J’ai demandé cette année à mes étudiants de rencontrer des designers qui ont créé des entreprises. Le but de ce travail était de confronter les savoirs acquis en cours et les réalités du terrain. Je souhaitais que les étudiants constatent par eux mêmes que les enjeux de gestion sont fondamentaux.
La thématique de travail était la suivante :
Trouver un designer créateur d’entreprise et réaliser une entrevue sur cette thématique. Chaque étudiant devait opérer un travail de veille (trouver le designer), un travail d’écriture de l’entrevue, un travail de réalisation de l’entrevue (toutes les dimensions du numérique pouvaient être utilisées), la mise en ligne et l’analyse de l’entrevue sur le blog.
Le premier travail me parvient (vidéo ci-dessous). Il n’est pas encore parfait, il comporte des maladresses mais … j’ai le sentiment très net que nos étudiants franchissent le cap du numérique et de son instrumentation pour valoriser la construction de leurs savoirs. Ce travail comporte un volet juridique puisque l’étudiante auteure a demandé les autorisations ad hoc pour la publication. Attendons le billet de blog de cette étudiante
Ma pratique des mondes virtuels se partage (pour l’instant) en deux pôles distincts :
L’organisation de conférences en ligne pour confronter les analyses du monde professionnel et les enjeux de la formation ;
L’individualisation des parcours.
Une question m’a été posée, pourquoi développer autant d’énergie dans les mondes virtuels pour l’individualisation (one to one) alors que les systèmes de visio-conférence sont tout aussi efficaces (et peut être plus souples ) ? La question est intéressante et mérite une réponse que je vous propose d’exposer ci-dessous en plusieurs points :
- J’enseigne la gestion en design de mode
Il me semble important de rappeler en permanence que ma mission est d’enseigner la gestion, il ne faut jamais perdre de vue ce point déterminant. J’ai un cadre horaire déterminé, un programme « à boucler« . Je ne peux par conséquent à l’infini multiplier les solutions techniques (même si beaucoup me séduisent). Mes analyses a priori me contraignent à un moment donné, à procéder à des arbitrages – je retiens ou je rejette. Je scénarise mes enjeux technologiques.
J’ai retenu le monde assemblive parce qu’il contient aussi une solution de visio-conférence inside. Je n’ai ainsi nul besoin de demander à mes étudiants de charger le logiciel Skype (ou équivalent) et Assemblive, ce qui me contraindrait de former aux modalités et fonctionnalités de deux systèmes. Les temps de formation ne viennent donc pas en déduction des temps de formation (ils sont en tout cas extrêmement réduits).
- La salle de classe est un lieu neutre
Lorsque nous sommes dans nos classes ou nos amphithéâtres (en situation réelle) nous respectons un principe de neutralité, ce lieu est destiné à l’acquisition des savoirs. J’entre donc dans ce lieu fort de mon statut d’enseignant avec une obligation de neutralité. Lorsque je j’investis les réseaux numériques pour une mission d’apprentissage, je peux me trouver dans un lieu privé (mon appartement par exemple). La webcam est à mon avis un instrument qui biaise la relation enseignant / apprenant. Mon appartement n’est plus un lieu neutre, il est une sphère de l’intimité. L’agencement des lieux, les personnes qui y circulent, les objets qui y sont disposés reflètent une part d’un moi que je ne souhaite pas livrer à mes étudiants. La webcam fait entrer une part de ma vie privée par le prisme de son champ de vision. Le design du monde virtuel, l’apparence de l’avatar sont à mon sens des éléments très importants du dispositif de formation parce qu’ils recréent cette forme de neutralité indispensable au dispositif de formation. C’est aussi une raison pour laquelle j’ai choisi Assemblive. Un design assez sobre, même s’il n’est pas marqué par une esthétique très forte, qui cadre ce besoin de neutralité. Il se démarque en tout cas des designs des espaces et des avatars (qui frisent parfois la vulgarité, je pèse mes mots) que l’on trouve parfois dans second life.
Il m’arrive de travailler dans les mondes virtuels à des heures hors les temps de présence statutaires, je revendique le droit de pouvoir être vêtu de façon plus décontractée, plus relachée. Une vision conférence me contraindrait de prendre soin de mon apparence et de travailler la neutralité du champ visuel. Je ne veux m’y plier en aucune manière, le monde virtuel résout ces problématiques.
En conséquence un monde virtuel concentre un ensemble d’avantages qui le rend proche par sa structure de la classe en configuration réelle.
Pour toutes ces raisons je pense que le monde virtuel est plus adapté que la visioconférence pour les cours en individualisation.
La date définitive n’est pas arrêtée mais ce sera fin mai. Seront intervenants des enseignants de technologie textile, des anciens étudiants de DSAAT, une représentante de l’ARDI (agence régionale du développement et de l’innovation)
La réussite d’une conférence virtuelle dépend largement de sa bonne préparation – (Préparation des outils, formation des acteurs, calibrage des interventions, indication des formats acceptés par le système, collationnement des documents à présenter), il faut donc lui consacrer du temps en amont pour optimiser les chances de réussite en aval.
