Les journées de l’innovation des 28 & 29 mars 2012 à l’Unesco #eduinov
3 04 2012 Commentaires : Pas de Commentaires »Ostiane
Catégories : Action, actualité, Evénement, Groupe d'Analyse de Pratiques
Montauban, Toulouse…
A côté du besoin de comprendre, l’urgence, la seule urgence, c’est d’aimer. Aimer sans distinction, sans limite, sans frontière, sans contrepartie, pour qu’une résilience soit possible.
C’est notre folle condition d’homme. Aimer toujours plus au-delà de ce qui nous semble possible, au delà de ce qu’on nous a appris à croire possible.
Accueillir aussi l’intensité de la douleur et du désespoir quand l’un et l’autre s’immiscent dans nos vie avec toute la brutalité dont l’homme est capable. L’intensité de la violence de la douleur qui nous submerge, lui faire toute sa place, la reconnaître, l’entourer, la crier, la faire vivre, ne pas en nier l’extrême violence. Cette reconnaissance là est indispensable. Elle autorise alors le chemin du deuil sans ouvrir celui de la vengeance.
Face à tant d’incompréhension, face à l’horreur des actes perpétués, la seule urgence, c’est l’amour. Voilà ce à quoi pourrait être destinée quotidiennement une minute de silence dans nos vies, dans nos écoles. Pour qu’une résilience soit possible. A-t-on d’autre choix? Je ne le crois pas. Et si nous avons un choix, c’est celui-là que je choisis parce que c’est le seul que je crois capable de nous permettre de gagner en humanité. La non violence ne suffit pas. L’amour doit être déclaré partout et à chacun. Parce que, c’est le seul antidote contre la haine. L’amour inconditionnel c’est celui qui nous permettrait, malgré la barbarie de certains actes, d’espérer allumer une lueur d’humanité chez celui qui nous a blessés dans notre chair et dans notre cœur.
Ça semble impossible, est-ce pour cela qu’on ne doit pas essayer?
Pendant cette minute de silence, de laquelle je n’arrive pas à m’extraire, voilà ce à quoi j’ai pensé. Et voilà à qui j’ai pensé: à ces jeunes soldats, à ces jeunes enfants, à ce jeune père, à ce tueur, à la mère de ce tueur, à ces familles décimées, à notre humanité endeuillée. Oui, j’ai politiquement pêché par amour en associant dans une même déclaration d’amour les victimes et leur bourreau; je l’ai fait intentionnellement parce que sans intention d’amour il n’y a pas de restauration d’amour. Nous avons besoin de restaurer notre humanité, seul l’amour nous y aidera.
Chaque jour nous tentons humblement de devenir un plus humain, c’est notre folle condition d’homme. Soyons donc fous d’amour.
« Alors Ostiane, Goha, raconte-moi! C’était comment, ce devait être quelque-chose, non?
- Euh, que veux-tu dire?
- Et bien Goha, LE sommet, tu y étais non? Tu y étais ou tu n’y étais pas à Doha, au Wise sommet 2011? »
Comment vous dire…cette question, qui m’a été posée à plusieurs reprises ces dernières heures par différentes personnes en différents lieux, vaut à mon avis la peine qu’on s’y attarde, non pas que la réponse oui/non soit d’un grand intérêt pour le commun des mortels, mais davantage parce la question ainsi formulée interroge directement les nouveaux enjeux éducatifs qui nous attendent et nous défient en cette aube du XXI ème siècle.
Etais-je au Qatar les 1, 2 et 3 novembre dernier?
Voilà une interrogation qui reflète exactement les bouleversements phénoménaux qui s’opèrent dans nos vies actuelles, via les multiples fonctionnalités qu’internet nous offre; usages et pratiques numériques qui de fait, transforment radicalement notre relation au temps, à l’espace, au monde, au savoir.
Laissez-moi vous raconter mon WISE 2011, vous en déduirez par vous-même la réponse que vous souhaiterez apporter ![]()
Nous sommes le 28 octobre; via le statut d’un contact et ami facebook, je lis pour la première le mot WISE et découvre ainsi l’existence de cet événement mondial. Intéressée par l’annonce de cet ami, je clique sur le lien qu’il avait inséré à son statut et arrive sur une page web dont le titre « Changing Societies, Changing Education » m’interpelle.
Innovation, éducation, rencontres internationales, futur, défi planétaire, autant d’invitations au voyage…Un clic m’aura donc suffit à prendre mon billet pour Doha.
Comme tout touriste qui se respecte, je décidai de faire ma petite enquête, histoire de me saisir de quelques balises et repères indispensables au bon déroulement du voyage. De clics en liens et de liens en clics, je surfai ici et là, tantôt sur une carte du monde, tantôt sur une vidéo, tantôt sur les réseaux sociaux. Dès que je repérais une information intéressante, je l’enregistrais comme « favori » dans mon menu de navigation, histoire de retrouver sa trace plus facilement en cas de besoin. Vous savez, les petits cailloux blanc du Petit Poucet…
28-29-30-31 octobre. 4 jours de préparation pour 3 jours de pérégrination, c’était un peu court mais avais-le choix? Nous étions la veille du grand départ et si je ne voulais pas louper l’embarquement, il fallait bien me rendre au rendez-vous.
Nous sommes le 1 novembre au matin, me voilà installée dans mon cockpit, assise à Paris, la tête au Qatar…les yeux rivés sur mon écran de contrôle : une fenêtre ouverte en plongée directe sur l’amphithéâtre magistral de la Cité de l’éducation de Goha, une autre sur la balise #Wise2011 de mon fil twitter à lire, traduire et décoder les centaines de retours des 1200 participants qu’à mon tour je rediffusais sous forme de RT (re-twitt) ou de statuts Facebook. Messages pluriculturels et enthousiastes d’inconnus qui partageaient avec le monde entier, avec moi, les inspirants échanges qui avaient lieu, là-bas-tout près, au Sommet Mondial pour l’Innovation dans l’Education.
