Vivre, c’est apprendre
4 04 2011Carême pédagogique
Jour 25
Pensée 25
photo d’Erik Johannson
Va, vis, deviens et si tu ne sais plus où tu vas, regarde d’où tu viens!
Ostiane
Catégories : Pensée du jour, tribune libre
Carême pédagogique
Jour 25
Pensée 25
photo d’Erik Johannson
Va, vis, deviens et si tu ne sais plus où tu vas, regarde d’où tu viens!
Carême pédagogique
Jour 23
Pensée 23
Si l’on part du principe qu’il ne peut y avoir d’apprentissage sans contrainte -contrainte physique due à l’espace, au temps, et à l’environnement, contrainte cognitive dues aux objets d’apprentissage, contrainte affective due aux relations aux autres et à soi- et dès lors qu’on admet qu’il ne peut y avoir d’éducation sans cadre -cadre qui sécurise, cadre qui délimite, cadre qui protège- enfin, si l’on considère le rapport à l’autorité comme fondement et garant de ce cadre et de ces limites, alors il devient impossible, incohérent et in-envisageable de penser et concevoir son enseignement sans donner à la transgression une place plus que de choix, une place centrale.

Comment puis-je t’enseigner le dépassement de toi, si je ne te permets pas d’aller au delà des limites que j’ai imaginées pour toi? Comment, sans te mettre en péril, puis-je t’inviter à dépasser ces limites, tant intellectuelles que corporelles ou « morales » si je ne les ai pas moi-même pensées comme enjeu d’apprentissage plutôt que comme point de non-retour?
En introduisant l’obligation d‘apprendre dans un système clos tel qu’il existe aujourd’hui, l’institution et les adultes qui la composent peuvent-ils faire l’économie d’une réflexion sur les finalités de cet enseignement, sur ses enjeux et sur le statut tout particulier de la transgression que l’éducateur, le pédagogue, l’enseignant doit penser, intégrer et mettre en scène dans une dynamique d’apprentissage reliéé à l’idée même de dépassement de soi?
A débattre…et à
Carême pédagogique
Jour 20
Pensée 20
« Quand la faiblesse physique devient une force mentale,
Quand c’est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment,
Quand l’envie de sourire redevient un instinct vital,
Quand on comprend que l’énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement.
Parfois la vie nous teste et met à l’épreuve notre capacité d’adaptation,
Les 5 sens des handicapés sont touchés mais c’est un 6ème qui les délivre,
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction,
Ce 6ème sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre.«
La cordée qui rassure, la main qui guide, la parole qui encourage, le geste qui précède, le faire avec et à côté, le regard qui valorise…
N’est-ce pas là l’essentiel d’une posture d’accompagnement qui personnalise la relation et adapte ses exigences autant qu’elle s’adapte aux exigences de l’autre? N’est-ce pas ainsi que nous pourrons inviter chacun de nos élèves à la conquête de son propre sommet, vers la recherche de l’excellence de lui-même?
Carême pédagogique
Jour 19
Pensée 19
Si c’est en sortant du ventre maternel qu’on vient au monde, n’est-ce pas en sortant de soi qu’on fonde notre véritable humanité?
Et cette sortie de soi, ne se situe-t-elle pas toujours en relation avec l‘Autre?
Cet autre que je ne connais pas et qui ne me connaît pas mais qui pourtant fera de moi un être doué de cœur et de raison comme je ferai de lui un être doué de cœur et de raison, cet autre donc est celui par lequel mon existence prendra une saveur, une couleur, une tournure, un sens particulier. Il me fera devenir moi au sein des hommes…
Provoquer cette rencontre n’est-elle pas au cœur des enjeux de l’école?
Et, si au centre de cette rencontre, nous y placions le savoir?
Et si le fruit de cette rencontre était la connaissance?
Et si le lieu de cette rencontre était cet espace inconnu à construire ensemble…
Comment l’école peut-elle se saisir de cette question là?
Comment peut-elle imaginer un tel lieu qui n’existe pas encore?
