L’autorité, une question de limites

20 09 2011

Être l’autorité, avoir de l’autorité, faire autorité. Trois expressions couramment employées.

L’exercice de l’autorité en classe, qu’il s’agisse du respect de la loi, de la norme, de la morale ou encore de celui du statut, se rapporte bien évidemment aux exigences du cadre collectif bien particulier qu’est l’école. Pourtant, au-delà du cadre, il se confronte toujours et avant tout à la personne qu’on est, au filtre du « je » intime, social ou professionnelle qui nous fonde au plus profond de nous-même.

Ma collègue d’en face ne supporte pas le mouvement, je ne supporte pas le silence. Celui d’à côté tolère les retards, je les accepte très mal. Le maître de mon fils se fait tutoyer, mes élèves doivent m’appeler Madame.  Un enfant ne fait pas ses devoirs, il les fera plus tard, restera à la récréation ou sera sanctionné par une heure de retenue? etc. Les exemples de dissonances sont multiples et récurrentes à l’école. Il n’y a qu’à entrouvrir la salle des profs et écouter les avis des uns et des autres… Qui a tort? qui a raison? Y a-t-il de bonnes réponses et de mauvaises réponses?  Existe-t-il des règles d’or inaltérables à définir collectivement, une fois pour toute? Force est de constater que cette question de l’autorité, qui ne date pas d’hier, ni d’avant-hier d’ailleurs, reste une question centrale à l’école, en famille mais aussi au bureau, dans le métro, sur le trottoir, à la télé, et  jusque dans nos pires cauchemars.

A chacun selon ses limites, ses valeurs, ses représentations, ses peurs. Une journée d’école est jalonnée de mille et un micro-événements vécus par certains comme de simples perturbations et par d’autres comme de véritables infractions. De l’anecdote sans conséquence à la faute caractérisée…du léger écart de conduite à la transgressionl’exercice de l’autorité n’est pas chose aisée.

Je vous propose un petit jeu. Voici une liste non exhaustive de perturbations courantes à l’école. Je vous propose d’en choisir UNE et une seule. Celle que vous considérez comme fortement dérangeante dans votre pratique de classe. Une fois choisie, je vous invite à exprimer ce qui vous conduit, vous, à considérer cette « perturbation » comme insupportable et enfin, et si vous en êtes d’accord, à nous raconter une situation qui s’y rapporte et que vous avez vécue.

NB: L’objectif ici n’est pas de se répondre les uns les autres et d’entamer une discussion à bâtons rompus mais plutôt, à tour de rôle, de s’exprimer librement sur ce qui nous pose un problème d’acceptation et donc nous conduira d’une manière ou d’une autre à exercer notre autorité. Tolérance, bienveillance et écoute ne sont-ils pas des mots que nous rabâchons à longueur de journée à nos enfants et nos élèves? Témoignages en direct, à vous la parole 😉

 

Liste non exhaustive de perturbations courantes

D’après l’ouvrage de Bruno Robbes L’autorité éducative en classe. 12 situations pour apprendre à l’exercer, ESF éditeur

 

  1.         l’élève qui ne croise jamais votre regard
  2.         l’élève qui vous regarde droit dans les yeux
  3.         l’élève qui se retourne sans arrêt vers ses voisins de derrière
  4.         l’élève qui utilise systématiquement les affaires du voisin
  5.         l’élève qui n’a pas ses affaires pour travailler
  6.         l’élève qui garde son blouson, sa casquette ou son foulard en classe
  7.         l’élève qui graffite sur ses cahiers
  8.         l’élève qui manipule continuellement des objets
  9.         l’élève qui se balance sur sa chaise
  10.         l’élève qui n’apprend jamais ses leçons
  11.        l’élève qui se déplace sans demander l’autorisation
  12.        l’élève qui ne lève pas la main pour demander la parole
  13.        l’élève qui mange ostensiblement des bonbons
  14.        l’élève qui arrive régulièrement en retard
  15.        le garçon qui refuse de s’assoir à côté d’une fille
  16.        la fille qui s’habille à la manière d’une ado
  17.        l’élève qui tient des propos racistes
  18.        l’élève qui en classe refuse d’exécuter une tâche
  19.        l’élève qui fait des bruits de bouche, de succion
  20.        l’élève qui parle tout seul en classe
  21.        l’élève qui se lève à la sonnerie sans attendre votre signal
  22.        l’élève qui insulte ses camarades
  23.        l’élève qui fait passer des petits mots en classe
  24.        l’élève qui triche