Le cadre des réunions virtuelles commence à se préciser (le scénario pédagogique devra l’intégrer)
Choix des conférenciers ;
Envoi d’un mémo de formation ;
Réunion préparatoire avec les conférenciers pour prendre en main l’environnement ;
Fixation d’un cadre d’intervention (nature de l’intervention, temps de l’intervention, nature des documents d’accompagnement, temps de discussion avec le public) ;
Méthode d’information pour la réunion (information en classe, utilisation de twitter, groupe facebook, mailing)
La partie sélection et contact avec les conférenciers, détermination des thématiques est prise en charge par Bruno Venturelli, professeur de technologie textile et responsable de la plateforme technologique.
J’assurerai le réception des fichiers et leur mise en ligne dans le viewer de assemblive. Je m’occuperai de la captation de la séance (films, photo).
La semaine du 08 février au 12 février 2010 s’est caractérisée par une fréquentation accrue de la classe et ce par divers acteurs :
* « Mes » étudiants viennent découvrir l’espace pour se familiariser ;
* Un étudiant de Marseille en DSAA est venu visiter le lieu intrigué par l’expérience. C’est un étudiant féru de nouvelles technologies et utilisateur de twitter (c’est par ce biais qu’il a connu cet espace). dans sa classe les étudiants ont tous un compte facebook mais peu utilisent twitter comme instrument de veille informationnelle ;
* Un enseignant de l’université qui travaille sur les mêmes thématiques de l’enseignement virtuel.
* Les observateurs tiers – Je sais par témoignage de mes étudiants qu’un avatar est souvent une entité multiple. Les familles, les amis observent la pratique. J’ai souvent eu des commentaires dans les chats de type « mes parents regardent en même temps que moi » « ma grand mère regarde et vous salue » « mes amis ont regardé l’espace ».
Au stade de la découverte et des prises en main la classe est parfois un lieu de rencontres pédagogiques imprévues. Une séance en ligne a mis en contact deux étudiants de lycées différents et de formation différente (un DSAA de Marseille et une IMS de lyon). L’usage me fait songer à des possibilités non ensisagées (rencontre interlycée ?)
Les premiers constats – La prise en mais ne semble pas poser de problèmes aux divers utilisateurs dont les profils sont divers (du geek au béotien).
A ce stade je reste prudent et je pense que les utilisateurs sont encore dans la situation de la découverte, de l’émerveillement de la chose nouvelle.
*
Les premières réactions des étudiantes
* Elise (mais elle vous a déjà expliqué son problème) : « Ne trouvant pas le lien sur votre blog, je suis allé directement sur le site assembl’ive. Je me suis retrouvée avec Julie C, j’ai pu découvrir mais au bout de 20 minutes, après 2 bugs, je suis partie. »
* Problème similaire pour Sandrine.
* Céline : « Moyen à la fois plaisant et pédagogique ; simple d’utilisation et pratique. »
* Aurore : « J’ai acheté un micro ! »
* Julie C. : « Intéressant mais donnez-nous le lien pour s’y retrouver … »
* Jessica : « J’ai beaucoup aimé ! Assemb’live mélange le travail et le divertissement. Cependant il y a beaucoup de bugs. »
* Laureen : « J’ai trouvé ça très divertissant. Pour moi tout a bien marché . Une nouvelle vision du travail, virtuelle et simple. Une méthode qui peut permettre de parler a des personnes d’autres pays en quelques clic. L’espace est très design et actuel, il donne envie de le découvrir ; A quand la prochaine réunion ? »
* Fanny : « Oui, ce « sims en ligne » est un media original et en phase avec les nouvelles technologie…Elles sont utilisées ici à bon escient ! Ces conférences pédagogiques sont vraiment les bienvenues dans notre formation. Elles nous permettent d’avoir un lien et un vrai dialogue avec les professionnels, par l’intermédiaire d’un professeur, tout ça sans se déplacer. & s’y connectent ceux qui sont vraiment motivés. De plus l’espace, les personnages et les attitudes sont bien adaptés et à la fois drôles…
En revanche je trouve ça dommage qu’il n’y ai pas possibilité de créer un compte définitif, car si l’on rejoint régulièrement l’espace Assemb’live, il faut systématiquement re-ecrire un nom & re-customiser son personnage…surtout quand il y a des bugs, c’est long !
J’ai hâte de voir comment l’interface arrive a gérer une vraie conférence. »
NDLR : Les étudiants parlent de bugs mais à titre personnel je n’ai pas ressenti de problèmes et j’ai perçu ce travail comme extrêmement fluide. J’ai l’impression que les problèmes évoqués viennent des tests du vidéo chat privé qui ont momentanément interrompu la conversation collective. Il me faudra déterminer ce que recouvre la notion de bug dans le discours des étudiants.
Février 2010 – Premier test en grandeur réelle de la classe virtuelle avec mes étudiants.
- L’élaboration du scénario que je souhaite intituler « module d’apprentissage par classe virtuelle » commence à prendre forme, il est le résultat d’une phase assez longue de préparation. Décrivons les premières étapes :
* Les acteurs
◊ Informer les étudiants. Une phase préparatoire d’explication des enjeux a été nécessaire. Il a fallu contextualiser ce travail en établissant les liens de causalité entre l’existence d’un espace numérique et les enjeux de formation de l’économie et gestion Vs design. L’objectif affiché est de favoriser le rencontrer entre des professionnels du secteur mode, textile et environnement et les étudiants en cours de formation. Je souhaite que s’instaure un espace de réflexion , d’analyse sur les enjeux croisés du design et du monde de l’entreprise. Dans le monde réel je bute depuis des années sur l’obstacle temps et espace, le monde virtuel est une réponse partielle à mes questionnements pédagogiques. Chaque classe (Design de mode, créateur concepteur textile, matériaux souples) ont été informés des enjeux de cette construction.
