PETER KLASEN

Commentaire d’œuvre : Secret life, 2008

En quoi Secret life est représentatif de Peter Klasen et de la figuration narrative ?

Secret life, Peter Klasen, collection particulière Paris, 2008, acrylique

Au XXème siècle, de nombreux mouvements artistiques voient le jour, comme l’abstraction ou le nouveau réalisme. Un courant contraire apparaît aussi : il s’agit de la figuration narrative. Ce style pictural est l’une des caractéristiques de nombreux artistes comme Alain Jacquet ou encore Jan Voss. Cependant Peter Klasen est sans doute l’artiste qui représente le mieux ces nouvelles idées sur la peinture. Peter Klasen est d’origine allemande, il est né en effet à Lübeck en 1935. Il fit l’école des Beaux-Arts de Berlin où il suit les cours de Will Grohmann, … Il s’installe à Paris en 1960 et fut l’un des fondateurs de la Nouvelle Figuration ou plutôt figuration narrative. Plus tard il fera un voyage à New York qui le touchera jusque dans ses œuvres. Son travail est surtout basé sur des séries d’œuvres comme la série des « Tableaux binaires » ou « La colonie pénitentiaire ». Il sera exposé surtout en Europe. Son tableau Secret life peint en 2008 est un exemple de style pictural et de son travail. On peut donc se demander en quoi ce tableau est représentatif de cet artiste et de la figuration narrative plus généralement. Nous verrons tout d’abord en quoi cette œuvre est caractéristique de Peter Klasen, puis en quoi est ce une représentation de ce nouveau courant artistique.

En 2008, Peter Klasen peint donc Secret life qui pourrait être le modèle de son travail.

Cet artiste se démarque tout d’abord par l’utilisation des matériaux. En effet, il ne se suffit pas à de simples peintures comme l’acrylique ou la peinture à l’huile, il utilise de nombreuses techniques. L’aérographe est sans doute son matériel de prédilection. Cette technique est basée sur le même principe du pistolet à peinture mais il permet de faire d’infimes détails, la peinture sur la toile ressemble à une photo pour le spectateur. D’ailleurs sur Secret life le plan représentant une femme allongée à coté d’un homme a sans doute été réalisée par cette technique. En plus, d’utiliser l’aérographe Peter Klasen utilise aussi des photos. En effet, grâce à ses photos l’artiste peut superposer différents plans. Dans ce tableau, trois plans apparaissent : la femme et l’homme, un deuxième où l’on distingue une caméra et un troisième démarqué des autres par un épais trais rouge où l’on voit un homme regardant face à lui. Ce visage d’homme est peut être celui d’une photo en noir et blanc que Klasen a utilisé dans ce tableau. Il utilise à de nombreuses reprises la superposition. Cette technique permet donc de représenter différents moments d’une journée sur une même toile. Ces différentes techniques sont donc très remarquables et font de Klasen un artiste particulièrement reconnaissable.

Dans ses tableaux, en dehors des techniques, Peter Klasen est aussi reconnaissable par son intérêt pour les femmes. Effectivement, la partie gauche du tableau est principalement occupée par la tête d’une femme que l’on imagine nu puisqu’elle est allongée et est en compagnie d’un homme sans doute sur un lit. La femme érotique et le désir ont une place importante dans tous les tableaux de l’artiste. La femme adultère semble ici être le thème principal, le peintre a repris ce visage dans de nombreux tableaux comme dans Couple on yellow ground, blue car.

Klasen dans ses tableaux veut rendre compte aux spectateurs le rôle de la femme dans la société, soit « femme objet » en la représentant à coté d’une voiture rutilante, soit « femme érotique » comme par exemple dans le tableau le bolide inflammable où il réunit ces deux images.

Ce visage de cette femme, sans doute peint à l’aérographe peut faire penser au public à un arrêt sur image d’un film cinématographique. Le récit visuel cinématographique comme l’explique Klasen lui-même a un «  pouvoir incroyablement efficace comme révélateur de nos pulsions les plus intimes, de nos inavouables désirs, de nos inatteignables rêves, de nos plus profonds abîmes, et exerce sur moi l’effet le plus doux, le plus redoutable de mes dépendances ». Donc à travers ces images presque cinématographiques Klasen nous fait partager ses plaisirs, ses désirs pour la femme.

