Pisa, et après? Refonder les pratiques plus que les programmes

25 02 2014

Côté Mômes On parle beaucoup de résultats, de programme et de refondation, assez peu du cœur et du quotidien de la classe et de l’établissement, de ce qu’il s’y passe concrètement, de la manière dont on permet (ou pas) d’aider nos élèves à mieux apprendre, de la façon dont les équipes travaillent (ou pas) à se donner les moyens d’interroger collectivement le bien-fondé et l’efficacité de ses pratiques pédagogiques. Habile et ingénieuse posture, typiquement française que d’ignorer la poutre de la réalité en s’acharnant sur la paille des promesses qui n’engagent que les autres …

Pour réamorcer ce blog, je vous propose cet article rédigé pour le dossier Pisa, et après? du magazine Coté famille  paru dans la presse ce mois de février 2014. J’y suis interviewée par Laurent Rochut aux côtés de Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l’éducation nationale et Maryline Baumard, journaliste au Monde dans le cadre de la parution des résultats de l’enquête Pisa.

L.R: Que faudrait-il mettre en œuvre pour que l’école retrouve une dynamique positive et dépasse le seul objectif des résultats?

On connait ce qui fonctionne, de nombreuses enquêtes sur les pratiques en France, en Nouvelle-Zélande, en Inde, en Finlande, en Allemagne et ailleurs mettent en exergue certains invariants que notre système éducatif connait mais a bien du mal à intégrer dans les actes alors qu’ils permettraient d’entrer dans une vraie logique de réussite et d’excellence:

Plus de coopération et d’intelligence collective là où nous fonctionnons majoritairement  sur le rendement individuel et la mise en compétition du travail. Nos élèves, dès l’entrée à la grande école, c’est à dire en CP sont placés les uns à côté des autres, chacun sa chaise, sa table, son livre, son cahier, sa copie, sa note, sa réussite, son échec. Parfois même, afin d’éviter toute collaboration fortuite, on leur demande de dresser des murs entre eux à l’aide de trousses empilées ou de classeurs posés verticalement…On ne leur apprend pas ou peu à travailler, penser et vivre ensemble les uns avec les autres, mais davantage à travailler, penser, et vivre  les uns à côté des autres et le plus souvent, chacun pour soi. Tout le système éducatif est fondé sur ce modèle hyper individualiste et curieusement, il faut attendre d’arriver en milieu professionnel, pour voir enfin s’inverser cette tendance. Et là, faute d’avoir été éduqués et instruits dans un esprit de coopération et d’émulation collective, on est obligé de faire intervenir dans les entreprises, des professionnels de la relation et de la coopération; on met en place des séminaires de team-building et tout cela pourquoi? parce qu’on sait que l’esprit d’équipe, le plaisir et le sentiment d’appartenance sont essentiels pour le dynamisme, l’efficacité et la performance! Mais si on le sait, pourquoi ne pas commencer dès le plus jeune âge?

Plus d’implication et de construction là où nous sommes encore dans un modèle très vertical, transmissif et applicationniste. Dans nos classes, les élèves sont assis toute la journée,  écoutent -en silence si possible- le savoir du professeur, lequel, par la magie des mots et de l’autorité qu’il incarne est sensé se transformer en savoir d’élève;  puis, pour vérifier que le savoir est bien passé du pôle enseignant au pôle élève, ces derniers sont invités à répéter, s’entraîner, exécuter, bien souvent seuls et en dehors du temps scolaire lequel, il faut le reconnaître reste davantage le temps de l’enseignant que le temps de l’élève, le temps de l’enseignement plutôt que celui de l’apprentissage. Les pratiques qui favorisent ce que les anglo-saxons appellent « l’empowerment » à savoir l’éducation au choix, la prise d’initiative, l’engagement, l’expérimentation par l’élève obtiennent de bien meilleurs résultats tout simplement par ce qu’apprendre requiert la mobilisation de toutes les facultés qu’elles soient intellectuelles, psychologiques, sensorielles, sociales, motrices. Donnons plus de temps et d’espace à nos élèves pour s’impliquer, construire et apprendre,  travaillons davantage à développer des contextes d’apprentissages nourriciers et éclosifs et nos élèves apprendront mieux…

Plus de bienveillance et de feed-back positifs, vis à vis du travail, là où dans notre système, Lire la suite »




Réussir sa 1ère classe…(et les suivantes!)

10 07 2012

 

 

 

 

 

« A un moment où la question de la transmission du métier est particulièrement posée, l’ouvrage d’O. Mathon est d’une grande aide pour les nouveaux enseignants. Mais, « réussir sa première classe » est aussi la question que se pose chaque enseignant à chaque rentrée. Car , même après 10 ou 20 ans d’exercice, chaque classe est nouvelle.

François Jarraud

 

  • Se rendre sur le blog « Réussir sa première classe » pour prendre connaissance du sommaire, de la 4ème de couverture, de la préface et des différents articles qui verront le jour au fil de l’été et de l’année à venir.

Parce qu’on a tous débuté un jour et que chaque nouvelle rentrée est une nouvelle première fois, n’hésitez pas à partager et relayer cet article autour de vous!   😉

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C’est quoi encore le problème?!

27 09 2011

A vos agendas! Ou plutôt, devrais-je dire: à vos télécommandes!

Ce soir, sur Arte, sera diffusé un documentaire inédit sur la relation école-famille. L’ironie du calendrier a voulu que ce film soit programmé le soir même du jour de la première grande mobilisation du monde enseignant en cette rentrée scolaire 2011-2012…Les enseignants dans la rue: effet communication de masse assuré mais effet communication dialoguée assez restreint.

Pied de nez ou acte manqué? Il n’en demeure pas moins qu’on ne peut nier que cette délicate relation se construit également par le biais de cette réalité concrète vécue par les familles lors de ce genre de situation. D’où ce petit billet du jour.

« Bon, et ce matin, je fais quoi, moi?

Et surtout je fais comment avec mon fils sur les bras, avec ma fille en vadrouille?

Et puis, c’est quoi encore le problème?

Et oui…C’est quoi le problème?

Entre ce que l’on croit, ce que l’on présuppose, ce que l’on a entendu dire sur le trottoir de l’école d’en face et ce que l’on ignore totalement par manque d’information et abus de désinformation, l’espace laissé aux familles au libre vagabondage d’un imaginaire fantasmagorique très fécond est bien souvent la première source d’incompréhension, de quiproquo voire de conflits potentiels.

