Grève ou pas grève?

15 05 2008

L’actualité me donne mon sujet du jour.

Un sujet qui concerne bien des enseignants et de nombreux parents.

Un sujet qui relance de nombreuses polémiques.

Et bien justement, je vous laisse la parole…

Vous êtes profs et vous faites ou non la grève, expliquez-nous pourquoi?

Voue êtes parents et vous soutenez ou non le mouvement des enseignants, dites nous comment vous vivez cette journée?

Vous n’êtes ni « de la maison » ni parent, mais vous avez un point de vue sur la question?

Vous n’habitez pas en France, donnez-nous un regard extérieur!

AUJOURD’HUI des commentaires en forme de Forum.

Faites comme Cécile hier, « lâchez vos comment’s »

Juste un petit détour par la Charte initiale, histoire d’éviter la censure…Un vrai beau débat, voilà ce que j’attends de vous aujourd’hui! Je suis certaine de trouver parmi vos réactions de nouveaux sujets à traiter sous forme d’articles à venir. Alors soyez sincères et inventifs!

A Vous!

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10 réponses à “Grève ou pas grève?”

15 05 2008
montelle (07:19:11) :

La grève ? La seule arme de ceux qui vendent leur travail, la seule parade contre la réduction à l’esclavage (voir les pays où la grève est interdite). Elle ne devrait pas être prise à la légère, mais être considérée par chacun comme un engagement citoyen fondamental.

Les fellahs réquisitionnés pour construire les pyramides faisaient déjà des grèves. C’est le pire des moyens pour défendre ses droits ? Certes, mais il n’y en a pas d’autres. Dès que cesse le désir de lutter, les droits disparaissent. On s’en rend cruellement compte actuellement. L’idéologie (les rigolos, ils critiquent l’idéologie chaque jour, et encore ce matin sur France-Inter) mondialisatrice néo-conservatrice fait tout pour détruire les solidarités, pour réduire chaque individu au statut de pousse-caddie qui court après ses hochets sans plus voir les autres. Il me semble que nous devons de toutes nos forces lutter contre l’esprit de challenge et développer l’esprit social. En commençant par en donner la preuve au moment de la lutte. « Tous ensemble », en grève oui !

16 05 2008
Julos (08:14:15) :

Bonjour Ostiane,

Je voudrais tout d’abord souligner le fait que vous nous invitez à débattre de la grève, de son principe, de ses effets etc… et pas du « service minimum » nouvelle tarte à la crème politico-médiatique, dont on nous rabat les oreilles et les yeux ces temps-ci. Merci pour cela, avant tout.

Le taux de syndicalisation moyen, en France, est de l’ordre de 7 ou 8%, il me semble. Cela en dit long sur la culture syndicale de nos concitoyens. Ce qui explique sans doute aussi amplement pourquoi le sujet est si polémique. Lorsqu’un syndicat dépose un préavis de grève c’est que tous les autres moyens d’expression et de discussion/négociation avec l’employeur n’ont pas permis de trouver un accord, un compromis, un consensus… La grève constitue donc le dernier recours. A manier avec circonspection et mesure certes mais à préserver coûte que coûte, en tant que droit démocratique, comme le rappelle Christian.

Ce qui est toujours discutable, ce sont les raisons d’une grève, sa plate-forme revendicative, ses objectifs, jamais sa raison d’être !
Aujourd’hui sur l’école, comme hier sur les retraites ou les transports, le gouvernement allume des fumigènes (le service minimum, le soutien du samedi matin) pour faire oublier les raisons profondes et anciennes pour lesquelles nombre de parents et d’enseignants sont mécontents et inquiets de l’avenir de notre école publique et des chances de réussite des élèves.

Oui à un service public maximum pour la réussite scolaire et l’épanouissement de tous les enfants.
Non à la démagogie réformiste qui surfe sur les intérêts individuels et catégoriels (en sèmant la zizanie)au détriment de l’intérêt général et d’enjeux de société.

16 05 2008
david (08:27:18) :

Tout prof devrait lire :
http://monsite.wanadoo.fr/grosmotspedagogiques/index.jhtml

Pour l’accueil des enfants les jours de grève, on est déja assez pénalisé comme ça…

16 05 2008
Julos (16:37:32) :

@ david

La 1ère partie de votre commentaire (le jargon pédago) est, à mon sens, hors sujet. La seconde revient dans le fil mais n’est guère explicite.

Vous pourriez développer ? Y compris le rapport entre la grève et le jargon, bien sûr.

D’avance merci.