Enfin, le peintre rend vraiment ce tableau caractéristique de son style car il en fait une représentation aiguë et exigeante de la vie contemporaine, il se qualifie même « d’ethnologue d’une société en mouvement ». En effet, à droite du tableau nous voyons le visage d’un homme nous regardant fixement, ses traits sont tirés ce qui donnent une impression de malaise et de méchanceté dans son regard. Alors que cette femme à gauche a donc l’air lasse … Un viseur de pistolet peint en rouge entoure l’œil de l’homme. Klasen veut sans doute pousser le spectateur à s’interroger sur l’effet réel que provoque ce viseur, contrastant avec l’image de gauche. Sachant que cette femme est sans doute en train de faire l’irréparable nous pouvons en déduire que cet homme regardant fixement à l’espoir de se venger de sa femme adultère. Le peintre dénonce ici probablement les rendez-vous clandestins des amants, les « 5 à 7 » de plus en plus répandus dans des motels. Grâce à cette image presque cinématographique (aérographe …) nous pouvons faire des liens avec des films américains des années 80.

Peter Klasen appartient donc au courant de la figuration narrative. Ces tableaux en sont emblématiques comme Secret life.

La figuration narrative est donc apparue dans les années 60 en Europe. Elle est souvent rattachée au pop art à une exception : Klasen ou d’autres artistes comme Hervé Télémaque, Bernard Rancillac critiquent la société de consommation contrairement à Andy Warhol par exemple. Gérald Gassiot-Talabot la définit comme : « Est narrative toute œuvre plastique qui se réfère à une représentation figurée dans la durée, par son écriture et sa composition, sans qu’il y ait toujours à proprement parler de récit » ou comme le dit Hervé Télémaque « La figuration intègre une dimension temporelle dans l’image fixe, volonté de produire un impact visuel ou manifestation d’une certaine urgence de l’expression ». La figuration narrative donne donc une plus grande place à l’anecdote, mais moins à l’idéologie. Elle s’est inspirée des bandes dessinées, de la photographie, du cinéma (on retrouve tout ceci dans les tableaux de Peter Klasen). Les thèmes des œuvres sont rattachés généralement aux scènes du quotidien (adultère, sexualité, plaisir, …) et à des revendications sociales ou politiques. Les caractéristiques de cette nouvelle figuration s’affirment en 1967, avec l’exposition Bande dessinée et Figuration narrative, présentée au Musée des Arts décoratifs. Toutes ces caractéristiques sont donc bien présentes chez Klasen.

Comme quasiment tous les tableaux Secret life n’échappe pas à cette caractéristique et raconte donc une histoire ou plutôt « une représentation figurée dans la durée ». Des signes nous apparaissent en effet en regardant attentivement le tableau : une caméra occupant un tiers du tableau, cette femme à gauche et ce visage à droite nous regardant fixement ou plutôt à travers cette caméra. Effectivement l’œuvre s’éclaire quand nous découvrons que ce visage fermé et dur ne nous regarde pas nous directement mais cette femme allongée sur ce lit avec un autre homme. Cet homme est un homme trompé … le viseur sur son œil explique sa colère et son envie de vengeance. Cette histoire va sans doute mal finir, un homme meurt, une femme seule et ce mari transformé en tueur car la colère l’aura aveuglée. Klasen décrit donc ici une véritable enquête.

D’autres artistes se sont aussi essayés à la figuration narrative, il y a bien sur Télémaque, Rancillac, … mais aussi Jacques Monory, Peter Stämpfli, … Jacques Monory dans son tableau Le meurtre n°10/2 donne au public une œuvre mélangeant toutes les caractéristiques de ce nouveau courant

artistique qui est la figuration narrative. Effectivement, il réalise un arrêt sur image qui établit une unité de temps grâce notamment à la superposition de plans (comme Klasen).

Mais aussi bien sur ce tableau raconte

Meurtre n°10/2, Huile sur toile et miroir brisé avec impacts de balles, 160 x 400 cm, Jacques Monory

une histoire.

Au contraire de Peter Stämpfli qui dans son tableau Gala critique les stéréotypes des soirées mondaines en peignant une paire de gant blanc sur un costume. Ce procédé s’appelle le procédé de l’isolement, il met hors contexte ce détail (gants) ce qui donne à cette toile les attributs d’une image publicitaire. Il se livre à un questionnement sur les moyens de représentations et sur ce qui distingue une image publicitaire d’une image artistique. Grâce à ces deux autres exemples nous pouvons voir que la figuration narrative ne se ferme pas dans un art académique et cherche à comprendre et à décortiquer la société qui nous entoure.

