Montaigne et l’humanisme

Montaigne a une éducation humaniste qui a évolué - provisoirement - vers un scepticisme à l’égard de la nature humaine.
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Montaigne et Paris (De la vanité)

Livre III, chapitre 9

Dans sa biographie Montaigne à cheval, Jean Lacouture affirme que Montaigne serait parti à cheval à Paris, vers l’âge de 18 ou 20 ans, pour terminer ses études de droit et se faire ses premières relations, et que le coup de foudre du jeune homme pour cette ville aurait été immédiat. Trente ans après, et bien que Montaigne ait finalement succédé à son père à la mairie de Bordeaux, cet amour semble ne pas avoir failli.

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Citation de Raymond Sebond

Il y a un mode par lequel l’homme diffère de tous les autres êtres : c’est non pas par avoir, mais par connaître qu’il a.

Apologie de Raimond de Sebonde (2)

Livre II, chapitre XII

Après être revenu sur les raisons pour lesquelles il a entrepris la traduction de l’Å“uvre de Raymond Sebon, Montaigne mène une réflexion sur la foi.
De nom et de baptême, il est chrétien; il va à la messe pour suivre la coutume, mais le christianisme ne joue aucun rôle dans sa vie intérieure; s’il a en lui laissé des traces, ce sont des habitudes de gestes et de langage. Montaigne n’est pas plus chrétien que Voltaire ; il l’est beaucoup moins que Gide.
(André Maurois / 1885-1967)
Parce que sa foi est relative, elle ne l’empêche pas de repousser les certitudes et les dogmes catholiques. Au contraire, Montaigne montre une grande tolérance vis-à -vis de l’idéologie protestante, présentée ici dans la Théologie naturelle de Raymond Sebonde. Montaigne avait traduit cette Å“uvre en 1569 dans un contexte de guerre civile entre catholiques et protestants, guerre dont il assista au paroxysme sanglant trois ans après : la Saint-Barthélémy le 24 août 1572.
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Apologie de Raimond de Sebonde

Livre II, chapitre XII

Montaigne relate ici les faits à l’origine de son “Apologie de Raymond Sebond” en 1569 : la demande expresse de son père quelques temps avant sa mort.
Le père de Montaigne, Pierre Eyquem, a joué un rôle déterminant dans sa carrière politique comme littéraire. Lui-même a commencé comme négociant en poisson séché et vins de Bordeaux avant d’être anobli et de devenir maire de Bordeaux -charge à laquelle son fils lui succédera. Dans sa biographie ” Montaigne à cheval “, Jean Lacouture écrit les ambitions et le projet pédagogique de Pierre Eyquem pour son fils Michel :
“Ce ‘Micheau’ qui lui est né en 1533, Pierre a voulu en faire une petite merveille, le produit modèle d’une pédagogie inspirée du grand Erasme et de son De Pueris - latin précoce, liberté d’allure, arts appliqués, douceur des échanges “. Il a voulu également ” le poser en gentilhomme authentique, en seigneur de grand style, par qui sa maison se fera enfin reconnaître.”
Ce père a aussi influencé la réussite littéraire de son fils, comme le fait comprendre ce passage des Essais rédigé en 1580. Montaigne montre ici aussi sa reconnaissance à l’égard de son père.
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Sur des vers de Virgile

Livre III, chapitre V

Dès son enfance, Montaigne parle aussi bien le patois gascon que le latin, grâce � l’éducation humaniste que lui fait donner son père. Son départ pour Paris en 1550 a pour but de parfaire sa maîtrise de la langue française, premier pas vers sa réussite � la Cour. Le français vient en effet d’être imposé comme langue officielle du Royaume par François dans l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et sera défendu plus tard par Du Bellay dans sa Défense et illustration de la langue française (1549).
Bien sûr, Montaigne ne prétend pas maîtriser toujours et en toute circonstance ces trois langues, au contraire ses imperfection de langage sont aussi la marque de son identité.

Pour ce mien dessein, il me vient aussi � propos d’escrire chez moy, en pays sauvage, où personne ne m’aide ny me releve, où je ne hante communément homme qui entende le Latin de son patenostre, et de François un peu moins. Je l’eusse faict meilleur ailleurs, mais l’ouvrage eust esté moins mien ; et sa fin principale et perfection, c’est d’estre exactement mien. Je corrigerois bien une erreur accidentale, dequoy je suis plein, ainsi que je cours inadvertemment ; mais les imperfections qui sont en moy ordinaires et constantes, ce seroit trahison de les oster.
Quand on m’a dict ou que moy-mesme me suis dict :
” Tu es trop espais en figures. Voyla un mot du cru de Gascongne. Voyla une phrase dangereuse (je n’en refuis aucune de celles qui s’usent emmy les rues Françoises ; ceux qui veulent combatre l’usage par la grammaire se moquent). Voyl� un discours ignorant. Voyl� un discours paradoxe. En voyl� un trop fol. Tu te joues souvent, on estimera que tu dies � droit ce que tu dis � feinte.
- Oui, fais-je, mais je corrige les fautes d’inadvertence, non celles de coustume. Est-ce pas ainsi que je parle par tout ? me represente-je pas vivement ? suffit ! J’ay faict ce que j’ay voulu : tout le monde me recognoist en mon livre, et mon livre en moy.

