caméra cachée

31 01 2008

Allez, je vous fais cadeau de quelques indiscrétions glanées, ça et là entre l’ascenseur de la maison, la grille du jardin, le trottoir de l’école, et la salle des profs…Oui, oui, je vous ai suivis…du Nord au Sud et d’Est en Ouest!

CAMERA CACHÉE

ENTRE MAISON ET SALLE DES PROFS…

Toute ressemblance avec des situations potentiellement vécues n’est pas le fruit du hasard, veuillez m’en excuser !

– Bon, la sempiternelle réunion de début d’année, cette fois, je sèche. De toutes façons, je connais le programme par cœur.

– Ca y est, ce soir, c’est mon grand rendez-vous de rentrée avec les parents, combien seront présents ? Et jusqu’à quelle heure vont-ils me tenir ?

– C’est incroyable, l’instit de CP utilise une méthode de lecture* semi-globale!

– Dis, tu l’as eu Pedro en CE2 ? On m’a dit que sa mère n’arrête pas de discuter les énoncés de mathématiques !

– Je ne comprends pas, je croyais que les devoirs à la maison étaient interdits et Marine, en CMI travaille une heure tous les soirs.

– Je dois annuler ma sortie au musée, je n’ai pas de assez de parents accompagnateurs.

– La nouvelle grammaire, en CE1, un vrai casse-tête ; moi, je lui apprends ma bonne vieille méthode.

– La maman de Maya vient tous les jours à la sortie alors qu’elle n’a pas le droit de garde, c’est navrant, mais légalement, je ne peux la laisser s’approcher de sa fille.

– Le maître de Walid se fait tutoyer, comment veux-tu qu’il se fasse respecter par ses élèves ?

– Julian est tous les matins en retard de dix minutes, quels parents irresponsables !

– La dernière leçon d’histoire, une vraie tribune politique, c’est lamentable !

Le père de Moujid me dit raciste car j’ai puni son fils. Il a écrit au directeur.

– La maîtresse veut faire redoubler mon fils, pas question ! De toutes façons, elle ne l’a jamais aimé et je vais le changer d’école.

– Le père de Léa a fait signer une pétition contre mes méthodes pédagogiques, je suis effondrée.

– Madame Bernard est encore malade… trois fois depuis le début d’année. C’est insupportable l’absentéisme des profs !

– Yohan n’a jamais ses affaires de sport le mardi. Je dois le laisser regarder ses camarades sans participer ! Quel dommage !

– La nouvelle maîtresse est si jeune… Va-t-elle être capable de gérer une petite section de maternelle ?

Les Vincent sont encore partis en vacances anticipées, pas question de donner le travail à rattraper.

Pourquoi est-ce que les enseignants n’organisent pas des groupes de soutien, c’est leur travail de mettre les élèves à niveau !

– Les contrôles de Victoria ne sont jamais signés par ses parents…Qu’ils ne s’étonnent pas des conséquences !

Les divisions à deux chiffres, c’est au programme et ma fille ne sait toujours pas ses tables ! La classe est vraiment en retard !

– Camilia est encore arrivée en classe avec des bleus sur le ventre, je ne sais pas quoi faire.

– L’orthographe, une calamité, je fais des dictées tous les soirs à ma fille.

– Malika est toujours absente, sans mot d’excuses, je me demande si il n’y a pas un souci familial ou de santé.

– De toutes façons, je vais prendre rendez-vous avec la directrice car le maître de grande section n’a pas voulu me recevoir cinq minutes ce matin au pied levé.

J’ai fait signer un règlement en début d’année, à se demander si les parents de Baptiste l’ont lu.

Je n’ose pas prendre rendez-vous avec la maîtresse, elle est, paraît-il extrêmement sévère.

J’ai suggéré aux parents de Chloé de rencontrer une orthophoniste*, mais pour eux c’est ma responsabilité d’apprendre à compter à leur fille.

Mon fils est rentré de l’école avec le nez cassé, je vais porter plainte !

-Céline a encore souillé sa culotte à la sieste, je ne peux tout de même pas changer les élèves, chanter des comptines, découper des cartes de fêtes des mères et lacer les 31 paires de chaussures !

Monsieur Dubreuil ne note « pas assez sec », les résultats de Julien sont trop bons, ce n’est pas normal!