 

Gala, Peter Stämpfli, 1965, Huile sur toile, 216 x 160 cm

Nous avons donc vu en tout premier lieu en quoi Secret life était une œuvre caractéristique de Peter Klasen grâce à l’utilisation de différents matériaux, du rôle important de la femme dans ce tableau mais aussi dans d’autres et enfin que cette œuvre était une représentation aiguë et exigeante de la vie contemporaine. Pour suivre, nous avons dit en quoi cette œuvre appartenait à la figuration narrative en expliquant tout d’abord ce qu’était cette nouvelle figuration puis en essayant de comprendre l’histoire racontée par Klasen. Et pour finir les différentes facettes de ce nouveau courant à travers d’autres artistes. La figuration narrative n’est cependant pas qu’un courant personnel à chaque artiste, en 1965 à Paris il y a lieu une exposition sur La figuration narrative dans l’art contemporain où le champ des artistes appartenant à celle-ci s’agrandit en accueillant Aillaud, Arroyo et Recalcati qui présentent une œuvre collective : Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp qui suscitera un grand débat et un scandale.

Robert Helman est né dans le royaume de Roumanie en 1910. Il passe une enfance heureuse dans la ville de Galatz jusqu’à ses 17 ans où il part à Paris pour faire des études de droit. Cette époque sera déterminante pour sa vie future car il préfère aux amphithéâtres de faculté, les cafés, fréquentés par les artistes et les militants politiques. Mais sa petite vie tranquille de bohême est bouleversée par l’arrivée de la guerre, il fuit donc avec sa femme en Espagne et c’est là-bas qu’il découvrira la peinture grâce à une commande de son camarade : Miguel Mirez. C’est ainsi qu’en rentrant en France en 1945, il peut se consacrer à sa nouvelle passion et peindre jusqu’à sa mort en 1990 dans la forêt d’Othe. C’est donc à son retour en France, dans l’après guerre, qu’il peint Genèse, une huile sur bois de 75 sur 105 centimètres. On peut se demander en quoi ce tableau est représentatif de l’œuvre d’Helman et du courant auquel il appartient : l’abstraction lyrique. Dans un premier temps nous verrons en quoi cette œuvre possède de multiples caractéristiques propres à Helman puis on se demandera pourquoi cette peinture appartient à ce courant .et enfin nous verrons en quoi cette peinture représente t’elle un message que l’artiste veut faire passer aux spectateurs.


Genèse est un tableau extrêmement coloré et dynamique, En effet on remarque une gamme de couleurs très hétéroclite même si cet ensemble est réparti selon un ordre bien précis : les couches se succèdent de bas en haut en partant du plus foncé (quasi noir), en traversant de nombreuses déclinaisons d’ocre, de jaune, de vert et de blanc pour arriver au bleu du ciel. Cet étalement en couches de couleurs différentes s’explique facilement par le fait que cette œuvre représente les mouvement de la terre, évolution exprimée par ces couleurs mais aussi par de nombreuses lignes de force délimitant ces espaces colorés qui convergent toutes vers un point clair et lumineux situé dans le bas du tableau. Ce qui a pour effet de donner une impression de dynamisme et de mouvement au tableau. Toutes ces nuances majoritairement foncées et assombries contrastent énormément avec le bleu du ciel et les couleurs chaudes (jaune, orange, rouge) qui symbolisent le soleil et son rayonnement . D’ailleurs dans cette voûte céleste, on peut remarquer une autre ondulation contraire aux agitations terrestres de bas de tableau. Effectivement grâce à un dégradé de couleurs , qui part d’un point blanc pour petit à petit se transformer en jaune, orange et autres couleurs incarnant de ce fait le spectre lumineux. Cette utilisation des couleurs est combinée à une construction en cercle, ce qui donne un impression d’explosion lumineuse partant du sol pour s’éteindre dans le ciel. Ce mouvement concentrique est le penchant des impulsions telluriques qui se dirigent vers le centre de la Terre. Ainsi à travers ces multiples remous nous voyons que Helman fait passer son message principalement grâce aux couleurs et aux mouvements, ce qui est une caractéristique indubitable de l’œuvre du peintre.


Ce tableau utilise des thèmes propres à Helman et nous pouvons aussi remarquer ses nombreuses habitudes de travail. Rien que dans le titre de l’œuvre, nous remarquons un trait caractéristique de l’artiste : son utilisation de titre récurrent. En effet, il existe de nombreuses œuvres titrées Genèse, il préférait peindre par série comme ses Envols, ses Forêts ou ses Racines pour qu’elles puissent évoluer dans le temps et se renouveler. Ses travaux en série obligent aussi le spectateur à ne jamais se fixer sur un œuvre puisque la réminiscence du titre évoque plusieurs peintures. On voit aussi que le peintre utilise des thèmes (tout comme ses titres) récurrents tels que la Genèse, il fera d’ailleurs plus d’une dizaine de tableaux avec pour sujet cette épisode biblique même si à chaque fois de nombreux détails changent. Ainsi on voit que cette toile s’inscrit dans une continuité tant voulu par l’artiste.