Nous, professionnels de l’éducation sommes bien au fait des réalités qui nous contraignent au quotidien, mais les parents, qui vivent d’autres réalités dans d’autres espaces ne sont pas susceptibles de connaître et donc de comprendre le pourquoi du comment d’un mouvement de grève et de protestation. Ce n’est pas parce qu’ils déposent tous les jours leurs enfants au portail de l’école ou qu’ils signent les cahiers de correspondance de leur collégien qu’ils sont censés savoir ce qui se passe réellement à l’intérieur de cette école, de ce collège, de ce lycée, de cette boite noire qu’est encore bien trop souvent l’établissement scolaire. D’où représentations, fantasmes, impatience, exaspération, colère…

« C’est quoi encore le problème »

Alors voilà, en vrac et dans le désordre, voici donc quelques éléments problématiques:

1/ Les problèmes vus du côté des élèves:

  • rythmes scolaires inappropriés = fatigue
  • classes surchargées = écoute personnelle refusée
  • accueil inadéquat des enfants à besoins particuliers = violence psychique et physique
  • disparition progressive du personnel spécialisé = aide spécifique impossible
  • locaux et matériel inadaptés = climat de vie scolaire perturbé
  • incohérence des évaluations en général et des évaluations nationales en particulier = rupture de confiance
  • inadéquation des programmes = incompréhension
  • mise en concurrence face à l’idée de réussite scolaire = stress

Bref, un non respect des spécificités physiologiques, psychologiques et cognitives de l’enfant et un manque de prise en compte des différentes étapes liées à son bon développement entrainant de fait un sentiment de solitude, d’exclusion et d’abandon d’un grand nombre d’entre eux qui se sentent au quotidien, blessés dans leur intégrité physique et intellectuelle et rejetés par l’ensemble des adultes et des quelques camarades, plus normés qu’eux.

2/ Les problèmes vus du côté des enseignants:

  • suppression de la formation initiale = violence faite aux jeunes néo-titulaires
  • injonctions paradoxales à tout va = confusion
  • réformettes successives au petit bonheur la chance = exaspération
  • déficit d’accompagnement des équipes éducatives = sentiment d’abandon
  • inexistence de gestion des ressources humaines = démotivation
  • manque de stabilité des équipes en place = désengagement
  • pression de plus en plus forte face à la notion de réussite scolaire = stress

Bref, un non-respect tant de la personne que du professionnel, un manque de soutien au niveau des équipes d’établissement entrainant de fait, là aussi, un sentiment de solitude, d’impuissance et de culpabilité des enseignants face à l’exclusion d’un nombre de plus en plus conséquent de jeunes considérés par le système comme inaptes au système. Car oui, pour la grande majorité d’entre nous, faut-il le rappeler,  nous avons choisi ce métier, cette fonction, cet engagement humain non pour exclure, cloisonner, sectoriser, niveler, formater, dresser des futurs lauréats mais pour ouvrir des chemins, soutenir des passions, élargir l’accès aux savoirs, rendre  belle l’expérience de l’apprentissage, aider au surpassement de soi et non des autres, faire grandir la personne qu’est l’élève, dans toutes ses dimensions et pas seulement dans sa dimension de futur rouage économique au service du marché économique.


Notre grand malheur en fin de compte -c’est ainsi que je le ressens, et c’est ainsi me semble-t-il qu’une grande partie d’entre nous le ressent également- notre problème donc, c’est que nous sommes partie intégrante du problème; plus que de simples maillons, nous incarnons ce système, nous le servons, nous l’exploitons même. Au lieu de servir l’enfant, oui, nous servons le système. Et c’est ce qui à mon sens devient le plus insupportable. C’est la cause de nombreuses démissions, de nombreuses dépressions, de nombreuses démobilisations. D’où la mobilisation de ce jour. Les enseignants se mobilisent pour éviter la démobilisation générale.

Il me semblait important aujourd’hui, d’exprimer cela aux familles, pour qu’elles comprennent, pour qu’elles soutiennent ou au contraire pour leur laisser le choix de ne pas être d’accord, en connaissance de cause.

Mais revenons-en au point de départ de cet article. La relation parents-profs…

Petit retour en arrière: en juin dernier, Isabelle Cottenceau, journaliste et réalisatrice pour Arte, me contacte en vue de me rencontrer. En effet,  à l’occasion de la préparation de cette émission, et en marge du film lui-même, elle souhaitait recueillir le témoignage de plusieurs acteurs de terrain. Une manière de mener l’enquête au plus près du réel. A la fois enseignante, maman d’élève et formatrice sur ce thème délicat, j’ai en effet quelques idées sur la question. Modeste contribution, certes, mais contribution de terrain. Ainsi, nous avons longuement échangé au soleil autour d’un petit café. Et je l’avoue, ce soir, je suis impatiente de voir et d’écouter le résultat de son reportage.

Je constate en passant, que l’affichette humoristique (voir ci dessus) que je lui avais laissée en souvenir de notre café-rencontre a fait mouche puisqu’elle est en parti reprise dans le titre d’une des séquences de l’émission.

Ce soir il sera question, entre autre chose, du projet de l’école Pajol que j’ai eu par ailleurs l’occasion de rencontrer lors de mes pérégrinations formatives. Une équipe éducative située dans le quartier de la goutte d’or, dans le 18ème arrondissement de Paris. Cet établissement, de par son projet innovant en matière d’accompagnement éducatif fait partie des établissements qui entrent dans le cadre de l’article 34 de la loi d’orientation pour l’avenir de l’école promulguée en 2005. Ce statut particulier donne le droit à l’école d’expérimenter et de mettre en place une organisation particulière au plus proche de ses besoins, c’est à dire au plus proche des besoins des familles qui lui ont donné leur confiance et confié leurs enfants, nos élèves.

Au cours de l’émission, nous voyagerons également en Allemagne. Et pour finir, en fin de soirée, Philippe Meirieu débattra sur le sujet de la relation parents-profs avec un autre invité d’honneur venu d’Allemagne, Christan Füller

En guise de conclusion et d’invitation pour aller plus loin:


Alors, à ce soir 😉

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La langue scolaire: langue vivante ou langue morte?

21 05 2011

La semaine dernière, dans le TGV qui me ramenait à Paris après une longue  journée d’action de formation à Troyes, je perçois du fond de ma somnolence la vibration de mon téléphone portable, en mode silencieux bien sûr 😉

J’hésite à répondre et finis par décrocher.