◊ Contacter les intervenants. Il m’a fallu contacter les potentiels intervenants et leur expliquer le sens de ma démarche, tant sur le point théorique que technique. C’est donc un temps de travail masqué relativement long. Pour l’instant il est organisé sur la base de mon réseau personnel et du volontariat des intervenants. Il pose à terme la question de la rémunération, quelle est la position réglementaire sur la rémunération du temps de travail numérique dans un système qui est fondé essentiellement sur un présentiel synchrone ?
* Les outils. J’ai opté pour la plateforme nommée Assemblive développée par aworldforus. Ce choix est le fruit d’une analyse comparée avec le monde virtuel second life.
◊ SL -Depuis deux ans je visite ce monde mais sans y trouver des réponses adaptées à mes besoins de professeur exerçant dans les sections post bac du secondaire (BTS, DMA, DSAA). Second Life est, en l’état de mes besoins, trop vaste, trop compliqué et je n’ai pas les connaissances et/ou les infrastructures de programmation suffisantes pour construire un espace ad hoc. J’ai le sentiment que le temps de formation de mes étudiants serait trop long et que la lourdeur du soft à télécharger serait un obstacle technique potentiel.
◊ Assemblive – Le choix de cette solution est motivé par les intentions suivantes.
♦ Des avatars qui permettent d’exprimer un gestuelle et des sentiments dans des espaces bien identifiés. C’est un avantage notoire par rapport à la visio conférence ou l’on ne travaille qu’avec un homme ou une femme tronc sans avoir la possibilité de percevoir les évènements au-delà du cadrage caméra. Il me semble que les étudiants sont véritablement immergés dans cet espace, ils peuvent percevoir les interactions dans une conception 3D, exprimer des sentiments, des attitudes via leur avatar (se saluer, applaudir, lever la main etc)
♦ Des espaces identifiés (amphithéâtre, salle de réunion, espace de détente) dans lesquels il est possible d’exercer des travaux spécifiques différenciés. Ces espaces simulent le réel, pour autant on ne se situe pas dans une posture d’effet diligence.
♦ Des moyens d’interaction multiples – La voix, le texte, la vidéo, présentation de supports numériques. La communication est orientée vers la réticularité. Les possibilités d’interactions ne sont pas seulement descendantes et unilatérales mais bien réticulaires (Prof / étudiants – étudiants/étudiants – dialogue public, dialogue privé, dialogue public et privé)
◊ Invariants pédagogiques entre SL et Assemblive
Dans les deux mondes on peut isoler des invariants.
♦ Le design des environnements, je parle sous couvert des jugements de mes étudiants et collègues du secteur design, « laid, moche, à améliorer, horreur … » Cette variable est à améliorer.Deux explications me paraissent plausibles pour expliquer cette absence de prise en compte de la variable design :
♦♦ Le coût de conception des espaces, il faudrait facturer le temps de travail de designers formés à ce type de travail (ce qui augmenterait d’autant le coût des services) ;
♦♦ La difficulté à mener des projets qui intègrent la diversité des compétences (les geeks savent programmer mais ne sont pas des designers, les designers ne sont pas nécessairement des programmeurs).
♦ L’occupation de l’espace de travail. Ces espaces sont en général ouverts, ce qui suppose que toute personne peut y entrer. On peut imaginer que des personnes investissent des lieux qui ne sont pas les leurs. Que se passerait-il si je venais faire cours dans l’amphithéâtre second life de la fac de droit virtuelle de Lyon ? Que se passerait-il si un tiers venait perturber une conférence, comment réagir en présence d’un mufle numérique ?
◊ L’équipement des étudiants – C’est une variable fondamentale du dispositif, sans équipement personnel l’expérience est sans objet. J’ai la chance d’opérer dans un milieu où le taux d’équipement des étudiants est très important, le travail distant s’en trouve facilité. Par contre le réseau du lycée est un obstacle certain par la présence d’un pare feu très efficace (trop efficace)
* Les ressources
◊ Pour l’instant les ressources sont des traces d’analyse d’usage réalisées lors des premiers tests grandeur nature. En témoigne la vidéo ci-dessous (préférez le mode HD)
Les traces iconographiques sur Flickers
A terme les conférences seront en partie saisies en motion capture et les diaporamas des intervenants seront mis en ligne.
* Bilan du premier test
◊ Constat de l’enseignant
♦ Techniquement l’opération s’est déroulée sans encombre technique, pas de bug pour un public de huit participants. Les étudiants étaient à l’heure au rendez-vous (contrairement à ce que dit un tweet). L’opération était commentée en direct sur twitter, des échanges ont eu lieu avec @Hugobiwan et @hme
Il est a noté que les intervenants doivent opérer dans un environnement calme parce que les bruits des environnements domestiques peuvent parasiter le travail (pendant la réunion nous avons entendu une sonnette, un chien aboyer, le son de la wii de mes fils qui jouaient à Super Mario et parfaitement identifié par les étudiants)
♦ Il semble nécessaire que les participants se munissent d’un casque pour éviter des effets d’écho très désagréables.