Helman appartient au courant de l’abstraction lyrique. Celui ci est né après la seconde guerre mondiale et s’oppose au cubisme et à l’abstraction géométrique (deux courants qui utilisent des formes bien connues tels que des carrés ou des ronds pour peindre ce qui n’est pas forcément abstrait) et met en avant les émotions du peintre. On peut citer comme membres éminents du mouvement, Pierre Soulages et Nicolas De Staël qui comme Robert Helman, utilise les couleurs, la lumière et les lignes de forces pour s’exprimer et non plus des formes concrètes. Ce tableau garde tout de même une place unique dans l’œuvre du peintre pour plusieurs raisons. Effectivement, malgré le travail en série, cette œuvre ne trouve aucun pendant ou écho dans d’autres tableaux d’Helman contrairement à d’autre Genèse qui se ressemblent fortement . Il y a aussi un « problème » avec son appartenance à l’abstraction lyrique, car Genèse a tout de même un haut degré d’iconicité pour une œuvre abstraite : on voit tout de suite de quoi il s’agit et nous pouvons aussi reconnaitre les mouvements magmatiques du sol, le ciel et le soleil. Helman dira d’ailleurs de son soleil « J’ai dessiné et construit tout cela avec le blanc en tant qu’absolu lumière ». Ce qui est une démarche purement propre au courant. Ainsi on voit que l’œuvre de l’artiste s’inscrit dans la ligne de l’abstraction lyrique malgré quelques bémols.


Il y a un autre aspect du courant que nous n’avons pas étudié : le lyrisme. En effet, tout dans ces peintures doivent susciter l’émotion. Helman écoutera deux conseils de grand peintre : le premier conté par Kandinsky (qui est en quelque sorte le fondateur de l’abstraction) est que l’artiste doit utiliser son monde personnel, son « Monde-Soi ». Cet endroit imaginaire et fantasmagorique doit logiquement provoquer une réaction de la part du spectateur. La deuxième recommandation que suivit Helman est celle du peintre Paul Klee qui disait qu’il fallait « être abstrait avec des souvenirs ». L’artiste s’inspira effectivement de son vécu enfantin dans sa bourgade près du Danube et de son voyage dans les « déserts » d’Espagne. Ses deux leçons sont donc complètement assimilées par le peintre qui les utilisent dans Genèse en nous découvrant ses impressions sur le monde (en les illustrant de ses souvenirs) en plein bouleversement suite à la fin de la seconde guerre mondiale.


Avant toute chose, il faut se souvenir que l’œuvre a été peinte en 1945 donc à la fin de la guerre. Ce qui peut expliquer beaucoup de choses. En effet, il se dégage de la toile une impression de nouvel espoir, le soleil et ses rayons sortent de la terre pour monter dans le ciel. Le soleil a toujours été un symbole très fort qui représente la vie car sans ces rayons la vie ne peut exister, il suffit de se remémorer les époques où les Hommes sacrifiait d’autres hommes pour se prémunir des éclipses : ces disparitions du soleil qui les effrayait tant. Et là sur le tableau le soleil revient et éclaire de nouveau ce qui ne peut être qu’un très bon présage . On peut aussi se rappeler les anciennes mythologies, avec le dieu Râ chez les Égyptiens ou Amateratsu chez les Japonais, qui réprésente à chaque fois un dieu d’espérance et de création. Helman espère, qu’après toutes les atrocités, crimes et destructions de la seconde guerre mondiale (représentés par les mouvements du sol qui cachait le soleil et ses rayons) le monde revivra une nouvelle époque de prospérité et de bonheur.