« Bonjour, Mattea Battaglia, journaliste pour le quotidien Le Monde. Nous effectuons une enquête sur les évaluations nationales de fin de primaire et nous aurions quelques questions à vous poser. Votre témoignage de praticienne nous serait fort utile. Accepteriez de nous faire part de votre expérience de classe? Nous aurions besoin que vous nous exposiez 1 ou 2 points relatifs aux difficultés rencontrées par les élèves en fin d’école élémentaire. »

Sujet sensible et délicat, mais vrai sujet.

De manière à me laisser un temps de réflexion, je propose que nous différions cet échange. Mais le journalisme n’attend pas. L’article doit être sous presse dès le début de semaine. J’invite donc la journaliste à me recontacter le lendemain pour envisager la question un peu plus sereinement qu’entre deux gares de chemin de fer.

Après un deuxième entretien téléphonique et quelques allers retours de mails, nous parvenons à un compromis entre mon témoignage et ses contraintes en terme de nombre de signes. Pas facile de restreindre un sujet aussi délicat à un article de 14 lignes « 1300 signes maximum, pas un de plus, pas un de moins » 🙁

Exercice périlleux…car forcément réducteur.

Ainsi, je vous livre un extrait de l’article tel qu’il est paru ce matin, dans la rubrique L’œil du Monde, coincé entre l’affaire DSK et l’affaire Renault…

« Ce que savent, ou ne savent pas les enfants à la fin du primaire »,  une double page  (14-15) sur les évaluations des acquis des élèves en fin de CM2

Extrait:

« En français, c’est avant tout le lien entre le langage oral et les écrits étudiés en classe qui fait obstacle. Pour la majorité des enfants, nourris presque exclusivement de dessins animés, la langue scolaire est devenue une espèce de langue étrangère ou de langue morte. Les textes que nous abordons utilisent un vocabulaire, une syntaxe et des schémas narratifs sur lesquels les élèves butent. Ils peinent autant dans la recherche d’informations explicites que dans celle d’informations implicites. Ils en ont conscience, n’hésitent pas à poser des questions pour peu qu’on leur en laisse l’occasion, ce que ne permettent pas les tests chronométrés des évaluations nationales. Celles-ci sont génératrices de stress, et invitent peu à une lecture intelligente et intelligible. Pour rapprocher ces enfants des textes résistants, il faudrait dès le plus jeune âge leur offrir l’occasion de découvrir le patrimoine culturel issu de la tradition orale (contes, poèmes, etc.). Pour ma part, je consacre chaque jour trois quarts d’heure à la lecture silencieuse d’ouvrages que les enfants choisissent. Une manière de les habituer à « entrer en lecture » plutôt qu’à zapper d’un mot à un autre. » Ostiane Mathon, enseignante en CM1. Elle est l’auteur du livre Un projet pour repenser les relations parents-enseignants (éd. Delagrave, 2009)

Et pour vous, chers lecteurs de Blog Bleu Primaire voici la première mouture, juste un peu plus longue et nuancée…

« Avant tout, c’est le lien entre le langage oral des élèves et les écrits scolaires qui fait obstacle. S’ils rencontrent des difficultés en langue écrite, ils éprouvent d’abord des difficultés à expliciter leurs idées à l’oral. Pour certains enfants, nourris presque exclusivement aux dessins animés ou aux émissions de téléréalité, la langue pratiquée à l’extérieur de l’école ne ressemble en rien à la langue étudiée à l’école. La langue scolaire est devenue une espèce de langue étrangère ou de langue morte. Les textes littéraires abordés en classe, romans d’aventures, historiques, ou policiers utilisent un vocabulaire, une syntaxe et des schémas narratifs complexes qui gênent leur accès au sens.

Ce fossé entre leur réalité linguistique et les attentes scolaires est en grande partie responsable de leurs difficultés. Quand ils sont soumis à des questions de compréhension de lecture, je vois bien qu’ils butent sur la recherche d’informations explicites autant que sur celle d’informations implicites qui fait appel à leur capacité à rendre compte de ce que dit le texte sans que ce soit explicitement écrit noir sur blanc. Pourtant, savoir lire c’est aussi cela, c’est lire entre les lignes sans pour autant inventer une autre histoire. Lire, c’est accéder au sens et à la parole de l’auteur tout en sachant mettre en réseau tout un ensemble de symboles, d’images et de références culturelles annexes. Références hors texte qui leur font grandement défaut.

Ils ont conscience de tous ces blocages, n’hésitent pas à poser des questions pour peu qu’on leur laisse un espace dédié à ces échanges, ce que ne permettent pas les tests chronométrés des évaluations nationales. Ces dernières, telles qu’elles sont pratiquées, sont génératrices de stress, et invitent peu à une lecture intelligente et intelligible.

Pour rapprocher ces enfants des textes résistants il faudrait entre autre et dès le plus jeune âge leur offrir de multiples occasions de découvrir le patrimoine culturel issu de la tradition orale (contes, récits mythologiques, poèmes etc) à dire et conter sans modération à l’école comme en famille. Ce sont ces derniers qui nourriront leur imaginaire des éléments qui leur permettraient alors d’accéder à une lecture résistante et bienfaisante. Pour ma part, parallèlement à la pratique d’une langue orale riche et enrichissante, chaque jour, je consacre trois quarts d’heure à la lecture silencieuse d’ouvrages qu’ils puisent dans la bibliothèque de classe de manière à les habituer à « entrer en lecture » plutôt qu’à zapper d’un mot à un autre. Trois quarts d’heure, c’est beaucoup au regard du programme à boucler diront certains. Certes, mais enseigner, c’est aussi faire ses propres choix, en toute connaissance de cause. Nous n’enseignons pas un programme, nous formons des enfants. Enfin, c’est ma vision du métier.»

Pour finir ce billet du jour et pour tous ceux qui s’intéressent à cette question de la langue, je ne peux que vous inviter à lire l’ouvrage de Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, aux édition l’Harmattan. Un ouvrage riche en analyses et en propositions et qui m’a fortement convaincue de la nécessité de pratiquer ce que l’auteur appelle La Haute Langue Orale.

Et vous, qu’en pensez-vous?

A vous la parole et le clavier 😉

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Press-book!