♦ Socialement – l’usage invite à établir des règles sociales de fonctionnement. Il a été acté que les professeurs, étudiants et intervenants n’auront pas de pseudo mais s’identifieront par leur état civil. Le cours étant un mix de présentiel réel et de distant virtuel, les acteurs se connaissent (ce n’est pas le cas dans des dispositifs intégralement distants même avec période de regroupement en présentiel). Les acteurs doivent apprendre à gérer une forme de diffraction sociale. Par diffraction sociale, je fais référence à Wiener et à la possible perte d’information. Il faut gérer à la fois la voix mais aussi le chat, de la sorte on peut communiquer sans brouiller les messages. Le monde d’assemblive n’est pas équipé d’un système qui permette de garder les traces des chats, c’est un inconvénient notoire parce que ces écrits sont des ressources riches pour les enseignants et les étudiants.
◊ Constat des étudiants
Premières analyses – Quelques « loupés » sont à constater
Des étudiantes sont venues au rendez vous virtuel mais ne se sont pas rendues dans la bonne salle. Elles ont attendu mais en vain et pour cause. C’est une pierre qui est lancée dans mon jardin. Je suppose que j’ai mal expliqué les modalités de connexion (le syndrome du prof qui trempe dans un bain numérique et qui pense que c’est toujours simple). Je pense à l’avenir envoyer le lien par mail ou par twitter aux personnes concernées.
Une étudiante est venue trop tard au rendez vous, elle est arrivée dans la bonne salle mais vidée des ses occupants
La suite de cette expérience fera l’objet de nouveaux billets
L’enseignement (apprentissage) en sections design de mode et particulièrement en gestion pose en permanence la question des connexions entre les enjeux de la formation initiale et les enjeux du monde professionnel. II est utile sinon indispensable de confronter les savoirs académiques transmis en classe et les savoirs professionnels (l’un ne primant pas sur l’autre). Jusqu’à ces dernières années il m’était très difficile de faire dialoguer ces deux mondes en raison d’incompatibilités temporelles et spatiales. La question récurrente était la suivante: « Comment convier des ex étudiants dans mes cours, acteurs en capacité de faire la synthèse entre les acquis de l’école et les compétences du monde du travail.
Dans un cadre non numérique, il est difficile, voire impossible (lorsque le référentiel ne le prévoit pas explicitement) d’organiser ces rencontres pendant le temps de cours. Non pas que les designers refusent de participer au débat mais parce qu’ils sont distants, parce qu’ils ont une forte activité, parce que les temps de liberté professionnelles ne sont jamais les temps d’apprentissage. Le temps et l’espace sont un frein certain à la communication et aux rencontres dans une conception classique. Depuis des années je me demandais comment concilier ces contraintes :
* Confronter le savoir disciplinaire à une pratique professionnelle ;
* Opérer dans un rapport temps et espace qui ne soit pas seulement un face à face pédagogique ;
* Abolir le temps et les distances pour construire un apprentissage
Ce sont les entretiens d’Autrans 2010 qui m’ont permis de tester le monde virtuel créé par assemblive et d’en percevoir les potentialités à travers des fonctionnalités intéressantes. Au delà des considérations purement techniques j’ai choisi de scénariser ce travail, c’est un acte complexe, un équilibre toujours instable entre l’environnement, les acteurs, le temps alloué, le programme à respecter, les ressources à produire, les interactions à organiser. L’intention pédagogique va conditionner les enjeux de cette construction.
- Les enjeux pédagogiques de cette construction
En premier lieu ce travail n’est pas destiné à promouvoir un énième outil de communication , il serait possible de mener la même expérience sur Second life, les exemples ne manquent pas – Voir expérience. Je trouve, pour l’instant, Second Life relativement complexe, réservé au monde des « geeks » et demande des temps de formation plus long.
La démarche engagée s’appuie sur une intention pédagogique organisée autour de plusieurs axes :
* Permettre à des étudiants de rencontrer des designers professionnels (aspect factuel) ;
* Donner la parole à des professionnels dans le cadre d’un apprentissage. Construire des savoirs structurés sur une interaction avec de nouveaux acteurs sans pour autant déposséder l’enseignant de son rôle d’acteur principal, d’expert d’une pratique pédagogique, d’un savoir disciplinaire ;
* Donner sa place aux constructions de savoirs informels ;
* Intégrer dans le processus d’apprentissage un espace virtuel comme outil de formation capable de donner plus de sens à des problématiques du réel ;
* Modifier les rapports de temps et d’espace dans les constructions pédagogiques ;
* Initier les étudiants aux possibles futurs modèles de formation de l’entreprise 2.0.
* Réfléchir aux conséquence statutaires et juridiques de l’introduction des mondes virtuels dans le secondaire ;
* Conserver des traces des expériences (audio, vidéo, écrit) et produire des ressources ;
* Mutualiser l’expérience par production d’un scénario.
- Réel et virtuel
*
Questions techniques
Le choix de la plateforme Assemblive est un choix personnel qui se justifie par un ensemble de fonctionnalités pédagogiques : ergonomie de la plateforme, manipulation relativement aisée, une phase d’apprentissage assez rapide parce qu’intuitive.