Un arbre à palabre…
Un atelier philosophique…
Un groupe de chercheurs en herbe…
Une équipe de reporters…
Une chorale…
Carême pédagogique
Jour 18
Pensée 18
Il en va de l’indignation comme du libre arbitre.
Comment puis-je t’enseigner à t’indigner de toutes ces choses qui m’indignent si je ne tolère pas que tu t’indignes contre mon propre indignement?
«Il est deux manières de s’éveiller à la vie et de s’ouvrir au monde: par l’étonnement devant les choses qui nous adviennent, certes, sur le fond d’indifférence quotidienne, dans cette nuit où tous les chats sont gris. Mais aussi par l’indignation devant les actions des hommes, sur le fond de la soumission aux faits. Le premier éveil, celui de la vérité de l’être, donne prise à ce qui portera plus tard le nom d’ontologie; il ouvre tout grand le chemin de la liberté. Le second éveil, celui de la dignité du bien, donnera naissance à ce que Levinas entend par le terme «d’éthique»; il explore les voies plus étroites de la justice.»
Jean-François Mattéi
Comment susciter chez nos élèves et nos enfants ce sentiment précieux de justice, de claire-voyance et d’empathie?
Comment les amener à ne pas confondre indignation avec apitoiement de circonstance, stérile et larmoyant?
Comment les mettre en garde contre une indignation mal dosée qui risquerait de les mener tout droit au rejet de l’homme et au scepticisme si dévastateur?
Comment leur enseigner la différence entre indignation gratuite et revendication pour la préservation d’intérêts personnels?
Comment les aider à ne pas se perdre et se diluer dans une indignation de politesse, à tout va comme il faut, mais bien à développer un sentiment fort issu d’un élan du cœur de soi vers l’autre et incarné dans des actions concrètes et porteuses de sens pour le bien de l’humanité parce que révélatrice d’une conscience intime et naissante prenant part à une conscience collective?
Des questions qui questionnent notre propre rapport à la liberté, au monde, à l’homme et à la justice auxquelles les éducateurs que nous sommes ne pouvons nous soustraire, me semble-t-il…
Carême pédagogique
Jour 16
Pensée 16
D’après certaines études, il apparaîtrait que 95 % des personnes les plus créatives auraient en dessous de 5 ans…
Pourquoi 5 ans?
Cela donne à réfléchir tout de même…L’école serait-elle passée par là?
Il se trouve qu’hier, en vue de notre prochaine commande, j’ai reçu le tout dernier ouvrage scolaire édité concernant l‘étude de la langue
pour le cycle 3, niveau CM1.
Et bien savez-vous ce que j’y ai trouvé?
Et pas un seul poème! (oui, vous avez bien lu, pas un seul!)
Pas une seule illustration digne de ce nom. (mais tout plein de logos façon dessin animé)
Pas une seule situation d’apprentissage concrète, ni de référence à quelque objectif ou compétence que ce soit (mais des entêtes de chapitres bien claires: j’apprends, j’applique, je révise…)
Pas une seule allusion à la trans- ou l‘interdisciplinarité.
Pas une seule invitation à la créativité.
La quoi?? La créativité? C’est français ce mot là?
J’enrage…
Et après on s’étonne que « les enfants s’emmerdent à l’école« , mais et les enseignants? vous croyez quoi? qu’ils puisent dans ce genre d’outil et de ressource de quoi développer leur propre créativité? leur propre sens de l’initiative? leur propre capacité à faire vivre la culture et le savoir?
Oui, ce matin, j’enrage, excusez-moi.
Ce doit être le fruit de la tentation,
nous sommes au jour 16 de notre Carême…
Carême pédagogique
Jour 15
Pensée 15
Combien de gens se ferment pour ne pas être influencés! Voilà la véritable peur! Peur, non des autres, mais de soi-même. Peur de perdre son « moi ». Je crois humblement qu’ils se trompent.
L’influence, c’est une rencontre. On ne peut être influencé que par ce qu’on possède déjà en soi. Mieux qu’une rencontre, une reconnaissance. C’est la révélation accélérée de notre propre personnalité grâce à l’expérience d’un autre.