Quelques liens pour aller plus loin:

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8 réponses à “L’autorité, une question de limites”

20 09 2011
CreaDev (16:44:15) :

L’autorité à l’école et plus tard… Film « Face à l’autorité » série FAIRE FACE
http://creadev-productions.com/CREADEV/faire_face.html
et plusieurs heures de débats organisés par la Ligue de l’enseignement et Milan Presse sur
http://www.creadev-productions.com/CREADEV/rencontres.html

20 09 2011
Corine (20:58:24) :

bonsoir,
Dans votre liste il y a des éléments non comparables :
d’un côté deux infractions à la loi – et pas seulement à l’école – l’insulte et le propos raciste, – et même passibles de sanctions pénales en dehors de l’école-
et d’un autre côté des « perturbations » plus ou moins supportables effectivement par les enseignants.

Les deux infractions ne sont évidemment pas tolérables .

Parmi les « perturbations  » aucune ne me semble insupportable en elle- même sortie de son contexte (sauf peut être les bruits de bouche , mais c’est lié à ma petite enfance et je me soigne ;o))

à choisir je dirais que je serais le plus gênée par « mange ostensiblement des bonbons en classe » parce que le règlement intérieur de mon école interdit la consommation de sucreries et que cette règle est motivée et expliquée à tous pour des raisons de santé ; un élève qui mange ostensiblement des bonbons dans mon école est donc sciemment en train de braver une règle établie pour le bien de tous ; mais là encore lorsque ça se produit ça m’intrigue plus que ça ne m’énerve et je crois que ce qui l’emporte est de chercher (tout en sanctionnant le manquement à la règle évidemment) pourquoi cet élève provoque ainsi.
tout le reste me semble soit la pure manifestation de l’enfance, le quotidien de l’éducation :apprendre à ne pas bouger dans tous les sens , ne pas parler à tort et à travers, respecter l’espace et la parole des autres … ou l’expression d’un mal être scolaire : tricher, être dans la fuite , le retard … et alors ça dérange la classe certes mais surtout cela inquiète

22 09 2011
Ostiane (13:55:31) :

Merci Corinne pour ce témoignage. Votre remarque préalable est tout à fait juste. Ce listing est un patchwork dont chaque élément exprime le point de départ d’une situation qui amorcera ou non une situation conflictuelle, elle-même résolue ou non selon que l’exercice d’autorité s’effectuera ou non.

Ce choix disparate que je propose en premier lieu correspond en réalité à une première approche par le référent adulte du concept d’autorité; Il permet d’inaugurer un premier travail sur soi que l’adulte doit effectuer pour comprendre qu’il est lui-même une partie du problème et une partie de la solution.

Dans un deuxième temps, il conviendra en effet de trier ces éléments en fonction du caractère propre que ces éléments incarnent. On arrivera alors à l’élaboration d’une typologie des situations qui permettra d’analyser les situations, de les répertorier selon qu’elles se rapportent à tel ou tel type d’infraction et donc d’y répondre de façon appropriée en évitant la réaction et en favorisant la réflexion et l’expression.

22 09 2011
David (19:26:41) :

Encore et toujours de la sodomisation de diptère…
Croyez-vous que cette longue liste de « perturbations » passionne la foule, d’autant qu’elle est largement incomplète ?
Vous faites vraiment avancer le schmilblick !