Genèse est aussi un tableau qui comme son titre aspire à une renaissance. La Genèse est effectivement le premier livre de l’Ancien Testament, il raconte dans ses premiers chapitres l’apparition de l’Univers, de la Terre et de l’Homme. Le mot Genèse signifiant d’ailleurs littéralement « naissance », « origine » ou « commencement ». Il n’est donc pas étonnant que la peinture symbolise la renaissance. De plus comme dit précédemment l’apparition de cette lumière qui vient illuminer ce sol remuant qui plonge dans les entrailles de la Terre représente l’espoir mais aussi la notion complémentaire de renouveau. Cette apparente redondance est en faite obligatoire pour expliquer l’œuvre d’Helman tout son génie résidant dans le fait qu’il arrive grâce à une seule métaphore à exprimer deux concepts différend .D’ailleurs on peut toujours se reposer sur la mythologie qui nous apporte une très bonne illustration du travail du peintre (il est même peut être possible qu’il se soit inspiré de ce mythe) : le Ragnarök. Cet évènement du folklore scandinave raconte la fin du monde qui commença par plusieurs années d’hiver consécutifs puis de guerre (peut être la seconde guerre mondiale ?) et se termina par l’oblitération du monde et des dieux . Mais cette apocalypse sera suivie d’une réapparition d’une terre et d’un soleil nouveau qui en fera un monde encore plus beau que le précèdent . Cette exemple mythique représente à mon avis la volonté d’Helman de montrer que sur les ruines fumantes d’un monde ravagé par la guerre et les abominations s’élèvera un monde neuf qui apportera la félicité aux Hommes . Outres ces références, ce message est aussi soutenue par des éléments plastiques : les remous du sol mettent en valeurs la lumière solaire et permettent la notion de renaissance (qui sans cette terre torturée cachant le soleil ne pourrait que représenter l’espérance) . On remarque aussi que les lignes et les couleurs représentent une forme vaginale/utérine qui accouche d’un soleil et donc in fine d’un nouveau monde. Ainsi nous avons observé que le tableau est la vision du peintre sur l’avenir de l’humanité qui verra apparaitre « des lendemains qui chantent » .


Nous avons donc vu que Genèse est un tableau représentatif de l’œuvre d’Helman et de son courant l’abstraction lyrique mais il est aussi et surtout un manifeste de l’espoir du peintre pour l’avenir . Helman exprime donc sa joie et son espérance comme d’autres artistes de son époque tels que Picasso et son tableau la Joie de vivre (il a d’ailleurs été peint en 1946 : la même année que Genèse) qui montrent sans retenue bonheur de voir la guerre enfin finie .


Peter Klasen est un artiste peintre, photographe et sculpteur allemand né en 1935.

Il est l’un des pionniers de la figuration narrative. La figuration narrative est un mouvement artistique qui apparaît au début des années 60 en France et qui s’oppose à l’abstraction et au Nouveau Réalisme et qui naît en réponse au pop art américain. La figuration narrative à pour objectif de «bousculer les références ou les hiérarchies culturelles obligées»

A travers ses œuvres, il aborde des problématiques contemporaines comme l’industrie, la technologie et les oppose à l’Homme voire à la sensualité humaine. A partir de 1968, il réalise une série de tableaux nommés Tableaux binaires et il peint notamment Chemise+prise mâle. Ces tableaux associent des corps de femmes fragmentés à des objets mâles ou femelles. Nous verrons ici tout d’abord en quoi Chemise+prise mâle reflète la figuration narrative, puis en quoi cette œuvre est-elle représentative du travail de Peter Klasen.

L’une des caractéristiques principales de la figuration narrative est l’élaboration d’un récit grâce à l’image. La narration s’effectue notamment, au sein d’une seule image ou par une suite d’images, et la transmission d’idées et de valeurs. Dans le tableau de Klasen, on constate que cette règle est respectée : en effet, la présence du corps charnel associé à l’objet froid et rigoureux qu’est la prise, symbolise d’une part la déshumanisation de la femme devenue simple objet de désir mais également l’évolution de la société.

De plus, les artistes appartenant au mouvement de figuration narrative se veulent de produire une réalisation réaliste, en opposition à l’abstraction. Sur ce tableau, on voit un buste de femme portant une chemise entrouverte séparé par une ligne rouge d’une prise ainsi que de deux interrupteurs. La toile est en noir et blanc et la seule touche de couleur est obtenue grâce à la ligne rouge séparant les deux éléments du tableau. Ainsi, le corps produit par Klasen est parfaitement réaliste dans ses proportions et sa réalisation.

La présence d’une figure métaphorique constitue également l’une caractéristiques essentielles de ce mouvement. En effet, ici, l’aspect métaphorique de l’œuvre de Klasen est évident. La corps de la femme représente le désir charnel et l’absence de visage démontre efficacement la déshumanisation dont l’artiste veut rendre conscient le spectateur. Contrairement à la plupart des œuvres de cet artiste, la poitrine n’est pas entièrement apparente, ce qui renforce la sensation de désir et donc le contraste existant avec la prise, mâle, symbole donc de l’homme mais aussi de la froideur. Mise sur le même plan que la femme, celle-ci devient donc comparable à un objet, ici un objet sexuel.