C’était incroyable de recevoir en direct et via divers canaux de connexion les échos, les images, les voix, les interactions, les applaudissements. Superposition d’espaces-temps. Expérience pluri-sensorielle. Je venais d’entrer dans la 4ème dimension. Je pouvais tout à la fois suivre les passionnants débats sur le plateau central, capter et commenter en direct les questions et impressions de l’assemblée, informer mes propres amis et contacts de ce qui se déroulait là-bas sous mes yeux et engager simultanément sur mon mur facebook plusieurs discussions en parallèle.
1, 2 et 3 novembre 2011
Voyage au centre du World Wide Web
3 jours intenses, intellectuellement, physiquement, socialement, émotionnellement.
Traitement de l’information en instantané, ressentis et émotions en grandeur réelle.
Oui, une drôle d’expérience dans la 4ème dimension. J’étais assise chez moi ici à Paris, mais j’étais au Qatar ; et pourtant là-bas sans y être, j’ai eu l’étrange sentiment de vivre un moment hors du temps, ou plutôt en connexion totale avec cet incroyable temps numérique qu’internet seul est capable de nous offrir.
WISE 2011, 3 jours riches, généreux, ambitieux auxquels j’ai eu la grande chance de participer. 3 jours où experts, gouvernants, professeurs et étudiants, assis à une même table ont réussi cet incroyable exploit de dessiner l’avenir d’un projet mondial : la création d’un Fonds Global pour l’Education dans le monde.
Alors, étais-je à Doha?
Que signifie aujourd’hui être en un lieu?
Qu’est-ce qu’explorer les chemins de la connaissance à l’heure des nouvelles technologies?
Comment définir le virtuel du réel?
Ce que j’ai vu n’était pas virtuel, ce que j’ai entendu n’était pas virtuel, ce que j’ai vécu n’était pas virtuel. C’était bien réel. Et c’est bien avec cette réalité nouvelle que nous devons nous saisir du formidable enjeu qui s’offre à nous : faire de notre monde, un monde où chaque enfant, chaque famille, chaque petite fille, puisse, non pas seulement accéder mais participer à ce que nous nommons par ce mot simple: l’éducation. L’innovation pourra nous y aider, mais ne nous laissons pas charmer par les sirènes ensorceleuses, l’innovation sans le cœur, sans l’âme, sans le tissage des cultures et le métissage des hommes ne restera qu’un vœu pieu ; pire encore, ce serait un odieux mensonge et une trahison pour l’humanité toute entière à commencer par les plus faibles d’entre nous que de laisser penser que l’outil se substitue aux actes.
C’est ainsi que Gordon Brown a conclu son magnifique discours. No more speeches, let’s walk the talk, let’s march to do it
Non, ce n’était pas virtuel, c’était bien réel.
Et pour terminer ce billet, quelques phrases-clés glanées au fil du web et qui ont ponctuées ces 3 journées.
« Dans le futur, plutôt que des écoles, créons des holistic learning village »
Parole de proviseur: « Chez nous la voix des enfants est entendue: avant d’être institué, j’ai passé un entretien avec mes élèves. » ça se passe au…Danemark
« Notre plus grand problème reste notre incapacité à insuffler à la génération future l’idée qu’elle est capable de changer le monde » Richard Noble
« Productivity in learning is what it takes to transfer efforts in to results. » Agree?
‘ »Accéder à l’éducation n’est pas une fin en soi, pouvoir y contribuer en est une. »
« Horizon pour 2030: favoriser l’émergence de communautés autonomes d’apprenants.’
« Nous avons besoin d’un Printemps de l’éducation. »
« Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est responsable de l’éducation qu’il a le monopole de cette responsabilité. » Burt
« L’enjeu de l’apprentissage par les compétences n’est pas tant de préparer nos enfants à l’économie de marché mais plutôt de leur apprendre à penser résolution de problèmes. »
« Depuis 2 jours, expérimente l’exercice du RT branchée sur les balises @diversifier et #wise2011 en direct du sommet international de Goha »
« Un « prix Nobel » de l’éducation attribué pour la première fois http://t.co/j4HtgtHV »
« Pour suivre en direct de #Wise2011 l’arbre de l’innovation de François Muller http://t.co/h6REY5RM »
« Les enfants habitent dans des maisons, pas dans les écoles, les parents font partie du dispositif d’apprentissage, l’apprendre n’appartient pas à l’école. »
« Too many holy cows in education. » Agree but…who are they?…
« Gordon Brown lance un appel pour la création d’un fonds mondial dédié à l’éducation. »
Parole d’étudiant: « L’espace classe n’est plus suffisant, nous avons besoin de nouveaux espaces nomades pour continuer d’apprendre par nous-mêmes et entre nous. »
« En face du toujours plus de technologie il n’y a pas forcément du mieux apprendre. La techno présente dans mon téléphone portable peut bien m’envoyer sur la lune, mais il faut bien que quelqu’un (moi? un tuteur? un professeur? un ami?) allume l’étincelle qui mette le feu aux poudres. »
« WISE is an eminent forum to listen and exchange ideas. It is also a community of different visions on the future of education. »Luc Chatel
« Pour accompagner la persévérance des enseignants et encourager la prise de risque que peut comporter la posture innovante, il faut leur donner les moyens personnels et collectifs de développer leur compétences professionnelles. »
Even without being there, I could feel the WISESpirit. Thank for all the tweets I received from #Wise2011
Open space, open mind, open thinking, open learning, etc. Certains termes parlent mieux dans certaines langues et sont difficilement traduisibles
![]()
let’s march to do it!