9 05 2010

Gloriole du jour…

Le CULTURO-blog de mes élèves est inscrit ce mois-ci au sommaire du magazine

« La Classe »

Extraits en direct de ce bel article de deux doubles pages intitulé:

« Concilier lecture, rédaction et pratique de l’internet« 

« Afin d’initier ses élèves, sans viser le B2i pour le B2i, Ostiane Mathon a donc conçu un blog de classe, sur lequel ses élèves de CM1 rendent compte de leurs lectures »

« Lancé en 2008, ce projet s’est développé […]et à l’unanimité, ils (les élèves) ont souhaité poursuivre l’aventure en CM2. Pour l’année 2009-2010 le blog a été l’œuvre de plusieurs classes de cycle 3. »

« Ce type de réalisation croise plusieurs domaines d’apprentissages, ce qui décuple la motivation des élèves. La lecture se trouve investie de nouveaux enjeux. »

« Plusieurs étapes précèdent la publication des textes sur le CULTURO-Blog.« 

« Tous les articles postés sur le blog résulte donc du travail des élèves, supervisé par leur professeur. »

« Ce projet ménage une progression personnelle […] autour d’une création commune […] et d’une identité de classe. »

« Ce blog, sorte de  portfolio numérique […] donne aux parents un aperçu du travail de leur enfant et de la classe en général. »

« Ce projet a été l’occasion d’une réflexion sur les usages d’internet« 

Un dossier réalisé par Aurélie DJAVADI

Je n’ai plus qu’à conclure ce billet du jour en félicitant mes élèves pour leur énergie, leur travail et leur engagement contagieux

et en leur souhaitant « bonne chance » pour le tout prochain concours InterTICE 2010 auquel ils participent cette année et pour lequel ils viennent d’être nominés par le jury pour figurer parmi les finalistes sélectionnés!

Derniers votes en cours…(si le cœur vous en dit) et remise des résultats mardi soir prochain au CNIT de la Défense


😉


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Aide aux profs

5 05 2010

Organisation

Gestion

Valorisation

Parcours professionnel

Mais de quoi parle-t-on

??

Le concept de ressources humaines demeure un concept jusqu’à présent totalement étranger à notre hyper-structure qu’est l‘Éducation Nationale. Des milliers de profs, d’agents, de fonctionnaires y travaillent partout en France et partout dans le monde. Un budget gigantesque. Des enjeux phénoménaux et pourtant…zéro dispositif en matière de ressources humaines, de gestion de carrière, d’aide au développement de compétences. La seule chose qui semble remonter à la surface de ce mammouth fossilisé (je parle de la structure pas des hommes) ce sont des chiffres vertigineux sur l’absentéisme, des faits divers effroyables sur la violence, des résultats énigmatiques d’évaluations nationales…

Notation pour les profs, évaluation pour les élèves, pourcentage de réussite au bac, quotas d’entrée pour les grandes écoles, sanctions disciplinaires pour les uns et pour les autres. Il est certain, voilà de beaux sujets, d’intérêt national, à très forte valeur ajoutée, et, qui plus est, excellents produits marketing prêts à être vendus le soir même dans tous les journaux, les kiosques et les salons.

Alors voilà, dans ce no mans ‘land…il y avait une belle place à prendre!

Il fallait juste y penser

Il fallait juste oser

Il fallait juste se lancer

Y consacrer du temps

Y développer des compétences

Y partager des valeurs

Y valoriser des expériences

Voici le beau projet de l’association Aide aux profs que je vous invite à découvrir si ce n’était déjà fait…

Un espace de partage

Un dispositif efficace

Un projet unique

Merci à Rémi Boyer et à toute son équipe.

Merci pour votre énergie, votre engagement, votre efficacité,votre professionnalisme.

Merci d’exister.

Aide aux Profs CARTE_VISITE_2008

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Promouvoir une éducation durable

11 07 2009

Dans un article du Figaro daté du 10 juillet 2009, Alain Bentolila, éminent linguiste et principal concepteur des nouveaux programmes, s’intéresse aux relations entre la famille et l’école. De la linguistique au projet éducatif…Il fallait y penser!

Quel bonheur de retouver sous votre plume ces idées qui me sont chères et que je défends sur ce blog depuis sa création.

Je vous cite…

« Il est urgent de repenser les liens entre l’école et les familles…pour créer cet espace commun de coopération culurelle et éducative…il faut qu’un vrai projet soit proposé….afin de ne laisser aucun des enfants de ce pays sur le bord du chemin…Il est grand temps d’agir…il faut que parents et enseignants se décident à définir les termes d’une compatibilité entre école et famille…c’est dans une telle perspective que devraient être créer des « écoles de parents »: on y apprendrait à construire des ponts entre savoirs scolaires et vie familiale…nous ne gagnerons pas la bataille contre l’échec scolaire en dressant parents et enseignants les uns contre les autres…l’avenir de nos enfants mérite que l’on réunisse famille et école dans un même élan républicain sans les confondre ni les opposer…une même intelligence doit proposer aux parents et aux enseignants les termes d’un nouveau pacte qui les rendrait collectivement responsables de porter au plus haut degré d’exigence la formation intellectuelle des élèves-enfants « .

Et bien Monsieur Bentolila, la petite enseignante que je suis se voit très honorée du fait que vous vous fassiez l’écho de ces propos. Il m’avait déjà semblé reconnaître quelques-unes de ces formules dans le dernier chapitre d’un de vos récents ouvrages…Certes, les idées n’appartiennent à personne; elles vont et viennent au gré de ceux qui les énoncent, les traduisent, les interprètent, les adaptent. Qu’un homme de votre renommée reconnaisse (quelques mois après avoir sans doute lu un manuscrit que je soumettais à votre regard critique et dont je n’ai jamais eu de retour) la valeur et l’utilité d’un tel pacte républicain me réjouit!

Est-il utopique de penser que vous auriez pu me répondre, comme d’autres l’ont fait, et non des moindres. J’aurais volontiers échangé en toute humilité quelques idées avec vous. Mais j’imagine aisément qu’un homme de votre stature, régulièrement courtisé et sollicité en permanence, ait à gérer avec soin son agenda et à choisir avec prudence ses interlocuteurs!

C’est pourquoi je ne jouerai pas avec vous la fable du pot de terre contre le pot de fer. Je saisis juste ma souris blogueuse au vol et souhaite que nos idées soient lues, comprises et partagées par le plus grand nombre. Bien évidemment, il reste certains points que vous évoquez dans cet article sur lesquels je reste prudente, notamment lorsque vous affirmez que l’école maternelle fournit aujourd’hui une réponse inadaptée aux besoins des jeunes enfants. Ainsi voilà une nouvelle occasion de nous rencontrer et d’en reparler!