Le mot fragmentation désigne un processus par lequel un objet est divisé en un grand nombre de petits morceaux. Ainsi, Klasen est l’un des peintres qualifiés de «déconstructeur». En effet, il peint les corps, les objets et toute chose par fragments et non pas entièrement. Ici, on peut voir que le corps de la femme peint par l’artiste est incomplet, fragmenté ; n’est présent que le buste.

Peter Klasen a dans son œuvre globale des thèmes qui lui sont propres et qui reviennent de manière récurrente. Ainsi, la femme et plus particulièrement le corps de la femme est un de ces thèmes. En effet, dans plusieurs de ses œuvres, on retrouve une bouche ou encore une poitrine. Ainsi, dans Chemise+prise mâle, retrouve-t-on un buste de femme. A travers cette récurrence, il dénonce la déshumanisation de la femme et le fait qu’elle soit considéree comme un objet, fait qu’il a constaté en observant les affiches dans le métro.

Il accorde également une place importante à l’électricité dans ses tableaux. En effet, il se dit «ethnologue de la société» et se préoccupe donc de l’évolution de la société et des progrès technologiques effectués comme ici la popularisation de l’électricité et plus précisément des prises électriques.

Peter Klasen laisse également une certaine liberté au spectateur : l’œuvre est ouverte à plusieurs interprétations. En effet, l’artiste se refuse à expliquer certains tableaux dont il laisse le spectateur libre d’interpréter à sa manière. C’est pour lui une façon d’éterniser ces œuvres, là où d’autres seront incompréhensibles ou anachroniques dans les années à venir, les œuvres de Klasen seront toujours d’actualité, c’est une œuvre évolutive.


En conclusion, cette œuvre est représentative de la figuration narrative car elle raconte une histoire, sa réalisation est réaliste et elle présente une figure métaphorique. Elle est également le reflet du travail de Klasen à travers la défragmentation des éléments qui la composent, la présence des thèmes récurrents dans le travail de l’artiste et enfin son ouverture à plusieurs interprétations. Le travail de Klasen peut être comparé à celui d’ Hervé Télémaque, autre artiste appartenant au mouvement de figuration narrative et réalisant le collage et l’assemblage.




   

Les Bruits de la ville, Peter Klasen, acrylique, 92x73cm, 1966, exposition de Sens (temporaire)

         

          Peter Klasen est né dans une ville d’Allemagne à Lübeck, le 18 août 1935. A l’âge de vingt ans, se sentant attiré par l’art, il commence des études aux Beaux Arts à Berlin où il suivra des cours avec un professeur spécialiste de l’abstraction lyrique. Ce dernier va donc l’initier au collage et c’est sans aucun doute grâce à lui que dans les années 60, Klasen fonde avec d’autres artistes tels que Valerio Adami, Erró, Jacques Monory, Bernard Rancillac ou encore Hervé Télémaque, une nouvelle figuration appelée ainsi « Nouvelle figuration », ou « Figuration narrative ». En 1966, il peint un tableau essentiellement noir et blanc, Les Bruits de la ville, et on peut se demander en quoi ce tableau est représentatif de l’œuvre de l’artiste. On va donc tout d’abord étudier les techniques et les matériaux qu’utilise l’auteur, puis quels thèmes représentés correspondent bien à l’œuvre de Klasen.

          Les Bruits de la ville est une œuvre faite peu de temps après l’exposition Mythologies quotidiennes de 1964 qui avait montré au public le travail des nouveaux artistes de la Nouvelle figuration.

          Premièrement, l’œuvre de Peter Klasen, Les Bruits de la ville, est une toile d’un assez grand format : 92cm sur 73cm. Elle fonctionne tout comme ses autres tableaux, avec différents plans se superposant les uns aux autres. On peut voir en haut à droite un bras ou un genou plié ; sur la gauche, des yeux fixes ; au milieu, une oreille, une tétine ; puis sur le bas, tout un entremêlement d’un visage, d’un long bras tendu, d’un pied, d’une seconde oreille et la lettre « Z » brulée. De plus, il utilise la même technique, l’acrylique appliqué à l’aérographe. L’aérographe est une méthode de peinture qui suit le même fonctionnement que le pistolet à peinture utilisé par les carrossiers. Cet instrument lui permet de produire une peinture très lisse et homogène, presqu’à l’identique d’une photo. Dans d’autres œuvres, Klasen colle des photos trouvées dans des magazines, mais ici tout est fait à l’aérographe. Ce système rend les toiles de Klasen très réalistes, poussant d’ailleurs le réalisme à l’extrême comme ici avec ces jambes et ces bras sans aucun défaut, ni rides ni veines apparentes. Klasen a intentionnellement coupé en deux son tableau à l’aide d’un trait rose fluo épais au pinceau cette fois, ce qui donne de l’éclat au tableau. Le rose fluo tranche avec les couleurs sombres du tableau comme le noir et le fait paraître encore plus sombre. D’ailleurs, même le blanc du tableau semble se rapprocher davantage du gris. En contrepartie, les Bruits de la ville ne contient pas d’objets collés, ce qui est une autre particularité de son œuvre. Beaucoup de ses tableaux comportent des collages d’objets divers tels que des thermomètres dans Souvenirs secrets de 1965 (130x97cm) ou encore une poignée de porte comme dans Disque + poignée de porte (80x60cm) qui est composé en 1966. Dans le tableau de Klasen, on retrouve ainsi une grande partie des techniques mises en œuvre pour l’ensemble de ses tableaux.