A vos agendas! Ou plutôt, devrais-je dire: à vos télécommandes!
Ce soir, sur Arte, sera diffusé un documentaire inédit sur la relation école-famille. L’ironie du calendrier a voulu que ce film soit programmé le soir même du jour de la première grande mobilisation du monde enseignant en cette rentrée scolaire 2011-2012…Les enseignants dans la rue: effet communication de masse assuré mais effet communication dialoguée assez restreint.
Pied de nez ou acte manqué? Il n’en demeure pas moins qu’on ne peut nier que cette délicate relation se construit également par le biais de cette réalité concrète vécue par les familles lors de ce genre de situation. D’où ce petit billet du jour.
« Bon, et ce matin, je fais quoi, moi?
Et surtout je fais comment avec mon fils sur les bras, avec ma fille en vadrouille?
Et puis, c’est quoi encore le problème?
Et oui…C’est quoi le problème?
Entre ce que l’on croit, ce que l’on présuppose, ce que l’on a entendu dire sur le trottoir de l’école d’en face et ce que l’on ignore totalement par manque d’information et abus de désinformation, l’espace laissé aux familles au libre vagabondage d’un imaginaire fantasmagorique très fécond est bien souvent la première source d’incompréhension, de quiproquo voire de conflits potentiels.
Nous, professionnels de l’éducation sommes bien au fait des réalités qui nous contraignent au quotidien, mais les parents, qui vivent d’autres réalités dans d’autres espaces ne sont pas susceptibles de connaître et donc de comprendre le pourquoi du comment d’un mouvement de grève et de protestation. Ce n’est pas parce qu’ils déposent tous les jours leurs enfants au portail de l’école ou qu’ils signent les cahiers de correspondance de leur collégien qu’ils sont censés savoir ce qui se passe réellement à l’intérieur de cette école, de ce collège, de ce lycée, de cette boite noire qu’est encore bien trop souvent l’établissement scolaire. D’où représentations, fantasmes, impatience, exaspération, colère…
« C’est quoi encore le problème »
Alors voilà, en vrac et dans le désordre, voici donc quelques éléments problématiques:
1/ Les problèmes vus du côté des élèves:
Bref, un non respect des spécificités physiologiques, psychologiques et cognitives de l’enfant et un manque de prise en compte des différentes étapes liées à son bon développement entrainant de fait un sentiment de solitude, d’exclusion et d’abandon d’un grand nombre d’entre eux qui se sentent au quotidien, blessés dans leur intégrité physique et intellectuelle et rejetés par l’ensemble des adultes et des quelques camarades, plus normés qu’eux.
2/ Les problèmes vus du côté des enseignants:
Bref, un non-respect tant de la personne que du professionnel, un manque de soutien au niveau des équipes d’établissement entrainant de fait, là aussi, un sentiment de solitude, d’impuissance et de culpabilité des enseignants face à l’exclusion d’un nombre de plus en plus conséquent de jeunes considérés par le système comme inaptes au système. Car oui, pour la grande majorité d’entre nous, faut-il le rappeler, nous avons choisi ce métier, cette fonction, cet engagement humain non pour exclure, cloisonner, sectoriser, niveler, formater, dresser des futurs lauréats mais pour ouvrir des chemins, soutenir des passions, élargir l’accès aux savoirs, rendre belle l’expérience de l’apprentissage, aider au surpassement de soi et non des autres, faire grandir la personne qu’est l’élève, dans toutes ses dimensions et pas seulement dans sa dimension de futur rouage économique au service du marché économique.
Notre grand malheur en fin de compte -c’est ainsi que je le ressens, et c’est ainsi me semble-t-il qu’une grande partie d’entre nous le ressent également- notre problème donc, c’est que nous sommes partie intégrante du problème; plus que de simples maillons, nous incarnons ce système, nous le servons, nous l’exploitons même. Au lieu de servir l’enfant, oui, nous servons le système. Et c’est ce qui à mon sens devient le plus insupportable. C’est la cause de nombreuses démissions, de nombreuses dépressions, de nombreuses démobilisations. D’où la mobilisation de ce jour. Les enseignants se mobilisent pour éviter la démobilisation générale.
Il me semblait important aujourd’hui, d’exprimer cela aux familles, pour qu’elles comprennent, pour qu’elles soutiennent ou au contraire pour leur laisser le choix de ne pas être d’accord, en connaissance de cause.
Mais revenons-en au point de départ de cet article. La relation parents-profs…
Petit retour en arrière: en juin dernier, Isabelle Cottenceau, journaliste et réalisatrice pour Arte, me contacte en vue de me rencontrer. En effet, à l’occasion de la préparation de cette émission, et en marge du film lui-même, elle souhaitait recueillir le témoignage de plusieurs acteurs de terrain. Une manière de mener l’enquête au plus près du réel. A la fois enseignante, maman d’élève et formatrice sur ce thème délicat, j’ai en effet quelques idées sur la question. Modeste contribution, certes, mais contribution de terrain. Ainsi, nous avons longuement échangé au soleil autour d’un petit café. Et je l’avoue, ce soir, je suis impatiente de voir et d’écouter le résultat de son reportage.
Je constate en passant, que l’affichette humoristique (voir ci dessus) que je lui avais laissée en souvenir de notre café-rencontre a fait mouche puisqu’elle est en parti reprise dans le titre d’une des séquences de l’émission.
Ce soir il sera question, entre autre chose, du projet de l’école Pajol que j’ai eu par ailleurs l’occasion de rencontrer lors de mes pérégrinations formatives. Une équipe éducative située dans le quartier de la goutte d’or, dans le 18ème arrondissement de Paris. Cet établissement, de par son projet innovant en matière d’accompagnement éducatif fait partie des établissements qui entrent dans le cadre de l’article 34 de la loi d’orientation pour l’avenir de l’école promulguée en 2005. Ce statut particulier donne le droit à l’école d’expérimenter et de mettre en place une organisation particulière au plus proche de ses besoins, c’est à dire au plus proche des besoins des familles qui lui ont donné leur confiance et confié leurs enfants, nos élèves.