– Simon a de véritables problèmes de comportement. Depuis deux ans nous en discutons avec ses parents, mais à leurs yeux, nous ne savons pas nous y prendre avec lui et manquons de fermeté.

– Le maître nous propose un rendez-vous à 16h30. On travaille, nous. On n’a pas des horaires de fonctionnaires……………………….  »

Vous riez ?

Nous sourions ?

Vous pleurez ?

Nous nous lamentons ?

Vous vous sentez visés ?

Nous nous reconnaissons ?

J’en suis fort aise. Le but est atteint. C’est le début d’une prise de conscience véritablement honteuse mais tellement nécessaire!

Oui, nous en sommes tous réduits à ces navrantes joutes verbales. Oui, un jour ou l’autre, nous avons pensé tout haut ces choses là. Oui, la dureté des mots peut être douloureuse. Pour ma part, je pressens, dans cette apparente discorde, le signe d’un puissant désir de communiquer à ce jour maladroit car ponctué de répliques certes légitimes mais souvent erronées.

De ce dialogue de sourds inefficace et indigne de nos aspirations, doit émerger un échange pour le moins respectueux s’il n’est pas consensuel, pour le moins constructif s’il n’est pas immédiat.

Ayons ce courage de débattre sans tabou mais dans un langage commun et laissons à la rue la pensée unique et les polémiques infructueuses. Transformons ce cahier de doléances en un cahier des charges réaliste pour un projet d’École ambitieux.

Car nos (vos) enfants le valent bien !

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Attali ou le nouvel Attila?

30 01 2008

Pour commencer une discussion, rien ne vaut un petit coup de gueule! « Le Monde de l’Education «  s’en est même fait l’écho…petite fierté perso…

                                        ECOLE ET ECONOMIE

 Faire l’économie de l’une au profit de la seconde…

Au sujet du rapport Attali  ou comment transformer l’école en une plate-forme économico-financière pour relancer la croissance de la nation, fabriquer des élèves-rouages au service de l’économie de marché et former des enseignants-Frankenstein aux commandes d’une super structure hyper robotisée.

Et l’éducation dans tout cela ? Pardon de poser cette question, je dois être hors sujet ou complètement has been…

Un catalogue de « yaka » bien formulés par une troupe d’experts et voilà le petit monde politique en ébullition. La solution Attali vient de paraître. Tous à vos postes et au garde à vous. Pas de questions, juste des réponses. Il est vrai, les questions, ça dérangent ; elles invitent à la réflexion ; et la société a besoin d’immédiateté. Tellement plus  tranquillisant. L’instantané anabolisant, les 365 remèdes pour guérir la France, c’est-à-dire le monde, que dis-je la planète ; c’est simple, un par jour pendant un an, fallait y penser. Vivement 2009 !

Non, monsieur Attali, je ne veux pas du meilleur des mondes, je veux juste un monde meilleur.  Pour moi, l’école primaire doit en être le reflet. Là, plus que partout ailleurs, l’enfant doit être préservé de nos rivalités d’adultes, de nos peurs de consommateurs frustrés, de nos angoisses de parents licenciés, de nos égo surdimensionnés assoiffés de pouvoir . Là, plus que partout ailleurs, l’ouverture, l’entraide, l’accès à la culture, l’accueil de la différence, le droit au temps d’apprendre doivent être les moteurs essentiels de nos comportements et de nos attitudes.

Former des citoyens capables de dire non, cela vous fait-il peur à ce point ?

Le parcours d’un élève de nos jours ressemble déjà davantage à la course au meilleur CV qu’à l’élaboration progressive de sa construction humaine. Mais cela ne vous suffit toujours pas. La société va de plus en plus mal nous dit-on, alors fabriquons les prototypes humanoïdes de demain capables de résoudre les maux dont nous souffrons. Et ce, dès la maternelle. Les esprits sont tellement plus malléables lorsqu’ils sortent du ventre de leur mère. Surtout, ne perdons pas de temps, le temps, c’est de l’argent !

L’école donc, comme laboratoire pour la mise en service de nos « futurs enfants sauveurs du monde malade ». Première étape : le formatage de l’élève objet.  Il saura lire les rapports annuels des grandes entreprises, calculer les algorithmes boursiers et traduire en dix langues les ondes martiennes venues de Jupiter via des sondes super soniques. La science de demain, si si, il faut anticiper !

