4ème – Métissages : La musique afro-américaine

On 12 septembre 2012, in Classe de 4ème, by Mme Giordano

Comment de nouveaux genres musicaux sont nés du métissage des cultures ?

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> Fiche de cours : La musique afro-américaine

> Projet musical : Soulman

> Projet musical : Go down Moses

INTRODUCTION

L’histoire de la musique afro-américaine est étroitement liée à une terrible réalité : celle de l’esclavage (et donc du commerce triangulaire). Entre 1619, date de l’arrivée des premiers africains en Virginie et la guerre de Sécession (1861-1865), deux millions d’esclaves sont déportés dans les colonies d’Amérique du Nord pour y travailler dans les plantations des colons.

L’esclavage ne sera aboli qu’en 1865 après la guerre de Sécession (cf. paragraphe Histoire des Arts sur le Lincoln Memorial)

Pour les esclaves dépouillés de leurs biens, déracinés, la musique reste l’un des seuls ponts qui les relient encore à leurs origines. Ils n’ont plus que le grain de leur voix et la couleur de leur peau pour se réinventer une nouvelle identité.  Le peuple noir, en mélangeant des éléments musicaux hérités de l’Afrique avec des éléments empruntés et adaptés de la culture musicale européenne, va ainsi donner naissance à des formes d’expressions comme le Negro-Spiritual puis Le Gospel.

Extrait du documentaire Arte : Black music : Des chaînes de fer aux chaînes en or sur la naissance de la musique afro-américaine (7’55) :

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>> Pour visionner le documentaire dans son intégralité : clique ici

>> Les musiques du documentaire sur deezer : à écouter ici

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WORK SONG (chant de travail)

Le work song permettait aux travailleurs de synchroniser leurs mouvements et de mieux supporter les tâches pénibles. Ces chants étaient transmis par tradition orale et étaient chantés a cappella (sans accompagnement instrumental) en utilisant le principe de la technique responsoriale (call and respons/un choeur répond à un soliste).

Alan Lomax (ethnomusicologue américain) a recueilli, collecté, enregistré des centaines de musiques du Sud des Etats-Unis entre 1933 et 1959. et notamment des chants de prisonniers. Ces chants étaient les mêmes chantés par les esclaves. Ecoute: Old Alabama et Early in the morning.

Film « O Brother »  (2000) des frères Coen

Synopsis : Dans le Mississippi profond, pendant la Grande Depression. Trois prisonniers enchainés s’évadent du bagne : Ulysses Everett McGill, le gentil et simple Delmar et l’éternel râleur Pete. Ils tentent l’aventure de leur vie pour retrouver leur liberté et leur maison. N’ayant rien à perdre et unis par leurs chaînes, ils entreprennent un voyage semé d’embuches et riche en personnages hauts en couleur. Mais ils devront redoubler d’inventivité pour échapper au mystérieux et rusé shérif Cooley, lancé à leur poursuite…

Trailer (Bande annonce) : ici

Le film s’ouvre sur un work song intitulé : Po Lazarus.

– Dans cet extrait, les prisonniers chantent a cappella (= sans accompagnement instrmental).

– Les coups de pioche soulignent la pulsation et accompagnent le chant. L’outil est donc utilisé comme un instrument.

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Évolution musicale de ce work-song avec l’ensemble vocal “Fairfield Four »

Le contexte et le lieu d’interprétation sont radicalement différents : Ce ne sont plus des prisonniers ou esclaves travaillant la terre qui chantent mais une formation vocale de cinq chanteurs sur scène face à un public venu pour les écouter. Ceci change donc la façon d’interpréter ce work song :

> Les voix sont travaillées, les chanteurs utilisent des techniques vocales propre au chant.

> Le chant n’est plus interprété à l’unisson mais harmonisé (polyphonie sur les fins de phrases).

> Les  coups de pioche sont remplacés par des battements de pieds et avec un ajout des claquements de main sur les 2ème et 4ème temps pour moderniser le chant.