Au cours de l’émission, nous voyagerons également en Allemagne. Et pour finir, en fin de soirée, Philippe Meirieu débattra sur le sujet de la relation parents-profs avec un autre invité d’honneur venu d’Allemagne, Christan Füller
En guise de conclusion et d’invitation pour aller plus loin:
Alors, à ce soir
Être l’autorité, avoir de l’autorité, faire autorité. Trois expressions couramment employées.
L’exercice de l’autorité en classe, qu’il s’agisse du respect de la loi, de la norme, de la morale ou encore de celui du statut, se rapporte bien évidemment aux exigences du cadre collectif bien particulier qu’est l’école. Pourtant, au-delà du cadre, il se confronte toujours et avant tout à la personne qu’on est, au filtre du « je » intime, social ou professionnelle qui nous fonde au plus profond de nous-même.
Ma collègue d’en face ne supporte pas le mouvement, je ne supporte pas le silence. Celui d’à côté tolère les retards, je les accepte très mal. Le maître de mon fils se fait tutoyer, mes élèves doivent m’appeler Madame. Un enfant ne fait pas ses devoirs, il les fera plus tard, restera à la récréation ou sera sanctionné par une heure de retenue? etc. Les exemples de dissonances sont multiples et récurrentes à l’école. Il n’y a qu’à entrouvrir la salle des profs et écouter les avis des uns et des autres… Qui a tort? qui a raison? Y a-t-il de bonnes réponses et de mauvaises réponses? Existe-t-il des règles d’or inaltérables à définir collectivement, une fois pour toute? Force est de constater que cette question de l’autorité, qui ne date pas d’hier, ni d’avant-hier d’ailleurs, reste une question centrale à l’école, en famille mais aussi au bureau, dans le métro, sur le trottoir, à la télé, et jusque dans nos pires cauchemars.
A chacun selon ses limites, ses valeurs, ses représentations, ses peurs. Une journée d’école est jalonnée de mille et un micro-événements vécus par certains comme de simples perturbations et par d’autres comme de véritables infractions. De l’anecdote sans conséquence à la faute caractérisée…du léger écart de conduite à la transgression…l’exercice de l’autorité n’est pas chose aisée.
Je vous propose un petit jeu. Voici une liste non exhaustive de perturbations courantes à l’école. Je vous propose d’en choisir UNE et une seule. Celle que vous considérez comme fortement dérangeante dans votre pratique de classe. Une fois choisie, je vous invite à exprimer ce qui vous conduit, vous, à considérer cette « perturbation » comme insupportable et enfin, et si vous en êtes d’accord, à nous raconter une situation qui s’y rapporte et que vous avez vécue.
NB: L’objectif ici n’est pas de se répondre les uns les autres et d’entamer une discussion à bâtons rompus mais plutôt, à tour de rôle, de s’exprimer librement sur ce qui nous pose un problème d’acceptation et donc nous conduira d’une manière ou d’une autre à exercer notre autorité. Tolérance, bienveillance et écoute ne sont-ils pas des mots que nous rabâchons à longueur de journée à nos enfants et nos élèves? Témoignages en direct, à vous la parole
Liste non exhaustive de perturbations courantes
D’après l’ouvrage de Bruno Robbes L’autorité éducative en classe. 12 situations pour apprendre à l’exercer, ESF éditeur
Quelques liens pour aller plus loin:
La semaine dernière, dans le TGV qui me ramenait à Paris après une longue journée d’action de formation à Troyes, je perçois du fond de ma somnolence la vibration de mon téléphone portable, en mode silencieux bien sûr
J’hésite à répondre et finis par décrocher.
« Bonjour, Mattea Battaglia, journaliste pour le quotidien Le Monde. Nous effectuons une enquête sur les évaluations nationales de fin de primaire et nous aurions quelques questions à vous poser. Votre témoignage de praticienne nous serait fort utile. Accepteriez de nous faire part de votre expérience de classe? Nous aurions besoin que vous nous exposiez 1 ou 2 points relatifs aux difficultés rencontrées par les élèves en fin d’école élémentaire. »
Sujet sensible et délicat, mais vrai sujet.
De manière à me laisser un temps de réflexion, je propose que nous différions cet échange. Mais le journalisme n’attend pas. L’article doit être sous presse dès le début de semaine. J’invite donc la journaliste à me recontacter le lendemain pour envisager la question un peu plus sereinement qu’entre deux gares de chemin de fer.
Après un deuxième entretien téléphonique et quelques allers retours de mails, nous parvenons à un compromis entre mon témoignage et ses contraintes en terme de nombre de signes. Pas facile de restreindre un sujet aussi délicat à un article de 14 lignes « 1300 signes maximum, pas un de plus, pas un de moins »
Exercice périlleux…car forcément réducteur.
