Paul Camille Dugenne

13 10 2011

Paul Camille DUGENNE

Interview de Paul Camille Dugenne réalisée le 13 octobre 2011 à son domicile.

Liste des ouvrages édités :

Grammaire française et orthographe : [classes de 6e et 5e] / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , DL 1967

Grammaire française et orthographe : livre du professeur : [classes de 6e et 5e.] / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel, DL 1967

Grammaire française et orthographe : [Classes de 4e et 3e.] / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , DL 1969

Approches de la grammaire, 6e : structures, transformations, orthographe et phonétique / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , 1974

Approches de la grammaire, 6e : structures, transformations, orthographe et phonétique : livre du professeur / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , DL 1975

Approche de la grammaire 5e : structures, transformations, orthographe et phonétique / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , 1975

Approche de la grammaire 5e : structures, transformations, orthographe et phonétique : livre du professeur / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , 1976

Approche de la grammaire 4e  / Paul C. Dugenne / Paris : Ligel , 1976

La Grammaire 3e qui était prévue n’est pas parue ; de même que le souhait de l’auteur de publier une Grammaire intégrale (dont le manuscrit a été réalisé n’a jamais pu être exaucé). Paul Camille Dugenne s’est intéressé à la grammaire dès 1946 lorsque, retour de captivité, il a repris ses études en faculté et s’est rendu-compte que son professeur régurgitait le contenu de Souché-Lamaison sans aucune référence à la grammaire structurale.

1/ Genèse du projet et constitution de l’équipe ; comment est venue l’idée de se lancer dans la réalisation d’un manuel scolaire ?

 Jeune professeur (1), j’ai d’abord préparé mes cours accumulant livres, notes et préparations élaborées pour pallier ce que je ressentais comme des lacunes des manuels existants. Vers 1964, j’ai rencontré le directeur des éditions Ligel qui avait pour projet de constituer une équipe chargée de dépoussiérer le « de Gigord » (2). L’éditeur a réuni pendant plusieurs semaines quatre professeurs (un Lillois, un Auvergnat, deux Parisiens) en Bretagne, dans une école de la marine, j’ai été invité à participer au travail des quatre frères comme intervenant [au vu des idées originales que PC D avait exposées et expérimentait avec ses élèves]. Il est rapidement apparu que les quatre professeurs manquaient de projet. Ils étaient venus avec leur bonne volonté et leur crayon, j’avais plusieurs cartons de livres, des notes et mes cours. On peut se faire un idée du contenu de mes cartons en consultant la bibliographie qui est donnée aux premières pages du Corrigé des exercices correspondant au livre de 5e. S’ils ont abattu honnêtement leur part de travail, l’absence de projet des quatre professeurs s’est fait très vite sentir et ils se sont peu à peu trouvés marginalisés de sorte que de coordonnateur je suis rapidement devenu rédacteur avant de continuer l’entreprise seul.

   J. de Gigord

 2/Quelle sont les grandes idées sous-jacentes au projet ? En quelle façon cette collection se démarque-t-elle des autres collections en usage au moment de la création ?

L’idée que j’avais était d’aborder la grammaire par une approche structurale qui à l’époque était complètement ignorée des manuels disponibles. J’ai souhaité aussi faire passer quelques idées pédagogiques ; en effet, dans mes cours je faisais participer les élèves et j’écoutais leurs remarques. C’est ainsi qu’une fois, j’ai distribué à chacun une grammaire différente, à charge pour la classe de faire la synthèse de la notion d’article.

 3/Quels étaient vos rapports avec l’éditeur ?

L’éditeur Ligel, me faisait confiance, il n’est jamais intervenu sur les contenus. Je lui remettais le manuscrit, fournissant dessins et photo, deux à trois mois plus tard les épreuves du livre étaient imprimées pour une dernière relecture avant le ‘bon à tirer’. Je ne me suis jamais vu imposer un nombre de pages déterminés ni une remise fractionnée du manuscrit. Il me semblait nécessaire de remettre l’ensemble de l’ouvrage à l’éditeur pour qu’il ait une vue de l’ensemble de l’ouvrage.

Le rythme de parution était d’un volume par an. Soit six à neuf mois de travail intense pour préparer le manuscrit.

L’éditeur m’a fait signer un contrat que j’ai lu distraitement au terme duquel je touchais un pourcentage des ventes des livres brochés [NDLR : les reliures sont exclues du calcul des droits d’auteurs chez tous les éditeurs que nous avons rencontrés]. Dans les années 1980, les effectifs des frères qui en leurs belles heures étaient plus de 25 000 ont considérablement déclinés et l’éditeur a cessé ses activités, de sorte que le volume de 3e qui était prêt n’a jamais vu le jour ainsi que la Grammaire générale sur laquelle je travaillais.

 L’éditeur vérifiait-il la conformité des contenus de vos ouvrages  avec les programmes ?

L’éditeur me faisait confiance et cette question n’a jamais été soulevée.

 4/ Options des auteurs

Le tutoiement est maintenant de règle pour l’ensemble des ouvrages de l’enseignement primaire comme de l’enseignement secondaire, pour ma part, je n’ai pas le tutoiement facile et j’ai toujours vouvoyé mes élèves tant dans mes ouvrages qu’en classe. Ce vouvoiement permet, me semble-t-il de conserver une certaine distance, ce qui n’exclut pas pour le maître de considérer l’élève comme une personne, que l’on respecte et que l’on entend lorsque les remarques qu’il fait sont pertinentes.

 5/ Diffusion et évolution des ventes.

Mes livres ont été assez largement utilisés, sans doute jusque dans les années quatre-vingt, mais je n’ai aucune idée des tirages et du nombre d’exemplaires vendus. Un inspecteur m’a rapporté avoir constaté que mes livres étaient utilisés au Lycée [public] de Rennes, ce qui m’a fait plaisir.

 6/ Quels sont les retours des utilisateurs ? (lettres, contacts divers)

J’ai eu beaucoup de courriers, des remarques orales, mais les réactions spontanées des utilisateurs sont très rarement utilisables, elles portent sur des points de détail, des citations et ne peuvent pas être insérées dans un ensemble.

 7/ Quels sont les regrets quant à l’évolution de la collection ?

J’ai eu comme projet de traiter des rapports entre thème latin et grammaire. C’est un aspect trop méconnu. Avant le thème, il me semble nécessaire de faire l’explication du texte et de l’étudier finement sur le plan grammatical. La traduction mot à mot ne vient qu’ensuite et la remise en ordre des mots dans l’autre langue encore après.

 J’aurai souhaité aussi écrire un cours de composition française, cours qui n’aurait pas négligé la rédaction de textes documentaires, de compte-rendus médicaux ou scientifiques, il y a beaucoup de grammaire dans une étiquette et sa méconnaissance peut en interdire la compréhension.

             

Ci-dessus, exemple de corrections apportées après la première édition.

(1) Pour la compréhension de certains passages qui suivent, il convient de savoir que Paul Camille Dugenne a enseigné dans des établissements catholiques privés.

(2) Comme la plupart des livres de l’enseignement catholique, ces « Leçons de langue française » sont publiés par ‘une réunion de professeurs’, en fait des frères qui n’apparaissent pas à titre personnel comme auteurs et ne sont pas intéressés à la vente par un pourcentage ; ici, J. de Gigord, Paris 6e, apparaît sur la page de garde comme co-éditeur avec la Maison Mame, de Tours.

 


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