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 NEGRO-SPIRITUAL (Chant religieux)
Le negro-spiritual est un chant religieux né au 18ème siècle parmi les esclaves noirs des Etats-Unis.
A l’origine, ce sont des cantiques (chant religieux chrétiens) enseignés par les missionnaires blancs aux esclaves travaillant dans les plantations. Les esclaves vont transformer ces chants européens à leur manière en y apportant des éléments propre à leur culture africaine :
  • Call and response (appel et réponse) ou technique responsoriale : c’est-à-dire l’alternance d’un soliste et d’un chœur.
  • Le Negro-spiritual a longtemps été a cappella (= sans instrument) car les esclaves avaient l’interdiction d’utiliser les instruments de musique
  • Battement des mains sur les contretemps (=les temps faibles, généralement le 2ème et 4ème temps)
  • Transformations rythmiques.
  • Inflexions et sonorité particulière de la voix. Par exemple, le Growl, style de voix gutturale avec un grain rocailleux et des raclements graves, est un exemple de cette recherche d’une sonorité originale.
  • Les thèmes des textes sont : la rédemption, le triomphe de l’espoir sur la misère et la délivrance. Ces chants reflètent la foi profonde des Afro-américains et renferment parfois des messages cachés de résistance.
  •  Les paroles des spirituals sont tirées de l’Ancien Testament (Moïse, Noé, Adam et Eve…).

Go Down Moses est un spiritual.

Le texte est donc religieux et extrait de l’ancien Testament de la Bible.

A écouter >> ici

En enregistrant en 1958 ce negro-spiritual, Louis Armstrong rend hommage à ses ancêtres. En effet, la captivité des hébreux en Egypte peut être transposée aux esclaves africains dans les Etats-Unis du 19ème siècle. Ainsi, Israël représente les esclaves africains d’Amérique alors que l’Egypte et le Pharaon représentent les maîtres esclavagistes du Sud des Etats-Unis. Les esclaves hébreux attendaient leur libération par Moïse c’est pourquoi les esclaves africains s’identifiaient à eux.

Dans cette interprétation, Louis Armstrong nous montre ici tous ses talents : chanteur et trompettiste de Jazz. Il nous propose une version élaborée de ce chant qui à l’origine était chanté a cappella par les esclaves qui participaient aux cérémonies religieuses. La mélodie devient, ici, le support d’une improvisation de Louis Armstrong à la trompette. Cette version permet de mieux comprendre en quoi le negro spiritual sera une des racines du JAZZ.

Depuis l’interprétation de Louis Armstrong, le spiritual « Go down, Moses » est devenu un célèbre standard de Jazz.

>> Reprise intéressante de Go Down Moses a cappella mais avec imitation des instruments (human beat box) interprété par JB Craipeau ici.

>> En 1967, Claude Nougaro enregistre une version française sous le titre Armstrong pour un hommage à ce grand jazzman (chanteur et trompettiste), symbole de la musique noire-américaine. >> Vidéo ici

 

 Film « Les voyages de Sullivan » (1941) de Preston Sturges
Synopsis : Lassé des frasques d’Hollywood, John L. Sullivan, jusque-là réalisateur de comédies, décide de tourner un film qu’il veut plus dramatique et ancré dans la réalité. Vêtu tel un vagabond, il commence ses « voyages » pour mieux comprendre les aspirations des milieux défavorisés.
Un pasteur noir dans une église fait chanter à ses fidèles le spiritual « Go down Moses« . L’arrivée des prisonniers enchaînés fait écho avec les paroles. Les prisonniers sont associés aux esclaves noirs qui retrouvaient dans le récit des Hébreux captifs à Babylone ou en Egypte le reflet de leur propre condition d’esclave.
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LE GOSPEL (Chant religieux)

Le Gospel (ou Gospel song) est un chant religieux chrétien qui prend la suite du Negro-spiritual dans les années 1920/1930. Il se développe d’abord chez les afro-américains du sud avant de conquérir le reste de l’Amérique. Le mot Gospel signifie « Evangile » (littéralement God Spell, c’est à dire la « parole de Dieu ». )

– Le texte fait souvent référence à Jésus et aux apôtres donc le Nouveau Testament.

– L’accompagnement instrumental : Les instruments sont plus nombreux

C’est de 1945 à la fin des années 60 que le gospel connaîtra son âge d’or avec des artistes tels que :

Mahalia Jackson devient la première star internationale du gospel et des groupes-phares vont connaître la gloire aux États-Unis et dans le monde entier.

Les Edwin Hawkins Singers eurent l’idée de reprendre un hymne anglican créé en 1735. Il s’agissait de « Oh Happy Day », tombé dans l’oubli, et qui fait depuis la carrière qu’on connaît.

Film « Sister Act II » (1993) de Bill Duke

Synopsis : À la demande de la Mère Supérieure, Deloris Van Cartier (chanteuse/meneuse de cabaret) endosse une nouvelle fois la soutane pour sauver l’école où les sœurs sont devenues enseignantes. Cette école, située dans un quartier difficile de San Francisco est menacée de fermeture par un homme d’affaires sans scrupules. Sœur Mary-Clarence (alias Deloris Van Cartier) prendra en charge la classe assez difficile de musique et finira par la transformer en chorale.

