Le courage s’apprend-il?

10 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 2

Pensée 2:

 » Le courage aboutit à son propre commencement…les courageux sont ceux qui ont l’art de commencer…on n’apprend pas à commencer, pour commencer, il faut simplement du courage. »

Vladimir Jankélévitch

Ce courage là peut-il s’enseigner? se transmettre? le vouloir précède-t-il le pouvoir? ou bien est-ce dans l’agir que le courage prend vie?

Question philosophique de premier ordre me semble-t-il tant elle se pose à nous, chaque jour, qu’on soit adulte, qu’on soit enfant, qu’on soit enseignant, qu’on soit parent et tant elle prépare à la vie, à ses heurts, aux choix qu’elle nous offrira ou que nous provoquerons, à la mort qui nous attend, inévitablement.

Si apprendre le courage, c’est accepter d’éprouver au quotidien la frustration des petits renoncements, enseigner le courage, consisterait-il, par un effet de mise en abime, à accepter, sans pour autant ne jamais renoncer, de n’être pas pleinement en capacité de conduire comme nous le souhaiterions, notre enseignement auprès des enfants qui nous sont confiés, dans un temps donné et dans un cadre requis?

Enseigner, c’est être confronté chaque jour à nos limites, à notre petitesse d’homme, à notre ignorance professionnelle, et malgré tout, revenir chaque lendemain, recommencer inexorablement, croire passionnément en la capacité de l’autre, en son courage.

Provoquer le courage, reconnaître le courage de l’enfant, dans la moindre petite activité apparemment insignifiante à nos yeux, ne sont-elles pas des attitudes  éducatives fondamentales dans un monde où l’immédiateté, l’efficacité, le plaisir et le culte du résultat sont vantés comme autant de récompense et de mérite?

Apprendre, c’est prendre le risque de ne pas comprendre; il faut du courage pour cela.

Enseigner, c’est oser prendre le risque de n’être pas compris, de se tromper; il faut aussi du courage pour cela, non?

A débattre, de manière éthique et responsable 😉


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4 réponses à “Le courage s’apprend-il?”

10 03 2011
Mireille Nicolet (10:13:43) :

magnifique, merci !
et là, c’est de la pure et très constructive philosophie ;D)
je me permets de « Partager » sur mes groupes

10 03 2011
christian Montelle (10:46:54) :

« Le faux courage attend les grandes occasions… Le courage véritable consiste chaque jour à vaincre les petits ennemis. »
[Paul Nizan]
pour illustrer ton propos. Oui, pour toutes « les petites choses », un monsieur Prudhomme nous souffle :
« Laisse tomber ! Ça ne sert à rien ! Regarde les autres : peinards, ils ferment les yeux ! Te prends pas pour un héros ! De toute façon, à quoi ça sert ? Il est nul et tu vas te casser le tronc pour des prunes ! Regarde de l’autre côté : t’es pas payé pour faire la discipline ! C’est le système ! etc, etc. »
Et on » laisse tomber ». On arrive en retard. On réduit les exigences. On renonce à ses propres idéaux. On s’écrase devant des décrets et des règlements iniques. On hurle avec les loups. On a même de l’avancement !
Et là se trouve la chute, l’échec, le mépris; le triomphe des médiocres.

10 03 2011
Ostiane (15:35:25) :

@Mireille, partagez tant qu’il vous plaira, c’est bien le but de ce blog.
@Christian:
Le courage du quotidien réside en effet à renoncer à la tentation du découragement menant au renoncement et poursuivre, à l’instar de Sisyphe, l’éternel recommencement. On ne gagne jamais, sauf peut-être en cas de guerre, les lauriers du courage. Le courage ne paie pas en monnaie sonnante et trébuchante, il offre juste à notre condition d’homme une dimension humaine, et c’est déjà beaucoup!
PS: euh, cela étant dit, moi, je n’ai rien contre un peu d’avancement 😉

10 03 2011
christian Montelle (15:58:57) :

D’autres formes de courage, aussi. Tenir tête à la hiérarchie, si nécessaire. Ne pas avoir peur d’afficher ses opinions politiques ou autres, au lieu de suivre le troupeau servilement ou de se taire prudemment (rire avec les racistes, p.e.). Savoir lutter contre tous les démembrements de l’enseignement ou des services sociaux, par une argumentation lucide et énergique. Défendre un enfant ou un(e) collègue si l’on pense qu’il le mérite, même contre tous. Savoir désobéir à des injonctions pédagogiques nocives.

Voilà quelle était l’éthique du tempos de ma jeunesse. Est-elle toujours la même ?

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