La violence sans tabou

25 05 2009

Autorité, légalité, efficacité, telle sera bientôt la belle devise sécuritaire qui brillera en lettres rouge sang sur les façades grillagées de nos écoles, pardon de nos centres de redressement.

Re-sanctuariser nos écoles ne suffirait même plus, l’heure serait à la « carcéralisation »…

En effet, à en croire les dernières déclarations ministérielles, les reprises médiatiques et les postures politiques, parler aujourd’hui sans tabou de la violence à l’école, c’est un peu comme parler sans tabou de la violence dans les prisons; c’est évoquer tout naturellement la mise en place de mesures policières, judiciaires voire pénitentiaires au sein même des établissements; c’est instaurer des gardes à vue intempestives qu’on ait 6 ans, qu’on en ait 15, qu’on soit mineur, qu’on soit majeur…

L’heure est grave chers concitoyens…Rien ne doit être écarté, tout doit être envisagé…Tout et sans tabou…

Oui, évoquer sans tabou la violence à l’école, c’est accepter aujourd’hui l’idée qu’aucune réflexion ne soit encore menée en profondeur, qu’aucune médiation éducative ne soit encore possible, qu’aucune stratégie humaine ne soit encore envisageable, et qu’il existerait des quartiers et des écoles entières d’où la liberté, l’égalité et la fraternité se seraient échappées…Rattrapez-les! La première s’est fait la belle en vélo, la seconde en trottinette et la troisième court toujours derrière! Rattrapez-les, enfermez-les, punissez-les! Que ces trois-là, une fois pour toute apprennent le mot respect!

Ainsi donc traiter sans tabou la violence à l’école signifierait tout simplement la légalisation des fouilles de cartables, l’installation de caméras et de gardes mobiles, la création de portiques de sécurité, la trans-mutation des directeurs en brigadiers et celles des brigadiers en personnels ré-éducatifs, sans oublier la mobilisation d’une armada de chiens policiers spécialisés en pédagogie canine…ouf, un peu de pédagogie tout de même…

Oui, lutter sans tabou contre la violence scolaire revient enfin à cibler l’action sur le seul et unique recours à la répression, la contrainte, l’intimidation, la force, la peur. N’ayez crainte, chers amis, on les aura, et on leur fera la peau… sans tabou…sans honte et sans reproche. Enfin s’en prendre à la violence scolaire est devenu une priorité nationale! Nous voilà rassurés! Nous voilà dans l’action, le concret, sauvés!

Nous y sommes donc, le dossier de la violence scolaire est enfin ouvert et rien ni personne ne pourra plus empêcher les autorités judiciaires de l’instruire, les autorités policières de veiller à sa bonne application, et les autorités militaires ou para-militaires d’officier intramuros en tout légitimité pour y faire régner la Loi.

Autorité, légalité, efficacité…que la formule est rassurante, sécurisante, séduisante!

Le hall d’entrée? rebaptisé sas anti-gang.

La cour d’accueil? transformée en espace militarisé.

Le trottoir…nettoyé, karchérisé.

On n’a plus le choix, éradiquer la ghettoïsation passe par la stigmatisation et la sanction. A la violence il faut répondre par la violence, à l’expression de la souffrance il faut préférer celle de la démagogie infanticide.

Œil pour œil, dent pour dent!

Chers petits électeurs, n’ayez plus peur, Paparcos s’occupe de vous, veille sur tout…J’ai dit électeurs? Veuillez excuser cette erreur, mon clavier s’est emballé sous la terreur.

Pour en savoir plus, cesser la gesticulation et entrer dans la réflexion et l’action éducatives…

Un petit rappel des faits récents sur le blog de Luc Cédelle, journaliste éducation au Monde

– Un dossier très fourni sur la violence en milieu scolaire sur le site de Jacques NIMIER

– Les pistes pédagogiques d’Eveline Charmeux sur le blog de l’amie scolaire

– L’histoire de Clisthène, un collège de Bordeaux à suivre de près grâce aux Cahiers pédagogiques

– Un entretien avec Eric Debardieux

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10 réponses à “La violence sans tabou”

25 05 2009
Julos (16:02:13) :

Je te sens en colère, chère Ostiane, toi si pondérée, adepte du self-control… Et il y a de quoi !