Cela n’exclue pas (impose !) une phase de prise en main préalable aux phases de cours (ce n’est pas parce que le professeur trouve simple un système que les étudiants vont le manipuler avec aisance). Il me paraît inepte de vouloir transformer un enthousiasme technologique en processus d’apprentissage. Il est nécessaire de construire cet enthousiasme via une scénarisation, la conclusion de la phase réflexive pouvant être la capacité à renoncer.
Les fonctionnalités de ce monde virtuel le rendent attractif. Il est possible d’identifier les acteurs présents (sous forme d’avatars), de communiquer de façon protéiforme (chat, audio, vidéo, attitudes). Les acteurs intervenants peuvent insérer leur diaporama en complément de leurs interventions orales. On est assez proche d’une réunion dans le réel parce que l’interaction est symbolisée par l’avatar, l’acteur est dans une attitude active. A ce stade de mon travail je redoute quand même les obstacles techniques (configuration des ordinateurs, calibrage audio, fluidité de la bande passante, plantage technique en pleine réunion …). Je suis dans la dynamique du travail collaboratif c’est-à-dire travailler avec une communauté qui partage un intérêt commun, traiter d’une thématique commune au groupe mais sans savoir à l’avance quel sera le résultat final. Je prends donc par avance acte, d’un éventuel échec.
*
Complémentarité ?
La question sous-jacente à ce travail est : « quelle est la place du virtuel dans un processus réel ? »Faut-il opposer le réel et le virtuel ou faut-il les appréhender comme des espaces complémentaires ?Je suis tenté de dire a priori que ces espaces sont complémentaires mais je reste à ce stade au niveau de la déclaration d’intention. Je ne pourrai donner une réponse étayée qu’après avoir réalisé quelques conférences et questionné les étudiants et des intervenants. Il est à noter que ce résultat n’aura de valeur que factuelle puisque je ne suis pas en mesure d’analyser un champ plus large. En matière d’architecture scolaire on se pose la question suivante, faut-il créer des salles dédiées ou faut-il que le numérique soit un élément à part entière du processus de formation , c’est-à-dire dans la salle de classe. Le réel et le virtuel interroge de la même façon, y a t-il un temps pour le virtuel et un temps pour le réel ? Ces temps sont-ils confondus ? Concrètement en 2010 la réalité de la pratique me pousse à constater qu’il sont séparés. Mon travail d’analyse, de prospective me pousse à penser que l’on pourrait les mixer.
- Temps numérique et temps statutaire
Les rendez-vous dans le monde virtuel que je vais organiser (notez que je n’ai pas parlé de RDV virtuels) le seront en dehors des temps de classe (aux alentours de 20 heures 30). Dans le réel les anciens étudiants ne pourraient pas venir avant 18 heures ou pas du tout lorsqu’ils résident hors le rayon géographique du lycée. La construction de cet objet d’apprentissage éclate les repères habituels des processus d’apprentissage et pose de nombreuses questions auxquelles je n’ai pas de réponses mais qui sont des objets d’études forts intéressants.
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Le monde virtuel un objet pédagogique non identifié (OPNI) ? Identifiable ?
La construction d’une structure d’apprentissage via les mondes virtuels perturbe les repère habituels de l’enseignement dans le secondaire. La référence aux questions technologiques et pédagogiques est indispensable mais n’est pas suffisante, il faut y adjoindre une analyse du champ du statutaire du métier d’enseignant. Cette construction modifie certains équilibres en faisant émerger un nouvel objet pédagogique dont les contours ne semblent pas encore dressés.
*
Définition du temps de travail
Ce monde virtuel permet de réunir divers acteurs (professeurs, étudiants, professionnels …) pour débattre d’un sujet fixé à l’avance. Le temps scolaire n’est pas toujours compatible avec le temps professionnel, le numérique permet d’organiser des réunions à une heure qui convient à l’ensemble des acteurs (donc un temps hors le lycée). Efficacité (?) technique au service d’un projet pédagogique mais avec un temps de travail aux contours flous. Essayons de décortiquer une séance de travail dans les espaces numériques. Imaginons une séance programmée un soir à 20 heures 30, le professeur, les élèves et le professionnel se rencontrent dans l’ espace numérique et débattent. Comment définir cet acte de formation ? Quel est le statut des acteurs ? Quelle est la définition juridique du temps ? l’avatar à t-il un statut juridique à part ? Il me semble que nous assistons à la naissance d’ un nouvel objet qui n’a pas encore de définition statutaire. En tout dans le secondaire je n’ai pas encore identifié.
Comment, par conséquent définir, une conférence virtuelle intégrée dans un processus d’apprentissage. Tentons d’analyser le cadre de construction de la réunion virtuelle au regard de la construction :
- La conférence virtuelle ce n’est pas …
… une préparation de cours (au moment de la réunion le travail de préparation a été effectué) ;
… un cours au sens statutaire puisqu’il n’est pas référencé en tant que tel dans le VS (vérification de service). Comment par conséquent qualifier ce temps ?
… une obligation pour les étudiant. En présentiel il est normal de pointer les présences et les absences. Qu’en est-il pour un travail en soirée ? Si un étudiant décide de ne pas assister à la réunion je n’ai pas autorité pour lui en faire la remarque. Une absence peut être motivée par un refus mais aussi par un problème technologique ou une absence d’équipement.
