Gustave Hervé

13 03 2014

Gustave Hervé collabora avec Gaston Clémendot. L’analyse de ses attaches familiales permet d’avancer une explication qui éclaire son parcours : issu d’une famille très engagée dans la marine militaire il s’oppose d’abord aux siens en affichant des opinions anarchistes, puis, lorsque la guerre se profile et surtout après le décès de son frère dans la Somme, il montre son attachement aux valeurs défendues par les siens en faisant prosélytisme d’un militarisme passionné.

 

Gustave HERVÉ

(1871 – 1944)

HERVÉ Gustave Alexandre Victor

° Brest (29), 2 I 1871 ; † Paris (75), 25 X 1944.

– Agrégé d’histoire, il est nommé professeur au lycée de Rodez (1897), de Sens (1899), radié en 1901 pour propos antimilitaristes. Il entre très tôt en politique, se joint au mouvement socialiste qui adhère au P.S.O.R., fédération de l’Est, de tendance allemaniste, puis au Parti Socialiste naissant. Au lendemain du congrès de Bordeaux, il s’en sépare et pousse la fédération de l’Yonne à l’indépendance. Délégué au congrès unitaire du Globe à Paris (avril 1905), il signe au nom des fédérations autonomes la déclaration d’unification, avec J.B. Lavaud pour le P.S.O.R, Louis Dubreuil pour le Parti Socialiste de France, et Albert Orry pour le Parti Socialiste français. Il siège à la Commission administrative de la S.F.I.O. jusqu’en 1911, collabore au Travailleur socialiste (1900), à Action (1903). Journaliste violent et pamphlétaire, « orateur médiocre », il séduit par « son ton direct, ses affirmations péremptoires, ses sarcasmes et, au besoin, ses injures ». Il est aussi un des principaux rédacteurs de la Revue de l’Enseignement primaire et du Pioupiou de l’Yonne, où il manifeste un antimilitarisme virulent qui le conduit aux assises et un anticléricalisme qui découle de sa conviction d’un complot du « sabre et du goupillon » contre la République. Aristide Briand, son avocat, déclare devant le tribunal « J’estime que nous ne devons pas nous en tenir à une vaine critique des armées permanentes, mais que, pour couper court au fléau du militarisme, nous devons nous attaquer à la racine même du mal, je veux dire à ce que les bourgeois appellent la Patrie ». Il se déclare partisan de la grève insurrectionnelle contre la guerre (Congrès d’Auxerre (1905), de Limoges (1906), de Nancy (1907), conférence de Villeneuve-l’Archevêque (1914). Il écrit « Si la mobilisation est proclamée, rendez-vous à la caserne. Prenez les fusils et les cartouches que l’on vous donnera. Ainsi armés, mettez la main au collet des capitalistes et délivrez-vous de tous vos oppresseurs ». Ainsi, pour lui, le seul ennemi est le capitalisme mondial et on ne peut se battre que pour établir un régime collectiviste et le défendre. Il refuse l’idée de reprendre l’Alsace-Lorraine au prix de milliers de victimes humaines. Dans le même temps, il se défend d’être anarchiste. En 1910, il veut quitter le S.F.I.O. et créer un parti révolutionnaire que la Fédération refuse. La violence lui vaut un séjour en prison. Il souhaite une union CGT-Parti Socialiste pour mieux lutter pour la paix et la démocratie. Il va jusqu’à préconiser un rapprochement avec les Radicaux (1914) et la participation ministérielle. Au congrès de Paris (VII 1914), il s’oppose à Jaurès et Vaillant, et contre toute attente repousse l’idée de la grève générale contre la guerre. [Peut-être est-il informé de l’attitude des socialistes allemands]. Dès le début des hostilités, il précise sa position : il a lutté contre la guerre, mais elle est là, il faut se défendre. Il soutient alors l’effort de guerre dans La Guerre sociale, journal qu’il a fondé (1906-1915), puis dans La Victoire. À partir de 1915, il s’oppose de plus en plus violemment aux socialistes. Aussi est-il exclu par la Fédération de l’Yonne au congrès de Sens (22 X 1916). Il prend fait et cause pour Clemenceau, prône une guerre sans merci, puis une « paix de châtiment » et les États-Unis d’Europe, sous condition d’une police solide. Hostile au régime parlementaire, il appelle de ses vœux une république autoritaire, un parti socialiste national.

– En 1908, il a été refusé au stage des avocats par le Conseil de l’Ordre pour avoir prêché le renversement des lois, préconisé le mépris du drapeau, la haine de la patrie et la désertion, d’avoir voulu être avocat pour défendre les compagnons dans les futurs procès.

– À la fin, déçu dans sa foi révolutionnaire, il se convertit revenant à la foi de ses ancêtres bretons.

= L’Antipatriotisme [déclaration en Cours d’Assisses] –Histoire de France et notions d’histoire générale […]Histoire de France et de l’Europe. Enseignement pacifique de l’histoire Manuel d’instruction civique [résolument antipatriotique] ou les propos de Jacques Germinal (1908) Leur patrie (1906) – Contre le brigandage marocain (1907) [pour lequel il est condamné à un an de prison et 3 000 F. d’amende] [déclaration en Cour d’Assises] – Propos révolutionnaires (1909) L’Internationalisme (1910) Mes Crimes ou onze ans de prison pour délits de presse. Modeste contribution à l’histoire de la Presse sous la troisième république (1912) La Patrie en danger (articles, 1915) Après la Marne C’est Pétain qu’il nous faut (1935) Épîtres aux croyants Épîtres aux incroyants.

[DMOF, La, BN, Jean-Bernard, A. Billy, Marcellin]

Biographie extraite du Dictionnaire historique biographique et généalogique de l’Yonne, de Paul Camille Dugenne, ed. SGY.

 

 


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