Après avoir conté mes déboires égocentrico-technologiques, il me faut passer à l’essentiel de cette journée, le contenu et mes réflexions sur le fond.
D’abord un regret, celui de ne pouvoir utiliser a posteriori les traces du chat. La force des mondes virtuels est qu’ils permettent de concevoir les projets en mode mutimodal (texte, image, son, vidéo), chaque médium est riche parce qu’il permet d’œuvrer a priori pendant les débats et a posteriori à l’aide des traces conservées. Pourtant je ne peux rédiger ce billet que sur la base de notes prises à la volée par absence des traces sauvegardées. Il est dommage que cette fonctionnalité n’existe pas ou ne soit pas activée. Il en est de même pour les autres mondes que j’observe (opensims, assemblive)
Mon thème d’analyse est l’utilisation des mondes virtuels dans les processus d’apprentissage, les enjeux et les scénarii de la pédagogie embarquée (SPE) – La phase apprentissage est l’objectif principal, la fin , le monde virtuel est un moyen (la proposition inverse me parait contre-productive).
Dans mon intervention j’ai posé la question du design des mondes virtuels, qui designe les environnements ? En disant cela je savais que je jetais un pavé dans la marre et je connaissais par avance la réponse qui me serait faite. Conformément à mes attentes il m’a été répondu que dans SL chaque propriétaire était son propre créateur-développeur d’espaces, d’objets de lieu. Je comprends cette philosophie généreuse et par certains aspects libertaires mais …
Je me positionne comme enseignant du secondaire post bac et je cherche à analyser par quels moyens pourrait -on développer ces méthodes, les rendre mutualisables au plus grand nombre, oserais je le mot d’industrialisation ? Je ne connais pas le profil type des participants du JnumCamp mais j’ai le sentiment que c’est majoritairement une communauté de geeks, ceux qui agitent les idées, les pionniers, les chercheurs des laboratoires ad hoc, les doctorants …
Je comprends la revendication du « do it yourself », lorsque je circule dans les créations de @hugobiwan dans la bibliothèque francophone (le lien est la SLurl de la biblio), je suis fasciné, je voyage en pleine poésie, c’est un laboratoire d’idées à ciel numérique ouvert. Pour autant, peut-on demander à chaque enseignant d’être en capacité de concevoir son monde, pour ses cours ? Je ne le pense pas. Il me parait illusoire de penser que les enseignants vont se mettre à coder, à créer à organiser de façon massive, à acheter des îles. En disant cela je ne tiens pas un discours défaitiste, je pose une question de méthode pour un enseignement de masse.
Je pense qu’il faut penser l’intégration des mondes virtuels dans les apprentissages de façon globale par division des tâches. La transversalité, la capacité à croiser les compétences est un moteur de développement. L’intervention d’un étudiant de l’HETIC était intéressante à ce titre car il expliquait que leur projet était mené à plusieurs mains. Je crois beaucoup à une forme de « supply chain » pédagogique. Des concepteurs de cours, des développeurs, des ergonomes, des designers, un « community manager » pédagogique … et j’en oublie surement. A titre d’exemple, les photos en ligne de l’organisation des jnumcamp est très intéressante parce qu’elle montre cette division des tâches (un chargé des tweets par exemple).
Je ne suis pas dans la tonalité actuelle mais je pense qu’une vision d’un apprentissage instrumenté par les mondes virtuels est une source d’emplois, de nouveaux métiers. Dans le débat j’ai posé la question suivante à l’intervenant de l’ENSAD : « faut-il créer un enseignement d’art appliqué pour des designers de mondes virtuels ? «
Je suis convaincu qu’il faut passer du stade du bricolage au stade de la méthode généralisable. Ne pas l’envisager n’est ce pas se condamner à cantonner les travaux des profs (notamment dans le secondaire) au stade de l’expérimentation décalée ? J’en parle avec sérénité parce que j’ai le sentiment d’appartenir à ce groupe de profs pionniers mais cette étiquette me pèse tant elle est enfermante. Ce dont ont besoin les enseignants, ce sont des outils clés en main (Éric Guiraud).
En conclusion il me semble qu’il y a un champ à investir – Proposer des patrons de mondes virtuels pour l’enseignement – un apprentissage conçu dans une dynamique de projet transdiciplinaires. Je livre ma réflexion aux commentaires parce que le sujet est vaste, complexe, probablement source de polémique mais évidemment passionnant.
Précisions : Suite au commentaire de @angezanetti je tiens à préciser que dans mon esprit un projet transdisciplinaire intègre les décideurs et les financiers. Les enjeux pécuniaires sont fondamentaux. Sur ma page facebook je disais que le développement des mondes virtuels dépendait probablement de nos capacités à externaliser la conception. Le jnumcamp démontre de façon criante l’existence de ce terreaux fécond
, les financiers n’étaient pas présents, ils peuvent s’exprimer ici.