Nous ne pourrions être influencés par quelque chose qui nous est étranger. Les influences sont les effets du hasard qui nous révèlent à nous-mêmes. Nous portions la chose en nous mais à l’état embryonnaire. Nous la rencontrons aboutie. Quel bond en avant! Il faut être bien prétentieux pour ne pas en profiter. Nos aînés ne procédaient pas autrement: Rabelais, La Fontaine, Molière; tous trois cependant étaient des libertaires.
La vie? c’est trente mille jours, avec beaucoup de chance. La vie est courte et la connaissance est l’infini. Il n’y a donc pas de temps à perdre et si quelqu’un m’aide à rencontrer ce que je pressentais vaguement, je gagne du temps pour autre chose que je désire. Ne manquons pas les raccourcis.
Les influences précisent nos contours. Elles ne sont jamais que le résultat de notre choix et de nos capacités.
Jean-Louis Barrault
Enseignant …
Passeur de sens?
Éveilleur de conscience?
Accélérateur de talent?
Transmetteur de savoir?
Influenceur?
Mais alors, jusqu’où influencer?
Carême pédagogique
Jour 14
Pensée 14
De la persévérance et de bien d’autres choses encore

« Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non par la force, mais par la persévérance. »
H. Jackson Brown
Depuis cette année, sur les murs de ma classe, j’ai punaisé un certain nombre d’affichettes correspondant aux différentes compétences travaillées. Des affichettes mobiles qui reprennent en couleur, en dessin, en mot ou encore sous forme de logos, les compétences mais aussi les attitudes attendues lors des séances de travail et sur lesquelles l’effort et l’attention des élèves devront porter plus particulièrement.
Lors de la mis en place d’une activité, je sélectionne les points précis que les élèves vont devoir travailler et je les rassemble sur le coin du tableau. Ainsi, les enfants savent ce qui est en jeu dans la situation proposée ainsi que les compétences qu’ils auront à mobiliser. Depuis quelque temps, et je trouve ce fait assez intéressant pour être souligné, certains élèves, de leur propre initiative suggèrent des affichettes qui leur semblent manquer à ma sélection.
Et là maîtresse, on pourrait ajouter aussi le logo
« Je sais…travailler seul » ou » « Je sais…travailler à plusieurs » ou « Je sais…travailler en temps limité » ou « Je sais…lire les consignes sans l’aide de l’adulte » ou « Je sais…m’organiser et anticiper » ou…etc
Parmi ce lot d’affichettes, voici celle qui illustre d’une autre manière la citation ci-dessus.
Je sais…
m’engager dans un travail à long terme

Pour celles et ceux qui le souhaitent, voici un des jeux d’affichettes à télécharger en version PDF Icônes Je sais…
Parallèlement à celui-ci, j’ai confectionné un autre ensemble d’affiches centrées sur les compétences requises pour la bonne assimilation des connaissances dans des domaines plus ciblés comme la lecture, la conjugaison, le grammaire, le vocabulaire et le langage oral.
Carême pédagogique
Jour 13
Pensée 13
« Comment pouvons-nous nous comprendre, monsieur, si je donne au mots que je prononce le sens et la valeur de ces choses telles qu’elles sont en moi; alors que celui qui les écoute les prend inévitablement dans les sens et avec la valeur qu’ils ont pour lui, le sens et la valeur de ce monde qu’il a en lui? On croit se comprendre; on ne se comprend jamais! »
Luigi Pirandello
Alors quoi, communiquer serait-elle une action vaine? une illusion langagière? une démarche dépourvue de sens puisque entièrement soumise à la subjectivité de l’autre et de soi-même?
Si les mots que j’emploie ou les mots que j’ignore expriment si cruellement les limites de mon propre entendement; si les mots reçus par cet étrange étranger restent vains puisque déshabillés, dénaturés, déformés, transformés; si quoi que je dise et de quelque manière que je le dise, mon propos ne sera pas compris tel que je souhaite qu’il le soit; alors à quoi donc le langage me sert-il?