Ainsi, je vous livre un extrait de l’article tel qu’il est paru ce matin, dans la rubrique L’œil du Monde, coincé entre l’affaire DSK et l’affaire Renault…
« Ce que savent, ou ne savent pas les enfants à la fin du primaire », une double page (14-15) sur les évaluations des acquis des élèves en fin de CM2
Extrait:
« En français, c’est avant tout le lien entre le langage oral et les écrits étudiés en classe qui fait obstacle. Pour la majorité des enfants, nourris presque exclusivement de dessins animés, la langue scolaire est devenue une espèce de langue étrangère ou de langue morte. Les textes que nous abordons utilisent un vocabulaire, une syntaxe et des schémas narratifs sur lesquels les élèves butent. Ils peinent autant dans la recherche d’informations explicites que dans celle d’informations implicites. Ils en ont conscience, n’hésitent pas à poser des questions pour peu qu’on leur en laisse l’occasion, ce que ne permettent pas les tests chronométrés des évaluations nationales. Celles-ci sont génératrices de stress, et invitent peu à une lecture intelligente et intelligible. Pour rapprocher ces enfants des textes résistants, il faudrait dès le plus jeune âge leur offrir l’occasion de découvrir le patrimoine culturel issu de la tradition orale (contes, poèmes, etc.). Pour ma part, je consacre chaque jour trois quarts d’heure à la lecture silencieuse d’ouvrages que les enfants choisissent. Une manière de les habituer à « entrer en lecture » plutôt qu’à zapper d’un mot à un autre. » Ostiane Mathon, enseignante en CM1. Elle est l’auteur du livre Un projet pour repenser les relations parents-enseignants (éd. Delagrave, 2009)
Et pour vous, chers lecteurs de Blog Bleu Primaire voici la première mouture, juste un peu plus longue et nuancée…
« Avant tout, c’est le lien entre le langage oral des élèves et les écrits scolaires qui fait obstacle. S’ils rencontrent des difficultés en langue écrite, ils éprouvent d’abord des difficultés à expliciter leurs idées à l’oral. Pour certains enfants, nourris presque exclusivement aux dessins animés ou aux émissions de téléréalité, la langue pratiquée à l’extérieur de l’école ne ressemble en rien à la langue étudiée à l’école. La langue scolaire est devenue une espèce de langue étrangère ou de langue morte. Les textes littéraires abordés en classe, romans d’aventures, historiques, ou policiers utilisent un vocabulaire, une syntaxe et des schémas narratifs complexes qui gênent leur accès au sens.
Ce fossé entre leur réalité linguistique et les attentes scolaires est en grande partie responsable de leurs difficultés. Quand ils sont soumis à des questions de compréhension de lecture, je vois bien qu’ils butent sur la recherche d’informations explicites autant que sur celle d’informations implicites qui fait appel à leur capacité à rendre compte de ce que dit le texte sans que ce soit explicitement écrit noir sur blanc. Pourtant, savoir lire c’est aussi cela, c’est lire entre les lignes sans pour autant inventer une autre histoire. Lire, c’est accéder au sens et à la parole de l’auteur tout en sachant mettre en réseau tout un ensemble de symboles, d’images et de références culturelles annexes. Références hors texte qui leur font grandement défaut.
Ils ont conscience de tous ces blocages, n’hésitent pas à poser des questions pour peu qu’on leur laisse un espace dédié à ces échanges, ce que ne permettent pas les tests chronométrés des évaluations nationales. Ces dernières, telles qu’elles sont pratiquées, sont génératrices de stress, et invitent peu à une lecture intelligente et intelligible.
Pour rapprocher ces enfants des textes résistants il faudrait entre autre et dès le plus jeune âge leur offrir de multiples occasions de découvrir le patrimoine culturel issu de la tradition orale (contes, récits mythologiques, poèmes etc) à dire et conter sans modération à l’école comme en famille. Ce sont ces derniers qui nourriront leur imaginaire des éléments qui leur permettraient alors d’accéder à une lecture résistante et bienfaisante. Pour ma part, parallèlement à la pratique d’une langue orale riche et enrichissante, chaque jour, je consacre trois quarts d’heure à la lecture silencieuse d’ouvrages qu’ils puisent dans la bibliothèque de classe de manière à les habituer à « entrer en lecture » plutôt qu’à zapper d’un mot à un autre. Trois quarts d’heure, c’est beaucoup au regard du programme à boucler diront certains. Certes, mais enseigner, c’est aussi faire ses propres choix, en toute connaissance de cause. Nous n’enseignons pas un programme, nous formons des enfants. Enfin, c’est ma vision du métier.»
Pour finir ce billet du jour et pour tous ceux qui s’intéressent à cette question de la langue, je ne peux que vous inviter à lire l’ouvrage de Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, aux édition l’Harmattan. Un ouvrage riche en analyses et en propositions et qui m’a fortement convaincue de la nécessité de pratiquer ce que l’auteur appelle La Haute Langue Orale.
Et vous, qu’en pensez-vous?
A vous la parole et le clavier
Carême pédagogique
Jour 34
Pensée 34
Faire passer l’intérêt des enfants avant celui des adultes.
La minute Montaigne
Une école pour les enfants?
Il faudrait alors repenser:
les « programmes »
les rythmes hebdomadaires
les rythmes annuels
les rythmes biologiques
les rythmes d’apprentissage
l’organisation des groupes d’âge
le système d’évaluation
l’organisation des espaces
la place du corps
la notion de co-éducation en lien avec les familles et l’environnement
le principe d’obligation scolaire
l’implication des enfants dans les propositions à faire
Sommes-nous, nous autres adultes, prêts à tout cela?
Carême pédagogique
Jour 16
Pensée 16
D’après certaines études, il apparaîtrait que 95 % des personnes les plus créatives auraient en dessous de 5 ans…
Pourquoi 5 ans?
Cela donne à réfléchir tout de même…L’école serait-elle passée par là?
Il se trouve qu’hier, en vue de notre prochaine commande, j’ai reçu le tout dernier ouvrage scolaire édité concernant l‘étude de la langue
pour le cycle 3, niveau CM1.
Et bien savez-vous ce que j’y ai trouvé?
Et pas un seul poème! (oui, vous avez bien lu, pas un seul!)