- La conférence virtuelle c’est par contre …
Un réel acte de formation, une zone virtuelle qui augmente la réel, une possibilité de conserver des traces des travaux. Nous sommes probablement au début d’une nouvelle façon de construire les apprentissages. Il sera nécessaire de suivre avec attention les évolutions, d’y participer. Il faudra aussi penser à scénariser ces processus parce que ces nouvelles structures ne trouvent pas encore complètement leurs places dans une analyse globale.
La mise en œuvre de cette construction se trouve au centre d’une tension contradictoire, des fonctionnalités d’espaces numériques qui augmentent la réalité pédagogique mais dans un environnement juridique encore difficilement perceptible.
Billet similaire
Vous pouvez visualiser ci-dessous un module de formation :
Mon nouveau statut de professeur à temps plein me donne plus de temps pour l’observation des pratiques. Cette semaine je suis entré dans une salle de cours. L’enseignement portait sur l’intégration de la CAO / DAO dans les processus de création.
Voila ce que j’ai vu … :
Six étudiants qui travaillent dans une salle informatique mais sans se servir des ordinateurs du réseau ! De quoi faire bondir les investisseurs des collectivités locales et de quoi interroger sur le lien entre l’architecture de salles de cours et les méthodes pédagogiques. En l’état la salle d’informatique traditionnelle semble avoir vécue, comment organiser les cours dans cette nouvelle configuration ?
Il serait beaucoup plus confortable pour l’enseignant d’avoir un agencement plus ergonomique, puisque c’est possible. On sous estime les possibilités de la pédagogie embarquée$.On commence à s’affranchir des machines en tant qu’outil fixe en entrant dans l’ère où la salle banalisée peut se transformer en salle dédiée.
L’image interroge sur les façons dont il faut équiper un lycée en informatique. Dans le cas présent tous les étudiants sont équipés d’ordinateurs portables (personnels). Le cours continue pourtant dans la fiction de la salle d’informatique.
Cette réflexion doit se poser me semble t-il dans les établissements où les élèves sont dotés par l’institution (collectivités locales)
Autre situation de cours- Semaine de travail à la campagne (vidéo, dessin, land art, photos…)
Le matin de cette prise de vue les étudiants devaient se consacrer à la peinture. On constate la présence logique du chevalet, du cadre pour fixer le papier dessin et … un ordinateur (tous les étudiants procédaient de la même façon). L’ordinateur servait à donner une représentation de la nature, des détails de végétations, des paysages.
J’ai eu ce sentiment que l’expression de Prensky les « digitals natives » prenait tout son sens dans ce lieu de création. L’ordinateur de façon surprenante opère un retour en arrière (pré impressionniste) à l’époque où l’artiste recomposait la nature dans son atelier.
autre vue de la salle
NB : pour compléter le commentaire de Rémi Thibert une étude de l’observatoire des inégalités relative à l’équipement numériques des français
Le site profweb publie un billet très intéressant de Charles-Antoine Bachand, conseiller pédagogique, sur l’utilisation des blogs en situation d’apprentissage.
Le billet qui relate son expérience analyse point par point les enjeux et les conséquences de l’introduction d’un blog dans un processus d’apprentissage, narration de pratique tant du point de vue formel que conceptuel.
L’analyse détaillée des enjeux pose clairement la problématique en décrivant dans différents paragraphes : La définition du blog, l’historique, l’anatomie, les différents logiciels blogs, les contextes pédagogiques, les caractéristiques techno-pédagogiques, les diverses pratiques recensées et une bibliograhie fournie
Des points précis sont développés comme l’interopérabilité, la possibilité d’accorder des droits d’accès différents selon les types d’acteurs «qu’il est tout à fait possible pour un enseignant de se doter d’un blogue et d’en limiter l’accès à ses seuls étudiants », la possibilité d’instrumenter un blog comme portfolio numérique. On notera aussi les développements très pertinents sur l’anatomie du blog notamment l’instrumentation des fonctionnalités de wordpress pour organiser une navigation fluide (thématiques etc)
Dans cet article fouillé certaines positions peuvent cependant susciter la discussion et parfois la controverse.
M Bachan parle du blog comme d’un lieu de travail entre l’enseignant et les apprenants et accessoirement comme un lieu de lecture pour «passant curieux » Il me semble que l’instrumentation des espaces numériques de type blog pose une question plus large; Celle de la dilatation de l’espace et du temps éducatifs (Rapport Bardi – Bérard – «l’école et les réseaux numériques » – La documentation française, 2002) et de la multiplication des acteurs. L’espace éducatif, depuis l’introduction des réseaux numériques, a franchi les murs des classes et convoque d’autres acteurs. Les nouvelles modalités d’apprentissage font cohabiter, la formation initiale et la formation continue (la formation tout au long de la vie ou life long learning), la classe et le domicile, la classe et l’entreprise (pour les formations en alternance). Au couple traditionnel enseignant / apprenant, il faut ajouter d’autres acteurs. Ce ne sont pas à mon sens de simples passants curieux mais des acteurs actifs qui occupent, selon les cas, une place plus ou moins importante dans les dispositifs d’apprentissage.