En réalité, Messieurs les experts, votre rapport est la preuve vivante de la grande difficulté de notre société à trouver une cohésion philosophique qui l’emporterait sur les crises économiques. Ces dernières ont  entraîné sans nul doute le retour de la précarité et l’émergence de la défiance vis-à-vis des institutions. La première d’entre elle, l’école est le premier lieu de cette rupture sociologique. Chacun voudrait y réaliser ses rêves, chacun y place ses attentes propres. Mais tous ces « chacun » ne parviennent plus à s’unifier autour de valeurs communes, capables de fédérer les différences. Alors en guise de valeurs, on statue sur des objectifs, on cible des résultats.

L’individu, pour l’autre individu est devenu sinon une menace, au moins un adversaire. La notion d’effort s’est transformée en idée de compétitivité, celle de mérite, en efficacité et enfin la réussite scolaire puis financière incarnent désormais la récompense extrême, le but  final, l’objectif suprême. Et par-dessus tout le reste, nous demandons à nos enfants de protéger nos acquis d’adultes, de prendre la revanche sur les terrains que nous n’avons pas su ou pu exploiter nous-mêmes. Et nous  implorons, nous exhortons, nous supplions l’école d’en être la première marche. Nous l’idolâtrons si elle y parvient, et blasphémons si elle échoue.

Mais la gloire n’attend nos élèves à la sortie d’aucune de nos écoles. Ils auront toute une vie, leur vie, pour y parvenir. Il n’est pas question ici de l’éloge de la paresse,  juste de replacer le mérite et la réussite à un niveau moralement accessible et de détourner la valeur du travail de la seule valeur chiffrée, calculée sur un potentiel salaire à venir, induit par tel cursus scolaire. Nous ne sommes qu’en primaire ! Nos enfants n’ont qu’entre deux et dix ans ! Laissons-les construire leurs rêves !

Et puis, redescendez sur terre et venez voir un peu ce que nous faisons en classe.

Lorsqu’en maternelle, Céléna joue à la marchande, c’est de l’économie !

Lorsqu’en mathématiques les élèves de CE1 calculent les recettes de la vente de gâteaux pour leur sortie de fin d’année, c’est de l’économie !

Lorsqu’en histoire, les enfants de CM1 apprennent que nos ancêtres les Gaulois ont commencé le commerce avec les pays voisins, c’est de l’économie !

Lorsqu’en éducation civique, les parents des CM2 viennent présenter leurs métiers, c’est de l’économie !

Oui, tout cela se fait déjà depuis de longues années. Je vous invite à le constater vous-même. L’école primaire n’est pas si déconnectée de la réalité que vous semblez le croire !

Que voulez-vous donc de plus ? Former (et rémunérer) des enseignants super savants qui enseigneraient en plus de tout le reste, les notions de commerce extérieur, d’économie parallèle , ou de réglementation des fraudes en entreprise ?  Comment gagner cinq milliards en travaillant moins ? Perspective alléchante !

Allons, Monsieur Attali, je vous ai connu mieux avisé.

Ne transformons pas l’existence de nos enfants en un affrontement qui désignera un vainqueur et un perdant. L’existence le leur rappellera bien assez tôt. Ne cautionnons pas cette idée d’une école assimilée à un secteur économique dont la fonction première serait de produire des stéréotypes prêts à poser, prêts à gagner, prêts à jeter.

Et la réussite, parlons-en, quelle réussite ? Celle que nous calculons en nombre d’actions ? Celle de nos  fantasmes d’adultes que nous projetons sur un avenir qui nous échappe et dont nous nous délestons sur nos enfants ? Alors pour nous rassurer ou peut-être pour nous permettre de perdurer socialement encore un peu au travers de leurs brillants itinéraires, nous les interrogeons, les sondons tels des inquisiteurs. « Quel sera ton lendemain ? Il faut travailler dur pour gagner son pain. On n’a rien sans rien. Cette année est décisive si tu veux rentrer dans une bonne école. Pense à ton dossier. Pense à l’avenir. Pense, pense, pense. Dossier, dossier, dossier, avenir, avenir, avenir….» Est-ce une litanie anesthésiante, une prophétie paralysante, une injonction débilitante ?

La compétition demeure, à mes yeux un artifice pédagogique, certes efficace, utile et nécessaire dans certains cas, mais qui ne doit jamais se transformer en une fin en soi. Elle conduit à une image iconoclaste du monde scolaire qui n’est ni saine, ni réelle, ni digne.