Car je te comprends, il y a de quoi être excédé en effet devant tant d’imbécillité (appelons les choses par leur nom) et de volonté manipulatoire évidente, de la part des différents responsables politiques qui se sont exprimés ces derniers temps.

J’ai déjà dû donner ces références par ici à d’autres occasions mais je récidive :

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/86_ICEM_Des%C3%A9colesFreinetsurlaloupedel%27Universit%C3%A9.aspx

Il y a un livre qui rend compte de ce travail, encore plus précisément.
Il ne s’agit pas pour moi de faire la promo d’une chapelle pédagogique particulière, juste de souligner une fois encore que des solutions qui marchent existent déjà. Il est bon de le rappeler à ceux qui l’ignorent encore, comme à ceux qui feignent de l’ignorer.

25 05 2009
Ostiane (17:18:14) :

Merci pour ce précieux rappel Julos…Yves Reuter était présent lors du Forum de Roubaix. Nous avons eu la chance de l’écouter et de débattre autour de ses travaux de recherches sur la pédagogie Freinet.

2 autres liens:

1 vidéo tournée à Roubaix
http://www.capcanal.com/capcanal/

1 interview papier
http://www.lalettredeleducation.fr/Yves-Reuter-Pedagogisme-ne-rime.html

26 05 2009
David (11:26:13) :

Dans quelle catégorie classer votre blogue ; « pédagogie » ou « politique » ?
La dérive pressentie se confirme !

26 05 2009
Ostiane (16:16:20) :

Promis David, je réponds à votre intervention dès que j’ai un peu de temps devant moi. Là je dois filer..réunion parents-profs oblige!

27 05 2009
Henri (17:26:07) :

Sans vouloir être trop grincheux votre texte du 25 mai me dérange – peut-être à cause de la négation omise après l’indéfini ici négatif « aucune » – alors que je suis d’accord sur presque tout,la dénonciation du tout répressif et l’indignation (justifiée) contre la diabolisation de la jeunesse. Mais cela posé le problème de la réponse à apporter à une montée de la violence à l’école ( dans la société et entre autre à l’école) reste entier. Par exemple votre idée de « médiation éducative » mériterait d’être précisée : on a besoin de réponses qui ne soient pas floues et ne versent pas dans le déni ou l’angélisme ; il ne faut pas s’arrêter à l’ironie anti Darcos, si salubre soit-elle.

27 05 2009
Ostiane (22:23:15) :

Aucunement grincheuse, votre contribution Henri…mais plutôt pointilleuse et rigoureuse. Il faut l’être tant sur la forme que sur le fond. Cette fâcheuse négation étant rattrapée nous voilà maintenant aptes à échanger sur le fond avec toute l’humilité requise tant le sujet est complexe…Dès demain, promis…là il est un peu tard…

28 05 2009
Julos (10:02:57) :

« on a besoin de réponses qui ne soient pas floues et ne versent pas dans le déni ou l’angélisme ; il ne faut pas s’arrêter à l’ironie anti Darcos, si salubre soit-elle. »

Henri, vous m’étonnez. Il me semble que les liens proposés par Ostiane sous son texte apportent suffisamment d’éléments d’analyse, de réflexion, et même de réponses concrètes (cf Clisthène) pour ne pas suspecter quiconque ici de vouloir se gamberger dans l’angélisme, le cynisme ou l’ironie. Non ?

(l’entretien avec Eric Debardieux est reproduit ce matin sur le site de télérama.fr. En plus lisible que sur le site des Cahiers je trouve)

29 05 2009
Ostiane (19:14:00) :

La violence, tout le monde en parle…sauf les jeunes! Quand l’espace de parole est réduit à néant, le passage à l’acte est souvent l’ultime territoire d’expression…

Une vidéo intéressante

http://www.psychasoc.com/Video/La-violence-des-jeunes-et-le-travail-de-symbolisation

4 06 2009
Ostiane (15:52:02) :

Quand on traite la violence, quand on crée de nouvelles perspectives éducatives qui fonctionnent…personne n’en parle!
Pourquoi? Comme Luc Cédelle, journaliste au Monde, j’enrage…
Une interview à découvrir sur le site de Cap Canal

http://www.capcanal.com/capcanal/

Ohé, quelqu’un « là-haut » pourrait-il entendre?

27 08 2010
BLOG BLEU PRIMAIRE » Blog Archive » La violence et le bonheur (13:44:43) :

[…] La violence sans tabou […]

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