M Bachand adopte une posture pédagogique qui consiste à laisser une grande liberté aux élèves: liberté de ne pas valider, liberté de ne pas s’identifier et liberté dans la conception et l’utilisation des blogs
- « À partir du moment où les étudiants se sentiront jugés, il est en effet fort à parier qu’ils se feront muets » – « Il doit y avoir sanctuaire » La question qui est posée en filigrane est de savoir s’il faut intégrer le blog comme un élément substantiel de la formation ? Doit-on utiliser le blog pour valider des connaissances et des compétences ? M Bachand semble donner une réponse négative à cette proposition. La question est loin d’être tranchée et d’autres enseignants ont choisi de développer une stratégie inverse (blog de formation des DSAAT du lycée La Martinière – Diderot – Lyon – France -http://dsaa.wordpress.com – http://mouraudjp.wordpress.com
- « Laisser la possibilité aux étudiants de se doter d’un pseudonyme » cette question, évoquée en fin d’article, me paraît plus discutable tant du point de vue juridique que du point de vue pédagogique. Le concepteur du blog est le responsable éditorial, il endosse la responsabilités des propos mis en ligne.. Si le pseudonyme peut aider les timides à s’exprimer, il peut aussi désinhiber d’autres et les amener à déposer des commentaires discutables, non conformes aux règles d’éthiques que nous enseignons et que nous faisonsvalider dans le cadre du B2i (brevet informatique et internet) et du C2i (certificat internet et informatique). D’un point de vue pédagogique il est nécessaire d’apprendre aux élèves d’assurer leurs parties pris, de les défendre en public, même lorsque l’auditoire est dans la dimension globalisée du net. Le terme de sanctuaire « Il doit y avoir sanctuaire autour des réflexions des étudiants et de leur publication » me paraît de ce point de vue un terme fort, peut être exagéré, le dictionnaire définit le sanctuaire comme un lieu fermé, notion, me semble t-il à l’opposé des objectifs pédagogiques du blog, d’ouverture, de potentiel de développement de travail coopératif et / ou collaboratif.
Liberté dans la conception des blogs – M Bachand affirme que : « Il importe enfin de noter que plus l’utilisation des blogues est encadrée, moins elle semble porteuse de résultats bénéfiques » Cette affirmation pose la question de l’utilité de la scénarisation pédagogique qui répond à la complexification du métier d’enseignant. Faut-il laisser une large dose de liberté dans la conception ou faut-il anticiper par la scénarisation ?
Pour Jean-Philippe Pernin et Valérie Emin de l’équipe scénario de l’ INRP de Lyon le scénarion est un : « modèle préétabli et exécutable de l’organisation et du déroulement de situations d’interaction complexes« . le blog doit-il être envisagé comme un artefact qui répond au besoin du moment ? les acteurs se situent alors dans une situation de bricolage au sens au Claude Lévi Strauss l’entend dans « la pensée sauvage » (Paris 1962, Agora). « Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matières premières et d’outils conçus et procurés à la mesure de son projet: son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord »
Ou bien encore Perrenoud 1983
/…/ la « planification » de l’action pédagogique. La phase de préparation n’est évidemment pas un moment de pure liberté, où l’enseignant choisirait en toute sérénité des objectifs partiels, des stratégies d’animation, du matériel, un fil conducteur. Celui qui n’a pas vécu ou observé de près l’emploi du temps d’un enseignant aura peine à imaginer la tension que représente l’animation d’un groupe d’enfants ou d’adolescents de 20 à 30 heures par semaine. La tension du maître est entretenue par deux préoccupations :
* ne pas perdre de temps, avancer dans un programme annuel chargé ;
* maintenir l’ordre assurer un fonctionnement du groupe favorable à la communication et au travail tout au long de l’année.
La planification des activités est essentielle dans cette double perspective. Certes un maître expérimenté peut » se permettre » de venir de temps en temps en classe sans préparation, et improviser une leçon, donner des exercices, voire laisser les élèves » s’occuper intelligemment « . Ce ne peut être une habitude. Comment les enseignants se préparent-ils, combien de temps y consacrent-ils, font-ils un plan détaillé ou un simple canevas, planifient-ils de jour en jour ou à plus long terme, quelle est la part écrite de la préparation ?
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La présence des blogs dans les apprentissages fait émerger de nouvelles compétences chez les enseignants et les apprenants (juridiques, technologiques, rédactionnelles, organisationnelles, de régulation), il semble nécessaire de les intégrer dans les dispositifs, encadrer les élèves est, à mon sens, indispensable.
Je regrette que dans cet exposé M Bachand n’ait pas abordé une compétence émergente, le juridique. Les fonctionnalités des blogs permettent effectivement d’insérer assez facilement des textes, des images, des vidéos, des sons par simple copier / coller. La mise en ligne de ressources engage fortement son auteur puisqu’il doit se conformer aux contraintes des lois et règlements. Une ressource mise en ligne doit respecter le droit d’auteur, le droit à l’image, le droit à citation, le copyright pour entrer dans le registre du droit anglo-saxon et tous les droits liés à la personne humaine L’enseignant doit expliquer ces enjeux qui mobilisent in fine les notions de droits patrimoniaux et extra patrimoniaux.