          Deuxièmement, les thèmes de son tableau Les Bruits de la ville, restent assez classiques par rapport aux autres œuvres de sa collection. On y retrouve le thème récurrent de la femme, avec le regard féminin tout comme le bras et la jambe. Un autre objet très présent dans l’œuvre de Klasen est la tétine qui fait penser à la poitrine féminine. Parallèlement, Klasen n’utilise pas toujours des objets rappelant les attributs féminins comme la tétine, ou les attributs masculins avec la prise male, mais illustre avec de vraies poitrines. Les tableaux de Klasen dégagent beaucoup d’érotisme par la présence de toute cette agitation autour de cette tétine qui a l’air de flotter au centre du tableau. Il y a tous ces morceaux de corps nus qui permettent à notre imagination d’interpréter le sens du tableau d’une façon très individuelle.

          Un autre thème semble ressortir de ce tableau, le thème du bruit. En effet, beaucoup de sons sortent de ce tableau ce qui renvoie au titre du tableau, Les Bruits de la ville. Si une musique accompagnait l’œuvre, ce serait sans doute un enregistrement de hurlements ! Ce qui ressort du tableau est une réelle cacophonie. On peut avoir l’impression d’entendre des cris, des personnes s’agitant avec les bras et les jambes qui ont l’air en mouvement. Klasen a d’ailleurs dessiné une oreille, ce qui pourrait presque être une invitation à l’écoute de son œuvre. De plus, le regard en haut à gauche nous invite lui aussi mais à regarder et observer les moindres détails du tableau. Le fait que cette femme nous fixe, nous rend en quelque sorte, complices d’une scène. Enfin, beaucoup de désespoir est exprimé dans ce tableau : le visage central semble crier à l’aide mais il semble enfoui sous l’eau. On peut donc se demander si on ne serait pas complice d’un assassinat.

          Klasen reprend donc ici un de ses thèmes favoris mais aussi un des thèmes propres aux artistes de la Figuration narrative : ressentir en peinture ce qu’on peut voir et entendre à la télévision.

          Nous avons donc découvert comment le tableau Les Bruits de la ville était bien représentatif de l’ensemble de l’œuvre de Peter Klasen grâce à, tout d’abord, les techniques et les matériaux utilisés, puis par les thèmes de la femme, de l’érotisme et de l’enfermement récurrents dans l’univers de Peter Klasen. La Nouvelle figuration, dans laquelle Peter Klasen a évolué et évolue toujours aujourd’hui, n’a pas pour seul artiste Klasen avec son aérographe et ses femmes nues, elle a aussi comme adhérents des artistes ayant une tout autre approche de l’art mais en gardant les mêmes idées. Par exemple, Gérard Fromanger, artiste de la Figuration narrative, exprime une même pensée avec ses personnages haut en couleurs : montrer le quotidien, ainsi que ses propres revendications sociales, visibles également dans le reste de l’œuvre de Klasen.

Gérard Fromanger, En Chine, à Hu-Xian, Huile sur toile, 200 x 300 cm, 1974

 

 

Peter Klasen – Hantise

Metz – Centre Pompidou de Metz

Peter Klasen est un artiste contemporain, toujours d’actualité, il met en œuvre des scènes de la vie courante par le biais de l’art plastique. Autant il a pu créer des sculptures, autant il a fait aussi des peintures. Son œuvre « Sans Issue » est l’une de ses toiles les plus connues, notamment après son exposition au nouveau Centre Georges Pompidou à Metz. Cependant, la particularité de cet artiste, en plus d’impliquer une part de son histoire, de mettre beaucoup en scène des actes de la vie quotidienne, intime ou non. Par la peinture, il recrée des passages de film, combiné à des objets, des fantasmes ou des symboles courants , montrant son idée de la vie et aussi son goût prononcé pour l’urbanisme. Comment Peter Klasen arrive-t-il à passer sa propre conception des choses par l’art ? Dans un premier temps, il met en scène des images permettant de voir un aspect narratif dans sa peinture. Et dans un second temps, il laisse apparaitre un contexte laissant présumer la mort.