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Le langage est une marque personnelle d’identité, aussi Montaigne refuse-t-il de corriger ses erreurs car ce serait trahir sa propre nature, aussi imparfaite soit-elle.

Que nostre desir s’accroist par la malaisance

Livre II, 15
Extrait 2

Montaigne parle ici spécialement du désir des hommes envers les femmes, épouses ou maîtresses. Il a compris que les femmes savaient se faire désirer en dressant des obstacles et des freins � leur conquête et que le désir de la possession n’est entretenu que parce qu’on sait cette possession temporaire et précaire…
Le desir et la jouyssance nous mettent pareillement en peine. La rigueur des maistresses est ennuyeuse, mais l’aisance et la facilité l’est, � vray dire, encores plus : d’autant que le mescontentement et la cholere naissent de l’estimation, en quoy nous avons la chose desirée, aiguisent l’amour, et le reschauffent ; mais la satieté engendre le dégoust : c’est une passion mousse, hebetée, lasse, et endormie. […]
Pourquoy inventa Popæa de masquer les beautez de son visage, que pour les rencherir � ses amants ? Pourquoy a l’on voilé jusques au dessoubs des talons ces beautez, que chacun desire montrer, que chacun desire voir ? Pourquoy couvrent elles de tant d’empeschemens les uns sur les autres les parties où loge principallement nostre desir et le leur ? Et � quoy servent ces gros bastions, dequoy les nostres viennent d’armer leurs flancs, qu’� leurrer nostre appetit, et nous attirer � elles en nous esloignant ? […]
A quoy sert l’art de ceste honte virginalle ? ceste froideur rassise, ceste contenance severe, ceste profession d’ignorance des choses qu’elles sçavent mieux que nous qui les en instruisons, qu’� nous accroistre le desir de vaincre, gourmander et fouler � nostre appetit toute ceste ceremonie et ces obstacles ? Car il y a non seulement du plaisir, mais de la gloire encore, d’affolir et desbaucher ceste molle douceur et ceste pudeur infantine, et de ranger � la mercy de nostre ardeur une gravité froide et magistrale : ” C’est gloire, disent-ils, de triompher de la rigueur, de la modestie, de la chasteté, et de la temperance ; et qui desconseille aux Dames ces parties l� , il les trahit, et soy-mesmes “. Il faut croire que le coeur leur fremit d’effroy, que le son de nos mots blesse la pureté de leurs oreilles, qu’elles nous en haissent et s’accordent � nostre importunité d’une force forcée. La beauté, toute puissante qu’elle est, n’a pas dequoy se faire savourer sans ceste entremise. Voyez en Italie, où il y a plus de beauté � vendre, et de la plus fine, comment il faut qu’elle cherche d’autres moyens estrangers et d’autres arts pour se rendre aggreable ; et si, � la verité, quoy qu’elle face, estant venale et publique, elle demeure foible et languissante. Tout ainsi que mesme en la vertu, de deux effects pareils, nous tenons neantmoins celuy-l� le plus beau et plus digne, auquel il y a plus d’empeschement et de hasard proposé. […]
Nous avons pensé attacher plus ferme le noeud de nos mariages pour avoir osté tout moyen de les dissoudre ; mais d’autant s’est dépris et relasché le noeud de la volonté et de l’affection, que celuy de la contraincte s’est estroicy. Et, au rebours, ce qui tint les mariages � Rome si long temps en honneur et en seurté, fut la liberté de les rompre qui voudroit. Ils aymoient mieux leurs femmes, d’autant qu’ils les pouvoient perdre ; et en pleine licence de divorces, il se passa cinq cens ans et plus, avant que nul s’en servist.

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Pour mieux comprendre :
Montaigne décrit les stratagèmes des femmes pour augmenter et entretenir le désir masculin.

Que nostre desir s’accroist par la malaisance

Livre II, 15

Le désir est d’autant plus grand qu’il est insatisfait, inassouvi, et qu’il porte sur un objet interdit ou inaccessible. Ce qui était déjà vrai du temps de Montaigne et même avant lui, l’est encore aujourd’hui. Laissons cependant l’auteur apporter ses propres exemples, et avancer une explication à ces paradoxes du désir masculin, en évoquant l’instinct animal présent chez l’humain. Lire le reste de cet article »

Comme nostre esprit s’empesche soy-mesmes

Livre II, 14

Qu’est-ce qui détermine nos choix ? Le plus souvent, nos hésitations portent sur des choses infimes et ne tiennent qu’à un détail. Montaigne s’en amuse et, dans ce chapitre du deuxième livre des Essais, court mais non dénué de verve et d’humour, il explore et illustre à la fois les méandres de l’esprit humain dans ses irrésolutions, ses dilemmes et ses choix sans motifs. Il réfute la thèse des stoïciens selon laquelle nos choix sont guidés par le simple hasard. Montaigne au contraire soutient que “aucune chose ne se presente à nous où il n’y ait quelque difference, pour legere qu’elle soit”. Il illustre cette idée par des images parlantes. Lire le reste de cet article »

De juger de la mort d’autruy

Livre II, 13

Montaigne évoque à nouveau le thème de la mort attendue stoïquement. A travers l’exemple qui suit, il montre que l’homme ne peut soutenir la pensée de sa mort, excepté lorsqu’il prémédite son suicide ou après qu’une longue maladie l’a accoutumé à cette idée. Lire le reste de cet article »