Il est dommage que ce billet, très intéressant, reste au niveau narratif et ne se termine pas par une proposition de scénarisation, mutualisable et transférable. On aimerait avoir à disposition un scénario, à fin de réutilisation dans son champ disciplinaire. Cela fera t-il l’objet d’un futur billet du blog, j’ose l’espérer.
Dans les colonnes de ce blog la notion centrale est la pédagogie embarquée ou comment intégrer un environnement numérique choisi dans les apprentissages.
Le terme choisi se comprend en raison de l’existence d’environnements numériques prescrits (par le ministère, par les collectivités locales, par les universités …). Les ENT sont recommandés et/ou imposés.
Deux conceptions de l’utilisation des espaces numériques se côtoient. Faut-il les opposer ? Les deux démarches semblent complémentaires.
Le scénario de pédagogie embarquée, nous l’avons souligné, est choisi, cela signifie que la démarche est voulue, conçue par l’enseignant. Une démarche qui répond aux besoins, souvent liée au bricolage pédagogique. elle s’enracine dans le besoin, elle entraîne la conception d’outils, de ressources à destination d’acteurs déterminés, dans un contexte précis.
Le risque, me semble t-il (c’est à démontrer) de l’ENT prescrit est de plaquer artificiellement un espace numérique sur des pratiques classiques. Intégrer un ENT, le donner comme outil potentiel (voire obligatoire) à l’appui d’un apprentissage peut provoquer de l’indifférence voire un rejet sur le terrain.
La confrontation des espaces numériques choisis (spe) et des espaces numériques est une démarche complémentaire. Si l’hypothèse que spe est utile pour les enseignants, que le scénario est mutualisable et reproductible dans des contextes divers, nous pouvons penser que c’est une étape vers l’utilisation des plateformes institutionnelles.
Convaincre par la pratique, généraliser par nécessité
Le scénario pédagogique présenté et analysé sur ce blog a été conçu de façon décontextualisée.
Il est cependant nécessaire de dépasser le cadre conceptuel. Le scénario devrait permettre à tout enseignant, quelque soit le niveau, quelque soit la discipline, d’intégrer spe.
Nous sommes au niveau de l’hypothèse (à confirmer ou à infirmer)
L’enseignement des langues semble être un terrain favorable au développement de SPE pour plusieurs raisons :
Pédagogique
La nécessité d’apprendre l’écrit et l’oral (pratiquer l’un et l’autre)
La présence de plusieurs modes de certification (formation initiale, formation en alternance, spécificité des validations en VAE, Life Long Learning en entreprise)
La prise en compte institutionnelle des compétences (CECRL)
Technologique
La présence des technologies nomades qui mettent au centre la voix et l’écrit
L’émergence de solutions en ligne qui permettent de mettre en place un dispositif de travail collaboratif
La possibilité de dialoguer en s’affranchissant (lorsque cela est nécessaire !) des contraintes de temps et d’espace.
A partir du scénario décontextualisé il faudra organiser et contextualiser l’apprentissage.
Une piste d’analyse pour créer un maillage dynamique d’apprentissage. Les acteurs, les outils, les ressources.
Les acteurs
enseignant
qui ?
apprenant
qui ?
administration
qui ?
professionnel (en cas d’alternance)
qui ?
autres
qui ?
Les outils
espace numérique (E3c)
lequel ?
fichiers sons
comment sont-ils créés ? quel est leur rôle ?
espace numérique de dialogue
lequel ? comment l’intégrer dans le cours ?
Les ressources
créés / déposées par l’enseignant
comment ? dans quel objectif ?
créés / déposées par les apprenants
comment ? pourquoi ? dans quel objectif ?
créés / déposées par un professionnel
comment ? pourquoi ? dans quel objectif ?
Organiser (mailler) les acteurs, les outils, les ressources
Une nouvelle architecture de la classe – Une salle qui rassemble l’enseignant, les apprenants, les réseaux.
Une pédagogie qui intègre les réseaux numériques
Cette grille d’analyse devrait permettre à un enseignant de commencer à contextualiser son scénario SPE.
L’utilisation des réseaux numériques dans un schéma d’apprentissage pose la question de l’organisation du cours.
Doit-on plaquer du numérique sur un modèle classique ? (un enseignant, des apprenants, un dialogue calibré.
Doit-on remodeler le cours ? Cela signifie que le maillage dynamique évoqué ci-dessus fait l’objet d’une tentative de mise en place, créer les conditions d’un travail collaboratif entre les acteurs grâce à des outils adaptés comme chinswing ou voicethread (des solutions, parmi d’autres, de dialogue en ligne). L’aménagement de la salle de cours doit aussi faire l’objet d’une réflexion. Peut-on conserver la structure habituelle c’est-à-dire d’un coté une salle banalisée de l’autre une salle informatique ? Le wifi est-il un élément de la pédagogie ? Les étudiants peuvent-ils surfer pendant le cours ? A mon sens la réponse est oui puisqu’il faut pouvoir accéder en permanence aux ressources de travail. Cette opération de déconstruction du cours ne va pas sans risque notamment en terme de critiques : »les étudiants ne vont pas écouter et s’évader sur le net ».
On peut aussi utiliser les fonctionnalités des visio-conférences par skype.
Je lance ici des pistes de réflexions que peuvent alimenter les professeurs de langues, puisque ce blog se veut collaboratif