Pas une seule illustration digne de ce nom. (mais tout plein de logos façon dessin animé)
Pas une seule situation d’apprentissage concrète, ni de référence à quelque objectif ou compétence que ce soit (mais des entêtes de chapitres bien claires: j’apprends, j’applique, je révise…)
Pas une seule allusion à la trans- ou l‘interdisciplinarité.
Pas une seule invitation à la créativité.
La quoi?? La créativité? C’est français ce mot là?
J’enrage…
Et après on s’étonne que « les enfants s’emmerdent à l’école« , mais et les enseignants? vous croyez quoi? qu’ils puisent dans ce genre d’outil et de ressource de quoi développer leur propre créativité? leur propre sens de l’initiative? leur propre capacité à faire vivre la culture et le savoir?
Oui, ce matin, j’enrage, excusez-moi.
Ce doit être le fruit de la tentation,
nous sommes au jour 16 de notre Carême…
Carême pédagogique
Jour 11
Pensée 11
Certains sujets sont difficiles à envisager avec une classe de jeunes élèves. Non pas qu’ils ne soient pas en capacité de les appréhender, mais plutôt qu’il reste très délicat pour un enseignant de se mettre à la portée de leurs attentes, de leurs besoins, de leurs peurs, de leurs représentations, de leurs questions, sans risquer de les brusquer, de les heurter, de les plonger un peu plus dans le chaos qui envahit les ondes et les écrans. Pour autant, on ne peut rester muet, impassible, faire comme si de rien n’était. Ainsi j’ai choisi de partir avec ma classe à la découverte du patrimoine poétique japonais et de leur proposer de rédiger à l’intention d’un enfant, incarné par un prénom, un court poème sur le modèle des Haïkus.
Le haïku est une forme classique de la poésie japonaise, à forte composante symbolique, qui contient environ 17 syllabes et fait référence à un élément de la nature, nature qui porte en elle la beauté et l‘éphémère.
Au Japon, chaque prénom est porteur d’un sens, d’une signification. Ici, en choisissant de mêler deux prénoms féminins Hatsu et Haru, j’obtiens un prénom composé Hatsuharu qui signifie Premier Printemps. Hommage au printemps bien sûr, mais surtout hommage à cette petite fille, à ce nouveau-né qui vit le jour au pays du Soleil Levant, à l’aube d’un tsunami dévastateur.
Haïstu pour Hatsuharu
Les eaux noires de tes grands yeux
vaporeux
s’éveillent au Soleil Couchant
Carême pédagogique
Jour 10
Pensée 10
Autour du mot discipline
Qu’en est-il aujourd’hui?
Les piliers 6 et 7 du socle commun-texte de Loi de 2005 , faut-il le rappeler- invitent les enseignants à construire et développer chez les élèves leurs compétences sociales et civiques, leur esprit d’initiative et l’accès à leur l’autonomie; compétences transversales propices à ce travail d’ordre intérieur en étroite relation avec les règles nécessaires à la survie de cette mini-organisation apprenante et démocratique qu’est la classe. Une condition néanmoins: mettre en place de véritables situations d’apprentissages qui font sens pour l’enfant comme pour l’adulte (oui, ça me semble important également) et permettront ainsi la mobilisation d‘attitudes et de connaissances transférables d’un contexte à un autre. Sinon, à quoi bon?
A débattre et à
Carême pédagogique 2011
Jour 4
Pensée 4

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir [...]
Si tu peux conserver ton courage et ta tête;
Quand tout les autres les perdront [...]
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard Kipling, 1910
(Traduit de l’Anglais par André Maurois en 1918)
Plus qu’un poème, un chant; plus qu’un chant, une prière; plus qu’une prière, un cri d’humanité qui cette nuit m’est revenu en songe.
Ce texte a accompagné ma vie d’adolescente, je l’ai lu chaque jour, deux fois par jour, parfois trois, parfois plus encore. Il me fascinait, me terrorisait, me révoltait, m’apaisait aussi. Il était mon addiction, ma source d’inspiration, ma chapelle ardente. A cet âge si particulier qu’est l’adolescence, c’est lui qui m’a élevée, m’a portée, m’a construite. Sans lui sans doute serai-je une autre, ou ne serai-je pas.
Pour quelle raison Kipling est-il venu, cette nuit, franchir le seuil de mon sommeil?
Sait-il combien de fois ai-je pleuré en le lisant? Combien de fois me suis-je endormie à ses côtés?
Étrange chose que la mémoire tout de même.
Y aurait-il dans la vie, des épreuves que seule l’indicible beauté permettrait de surpasser?
Si tel est le cas, alors notre seule et unique raison d’être est de transmettre à notre tour ce que les hommes ont construit de plus beau;
parce que nous n’en sommes que de simples dépositaires et que de ne pas le faire nous rendrait coupables de trahison, de crime contre l’humanité.
Petit clin d’œil pédagogique à notre calendrier du jour, en ce mercredi d’ouverture du Carême 2011, je vous propose une nouvelle chronique intitulée Carême pédagogique. Il s’agira, jour après jour, de nous retrouver ici même, de nous poser quelques instants de manière à partager ensemble une pensée personnelle, un précepte, une règle de conduite professionnelle, une citation, un proverbe, un dicton, une réflexion, un aphorisme, un adage, bref, un extrait de notre substantifique moelle pédagogique nous tenant particulièrement à cœur mais qui n’en demeure pas moins si difficile et parois même impossible à incarner au quotidien.
Entre ce que l’on croit, ce que l’on pense, ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce vers quoi on tend, les écarts et les paradoxes sont malgré tout inévitables. Le manque de temps, l’usure du quotidien, la part des affects, la tentation de la routine, la surcharge de travail, etc sont autant de bonnes mauvaises raisons de mettre de côté les valeurs humaines et éducatives auxquelles nous sommes pourtant profondément attachés, et ce, quels que soient notre religion, notre athéisme, notre appartenance politique, culturelle ou sociale, car ce dont il est question bien avant tout, c’est de notre référence commune à des valeurs humanistes qui transcendent, elles, nos différences humaines.