Dans l’extrait, la chorale d’adolescent interprète le gospel « Oh happy day » dans une version assez originale : Le soliste ajoute des vocalises qui seront répétées par le choeur (technique responsoriale).

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Film « The Blues Brothers » (1980) de John Landis

Synopsis : Dès sa sortie de prison, Jake Blues est emmené par son frère Elwood chez Soeur Mary Stigmata, qui dirige l’orphelinat dans lequel ils ont été élevés. Ils doivent réunir 5 000 dollars pour sauver l’établissement, sinon c’est l’expulsion.

Dans cet extrait, le Pasteur (interprété par James Brown, grande figure de la musique funk et soul) engage un dialogue musical (technique responsoriale) avec l’assemblée de fidèles. Les instruments accompagnateurs sont le piano, orgue, guitare électrique, batterie et tambourin.

à visionner ici

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 LA SOUL MUSIC (La musique de l’âme)

La musique soul (soul music, trad. « musique de l’âme ») est une musique populaire afro-américaine née à la fin des années 1950 aux États-Unis, dérivée, entre autres, du gospel et du rhythm and blues (R&B).

Le terme « soul » apparait pour la première fois dans le titre d’un album de Ray Charles : « Soul » en 1958, mélangeant sa passion pour le gospel avec les rythmes saccadés du rhythm and blues pour donner naissance à la soul. On retrouve donc dans le soul une partie de l’émotion sacrée mêlée à des thèmes profanes. La jeunesse noire l’a utilisée comme un mouvement contestataire pour réagir face à la communauté blanche.

Quelques artistes de soul : Ray Charles, James Brown, Aretha franklin, Marvin Gaye

Un artiste : Otis Redding (1941-1967) est un des plus grands chanteurs américains de soul music.  Mort à 26 ans dans un accident d’avion, il laisse derrière lui une œuvre très dense, bien que de seulement quelques années.

Une chanson : (Sittin’ On) The Dock of the Bay est une chanson soul composée et chantée par Otis Redding éditée en 1968, un mois après sa disparition tragique. C’est le premier no 1 posthume de l’histoire des charts américains et un succès planétaire.

« Sitting on the Dock of the Bay » interprétée par Otis Redding :

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Intéressant concept musical « playing for change » qui reprend des tubes :

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  » Soulman  » (2010) de Ben L’Oncle Soul

C’est une chanson dans la tradition  de la « Soul music » et en reprend toutes les caractéristiques (Rythmes, Harmonies, Instrumentation, Utilisation de la voix, Son, Mixage, etc…).

Ben l’Oncle Soul (de son vrai nom Benjamin Duterde, chanteur français né en 1984, originaire de Tours) fait d’ailleurs un clin d’oeil à Otis Redding avec cette citation de l’introduction de « Sitting On The Dock Of The Bay » dans son intermède.

> Sa chanson fait référence a un certain nombre de personnages célébres. Savez-vous qui sont-ils ? - Spike Lee - Léonard De Vinci - Mahatma Gandhi - Mohamed Ali - L’abbé Pierre - Che Guevara - Charlie Chaplin - Paul Bocuse - Neil Armstrong - Rosa Parks - Nelson Mandela

> Accompagnement instrumental pour s’entraîner à chanter : En Sib Majeur en SIb / En Do Majeur en DO Maj

> « Soulman » en version acoustique :

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> Le clip de la chanson « Soulman »:

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HISTOIRE DES ARTS – ARCHITECTURE Lincoln Memorial (1922) à Washington DC

>> Visite interactive du Lincoln Memorial : ici

Le Lincoln Memorial (édifié de 1914 à 1922 à Washington DC) est un monument en l’honneur d’Abraham Lincoln (1809-1865) qui signa le traité d’abolition de l’esclavage à la fin de la guerre de Sécession en 1865, juste avant son assassinat.

Ce monument est un grand bâtiment de marbre blanc à la forme d’un temple dorique grec, il abrite une statue monumentale d’Abraham Lincoln assis, et les inscriptions de deux de ses plus célèbres discours.

Le Lincoln Memorial a été le lieu d’où ont été prononcés plusieurs discours dont le célèbre « I have a dream » de Martin Luther King, le 28 août 1963, clôturant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté.

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HISTOIRE DES ARTS – LITTERATURE : La Case de l’oncle tom (1852) de Harriet Beecher STOWE

 

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