16 05 2008
ostiane mathon (16:51:13) :

Sur qui l’enfant doit-il le plus compter, sur son maître ou sur son père?

Qui est le premier responsable éducateur de l’enfant, sa mère ou la maîtresse?

Vous êtes certes pénalisé le jour de grève. Comme les nombreux enseignants-parents…

Mais avez-vous pensé à votre enfant?

Les enseignants qui ont fait grève l’ont fait pour défendre la qualité de l’accueil de leurs élèves, de vos enfants donc. Pour qu’ils ne soient pas pénalisés par l’école justement.

Alors, un jour, ou même deux, dans la vie d’un parent…contre une vie d’école pour un enfant…Je trouve que le calcul est assez facile à faire, et sans règle de trois!

Maintenant, et très honnêtement,j’ai toujours connu, en primaire, les portes ouvertes en cas de grève. Le service minimum comme on dit, est naturellement et largement mis en oeuvre par l’école primaire. Pour les parents qui ne peuvent pas faire autrement, je n’ai jamais, pour ma part, vu de portes fermées à clefs au nez des petits élèves.

Voilà David. Pas censuré donc, votre commentaire…mais j’étais en classe, voyez-vous!

D’ailleurs, un très beau jour d’école. Un jour comme on en voudrait davantage.

Je vous raconterai demain…Patience!

16 05 2008
Christian Watthez (17:43:20) :

Bonjour Ostiane,

je me décide enfin à prendre la plume, après plusieurs passages très intéressés par les pages de ton site.
Je suis formateur d’enseignants du primaire en Belgique francophone. Je travaille avec des enseignants en formation initiale, mais j’accompagne également des enseignants déjà en poste.
La Haute Ecole dans laquelle je travaille étant située à proximité de Lille, nous y accueillons de nombreux(ses) étudiant(e)s français(es) venu(e)s se former chez nous avant de poursuivre à l’IUFM. De ce fait, je suis d’assez près l’actualité pédagogique française.

Je suis frappé par le « retour de balancier » qui sévit actuellement chez vous (cfr vos « nouveaux » programmes). Chez nous, c’est aussi un peu dans l’air du temps, mais pas dans les discours officiels. Il faut dire que la Belgique est un pays (très) complexe et que nous échappons à la centralisation qui régit votre Education Nationale, où l’on a l’impression que chaque ministre peut détricoter en un coup de cuiller à pot ce que les chercheurs ont patiemment contribué à construire. Et cela me rassure de constater que dans cette adversité, nombreux sont ceux et celles qui continuent à défendre la réflexion qui constitue l’incommensurable richesse du monde de la recherche pédagogique de votre pays (Philippe Meirieu, Eveline Charmeux, Roland Goigoux, Roland Charnay, Dominique Valentin, … pour ne citer que les premiers noms qui me passent par la tête).

J’ai souvent l’occasion d’évoquer la formation à l’IUFM avec mes anciennes étudiantes françaises qui, pour la plupart, ont passé le concours après avoir terminé leur cycle de formation chez nous (reconnu comme équivalent à BAC+3).
Toutes tiennent le même discours vis-à-vis des deux années à l’IUFM et mettent en évidence une formation initiale coupée des réalités de la classe. Toutes se demandent aussi comment il est possible de s’en sortir face à une classe sans l’expérience de pratique professionnelle qu’elles ont acquise en passant par chez nous. Elles sont aussi souvent frappées par le peu de motivation et de réflexion pédagogiques des étudiants qu’elles côtoient à l’IUFM.
Dans ces conditions, les premiers pas réels dans la pratique professionnelle peuvent-ils être autre chose qu’un reflexe de « sauve-qui-peut », avec pour seule bouée les bonnes vieilles méthodes qu’on a connues étant élève ?
Bref, pas étonnant d’assister à l’émergence de discours aussi navrants que ceux de Rachel Boutonnet, Jean-Paul Brighelli et autres anti-pédagogues. Comme cela doit être désespérant pour tous ceux qui, comme toi, n’ont de cesse de professionnaliser le métier d’enseignant ! …

Bien cordialement,

Christian

16 05 2008
ostiane mathon (19:42:16) :

A Christian W
Tout d’abord, un grand merci d’avoir pris votre plume…vos encouragements sont précieux.