Luigi Pirandello nous convierait-il ici et si subtilement à envisager le langage comme une manière de nous hisser hors de nous même? comme une façon d’apprendre à faire le deuil et d’une partie de soi et de la représentation qu’on a de l’autre?
Et si le langage n’était qu’un prétexte pour inventer un espace commun entre chacun d’entre nous, un espace différent de soi, différent de l’autre? un espace à convoquer, à invoquer, à imaginer?
N’y a-t-il pas là, un réel sujet à travailler dans nos classes et par souci d’isomorphisme et de cohérence, dans nos pratiques mêmes d’enseignement?
Carême pédagogique
Jour 11
Pensée 11
Certains sujets sont difficiles à envisager avec une classe de jeunes élèves. Non pas qu’ils ne soient pas en capacité de les appréhender, mais plutôt qu’il reste très délicat pour un enseignant de se mettre à la portée de leurs attentes, de leurs besoins, de leurs peurs, de leurs représentations, de leurs questions, sans risquer de les brusquer, de les heurter, de les plonger un peu plus dans le chaos qui envahit les ondes et les écrans. Pour autant, on ne peut rester muet, impassible, faire comme si de rien n’était. Ainsi j’ai choisi de partir avec ma classe à la découverte du patrimoine poétique japonais et de leur proposer de rédiger à l’intention d’un enfant, incarné par un prénom, un court poème sur le modèle des Haïkus.
Le haïku est une forme classique de la poésie japonaise, à forte composante symbolique, qui contient environ 17 syllabes et fait référence à un élément de la nature, nature qui porte en elle la beauté et l‘éphémère.
Au Japon, chaque prénom est porteur d’un sens, d’une signification. Ici, en choisissant de mêler deux prénoms féminins Hatsu et Haru, j’obtiens un prénom composé Hatsuharu qui signifie Premier Printemps. Hommage au printemps bien sûr, mais surtout hommage à cette petite fille, à ce nouveau-né qui vit le jour au pays du Soleil Levant, à l’aube d’un tsunami dévastateur.
Haïstu pour Hatsuharu
Les eaux noires de tes grands yeux
vaporeux
s’éveillent au Soleil Couchant
Carême pédagogique
Jour 10
Pensée 10
Autour du mot discipline
Qu’en est-il aujourd’hui?
Les piliers 6 et 7 du socle commun-texte de Loi de 2005 , faut-il le rappeler- invitent les enseignants à construire et développer chez les élèves leurs compétences sociales et civiques, leur esprit d’initiative et l’accès à leur l’autonomie; compétences transversales propices à ce travail d’ordre intérieur en étroite relation avec les règles nécessaires à la survie de cette mini-organisation apprenante et démocratique qu’est la classe. Une condition néanmoins: mettre en place de véritables situations d’apprentissages qui font sens pour l’enfant comme pour l’adulte (oui, ça me semble important également) et permettront ainsi la mobilisation d‘attitudes et de connaissances transférables d’un contexte à un autre. Sinon, à quoi bon?
A débattre et à
Carême pédagogique
Jour 9
Pensée 9
J’ai tant de questions et si peu de réponses…
Chaque réponse est un aveu d’impuissance; derrière chacune d’entre elle se cache un nouvel abime d’ignorance.
Et pourtant l’homme est ainsi fait qu’il ne peut se résoudre à cesser de chercher. Son esprit le voudrait-il qu’il n’y parviendrait pas. Vivre, c’est déjà apprendre, apprendre c’est chercher, ainsi nous voilà contraints à souffrir de notre ignorance.
La partager la rendrait-elle moins cruelle?
La questionner la rendrait-elle plus familière?
La chanter, la clamer, la rendrait-elle plus douce?