Quand vous le voulez, où vous le souhaitez, je reste solidaire d’un dialogue à construire.

En attendant, c’est avec plaisir que je vous invite à (re)lire mon ouvrage. Et oui, figurez-vous que mon « Projet pour repenser les relations parents-enseignants » est paru en avril dernier, après divers remaniements. En voici la couverture:

Vous y retrouverez un grand nombre des termes et des concepts que vous abordez dans votre article. Dans mon ouvrage, j’ai pris soin de les développer en faisant le pari de cette « éducation durable » à laquelle votre article est dédié.

En vous souhaitant bonne lecture!




Dédicaces en vue!

13 05 2009

Un peu (beaucoup…) d’angoisse mêlée à une douce excitation…telle est mon humeur du jour…

En ce mercredi 13 mai, quitteront-ils la Croisette le temps d’un détour par la rue de Courcelles? Cannes-Paris dans l’après-midi, ça s’est déjà vu, non?

Trêve de plaisanteries, j’ai passé toute la nuit à tourner et retourner dans mes rêves et mes pires cauchemars toutes sortes de dédicaces…à l’endroit, à l’envers… façon humoristique ou plutôt philosophique? Pas facile de trouver le ton juste!

Si vous avez des idées, n’hésitez pas…c’est le moment de me donner un coup de pouce!

Petit rappel…

Voici le livre en question

Et pour aujourd’hui, voici l’adresse de la rencontre et les horaires!

LIBRAIRIE VERNISSAGE

192 rue de Courcelles 75017

Entre 14h et 19h

Métro Péreire ou Porte de Champerret

Le plan ici!

A très vite!

Les autres articles parus à propos du livre

ICI




Des enfants « stressés »…

2 05 2009

C’est l’enquête du mois dernier proposée par le magazine Famille et éducation avec un petit encart spécial p 26 …on y parle d’un petit exercice que mes élèves ont très vite reconnu! « Maîtresse, on parle de nous dans le journal! »

Pour illustrer ces propos, je vous propose une petite vidéo (une autre…fin d’année oblige, je vide mon stock!) tournée la veille de la rentrée 2008 avec l’équipe du Web pédagogique.

http://www.dailymotion.com/video/x6kp63

Quelques ouvrages sur ce sujet:

1/ J’suis pas motivé, je fais exprès! Brigitte Prot, psychopédagogue, enseignante, formatrice  éd. Albin Michel, 2003.

Ces enfants malades du stress. Gisèle George, Anne Carrière éd. 2002.

2/ L’enfant et l’adolescent: un enjeu de société, une priorité du système de santé. Danièle Sommelet, rapport de mission Octobre 2006.

3/ Phobie scolaire, comment aider les enfants et adolescents en mal d’école. Josette Lyon, 2008

4/ Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur? Olivier Galland, sociologue. Armand Colin éd. 2009.

Le site « Oser changer » nous donne quelques pistes

Si vous avez d’autres conseils, d’autres lectures et des expériences à partager, n’hésitez pas à nous en faire part …juste là, dans la boîte à commentaires!




Une promenade pédagogique

21 04 2009

En formation à Lyon, à cheval sur les deux semaines de congés scolaires, j’ai pu visiter le temps d’un week-end cette si belle ville. Le soleil et le sourire local ont donné à cette escapade pédagogique un petit air de printemps bien mérité! Et voici qu’au détour d’une rue, je croise Bernard! Oui…Monsieur Pivot juste devant moi et qui me regarde en souriant. Je crois rêver, je m’approche…c’est bien lui! Remarquez au passage la jolie veste bleue…Dans la vie, les hasards sont parfois surprenants! Après avoir échangé quelques mots littéraires sur « les nouvelles nouveautés« , il me conseille de poursuivre mon chemin vers la place Bellecour, rendez-vous hebdomadaire des Lyonnais où je trouverai certainement des librairies garnies d’ouvrages en tout genre. Me voilà repartie, en empruntant les quais de Saône. A ma droite, surplombant la ville, massive et imposante, Notre Dame de Fourvière, veille sur ses habitants.

Voilà bientôt la place Bellecour avec en son centre une statue équestre de Louis XIV majestueux sur sa monture royale. Une vaste place rectangulaire avec en effet à chacun de ses coins de grandes librairies. J’opte pour celle-ci, la devanture est attrayante et Agnès, conseillère au rayon pédagogie m’accueille avec beaucoup d’attention. « Un projet pour…repenser la relation parents-enfants »? C’est une nouveauté, nous venons de le recevoir, vous le trouverez au 1er étage. Je vous accompagne si vous voulez.

Mon coeur tremble un peu…j’allais voir pour la première fois mon bébé dans la cour des grands! pour reprendre l’expression d’une maman d’élève.

Et oui, il est bien là, joliment rangé sur une étagère colorée…ça fait tout drôle tout de même…

Dites, osé-je demander au responsable de rayon, vous pourriez me prendre en photo? En fait…il se trouve que j’en suis l’auteur. Un petit évènement pour moi, vous comprenez…

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Parents-enseignants, vers un partenariat possible?

15 04 2009

Sortie officielle!

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Disponible également dans toutes les librairies

Présentation du contenu:

SOMMAIRE

PRÉAMBULE: une collection, un état d’esprit

INTRODUCTION: les problématiques en questions

1. DIALOGUER…cela s’apprend!

– L’enseignant: derrière le professionnel, un individu

– Transformer le destinataire en partenaire

– Établir des ponts de communication

– Mettre en place des outils

– Communiquer pour créer, construire et développer

2. Un partenariat pour DIRE et FAIRE ensemble

– Faire un état des lieux de la structure scolaire

– Définir conjointement les manques et les besoins

– Organiser une méthodologie commune

– Gérer les compétences et le rôle de chacun

– Accompagner et soutenir les différents partenaires

3. L’ENFANT-ÉLÈVE en association avec les PARENTS

– L’élève au cœur du système: une radio d’école

– Spécificité, complémentarité, participation autour d’un spectacle

– Autonomie et responsabilisation: un voyage scolaire

– Génération internet pour bloguer l’école et la famille

– De la semaine de la presse au journal d’école

4. TRANSVERSALITÉ, COOPÉRATION et APPRENTISSAGES SCOLAIRES

– Sortir l’école de son étau mental

– Relier les sphères affectives, sociales et cognitives

– Installer les apprentissages dans une réalité concrète

– Un grand pas vers la citoyenneté et et l’autonomie

– Inscrire la scolarité dans une dimension humaine, culturelle et intellectuelle.

