Plaidoyer pour le désir d’apprendre à l’école

3 03 2014

Le désir? Et pourquoi pas la plaisir pendant qu’on y est!

Le désir…Non, Mathieu n’y pense même plus, en fait, il ne sait plus ce que cela signifie, oublié le désir, rayé de la carte, tout comme le plaisir d’ailleurs… Du haut de ses neuf ans, il a su écouter les conseils prodigués:

« Des capacités certaines, mais élève peu scolaire. »

« Devrait écouter davantage et poser moins de questions. »

« Manque de maturité, se comporte  en enfant. »…

Et bien voilà, le voici le terrible malentendu! Nous demandons à nos enfants  d’être vieux avant d’avoir été jeunes! Et sur ce schéma de pensée nous calquons tout le reste : nous leur imposons de connaître sans leur laisser le temps de s’emparer de l’inconnu, de répondre sans qu’ils aient eu à questionner, d’être compétents sans leur permettre d’expérimenter, de se montrer curieux du savoir qu’on leur enseigne sans jamais inviter dans nos classes le plaisir, l’étonnement, l’émerveillement, le rêve, la passion, le désir. Bien sûr le désir! Et pas uniquement le nôtre! Ne confondons pas notre désir de transmettre avec leur désir d’apprendre; ces deux désirs là, s’ils sont l’un et l’autre indispensables et complémentaires n’en sont pas pour autant superposables. De cela, nous devons être avertis. Mon bonheur et mon désir d’enseigner, aussi vifs et précieux soient-ils ne doivent jamais passer avant le désir d’apprendre de mes élèves.

Questionner le monde avec impertinence

Oui le désir, bien sûr le désir…celui sans lequel rien n’est possible; celui qui permet à mon élève d’oser l’improbable et de se surpasser, qui l’autorise à questionner le monde avec impertinence sans peur des réponses incongrues, qui le pousse à s’y aventurer en dépit des obstacles et des erreurs; celui qui ouvre à l’infini les limites de la créativité et invite à donner de soi sans stratégie de résultat, pour le seul plaisir de se sentir, au cœur et au contact du monde qui l’entoure, pleinement et intégralement en vie avec, chevillé au corps, ce besoin vital et bouillonnant de ressentir et d’éprouver que chaque cellule qui constitue son être est en éveil perpétuel, que rien n’est jamais donné ni acquis pour toujours sous une forme figée. Car c’est bien tout cela apprendre, oser se frotter à l’ordre établi afin d’expérimenter par soi-même un nouveau rapport au monde. La relation au savoir ne peut se penser ni se construire sans rapport au monde, un rapport forcément original, à nul autre semblable, à l’image de la singularité de chaque être humain. On entrevoit bien ici les limites du seul envoyer-recevoir dans l’acte pédagogique. De cela aussi il conviendrait d’être averti: l’enseignant n’apprend rien à ses élèves. Non, je le sais aujourd’hui, je n’apprends rien à mes élèves, mon rôle est ailleurs.  Lire la suite »