L’éducation est le fruit d’une longue quête. Elle s’acquiert dans la durée, la patience. Elle se construit dans l’exigence et la bienveillance.

En la matière, messieurs les experts, il n’existe aucune formule magique capable de transformer les élèves en super héros comme on fabriquerait un objet sur mesure. Et c’est tant mieux !  

De grâce, laissons à l’enfant le temps de vivre, de rêver, de grandir.

Laissons au temps la possibilité de construire les savoirs de l’élève.

Laissons à l’enseignant en primaire une chance de les initier durablement aux principes fondamentaux.

Laissons au collège et au lycée la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives.

Laissons aux parents l’espoir de participer eux-mêmes à l’instruction de leurs enfants.

A chaque âge ses délices. L’école maternelle et élémentaire ne peut et ne doit tout faire. Elle n’est qu’une étape vers la connaissance, ne brûlons pas les suivantes, ne sautons pas les marches !

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Ostiane Mathon,

ni experte,  ni politique, ni journaliste, ni de gauche ni droite, juste instit

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Préface

30 01 2008

« L’école primaire, ne parvient pas, malgré la conscience professionnelle de son corps enseignant, à réduire des difficultés pourtant repérées très tôt chez certains élèves et qui s’aggraveront tout au long de leur parcours scolaire. »

Extrait du bilan du H.C.E (Haut Conseil de l’Education)  paru dans la presse du vendredi 24 Août 2007

Ni journaliste, ni politique, mais enseignante depuis dix-huit ans et mère de quatre enfants depuis quinze ans, je m’adresserai dans ce blog à tous les hommes et femmes de bonne volonté, membres de la communauté éducative, responsables gouvernementaux, ou simples spectateurs médusés de la vie scolaire; en réalité, à tous ceux qui ne demandent qu’à comprendre pour peu qu’on leur explique clairement, et à agir pour peu qu’on leur indique visiblement certaines des données de notre école.

L’éducation a-t-elle déserté le champ familial et social?

Est-elle arrêtée pour congé longue maladie?

Existe-t-il des vaccins anti-échec scolaire?

La réussite est-elle contagieuse?

Un métier prometteur : «ensoignants» bénévoles?

Où trouver les meilleurs «hôpitécoles»?

Parents/profs vers un partenariat solidaire ?

Comment participer à cette initiative majeure, à ce nouvel «éducathon»?

Les problématiques liées à l’école primaire sont nombreuses, complexes et toujours personnelles et intimes. Des centaines d’ouvrages paraissent chaque année sur ces questions hautement stratégiques et  polémiques. De natures idéologiques et sociologiques, généralement didactiques et théoriques, ils sont souvent opaques, peu accessibles au commun des mortels et ne visent qu’un public déjà initié aux questions sur l’éducation.

Sans langue de bois ni idéologie, avec vous et tous ceux qui  le souhaitent, tentons de remettre en cause les certitudes qui nous enferment et les habitudes qui nous sclérosent. Voilà l’objet de cette réflexion sur notre, votre, leur école primaire. Comme immobilisée par des forces faussement antagonistes, l’éducation de vos enfants, de nos élèves semble suspendue entre théorie et pratique, entre penseur et acteur, entre vous, nous et l’école. Mon propos est de rendre apparentes ces contradictions et ce afin de prendre conscience de leur absurdité et leur inefficacité.

Je compte par le biais de ce blog, aujourd’hui et demain, créer une longue chaîne de solidarité et de complémentarité où chacun prendra sa part de responsabilité afin de remédier, où il se trouve, aux différents maux dont souffre l’éducation. Un  Blog Bleu-Primaire qui j’espère complétera ou /et contribuera à la rédaction des prochains livres «vert» et «blanc» annoncés par notre ministre de l’éducation. Il ne me semble en effet pas dérisoire, d’agrémenter le travail du nouveau comité de réflexion, d’analyses concrètes ou de témoignages «en direct» afin de favoriser l’élaboration des futures propositions gouvernementales.

Ainsi, sans plus nous sentir tenu à l’écart d’un débat qui appartient à tous, nous ouvrirons les portes de notre école, marquerons les murs de notre empreinte et apporterons notre propre pierre à l’édifice. Le dialogue, au service d’une meilleure compréhension permet les échanges, génère la confiance et favorise l’engagement.

Alors…

Au travail 😉


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