CONCLUSION: 5 points d’entrée pour une nouvelle CHARTE ÉDUCATIVE

Qu’en pense le Café pédagogique?

Recommandé par Cap Canal




Repenser la relation parents-enseignants

10 03 2009

A Paraître le 15 avril prochain!

Mon tout premier livre!

Oui, je sais… cela veut dire qu’il vous faudra attendre 1 mois…

Mais quand on aime…l’attente fait partie du plaisir!

Disponible dès à présent sur Amazon.fr

Cette collection, dirigée par Gérard De Vecchi aborde les questions d’éducation de façon transversale ou bien par thème. Outre les nécessaires réflexions théoriques sur le sujet, vous trouverez également dans cet ouvrage des pistes pratiques et des outils concrets. En marge du texte, des remarques guident l’utilisateur pour se repérer facilement. De plus, le niveau d’adaptation au cycle de l’école ou du collège est toujours précisé.


Par d’autres auteurs et déjà parus dans la même collection « Un projet pour… »

Philosopher à l’école

Favoriser la relation maître-élèves

Enseigner le travail de groupe

Éduquer à la citoyenneté

Faire vivre des démarches expérimentales

Articuler production d’écrit et grammaire

Enseigner par situations-problèmes

Traiter les programmes avec plus de sérénité

Rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages

Mettre les TICE eu service des apprentissages

Travailler l’image et les médias

Éduquer au développement durable

Aborder « le socle commun de connaissances et de compétences »

Enseigner intelligemment l’orthographe

Enseigner le calcul mental

Une collection colorée, vivante, et pratique dont chaque ouvrage fait une petite centaine de pages. Lisible en une soirée!

Plus qu’une collection, un état d’esprit…

J’ai pour ma part eu beaucoup de plaisir à travailler avec Gérard De Vecchi.

Merci Gérard!




Quelle école pour mes enfants?

16 10 2008

DARCOS et la Maternelle. Zéro de conduite !

1/ Des propos mensongers

2/Des préannonces déguisées

3/ Un mépris scandaleux

1/ Notre Ministre n’est pas un ignorant.

Il connaît le métier.

Il sait parfaitement qu’on accepte les très jeunes enfants, à l’école maternelle, uniquement sous réserve d’être propres.

Point de couche donc, en toute petite section, contrairement à la crèche.

Alors pourquoi cette provocation?

Juste pour provoquer ? Pas seulement…

Nous somme ici face à une forme de discours très stratégique en politique: couvrir un mensonge par une réalité…et hop ! L’opinion, docile et non avertie, finira par se laisser bercer et berner :

C’est vrai, finalement, payer des changeurs de couches à surveiller la sieste, vraiment pas besoin d’être diplômé pour cela !

Car oui, les petits se reposent après le déjeuner. Oui, l’école respecte encore ses rythmes biologiques essentiels.

« Pipi, caca, dodo » ça fait partie de la vie Monsieur le Ministre ! Un peu d’honnêteté, s’il vous plaît…

Entre nous, vous ne vous sentez pas plus disposé au travail après un petit instant de récupération, porte du bureau fermée et paupières abaissées ?

Un petit tour aux « wawas » avant de prononcer un discours, cela ne vous soulage-t-il pas?

Le repos, c’est essentiel, c’est même un droit légitime, tout comme l’envie d’uriner et le passage aux toilettes, avec ou sans « petit train » !

Ces deux droits sont tout aussi fondamentaux que ceux d’apprendre que « b et a font ba »  ou « 1+1=2 » !

Nos enfants se lèvent tôt, sont accueillis dans un cadre différent de celui de la maison. Leurs repères familiers sont brouillés. Ils apprennent d’autres codes.

Là est l’enjeu majeur de l’Ecole maternelle. L’enfant entre à la petite Ecole mais comprend vite qu’il intègre ainsi, peu à peu sa longue aventure sociale, culturelle, intellectuelle.

Dans la cour, il voit les grands. Sur le trottoir le matin et le soir, il voit les « encore » plus grands. Oui, ça y est, il fait partie de la grande ronde des humains. C’est important, non ?

Et c’est en maternelle, durant cette  Ecole Premièresi justement renommée par Philippe Meirieu, que le jeune enfant revêt tranquillement son costume d’écolier. Il a deux ou trois  ans pour habiter ce rôle que la société a choisi pour lui. Et ce n’est pas n’importe quel rôle, le bâcler ferait de lui un « non-conforme »,  tout prêt à errer de stage de remise à niveau en heure de soutien…

2/ Alors pourquoi lancer cette polémique, quelles préannonces déguisées sous ces propos ?

Petit exercice d’anticipation, mais si réaliste qu’il en devient quasi réel…

– 1ère étape: rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans.

Voyez, nous effectuons un grand pas pour pallier les inégalités, nous donnons un an de formation de plus aux enfants de notre pays! Mais un an de qualité !

– 2ème palier: supprimer peu à peu les petites et moyennes sections.

L’Education nationale ne peut garantir de budgets pour ce qui ne relève pas de sa mission…et la petite enfance ne nous regarde plus!

– Suite logique et prévisible: renvoyer aux parents, aux collectivités locales, aux financements privés, la prise en charge des enfants jusqu’à l’entrée en Grande section.

Cela se fait dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?

– Dernière marche: entériner l’inadaptation de la formation des enseignants.

L’école n’est plus ce qu’elle était, il faut supprimer la formation telle qu’elle existe pour la rendre plus performante et réaliste. Nos élèves méritent mieux!

3/ Voilà l’habile manipulation, à laquelle il faut malheureusement ajouter une dernière dimension, la plus inacceptable de la part d’un Ministre de l’Education nationale : le mépris.

Mépris pour le travail incommensurable et méconnu des enseignants de Maternelle.

D’un point de vue pédagogique et humain, il n’y a pas de plus grande responsabilité que celle d’enseigner en Maternelle. Et c’est bien ce qui la différencie des autres structures collectives. C’est une Ecole.