Parfois -souvent- le poète sera celui qui mieux qu’un autre saura trouvé les mots, les mots justes, ceux qui, loin de nous apporter de vraies réponses, nous conduiront juste à mieux questionner le monde, les hommes, la vie afin, non pas de tout comprendre, mais déjà d’apprendre à mieux regarder notre ignorance comme une partie de nous-même, reflet vibrant dans un miroir sans tain.
« Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
enneigé ou brillant, mais jamais habité. »
Philippe Jaccottet, L’ignorant, 1957
Carême pédagogique
Jour 8
Pensée 8
Pour vous j’ai capturé sur la toile,
une fraction d’instant,
un fragment de temps.
Il est à vous, là, ici, maintenant,
l’instant d’un moment,
d’une pause, d’une pensée, d’un recueillement.
Respirez-le, goûtez-le, savourez-le,
partagez-le, offrez-le,
tant qu’il est encore temps,
avant que l‘horloge ne s’éteigne
emportant avec elle,
la lune, le soleil, les étoiles
et toutes ces choses si belles
dont la vie nous fait don
à chaque inspiration.
Je n’ai que trop parlé
Il est grand temps à présent
de l’écouter vous murmurer
son mystérieux secret …

juste sur l’horloge
Carême pédagogique 2011
Jour 7
Pensée 7
« Une vie est une œuvre d’art. Il n’y a de plus beau poème que de vivre pleinement.
Échouer, même est enviable, pour avoir tenté. »
Georges Clémenceau
Dans nos classes, quelle place pour l‘erreur?
Dans nos parcours professionnels, quelle place pour l’audace?
Dans nos vies, quelle place pour l’échec?
Apprendre à oser, apprendre à échouer, n’est-ce pas apprendre à vivre ce « pleinement »?
L’école apprend-elle suffisamment à nos enfants à réussir à échouer?
L‘école invite-t-elle nos enfants à cet élan créateur qu’est l’expérience féconde? féconde car incertaine…
Carême pédagogique 2011
Jour 7
Pensée 7
Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on a toujours tort.
A moins qu’on ait raison d’avoir tort
et tort de croire qu’il ne faut pas oser.
Oser dire, croire et faire contre l’opinion.
Il était une fois…
Un conte vaut parfois mieux que cent discours
Carême pédagogique 2011
Jour 6
Pensée 6
Le bonheur est -il un état d’esprit, une qualité, une vertu, un don?
Est-il une simple vue de l’esprit que l‘homme aurait inventée pour supporter l’inexorable fin de son existence?
Peut-on le chercher, et si par bonheur, on le trouve, est-il possible de le garder comme on protège un bien précieux?
Est-il d’ailleurs un bien? Peut-on veiller sur lui et le préserver tel l’homme, depuis qu’il l’a découvert, a su entretenir le feu?
Le bonheur tient-il davantage de l’avoir, de l’être, de l’agir?
Le bonheur peut-il continuer de se vivre sitôt qu’il disparaît par le seul fait que la mémoire le rend encore tangible?
Est-il évaluable? quantifiable?
S’il est une vertu, comment s’acquiert-elle?
S’il est un don, certains sont-ils plus dotés et doués que d’autres?
S’il est un bien, comment le partager?
S’il n’est que pure illusion, par quoi le remplacer?
Et puis d’ailleurs, le bonheur est-il obligatoire? Est-il une condition inconditionnelle de la réussite d’une vie d’homme?
Ne sont-ce pas là des questions fondamentales à évoquer en classe avec nos élèves, à l’heure où les vrais faux marchands de faux vrai bonheur ont partout envahi nos espaces de vie?
A débattre et à
Carême pédagogique 2011
Jour 4
Pensée 4

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir [...]
Si tu peux conserver ton courage et ta tête;
Quand tout les autres les perdront [...]
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard Kipling, 1910
(Traduit de l’Anglais par André Maurois en 1918)
Plus qu’un poème, un chant; plus qu’un chant, une prière; plus qu’une prière, un cri d’humanité qui cette nuit m’est revenu en songe.