Ainsi, de manière à nous rappeler à notre sens éthique et professionnel, je vous inviterai chaque jour, le temps d’une courte pause numérique, non pas à une célébration de pénitence collective (
) mais plutôt à ce que j’appellerai une brève analyse de nos pratiques éthiques.
Qu’en pensez-vous?
Jour 1:
Pensée 1:
Éduquer, c’est renoncer à nos propres rêves d’excellence pour permettre à l‘enfant d’accéder à son excellence propre.
« On ne naît pas homme on le devient ». disait Érasme
Naître puis grandir petite fille, devenir jeune fille, choisir sa vie de femme, un long parcours que toutes, loin de là, n’ont pas le droit de vivre.
En cette journée de la femme, rendons-leur hommage à l’instar de Simone de Beauvoir.
Victor a une capacité de mobilité réduite, Elsa est malentendante, Malik est dyslexique, Paul est précoce mais souffre de troubles du comportement, José est dyspraxique, Irène rencontre des difficultés à se concentrer, Sophie est porteuse de symptômes autistiques. Tous ces enfants (nos enfants, nos élèves) ont entre eux au moins 3 points communs :
Ce matin sur le blog Mieux vaut prévenir que…je vous invite à découvrir un article intitulé « Différents mais enfants avant tout » qui fait le point et le pont entre un aperçu historique de la naissance de l’éducation spécialisée et un état des lieux plus actuel de l’accueil de ces mêmes enfants dans notre école du XXI siècle, pour reprendre au passage le titre de l’excellent texte de Michel Serre paru le 5 mars dernier au Monde qui commence par ces mots que je cite ici tant ils sont au cœur du cet accueil.
« Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. »
Bonne lecture
C’est parti! Ce matin et pour une durée d’une semaine, les 730 000 élèves scolarisés en CM2 sur tout le territoire et au-delà, vont être soumis aux évaluations nationales, cru 2011; évaluations mises en place, petit rappel, depuis l’an neuf.
De quoi s’agit-il exactement?
Il est question de vérifier, en français et en mathématique (le reste n’ayant guère d’importance), si les acquisitions ont bien été acquises par tous et au même moment (souci d’équité), à savoir, avant la clôture du programme (ben oui, sinon ce serait trop facile!)
Étant de joyeuse humeur ce matin et souhaitant rester le plus neutre possible face à une telle absence de sens éthique et éducatif, j’ai fait le choix de laisser la parole à d’autres, en vous proposant sur ce sujet ma petite revue de presse:
A lire donc ce matin à propos de des évaluations nationales des élèves de CM2:
Et moi dans tout ça, qu’est-ce que j’en pense?
Ceux qui suivent ce blog depuis quelque temps, me connaissent. Les autres auront sans doute deviné…
Allez, c’est parti!
Top chrono!
Pour les presbytes, cliquez sur l’image, vous y verrez plus clair
J’ai 10 ans, j’ai 15 ans, j’ai 35 ans, j’ai 90 ans…
Pourquoi est-ce j’apprends?
Pour qui est-ce que j’apprends?
Comment est-ce que j’apprends?
Avec qui est-ce que j’apprends?
Qu’est-ce que j’apprends?
Pour en faire quoi?
Et au final…est-ce que véritablement j’apprends?
Qui peut me dire quels ont été mes apprentissages?
Un maître? Un ami? Un parent? un collègue? Un inspecteur?
Et sur quelles grilles de lecture se fondent-ils? Sur quels critères?
Un contrôle? Une évaluation? Un certificat d’étude?
N’y a-t-il donc d’apprentissages que visibles?
N’y a-t-il donc d’évaluations que formelles?
La somme de nos apprentissages se résumerait-elle un unique diplôme?
La preuve de ces apprentissages serait-elle incarnée par le seul statut social ?
La réussite personnelle ne serait-elle que la suite logique de la réussite scolaire?
Et cette même réussite scolaire serait-elle le seul fruit de mes apprentissages scolaires?
…
Et si nous revenions au point de départ?
Et si nous revenions là où tout a commencé pour chacun d’entre nous?
Pour lui, pour toi, pour elles, pour vous, pour moi…
J’ai 90 ans, j’ai 35 ans, j’ai 15 ans, j’ai 10 ans…
Je viens au monde, je respire, je sens, je ressens, je vois, je goûte, je touche, je vis, j’ai peur, j’aime, je ris, je pleure…
J’apprends!
Mais oui bien sûr j’apprends, je le sais, je l’expérimente chaque seconde, je le découvre à chaque instant, je ne peux le prouver par aucun document officiel, je ne sais encore ni lire, ni écrire ni parler mais comment serais-je là aujourd’hui si je n’avais appris par moi -même toutes ces choses qui font la vie et qu’aucun professeur ne m’a jamais ni appris, ni demandé?
Ou si rarement…
La vie n’a-t-elle donc aucun rapport avec l’apprentissage?
Et si l’école peinait tant à enseigner parce que justement elle avait perdu le sens de ce qu’apprendre signifie?
Et si elle peinait tant à transmettre parce que justement elle avait perdu de vue ce que seule la vie est capable d’enseigner?
Au fait! quelle heure est-il?

Il est toujours la bonne heure lorsqu’il s’agit de rire, non?
Très bonne fin de semaine à tous
L’une des postures fondamentales du tuteur est celle de l’observateur.
En effet, une grande partie de l’activité du tuteur repose sur l’observation du professeur stagiaire en prise avec sa classe, et c’est à partir des données factuelles récoltées que pourra se mettre en place un échange différé à visée formatrice. C’est cette phase initiale et centrale d’observation que je souhaite interroger dans ce troisième article consacré au tutorat.