Dans un sens, Peter Klasen montre son originalité en combinant deux formes d’art différentes. La peinture «  Hantise » est une toile composée de peinture acrylique avec cependant des parties représentant des lieux comme celui de la porte. On peut voir des visages comme l’un qui est celui d’un homme en noir et blanc qui recouvre, un tiers de la toile. Seul un cercle rouge, tel que dans les films d’action comme ceux de James Bond est visible, en contraste avec la couleur de la photo. Le visage de droite est celui d’une femme qui est dans une forme carrée sur un fond rouge comportant un robinet de douche, une bande rayée en verticale noire et jaune et puis une ventilation d’intérieur. Seul son œil bleu et son sourcil brun ressort de sa peau blanche, en contraste avec la couleur. Au milieu de la peinture, une photo d’un couloir sordide est représentée. On peut apercevoir néanmoins qu’un quadrillage fin métallique barre l’accès à la sortie, visible au fond. La photo en couleur permet de voir un panneau lumineux où est marqué «  Sans Issue ». Et entre cette photo et celle de l’Homme, on peut voir en ajout à la peinture, un filament lumineux rouge comme dans les motels américains, où il est inscrit le mot «  hantise ». C’est d’ailleurs l’un des sentiments qu’essaye de mettre en avant Peter Klasen. La combinaison entre la photographie et la peinture semble être la marque d’un réel investissement de l’artiste afin de pouvoir, juste au regard du spectateur, montrer une scène possible qui peut être commune à chaque personne. L’aspect d’art «  narratif » par le cinéma et la peinture est aussi original, Peter Klasen est même l’un des pionniers de cette innovation picturale. La peinture passe donc d’art en aplat à art totalement libre et conceptuel à la pensée de chacun. La photographie de l’Homme par son expression fait penser à de la stupeur, tout comme peut aussi y faire penser le cercle qui entoure son œil, comme s’il était en joux. L’expression de l’iris et de la position du sourcil de la femme, montre une sorte de réel étonnement face à ce qu’elle regarde. Le spectateur à une vision latérale de tous ses éléments qui peut faire penser a une histoire quelconque, qui lui est propre. Le choix des photos n’est pas un hasard, puisque les codes auxquelles elles font penser, permet de s’identifier aussi à la toile.

Les codes utilisés dans les toiles de Peter Klasen sont plus qu’omni-présente. D’une part, l’utilisation des expressions et des contextes photographiques permet à chaque personne regardant la toile, de pouvoir s’identifier à un contexte de l’œuvre différent. Le visage et le cercle font penser à James Bond, mais aussi à la mort. Cette idée revient avec l’expression d’une part de l’œil mais surtout de la couleur sur lequel il est. Le rouge fait ressortir la pénombre de la pièce en photo à côté mais aussi fait penser à la couleur du sang, à cause de son intensité pigmentaire. La couleur ne semble pas avoir été modifiée, c’est le rouge primaire basique. L’idée aussi de la mort passe par la photo du couloir. Il fait penser à un long tunnel auquel on peut voir une lumière cependant, le grillage empêche d’y accéder. Cette réflexion peut faire penser au couloir de la mort ? L’artiste aussi fait référence à ce mot, en relief à cause de son ajout relié par des vis à la peinture, «  hantise » qui veut aussi dire la peur, le stress du à une peur de quelque chose. L’aspect narratif est redondant, puisque les ajouts des codes et significations possible de la toile sont multiples.

En conclusion, Peter Klasen est un artiste accompli dans ses œuvres. Il a pu réussir à donner à chacun des personnages de sa composition, une valeur émotive et presque réelle. L’utilisation des objets rajoutés peut aussi permettre de refaire une histoire, avec une prison, dû aux rayures faisant penser aux anciens condamnés à mort, et la porte serait la seule issue possible mais inaccessible et l’homme serait le gardien. Par sa propre conception de l’art, il arrive à faire passer sa propre vision des choses, de la société, surtout sollicités par l’apparition de code urbain comme celui du ventilateur ou alors de l’importante présence du métal. La sublimation des toiles par des objets de tous les jours serait-il aussi une vision révolutionnaire de l’art contemporain, à cause de nos habitudes actuelles ?