Vous dites:

« Toutes (vos étudiantes) tiennent le même discours vis-à-vis des deux années à l’IUFM et mettent en évidence une formation initiale coupée des réalités de la classe. »

J’ai envie de vous répondre:

J’ai commencé par des études de Droit, espérant devenir juge de remise de peine.Une vraie vocation depuis toute petite fille. un rêve de gosse. Un mois, un semestre, une année… L’horreur… Aucune réalité, aucun humanisme. Rien de ce que j’imaginais trouver. Des textes, des alinéas, un jargon épouvantable (l’abécédaire des pédagogol proposé par David se boit comme du petit lait comparé à ce que j’ai bu là bas!) et de très longues études avant de peut-être toucher du doigt le premier cas concret.

Bref, j’ai stoppé mais je comprends aujourd’hui la différence entre formation professionnelle et entrée dans la vie professionnelle. Pour être un bon juge, sans doute faut-il en passer par ces longues années de théorie.

Trois années de lettres modernes très classiques…Pas mal, le quartier de la Sorbonne, les petits cafés sympas pour refaire le monde de longues après-midi durant…

Puis, j’ai tenté un petit saut dans l’univers des sciences politiques. Aïe, aïe….là aussi, que de définitions, que de discours éloignés des réalités des hommes et des citoyens. Mais là encore, j’imagine qu’un « grand minimum » de connaissances théoriques participe à la formation de l’esprit d’analyse.

Alors, je me suis éloignée des bancs de la fac et j’ai plongé avec délice dans la vie active, dans la vie professionnelle. A l’école. Un poste disponible et personne aux alentours. « Madame, vous commencez demain » Et bien figurez-vous, qu’après 4 heureuses années de « métier », j’ai dû retourner de force fréquenter les jeunes étudutiants, pour passer le fameux concours de professeur des écoles.

Comme j’ai aimé ce retour aux sources, aux fondements du métiers. J’ai compris mes erreurs à la lueur des pédagogues. J’ai également pris la liberté de ne pas tout respecter à la lettre.

Se former, c’est un peu comme la digestion…on mâche, on avale à pleine gorgée, on recrache parfois, on digère plus ou moins bien. Et puis, jour après jour, on s’apperçoit peu à peu du bienfait des nutriments, de leur rôle fondamental sur l’organisme.

Mais une fois encore le « je » prend trop de place dans mon propos. Chaque étudiant a un parcours particulier.

Qu’il faille améliorer la strucure des IUFM: OUI.Mais les rayer de la carte, non!

Qu’il faille recruter différemment les futurs enseignants et accompagner les jeunes profs:OUI! Mais supprimer leur formation pédagogique:NON!

Qu’il faille assouplir la centralisation de la maison mère:OUI!
Mais qu’il faille réformer à tout vent: NON

Qu’il faille changer nos habitudes et se lancer dans l’innovation: OUI. Mais se servir de slogans politiques pour diviser et mieux régner: NON

Voilà cher Christian de Belgique. Dites de ma part à vos étudiants(es) que ce métier est le plus beau métier du monde, mais que la route est longue…Alors, à plusieurs, on se sent moins fragiles face aux querelles en tous genres. A plusieurs, dans l’action…pas dans la satisfaction ni la soumission ni la systématique contestation.

Hum, pas gagné…

A bientôt!

16 05 2008
Christian Watthez (21:11:54) :

Bonjour Ostiane,

Loin de moi l’idée de condamner la théorie … bien au contraire !
Je suis intimement convaincu que c’est la théorie qui étaye et consolide les pratiques pédagogiques et les rend généralisables, transférables à d’autres contextes… C’est la théorie qui permet de faire avancer l’école ! Mais qu’est-ce que la théorie ?
Pour beaucoup de gens, la théorie, c’est un mal nécessaire, un discours coupé du monde mais auquel on ne peut échapper parce que nécessaire pour donner un semblant de sérieux. Comme la feuille de salade qui accompagne le steak, la théorie n’est souvent qu’une garniture.
Pour moi, théoriser, c’est prendre du recul, décontextualiser l’expérience unique vécue dans une classe en créant des liens entre cette pratique vécue au quotidien et d’autres sources d’information (qui peuvent être d’autres pratiques, des textes référents, des témoignages d’autres personnes, etc.).
En me questionnant sur le sens du mot lui-même, j’ai découvert que son étymologie correspond à « l’art d’observer ». Il serait d’ailleurs plus pertinent de parler de « théories » car le singulier est réducteur : il n’y a pas qu’une seule manière de regarder (de lire) les pratiques pédagogiques.
Ainsi, ce qui me semble formateur, ce n’est ni la théorie ni la pratique en elles-mêmes, mais un travail permanent de mise en projet de démarches pratiques et de prise de recul par rapport à celles-ci.
C’est pourquoi avec mes étudiants, dans le cadre des cours, nous consacrons beaucoup de temps à revenir sur les essais réalisés lors des stages pratiques, à confronter nos observations, à tenter d’y trouver des constantes et des régularités pédagogiques, à essayer d’étayer ces savoirs didactiques en construction en cherchant à les ancrer dans des textes d’auteurs ainsi que dans les référents officiels… Bref, à tenter de développer ce que l’on appelle une pratique réflexive. C’est en tout cas dans cette logique que je me sens le plus efficace en tant qu’accompagnateur de jeunes enseignants.