Les enfants y apprennent car les maîtres sont formés pour cela. L’enseignant construit tout au long de l’année des projets spécifiques qui permettent à l’enfant de grandir physiquement, psychiquement, intellectuellement, personnellement, collectivement. Il met en place des ateliers, des progressions, des évaluations qu’il régule en fonction des apprentissages attendus et des enfants qui lui sont confiés.

Alors, lorsque ces compétences professionnelles sont réduites à l’image mentale d’une couche qui déborde, on comprend mieux pourquoi ces mêmes enseignants, poussés jusqu‘aux limites de l’inacceptable, sortent dans la rue, crient et réclament le minimum vital, la reconnaissance de leur METIER et de leur professionnalisme.

Mépris vis-à-vis des efforts consentis et des acquisitions effectuées par les élèves les deux premières années de scolarisation.

Regarde papa le beau tableau que j’ai peindu, t’as vu mon cravail comme il est dur, écoute maman la poésie que ze te chante, venez tous les deux au  pestacle de Noël.

Bien sûr, le langage se construit, évidemment les apprentissages n’en sont qu’à leurs débuts.

Mais à ces âges, TOUT est apprentissage, du tout petit geste quotidien à la moindre situation nouvelle. Imaginons, adultes que nous sommes devenus, repartir de là…Nous aurions TOUT à réapprendre…Alors, décréter que ces années d’Ecole ne comptent pas…C’est un peu dire à nos enfants « Pauvres de vous, depuis trois ans, vous n’avez rien fait, rien appris, vous êtes restés des bébés, reprenez vos tétines et vos doudous et rentrez chez vous ! »

Mépris enfin vis-à-vis des familles qui pour certaines d’entre elles n’ont aujourd’hui pas d’autres moyens d’insertion que cette Ecole. Que vont-ils devenir tous ces enfants, coupés du lien social et culturel que représente l’Ecole maternelle ? Des oubliés, des retranchés, des marginaux, des laisser pour compte, des parasites. Mais bon sang, ce sont des enfants. Ce sont nos enfants ! Quel parent, quel éducateur honnête peut se détourner de ce devoir d’accompagnement éducatif et humain que notre Ecole Maternelle française doit préserver à tout prix !

Pour ma part, je ne veux éduquer mes enfants ni faire classe à mes élèves dans une société ou une école qui relèguerait à l’arrière plan cette dimension primaire, existentielle et fondamentale qu’est l’humanité.

Parents que nous sommes, ne nous endormons pas !

L’Ecole, leurs maîtres et leurs professeurs ont besoin de notre soutien ferme et proactif !

Une maman d’élèves inquiète.

Une maîtresse d’école concernée.

Article paru dans la magazine parental Côté Mômes

C’est pourquoi dimanche 19 octobre j’irai Place d’Italie. J’irai parce que je suis une maman concernée. Oui, j’irai défendre une école digne. J’irai exprimer ma solidarité à ces enseignants qui jour après jour, année après année partagent le quotidien de mes enfants. J’irai marcher à leurs côtés. Dimanche, c’est un beau jour pour manifester.

L’itinéraire et les infos ici




A vos marques, prêts…

29 08 2008

…c’est la rentrée !

Derniers préparatifs, courses en tous genres, pendules à remettre à l’heure…il faut faire vite pour arriver le jour J dispo, frais et prêt…

Prêt ? On n’est jamais totalement prêt pour ce genre de retour à la réalité scolaire. Ni les enfants, ni les parents ! Et je sais de quoi il retourne étant à la fois enseignante et mère de 4 enfants, donc de 4 élèves scolarisés du CP au lycée. Tout au plus, me permettrai-je de donner quelques pistes.

1/ Une rentrée réussie car attendue. La belle affaire…pourtant, quand on y réfléchit, après deux mois de vacances, les enfants sont souvent heureux de retrouver leurs camarades. Un coup de téléphone à Delphine et Marinette, un rendez-vous à la piscine avec Paul et Virginie, juste avant la rentrée, voilà une manière ingénieuse de rétablir le lien social si motivant à l’école. Gentils parents que nous sommes, et si nous organisions un petit goûter préscolaire ? Une entrée en matière ludique et pédagogique, une après-midi spéciale fête de la rentrée !

2/ Une rentrée réussie car préparée. Arriver le jour J avec tout ce qu’il faut dans son cartable, c’est un bon point de gagné. Parole d’instit’ ! Là encore, on peut faire preuve de ruse, pour que le parcours du combattant ne se transforme pas en bataille familiale à la caisse enregistreuse. Il y a les sentimentaux qui veulent à tous prix garder leur vieille trousse fétiche. Qu’à cela ne tienne, s’il y a tout ce qu’il faut à l’intérieur! Bien au contraire, les bons souvenirs jalousement gardés permettent de mieux affronter l’inconnu. A l’inverse, de nombreux enfants n’échappent pas à l’effet  mode et marque. Et là, le porte-monnaie fait triste mine. Négociations obligées! « OK pour l’agenda Bidule mais pas de gomme à paillettes. » Un conseil, selon son âge, il est bon de  magasiner avec votre enfant, non pour qu’il choisisse, mais pour qu’il passe en revue son matériel, liste en main. Une première approche de la responsabilité partagée.

3/ Une rentrée réussie car pas comme les autres. Les rituels sont extrêmement structurants et rassurants pour les enfants les plus angoissés. Sans les supprimer, il est souhaitable de les faire évoluer. D’une rentrée sur l’autre, les enfants grandissent et aiment voir leurs privilèges s’accroître. « Bon, cette année, c’est du sérieux, tu entres à la grande école. Et bien aujourd’hui tu as droit à Ton Pass Biblio Perso. Je t’emmène choisir un livre, et à chaque fois que tu le décideras, nous l’échangerons. Voilà un exemple parmi des milliers. En fonction de l’âge et des goûts de chacun, il est bon de proposer un petit quelque chose de gratifiant et de valorisant, parce que « Grandir, c’est bien ! »

4/ Une rentrée réussie car apaisée. Au diable les sales notes de l’an passé, on efface l’ardoise et on se donne les moyens d’y dessiner un joli sourire d’écolier. Etre parent d’élève, pas si facile. Aujourd’hui, on attend tellement de  la réussite  de nos enfants. L’école de la réussite ou celle de l’échec ? Et si nous abordions l’école autrement ? Exigence n’exclue pas bienveillance. Dire à son enfant qu’il faut du temps pour progresser, qu’il est nécessaire de se tromper pour comprendre, que les efforts ne sont pas payants immédiatement, qu’il reste un enfant merveilleux sans obligation d’être un élève parfait, dire ces choses là permet à l’enfant d’entrer dans la peau d’un élève serein. Un petit conseil de mam’instit’: pas de carotte à la bonne note, mais plutôt des encouragements mille fois répétés.

