L’apprentissage des règles scolaires 1

16 04 2010

Le règlement scolaire ou l’histoire d’un grand malentendu

Lorsqu’ils découvrent un nouvel établissement, une nouvelle classe ou tout simplement un nouveau professeur, les élèves découvrent également de nouvelles règles de vie. De ce postulat qui relève de l’évidence, deux axes de réflexion bien souvent trop vite écartés me semblent pourtant incontournables. C’est pourquoi j’ouvre aujourd’hui une petite chronique consacrée à ce thème d’une actualité brûlante qu’est celui de l’autorité.

Le premier axe que nous  tenterons d’aborder aujourd’hui, concerne la manière dont l’adulte (enseignant ou responsable légal de l’enfant) va permettre au jeune de se saisir de ces règles qui pré-existent; règles inconditionnelles qui font figure de loi et qui fondent la pérennité de toute vie en collectivité. Le second axe privilégiera la façon dont le professeur peut engager les élèves dans la prescription de nouvelles règles auto-proclamées d’ordre public. Cette seconde voie donnera lieu à la mise en place de règles secondaires mais tout aussi essentielles tant pour le bon fonctionnement du groupe-classe au quotidien que pour l’éducation à la citoyenneté et l’exercice de la démocratie.

1/ Comment connaître la loi, comment la rendre accessible, lisible et compréhensible?

Curieusement, et sans doute justement parce qu’il s’agit d’une évidence pour eux-mêmes, les adultes ont tendance à considérer un peu trop vite et naïvement que la loi, parce qu’elle est cette chose si essentielle et incontournable pour vivre en société, relèverait de ces fameux pré-requis connus d’office par les jeunes. De la formule consacrée « Nul n’est sensé ignorer la loi » on arrive, un peu trop vite là encore, à cette croyance que l’enfant au contact de la collectivité, convoquerait de manière intuitive et innée les attitudes de respect, d’ordre et d’obéissance qui expriment l’acceptation et la reconnaissance des règles.

Mais pour ne point l’ignorer, encore faut-il à un moment ou à un autre en avoir pris connaissance et plus encore en avoir conscientisé les enjeux. Alors très vite et parce qu’on a autre chose à faire en classe et que le programme lui, n’attend pas, on se rassure et on répond à la question par un évitement tout légitime…On se dit qu’après tout, quelqu’un leur en a déjà certainement parlé, la maîtresse de l’année dernière ou les parents, premiers éducateurs; oui, quelqu’un s’en est forcément déjà chargé…D’ailleurs, pour pallier cet obstacle et mieux se décharger tout à fait de toute responsabilité, un règlement intérieur propre à chaque établissement est systématiquement distribué en début d’année à chaque famille qui le lit et le signe ou le signe sans le lire, ou le lit sans le lire à l’enfant, ou le lit et le signe sans le comprendre…

C’est vrai après tout, tant de papiers à lire et à signer en début d’année, multipliés par le nombre d’enfants…Ajoutez à cela un vocabulaire parfois obscur, même pour des parents lecteurs et francophones (et au fait..et les autres?) Additionnez également ici le nombre de paragraphes et de sous-paragraphes…Il faut l’avouer, ce document très officiel n’engage pas à une lecture très approfondie en famille. D’ailleurs, à la maison aussi on a autre chose à faire qu’à déchiffrer et décoder les interminables interdits prescrits dans la charte de bonne conduite…Et puis, on connaît la chanson par cœur, on nous distribue la même enveloppe garnie tous les ans! Le maître ou le directeur en reparlera bien avec eux en classe puisque finalement c’est de l’école qu’il s’agit! C’est leur affaire tout de même!

Bref, on comprendra ici très vite que cet outil sensé fixer le cadre de référence commun à chaque membre de la collectivité éducative (enseignant-élève-parent) se trouve malheureusement trop souvent à la source même des premiers quiproquos, des premières incompréhensions entraînant dans leurs sillages les premières situations conflictuelles. 

« Mais vous n’avez donc pas lu le règlement distribué en début d’année? Vous le copierez 10 fois! Cela vous permettra de l’apprendre jeune homme. « 

Punition…action-réaction…« C’est incroyable, l’institutrice de mon fils l’a cloîtré tout un mercredi après-midi pour recopier les 5 pages du règlement: 5X10=50 »...et encore le résultat ne tient pas compte de l’écart entre un texte dactylographié et un texte manuscrit…

Cette petite introduction qui ne répond pas encore à la question soulevée en 1/ pose néanmoins, me semble-t-il,  le décors de fond. Et si le ton, vous l’aurez noté, se veut volontairement décalé, c’est pour mieux laisser à l’humour une chance d’engager une vraie réflexion autour d’un sujet très sérieux.

La suite de cette chronique à paraître très bientôt.

Pour le moment j’ai assez parlé, je vous laisse la parole 😉

Quel temps prenons-nous avec nos élèves et avec les familles pour aborder ce fameux règlement?

Et avec nos enfants, comment nous y prenons-nous pour mettre en évidence les points clés d’un contrat d’autorité?

