Sur des vers de Virgile
Publié le 20 novembre 2006 par elise dans Livre ILivre III, chapitre V
Dès son enfance, Montaigne parle aussi bien le patois gascon que le latin, grâce � l’éducation humaniste que lui fait donner son père. Son départ pour Paris en 1550 a pour but de parfaire sa maîtrise de la langue française, premier pas vers sa réussite � la Cour. Le français vient en effet d’être imposé comme langue officielle du Royaume par François dans l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et sera défendu plus tard par Du Bellay dans sa Défense et illustration de la langue française (1549).
Bien sûr, Montaigne ne prétend pas maîtriser toujours et en toute circonstance ces trois langues, au contraire ses imperfection de langage sont aussi la marque de son identité.
Pour ce mien dessein, il me vient aussi � propos d’escrire chez moy, en pays sauvage, où personne ne m’aide ny me releve, où je ne hante communément homme qui entende le Latin de son patenostre, et de François un peu moins. Je l’eusse faict meilleur ailleurs, mais l’ouvrage eust esté moins mien ; et sa fin principale et perfection, c’est d’estre exactement mien. Je corrigerois bien une erreur accidentale, dequoy je suis plein, ainsi que je cours inadvertemment ; mais les imperfections qui sont en moy ordinaires et constantes, ce seroit trahison de les oster.
Quand on m’a dict ou que moy-mesme me suis dict :
» Tu es trop espais en figures. Voyla un mot du cru de Gascongne. Voyla une phrase dangereuse (je n’en refuis aucune de celles qui s’usent emmy les rues Françoises ; ceux qui veulent combatre l’usage par la grammaire se moquent). Voyl� un discours ignorant. Voyl� un discours paradoxe. En voyl� un trop fol. Tu te joues souvent, on estimera que tu dies � droit ce que tu dis � feinte.
- Oui, fais-je, mais je corrige les fautes d’inadvertence, non celles de coustume. Est-ce pas ainsi que je parle par tout ? me represente-je pas vivement ? suffit ! J’ay faict ce que j’ay voulu : tout le monde me recognoist en mon livre, et mon livre en moy.
________________________________
Le langage est une marque personnelle d’identité, aussi Montaigne refuse-t-il de corriger ses erreurs car ce serait trahir sa propre nature, aussi imparfaite soit-elle.
1 décembre 2006 à 6:43
Très intéressant et appétissant.
Mais le gascon n’est pas un patois, mais bel et bien une langue… Montaigne l’humaniste n’aurait pas apprécié s’il avait vécu à notre époque.