Mohamed Miled est professeur à l’université du 7 novembre à Carthage. Il est également consultant pour l’OIF, responsable de la zone arabophone. Nous avons voulu en savoir plus sur son parcours, son rôle au sein de l’OIF, et ses objectifs.

LeWebPédagogique : Bonjour Monsieur Miled. Vous dirigez un module du programme de didactique convergente en zone arabophone. De quoi s’agit-il ?

M. Miled : Le projet initié par l’OIF consiste à développer une réflexion et des interventions didactiques associées au contact du français avec l’arabe dans le contexte arabophone, en tenant compte de leurs spécificités linguistiques (deux systèmes très différenciés), sociolinguistiques (des fonctions particulières dans la société) et éducatives (des cultures scolaires propres à chacune des deux langues).

Cette réflexion prend appui sur le fait que l’élève a un répertoire langagier et culturel en arabe qu’il convient d’exploiter pour améliorer son apprentissage du français langue étrangère ou seconde. Il ne s’agit pas d’encourager l’alternance codique en classe (autrement dit, le recours désordonné de l’élève ou de l’enseignant à la langue arabe dans une classe de français), mais de fournir à cet enseignant des repères méthodologiques pour qu’il tienne compte de la langue première (l’arabe standard ou dialectal) dans la préparation de son cours de français, dans le traitement des erreurs constatées chez les élèves et dans l’enseignement d’aspects culturels favorisant la rencontre des deux cultures arabophones et francophones.

Ce programme de didactique convergente en milieu arabophone comporte deux volets essentiels :

  • l’élaboration de documents méthodologiques pratiques sur cette didactique (en particulier un guide du formateur) ;
  • l’organisation de formations à deux niveaux (formation des formateurs et formation des enseignants).

LWP : Pourriez-vous nous raconter votre parcours universitaire et la façon dont vous avez vu évoluer les didactiques pour l’apprentissage du français ?

M. Miled : Je suis titulaire d’une maîtrise ès lettres françaises, d’un doctorat en linguistique et d’une habilitation en didactique du français langue seconde, diplômes obtenus à l’université de Tunis. J’ai commencé par dispenser des cours de syntaxe du français, d’expression écrite et de linguistique générale à l’Ecole normale supérieure de Tunis. Grâce à ces premières expériences professionnelles,  j’ai pris conscience, de façon intuitive, des problèmes d’acquisition  d’une langue étrangère. Quelques années plus tard, on m’a confié un cours de linguistique appliquée à l’enseignement, qui m’a à la fois fatigué (j’ai dû me former à ce nouveau domaine)  et passionné, puisqu’il m’a permis de m’informer du champ des apprentissages du français langue étrangère. A partir de 1986, le cours a changé d’intitulé (didactique du français) et a été renforcé dans son horaire.

Ce parcours m’a permis de voir l’évolution des approches didactiques: de la linguistique appliquée, on est passé à des didactiques du français (langue étrangère et langue seconde) en fonction de l’évolution souvent rapide des statuts sociolinguistiques correspondants. Les rôles scolaires et socio économiques du français au Maghreb, par exemple, ont orienté la didactique tantôt vers des choix fonctionnels (le français de spécialité) soit vers des choix plus culturels. L’évolution (plutôt négative) des compétences des élèves a contraint à des réajustements dans les choix didactiques : des objectifs culturels moins ambitieux et une attention particulière à la langue. Depuis quelques années, une réflexion, encore en gestation, a émergé consistant à vouloir prendre en compte   la langue arabe dans la conception d’une méthodologie de l’apprentissage du français langue étrangère. De même, on a opté, notamment dans l’enseignement supérieur tunisien, pour une utilisation contextualisée du cadre européen commun de référence (CECR) des langues pour rénover la didactique du et en français à l’université.

LWP : Quelles sont les problématiques particulières à l’apprentissage du français langue seconde en milieu arabophone, par rapport à d’autres milieux ?

M. Miled : Il convient d’abord de nuancer le statut du français dans le monde arabe : il est langue seconde au Maghreb et au Liban, il est langue étrangère dans le reste des pays. Cela implique deux types de didactique qui peuvent avoir des points communs méthodologiques. Parmi les problématiques spécifiques à ce contexte, on peut citer l’opportunité de prendre en considération ces deux statuts différents face à une même langue première, l’arabe, indépendamment de ses variétés. De même, lorsqu’il s’agit de réfléchir sur la convergence des deux didactiques (français/arabe) dans ces différents pays, il est nécessaire de prendre en compte deux types de cultures éducatives associées à l’arabe selon qu’on est du Maghreb ou du Machreq.

LWP : Quel objectif vous êtes-vous fixé ? Comment pensez-vous l’atteindre ?

M. Miled : Dans le cadre du programme de l’OIF relatif à la didactique convergente dans les pays arabes, trois objectifs complémentaires sont visés :

  • mener des études, étayées d’expériences de formation, sur les particularités de cette approche dans cette zone géographique ;
  • produire des outils de formation qui seront mis à la disposition des formateurs dans ces pays ;
  • transmettre cette méthodologie aux enseignants pour qu’ils s’en imprègnent et s’en inspirent afin d’améliorer l’enseignement du français qui connaît des difficultés non négligeables.

LWP : Enfin, comment voyez-vous la place des nouvelles technologies dans l’apprentissage du français ? Le blog est-il un bon outil selon vous ?

M. Miled : Les nouvelles technologies pourraient garantir une meilleure qualité de l’apprentissage du français dans  leur utilisation comme :

  • un facteur de motivation pour l’apprenant (interactivité et communication directe et authentique),
  • un moyen pour une documentation même élémentaire,
  • un outil pour des remédiations personnalisées des erreurs.

Dans cette logique, le blog constituerait un  moyen favorisant ces formes de communication, d’interaction et d’accès à un type d’auto formation à solliciter chez l’enseignant et l’apprenant de français.

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