22 09 2011
David (19:32:56) :

Je dois manquer d’autorité… mais sans doute êtes-vous très très distraite, « tord » (dans « qui a tord ? ») s’écrit « tort »… Celà fait 3 fois, oui, trois fois que je vous corrige… vous êtes bien étourdie, vous me copierez 50 fois « j’ai tort, c’est ma très grande faute »…

22 09 2011
Ostiane (20:41:12) :

Bonsoir David, j’ai crée un groupe pour vous sur Facebook. Soyez le premier à cliquer sur « j’aime »
http://fr-fr.facebook.com/pages/La-sodomisation-des-dipt%C3%A8res/218999628116317

25 09 2011
Stéphane (13:41:04) :

Bonjour Ostiane,

Effectivement, je me faisais la même remarque que Corine : certains comportements relèvent de l’infraction à la loi comme les propos racistes, les insultes ; j’y ajouterai également les propos homophobes.
Parmi les propositions inventoriées dans le billet, il en est une qui m’inspire particulièrement : «  l’élève qui garde son blouson, sa casquette ou son foulard en classe ». Je mets un point d’honneur à faire respecter cette exigence qui relève de ma seule personne (le règlement intérieur n’en dit rien).

Selon moi, il faut veiller à marquer le passage de la cour ou du couloir vers la salle de classe. Il s’agit d’un rituel symbolique qui signifie plusieurs choses.

Du côté de l’élève tout d’abord : je suis là pour apprendre et pour cela je dois me mettre dans les meilleures conditions. Je ne risque pas d’avoir trop chaud, de suer, de me sentir mal à l’aise. C’est ensuite une marque de bonne hygiène ; j’évite de transpirer, voire d’incommoder mes camarades à cause des effluves que je pourrais diffuser. Parmi les signes traditionnels de politesse, on retrouve également le retrait du couvre-chef. En respectant cette norme plus ou moins arbitraire, je renvoie néanmoins le signal que je me conforme aux us communs, je ne me place pas en marge des autres, je m’inscris dans une collectivité avec laquelle je fais corps. Pour l’enseignant, je lui indique également que je ne suis pas déjà dans les starting-blocks, prêts à jaillir dès le retentissement de la sonnerie pour m’enfuir de la salle de classe. Je suis bien présent – et non pas ailleurs par l’esprit – avec mon professeur et mes camarades, pour travailler, coopérer, je suis prêt à donner le meilleur de moi-même jusqu’à la fin du cours.

Du côté de l’enseignant ensuite : cette exigence non réglementaire constitue un rituel de passage entre deux espaces qui ont chacun leurs codes. « Dehors », ils tchatchent entre copains sur tous les sujets qui les préoccupent, dans le langage qu’ils affectionnent ; dans la classe, chacun change de registre : les familiarités, les insultes, les discussions futiles… n’y ont pas leur place.

12 10 2011
Ostiane (13:32:05) :

Merci Stéphane. Je te remercie pour cette contribution. Je rebondis sur un aspect que tu évoques ici, celui du RITUEL DE PASSAGE.

On peut distinguer en effet 3 niveaux différents de passage qu’il convient de signifier à nos élèves; ces 3 seuils permettent d’entrer en apprentissage.

Le 1er seuil est effectivement celui qui est marqué par le changement de lieu. Nous quittons un espace (la cour) et entrons dans un autre espace (la classe) dédié à des activités particulières. On passe du dehors au dedans. Pour accompagner ce déplacement, on peut également s’appuyer sur les escaliers ou le couloir qui fonctionnent comme des « espace-sas » entre ces 2 lieux.

Le 2ème seuil, qu’il faudra également ritualiser est celui qui permettra à l’apprenant d’entrer dans une « posture d’apprentissage ». Je suis là, dans la classe, je suis là pour quelque chose de précis: apprendre.

Enfin le 3ème seuil, plus ciblé, plus focalisé est celui qui permet à l’élève d’entrer dans le contenu d’apprentissage. Il conviendra alors, à chaque changement de situations ou d’activités ou de notions ou de disciplines -pour les enseignants du secondaire- de signifier ce seuil.

Ces 3 seuils contribuent à donner un sens et une signification à ce qui se vit en classe, à sécuriser les élèves, à faciliter les apprentissages mais également, dans le cadre du sujet qui nous occupent ici, à faire autorité sur ce qui se joue dans cet espace-temps particulier qu’est la salle de classe.

A poursuivre 😉

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