Ce texte a accompagné ma vie d’adolescente, je l’ai lu chaque jour, deux fois par jour, parfois trois, parfois plus encore. Il me fascinait, me terrorisait, me révoltait, m’apaisait aussi. Il était mon addiction, ma source d’inspiration, ma chapelle ardente. A cet âge si particulier qu’est l’adolescence, c’est lui qui m’a élevée, m’a portée, m’a construite. Sans lui sans doute serai-je une autre, ou ne serai-je pas.
Pour quelle raison Kipling est-il venu, cette nuit, franchir le seuil de mon sommeil?
Sait-il combien de fois ai-je pleuré en le lisant? Combien de fois me suis-je endormie à ses côtés?
Étrange chose que la mémoire tout de même.
Y aurait-il dans la vie, des épreuves que seule l’indicible beauté permettrait de surpasser?
Si tel est le cas, alors notre seule et unique raison d’être est de transmettre à notre tour ce que les hommes ont construit de plus beau;
parce que nous n’en sommes que de simples dépositaires et que de ne pas le faire nous rendrait coupables de trahison, de crime contre l’humanité.
Carême pédagogique
Jour 3
Pensée 3
« C’est une chose souvent éprouvée : cet abîme entre un savoir lourd, embaumé dans les livres ou les morales, et l’humeur aérienne de la vie qui va. On peut ainsi être instruit de tout, et passer sa vie dans l’ignorance absolue de la vie. Ce ne sont pas les livres qui sont en cause, mais la parcimonie d’un désir, l’étroitesse d’un rêve. »
(« Le huitième jour de la semaine » C. Bobin)
lundi: je rêverai je rêverai je rêverai je rêverai…
Mardi: tu rêvas tu rêvas tu rêvas tu rêvas…
Mercredi: il rêvait il rêvait il rêvait il rêvait…
Jeudi: nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé…
Vendredi: vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé…
Samedi: ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé…
Dimanche: elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé…
Lorsqu’à l’école on apprend certains verbes
apprenons d’abord à les vivre
avant de les conjuguer
pour éviter de passer
…à côté d’un rêve
Bonne journée donc!
Carême pédagogique 2011
Jour 2
Pensée 2:
» Le courage aboutit à son propre commencement…les courageux sont ceux qui ont l’art de commencer…on n’apprend pas à commencer, pour commencer, il faut simplement du courage. »
Vladimir Jankélévitch
Ce courage là peut-il s’enseigner? se transmettre? le vouloir précède-t-il le pouvoir? ou bien est-ce dans l’agir que le courage prend vie?
Question philosophique de premier ordre me semble-t-il tant elle se pose à nous, chaque jour, qu’on soit adulte, qu’on soit enfant, qu’on soit enseignant, qu’on soit parent et tant elle prépare à la vie, à ses heurts, aux choix qu’elle nous offrira ou que nous provoquerons, à la mort qui nous attend, inévitablement.
Si apprendre le courage, c’est accepter d’éprouver au quotidien la frustration des petits renoncements, enseigner le courage, consisterait-il, par un effet de mise en abime, à accepter, sans pour autant ne jamais renoncer, de n’être pas pleinement en capacité de conduire comme nous le souhaiterions, notre enseignement auprès des enfants qui nous sont confiés, dans un temps donné et dans un cadre requis?
Enseigner, c’est être confronté chaque jour à nos limites, à notre petitesse d’homme, à notre ignorance professionnelle, et malgré tout, revenir chaque lendemain, recommencer inexorablement, croire passionnément en la capacité de l’autre, en son courage.
Provoquer le courage, reconnaître le courage de l’enfant, dans la moindre petite activité apparemment insignifiante à nos yeux, ne sont-elles pas des attitudes éducatives fondamentales dans un monde où l’immédiateté, l’efficacité, le plaisir et le culte du résultat sont vantés comme autant de récompense et de mérite?
Apprendre, c’est prendre le risque de ne pas comprendre; il faut du courage pour cela.
Enseigner, c’est oser prendre le risque de n’être pas compris, de se tromper; il faut aussi du courage pour cela, non?
A débattre, de manière éthique et responsable ![]()
Le coin des bavards!