis le truchement ?
Madame Jourdain
Ah ! Comme cela, je me rends.
Covielle
Ne faites pas semblant de rien.
Madame Jourdain
Oui, voilà qui est fait ; je consens au mariage.
Monsieur Jourdain
Ah ! voilà tout le monde raisonnable. Vous ne vouliez pas l’écouter. Je savais bien qu’il vous expliquerait ce que c’est que le fils du Grand Turc.
Madame Jourdain
Il me l’a expliqué comme il faut, et j’en suis satisfaite. Envoyons quérir un notaire.
Monsieur Jourdain
Bon, bon. Qu’on aille quérir le notaire.
Dorante
Tandis qu’il viendra, et qu’il dressera les contrats, voyons notre ballet, et donnons-en le divertissement à Son Altesse Turque.
Monsieur Jourdain
C’est fort bien avisé : allons prendre nos places.
Madame Jourdain
Et Nicole ?
Monsieur Jourdain
Je la donne au truchement ; et ma femme à qui la voudra.
Musique 8 : Danse des couples finale et saluts.




Compteur