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2 réponses à “L’apprentissage des règles scolaires 1”

18 04 2010
Christian Montelle (14:13:46) :

« 1/ Comment connaître la loi, comment la rendre accessible, lisible et compréhensible? »
Il ne me semble pas que les comportements « incivils » des élèves proviennent d’une méconnaissance de la « LOI ». Ils savent très bien ce qui est permis et interdit, mais ils sont incapables de résister à leurs pulsions.
Je crois que ce qui leur manque, c’est un substrat éducatif et que ce manque n’est pas du ressort des enseignants. Les comportements sociaux souhaitables dans un groupe donné s’acquièrent par les exemples adultes donnés et par les récits qui les fondent.
Les modèles comportementaux proposés ou imposés dans la famille et par la télévision et autres médias demandent à être analysés et interrogés sur leur pertinence et leurs effets. Les récits par texte ou par images demanderaient la même attention, au-delà du « Ça leur plaît, donc c’est bon ! ».
Tant que l’on se préoccupera exclusivement de ce qui se passe à la surface du lac, sans plonger en-dessous, les résultats des initiatives prises à l’école seront décevants.

20 04 2010
Ostiane (08:23:54) :

Bonjour Christian, une histoire de nuage de cendres maléfiques ajoutée à une rupture inopinée de correspondance TGV-TER ont quelque peu dérouter les trajectoires familiales en ce début de vacances printanières. Voilà qui explique le délai de ma réponse…

Je reprends ton premier point:
« Il ne me semble pas que les comportements “incivils” des élèves proviennent d’une méconnaissance de la “LOI”. Ils savent très bien ce qui est permis et interdit, mais ils sont incapables de résister à leurs pulsions. »

J’ai envie de te répondre en 2 temps.

1/ Replaçons si tu le veux bien notre propos dans le cadre d’un établissement de premier degré (les années « collège » étant quelque peu particulières).

Qu’est-ce qui peut t’amener à affirmer qu’un enfant de 5-8- ou même 10 ans connaîtrait d’office la loi scolaire si celle-ci n’a jamais été explicitée de manière claire et récurrente? S’il n’existe pas trop d’écart entre la sphère familiale et la sphère scolaire, je te l’accorde; s’il y a cohérence dans les discours des uns et des autres, alors oui, effectivement l’espace de visibilité et d’interprétation de la loi apparaîtra moins flou aux jeunes qui y navigueront plus aisément. (Ce qui ne les empêchera pas d’essayer bien évidemment d’en contourner les rigidités…mais cela fait partie des règles!)

Mais pour la grande majorité….Non, Christian, pour un grand nombre d’entre eux, ces jeunes ne savent pas d’avance ce qui est permis et ce qui ne l’est pas au sein de la collectivité « école ». La compréhension du droit collectif et du droit individuel ne fait pas partie du capital génétique.C’est le résultat d’un travail long, régulier, ingrat et toujours à parfaire et à re-contextualiser selon l’âge, le lieu et les personnes. C’est un travail qui doit se faire en lien avec les familles qui ne sont pas les mêmes familles aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Il ne faut pas l’oublier. L’école et les enseignants ne peuvent faire l’impasse sur cet apprentissage là. Ils ne peuvent se satisfaire d’envoyer ou de distribuer un règlement en début d’année et de considérer que le devoir d’information vaut celui de compréhension.

Certaines familles ne lisent pas. Certaines familles sont si loin du cadre scolaire. Certaines familles sont tellement en prise avec des réalités quotidiennes qui se situent à mille lieues de celles de l’école. Non, je t’assure, ce sont justement ces familles là envers lesquelles nous avons un devoir de partenariat pour justement co-travailler à ce substrat éducatif que tu évoques.

L’école ne peut pas tout, c’est évident. Elle ne doit en aucun cas se substituer aux familles pour ce qui relève de l’éducation de leurs enfants. Mais elle doit considérer qu’il s’agit d’un véritable apprentissage qui ne peut se faire sans une étroite collaboration avec celles-ci.

A partir du moment où l’école est obligatoire, qu’elle est imposée aux familles et aux jeunes, elle ne peut se distancer de cet apprentissage là.

2/ Tu parles très justement des pulsions auxquelles les jeunes sont incapables de résister. Mais, au fait, et les moins jeunes? Et les responsables éducatifs? Et les hommes politiques? Et les voisins du dessous? Et l’automobiliste? Et la starlette des magazines? Et le héros du feuilleton familial du vendredi soir?

Comment demander à nos jeunes de réussir là où nous-mêmes avons tant de mal à résister…

Cet apprentissage là une fois encore est à intégrer au sein de nos écoles si nous ne voulons pas rester à la surface du lac pour reprendre ton expression.

Je crois comme toi en la valeur des récits fondateurs; c’est pourquoi je vais plus loin encore, pourquoi ne pas convier les familles autour de ces récits. Pourquoi ne pas aborder le règlement intérieur lors de réunion de début d’année par exemple en abordant la loi du Talion au cours d’une soirée conte ou d’une soirée cinéclub?

Le marché de la pulsion a toujours été un marché lucratif. Abordons-le sans tabou avec nos élèves, avec les familles, avec nos enfants.

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