Qu’est-ce qu’observer un jeune professionnel dans sa pratique? Tentons de faire émerger, sous forme de verbes, quelques grands principes.
1/ Observer, c’est se décentrer: se décentrer de sa propre pratique pour se recentrer sur la pratique du professeur-stagiaire. Si le tuteur cherche à trouver chez l’autre ce qu’il fait lui-même, enseignant chevronné, ou encore ce qu’il faisait lorsqu’il est entré dans le métier, il y a fort à parier que la récolte sera maigre. Derrière chaque professionnel, il y a une et une seule personne. Si le référentiel métier est le même pour tous, la personne elle, demeure unique. Nous retrouvons là le principe même de différenciation. C’est vrai pour les élèves, c’est vrai pour l’enseignant en cours de professionnalisation. Il me semble important de se le redire avant d’entamer toute observation.
2/ Observer, c’est chercher: chercher dans les gestes et les paroles de l’enseignant en situation, des faits précis que l’on relèvera et qui donneront lieu ultérieurement à un échange appelé également entretien d’explicitation, à ne pas confondre avec un compte-rendu d’observation délivrée par le seul observateur. Seul un échange équilibré entre les deux parties permettra de mettre en lumière les tenants et les aboutissants de tel ou tel acte, telle ou telle parole. Dans tout geste, il y a le visible, et il y a l’invisible; il y a l’intention et il y a le tangible. Si un tuteur veut comprendre et amener l’autre à comprendre et à apprendre de sa pratique, il faut pouvoir s’adosser à une observation fine revisitée par un questionnement ouvert qui conduira à une reformulation, par le jeune praticien lui-même, de ses objectifs, de leur pertinence ou de leur incohérence.
3/ Observer, c’est organiser: organiser son observation, noter des faits précis et circonstanciés, les répertorier selon des critères communs, trouver une cohérence d’ensemble de manière à guider l’entretien qui suivra de façon efficace et productive. Partir de la pratique pour construire une réflexion sur cette pratique. Chaque tuteur a sa manière d’organiser la trace écrite de cette observation, selon le schéma mental qui lui est propre: chronologie, couleur, schéma heuristique, organigramme, grille, trame, etc. Ce qui compte, c’est d’avoir un outil pertinent qui permette dans un premier temps de prendre des notes et dans un second temps de procéder à une relecture sélective, rapide et synthétique. Un outil qui corresponde à l’objectif de la démarche autant qu’au tuteur qui la réalise.
4/ Observer, c’est choisir: choisir la ou les priorités à travailler. Le référentiel de compétences du métier d’enseignant étant d’une densité assez conséquente, on ne peut ni tout demander, ni tout voir dans l’exercice d’une séance. Choisir un ou deux faits qui serviront de point d’appui, de valorisation, et un ou deux autres qui serviront de point de départ à une réflexion, à un travail à mener sur le long terme. Seuls le temps et la pratique réflexive guideront pas à pas le développement d’une posture professionnelle avertie et sensée.
5/ Observer, c’est se souvenir: se souvenir qu’on a été soi-même un débutant, un jeune professionnel hésitant, maladroit mais souvent plein de dynamisme et d’envie de bien faire. C’est se souvenir combien un regard peut vous assommer lorsqu’il est lourd de reproche ou de condescendance. C’est se rendre compte également qu’on doit soi-même se questionner dans notre propre pratique d’enseignant expérimenté.
Observer, ce n’est pas simplement regarder, ce n’est certainement pas juger, ce n’est ni pointer du doigt, ni cocher des cases, c’est davantage poser un regard bienveillant en vue de construire une réflexion exigeante.
A développer et à débattre…
Le nouveau dispositif d’accompagnement des néo-profs est donc entré en vigueur depuis le début de l’année scolaire et ce n’est que cette semaine (mieux vaut tard que jamais…) que j’ai découvert le visage de Mademoiselle S, nommée en CM2 dans un établissement proche de mon domicile, détail qui a son importance, la proximité géographique facilitant grandement les possibilités de rencontres et d’échanges. Contrairement à ce que j’écrivais dans mon premier billet Tutorant-tutoré (1), cette jeune enseignante n’est pas une débutante et ne partage pas non plus mon niveau de classe. Mais est-ce si important au fond?
Certains nouveaux enseignants, mais ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité d’entre eux, ont eu un parcours professionnel, ou des expériences antérieures dans des milieux éducatifs variés qui leur permettent de se confronter à la réalité du terrain avec plus de distance et de sérénité qu’un lauréat du concours sans expérience aucune de la classe. C’est le cas par exemple des anciens suppléants qui ont cette année obtenu le concours. Mademeoiselle S en fait parti.
Pour cette première rencontre, dont le rendez-vous a été très facilement fixé en deux échanges de mails, Mademoiselle S m’a invitée à la rejoindre dans sa classe, en tout début de matinée, alors qu’elle était déchargée de cours. Un moment paisible, une parenthèse d’une heure et demi dans la vie de deux enseignantes qui ne se connaissaient pas et que le hasard d’un dispositif naissant aura rapproché. Pas d’élèves, pas d’enjeu de validation, juste l’occasion de faire connaissance et d’entrevoir ensemble quel sens donner cette année à notre binôme.
Une heure et demi pour quoi faire?
Finalement, l’heure et demi aura passé très vite et nous nous quittons furtivement avant la réapparition du groupe d’enfants. Prochain rendez-vous dans 15 jours pour une observation en situation face à la classe. D’ici là, nous avons convenu d’échanger par mail ou téléphone en cas d’urgence pédagogique!
La suite de cette chronique d’ici à deux semaines…
Le coin des bavards!