La guerre froide a offert aux cinéastes américains un sujet d’inspiration privilégié. Bien souvent le cinéma a servi de propagande afin de glorifier les valeurs d’un état ou d’un bloc. Mais Hollywood nous a livré aussi de véritables introspections, de vraies réflexions sur l’Amérique dans la guerre. « Né un 4 juillet » d’Oliver Stone raconte l’histoire vécue de Ron Kovic (incarné à l’écran par Tom Cruise), vétéran de la guerre du Vietnam, revenu amputé des 2 jambes et qui va basculer dans le militantisme anti-guerre, condamnant avec force un conflit lointain que ne comprennent plus les américains au début des années 70.
Oliver Stone a réalisé une trilogie sur la guerre du Vietnam dont « né un 4 juillet » n’est que le second volet. Le 1er film, « Platoon » (1986), est inspiré de ce que le cinéaste a vécu lorsqu’il s’est engagé au Vietnam comme combattant volontaire. Si le personnage principal est une jeune recrue (Chris Taylor incarné par Charlie Sheen), c’est bien l’affrontement psychologique puis physique entre 2 sergents expérimentés qui est le cadre de ce film. Le sergent Barnes (Tom Berenger) incarne ce que la guerre peut produire comme personnage sombre et brutal qui perd toute conscience et réplique à la violence par la violence, se nourissant de la guerre. Le sergent Elias (Willem Dafoe) est l’opposé, le soldat loyal, qui accompli son devoir de soldat mais qui garde toute son humanité même quand la guerre ressemble à une lente descente aux enfers. La jeune recrue, est fascinée par ses 2 personnalités opposées, ces 2 modèles, jusqu’à que l’un des sergents ne disparaisse dans une vision quasi religieuse (voir l’affiche du film). (bande annonce du film)

Oliver Stone achève sa trilogie en 1993 avec « Entre ciel et terre » film dans lequel il met en scène une vietnamienne engagée de force dans le conflit par les communistes. Le film renvoie dos à dos américains et Vietcongs (communistes vietnamiens) montrant ainsi qu’aucun des 2 camps n’est réellement un modèle exempt de tout reproche.
Comment ne pas citer Apocalypse now (1979) de Francis Ford Coppola lorsqu’on évoque Hollywood et la guerre du Vietnam ? Ce film est un pur chef d’oeuvre. Un officier des services secrets américains (Capitaine Benjamin L. Willard incarné par Martin Sheen) est chargé d’éliminer un officier qui a basculé dans une sorte de folie sanguinaire (Colonel Walter E. Kurtz incarné par l’excellent Marlon Brando). Plus le capitaine Willard s’enfonce dans la forêt dense plus une espèce d’atmosphère pesante s’installe et l’on découvre la personnalité étrange du colonel kurtz. Pas d’action à proprement parler mais un face à face intense entre 2 soldats aux destins opposés mais pas étrangers, et 2 acteurs au sommet de leur art.

A leur façon, Rambo : first blood (1982) et Rambo II (1985) ou Rocky IV (1985) de et avec Sylvester Stallone ont pour cadre la guerre froide. Rambo : first blood, est certainement le meilleur film de Stallone. Ce film met en scène un véritable héros de la guerre du Vietnam, ancien des Berets verts (commandos), qui avait trouvé dans la vie militaire un cadre familier pour ne pas dire une vraie famille. La guerre a vu disparaitre la plupart de ses amis, et son retour à la vie civile est une longue errance à travers les Etats-Unis, pays dans lequel il ne sent pas le bienvenu. Parfois dégoulinant de bons sentiments, ce film n’en reste pas moins un vision critique de la société américaine qui ne réserva aucun accueil à ceux qui pensaient s’être battus pour la liberté et pour leur pays. En effet, la guerre du Vietnam fut trés vivement critiquée aux Etats-Unis entre 1968 et 1975. Beaucoup de jeunes hommes refusèrent de partir accomplir leur devoir, considérant que cette guerre lointaine ne les concernaient pas, qu’elle était injuste et surtout qu’elle était devenue un vrai « bourbier » duquel les Etats-Unis ne semblaient pas capables de sortir vainqueurs. La société américaine de 1975 refusa donc le triomphe qu’elle acorda à ceux qui avaient combattus durant la Seconde Guerre mondiale, aux combattants du Vietnam. Certains, rentrèrent avec de graves blessures psychologiques, de lourds traumatismes que l’accueil froid de la nation ne permit pas de soigner. Beaucoup de vétérans finirent par se sentir en marge d’une société qu’ils ne reconnaissaient plus et dans laquelle ils ne se reconnaissaient plus. C’est ce vétéran marginalisé que joue Sylvester Stallone. A voir ou à revoir.