En référence à ton expérience personnelle, je pense que la prise de recul théorique (constituée par les années à l’IUFM) ne t’a été bénéfique que parce qu’elle venait se greffer sur une pratique préalable. Mais qu’en est-il pour tous ceux qui n’ont pas suivi ton parcours et qui ne peuvent ancrer le recul théorique dans une première expérience personnelle ? J’ai le sentiment que dans ce cas, la théorie est un discours, pas un outil.

Bien cordialement,

Christian

17 05 2008
ostiane mathon (04:54:54) :

@ Christian W

« Pour beaucoup de gens, la théorie, c’est un mal nécessaire, un discours coupé du monde »

C’est pourquoi, comme tu le dis, il semble très important de développer cette pratique réflexive avec les étudiants. Ne rien prendre pour acquis, mais rester ouvert sur ce que d’autres ont dit et fait.

Il faudrait favoriser les parcours de maîtres formateurs à mi-temps dans une classe. « Entre théorie et pratique »

Il faudrait davantage laisser entrer à l’IUFM des étudiants ou des « postulants » venant d’horizons divers. Recruter systématiquement sur diplôme Bac+3 (ou plus) ne me paraît pas l’unique voie à suivre.
Car c’est ainsi, que nous avons pour la majorité, des enseignants-anciens bons élèves. Ils sont sortis du ventre de l’Ecole pour y rentrer à nouveau. Sans se poser de questions, sans être passer par l’expérience de la vie.

La querelle qui revient actuellement entre anti et pro pédago, vient, pour une grande part du fait qu’à la création des IUFM, on a nié, exclu le parcours de milliers d’enseignants.

Quelle erreur…On aurait mieux fait de leur proposer de devenir conseillers ou maîtres formateur pour les nouvelles générations de professeurs des écoles, plutôt que de leur imposer de passer un concours de « mise à niveau ». Quel mépris pour tous ces enseignants!

Leurs expériences étaient et restent précieuses, éclairantes, irremplaçables. Et qu’on soit issu de l’ancien régime ou qu’on ait été allaité par la pédagogie moderne, ce qui reste vrai, comme tu le soulignes, c’est de rester en éveil. en réflexion, en action.

@+!

17 05 2008
montelle (06:01:22) :

@Christian W
« Pour beaucoup de gens, la théorie, c’est un mal nécessaire, un discours coupé du monde mais auquel on ne peut échapper parce que nécessaire pour donner un semblant de sérieux. Comme la feuille de salade qui accompagne le steak, la théorie n’est souvent qu’une garniture.
Pour moi, théoriser, c’est prendre du recul, décontextualiser l’expérience unique vécue dans une classe en créant des liens entre cette pratique vécue au quotidien et d’autres sources d’information (qui peuvent être d’autres pratiques, des textes référents, des témoignages d’autres personnes, etc.). »
Merci pour cette mis en vis-à-vis de la théorie et de la pratique. Comme tu l’as constaté, un fort courant démagogique, couronné par un ministre opportuniste, nie toute validité à la théorie. La mode est maintenant à l’application de méthodes (voir Allègre : « faites comme vos collègues qui réussissent »), de recettes, de progressions à suivre pas à pas (j’ai vu une « méthode » Hatier, je crois, qui détaillait jour à jour le travail du maître, de la rentrée aux vacances !) . Le fordisme appliqué à la pédagogie ! Le conditionnement des maîtres – et des enfants, bien sûr – qui sera parachevé par les médias.

Par contre, il faut s’assurer que les théories ne moulinent pas à vide en brassant du néologisme (David boit du petit lait !) et pour cela les confronter inlassablement à la réalité pratique comme vous le faites.
Et aussi éviter de s’aveugler sur des pratiques qui ont remporté un succès d’estime auprès des parents ou des élèves Toujours se demander : « Qu’est-ce que mes élèves ont acquis dans leurs savoirs, dans leur intelligence et leurs compétences, dans leur être social ? »
Ce qu’ils ont appris, en particulier, dans le domaine des mots. On ne peut connaître intellectuellement que ce que l’on peut nommer.

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