5/ Une rentrée réussie car la vie continue! Si l’enfant et les parents vivent mal cet instant c’est qu’il signifie rupture. Finis les promenades improvisées, le farniente en famille et les repas partagés. Le temps de la rentrée sonne souvent comme le glas familial. Il faut donc veiller à ce que l’enfant continue de vivre sa vie d’enfant en partageant avec sa famille des moments particuliers, sans aucun rapport avec l’école. Il n’y a pas que l’école dans la vie ! Parole de maman ! Attention à certains emplois du temps surbookés de nos chers bambins, reflets de nos propres agendas d’adultes ! Le temps passé ne reviendra plus. Passons-le aussi avec eux, pas uniquement à côté d’eux. Une astuce amusante et réconfortante: afficher quelque part, à côté de l’emploi du temps scolaire, un petit tableau de rendez-vous. « Lundi j’aimerai déjeuner avec papa. Mercredi je voudrais aller au square avec Lulu. Jeudi je prendrais bien ma revanche au scrabble. Dimanche matin, s’il vous plaît, laissez-moi dormir… »

Alors, à vos marques, prêts, vive la rentrée !

Article paru dans le magazine parental « Côté mômes »




L’école, pour vivre ensemble

16 04 2008

Pour les lecteurs qui ne lisent pas la presse quotidienne, et pour ceux qui n’ont pas encore exploré le site d’Eveline Charmeux….

Voici, dans son intégralité, mon « coup de colère » publié hier par le quotidien « La Croix »

LA VIOLENCE A L’ECOLE

L’école pour apprendre à vivre ensemble…

Belle ambition !

A son service ? L’éducation civique et ses leçons de vie.
A son service encore ? Les groupes de paroles entre enfants.
A son service toujours ? Les enseignants-éducateurs. (Voir aussi l’article du 4 février « complément d’enquête sur le métier d’enseignants »)
Bref, vivre ensemble, à l’école, c’est vital, c’est inévitable.
Mais alors, et les autres, que font-ils ?

Et vous ?

Vous, les parents ? Les grands parents ?
Vous, les marchands de vidéo ?
Vous, les promoteurs  de gadgets belliqueux ?
Vous, dans le métro ? Dans la rue ?
Vous, le voisin du dessous ? L’automobiliste pressé ?

Vous, intouchables puissants? Juges corrompus ou politiques décadents?

Que croyez-vous donc ? Qu’il suffit de prononcer les mots respect ou morale deux fois dans la journée pour participer à leur diffusion ?

Le respect,un mot tant à la mode qu’il s’est vidé de son propre sens. Trop utilisé, trop galvanisé, trop médiatisé sans doute. Un mot qu’on proclame aux autres, rarement à soi-même. Il erre sur les bancs de la cour de récré, il traîne sur les chaînes de télé. Le Respect s’il vous plaît, je réclame le respect ! Combien de fois par jour entends-je ce même refrain ?

Mais le respect, ça ne se décrète pas ! Ça se vit, ça se transmet. Le respect, c’est un remaniement permanent, une exigence de chaque instant ; si l’on n’y prend garde, les mots, les gestes, les regards, les silences, les rires, les attitudes prennent si naturellement le pas sur la réflexion et le jugement. Apprendre à gérer les paroles et les actes, comprendre pourquoi et comment y parvenir, c’est tout cela que nos enfants apprennent à l’école, dans la cour, dans les couloirs, dans la classe.

Qui peut proclamer que la chose est simple ? Qui peut imaginer que l’école seule relèvera le défi ? Quel parent honnête peut se soustraire à ce devoir d’éducation ? Quel individu majeur peut se dire dégagé de toute responsabilité ? Car enfin, posons-nous (vous étant inclus dans le nous), posons-nous donc aujourd’hui, sans biais ni faux-semblant, la question du rôle de l’exemplarité des adultes pour la construction des jeunes enfants ; ce qu’on leur donne à voir ou à entendre, dans la rue, dans le bus ou le métro, chez le voisin ou à la maison. Les images, les mots, les attitudes dont nous sommes seuls responsables puisque soit nous les véhiculons nous-mêmes, soit nous les laissons à leur portée, soit nous les ignorons.

Nous vivons dans une société formidablement agressive pour les jeunes esprits. Il faut le rappeler, votre enfant ne perçoit pas les images comme vous. Son cerveau ne reçoit pas la même information de la même manière. L’adulte traite toutes les données visibles et sonores via des filtres que la maturité et l’expérience lui ont fournis. L’enfant n’est pas encore capable de cette distanciation, de ce tri entre le réel et le factice. Face à un film d’horreur, il est dans le film, dans l’image, dans la peau du tueur ou de la proie. Quand vous êtes spectateurs, il est lui, auteur ou acteur. Quand vous êtes témoins, il est, lui victime. Et quand enfin vous regardez Catch-Attack le week-end avec lui, il apprend lui que la violence est un jeu, un spectacle qu’on regarde en famille.

Pour le jeune enfant, fiction et réalité sont deux espaces superposables. C’est pour cela qu’il aime tant qu’on lui raconte des histoires, voire toujours la même histoire. Pour lui, au moment où vous lui lisez les mots, où vous lui livrez l’intrigue, il quitte quelques instants le monde, retarde à l’infini l’heure de se coucher et plonge avec délice dans un univers construit rien que pour lui. Mais dès le lendemain matin, lorsqu’il se réveille, lorsqu’il est planté devant son poste de télévision, ou quand la radio lui déverse un flot ininterrompu de paroles en tout genre, lorsqu’il se glisse dans une rame bondée d’adultes gesticulant où maugréant, lorsqu’il traverse les avenues et autres artères survoltées, voilà notre chérubin livré en pâture aux affres du monde moderne. Le parcours du combattant reprend sa course effrénée.

Petit arrêt sur image. Zoom sur la réalité. Extraits choisis. Morceaux vécus.
Attention, esprits sensibles, s’abstenir.

Dressons un échantillon des clichés hauts en couleur qu’un enfant reçoit, sans pouvoir s’en prémunir, en une seule journée: les photos sans équivoque dans les kiosques, juste à hauteur d’yeux, les formules choc en bandeau des journaux, les publicités libidineuses entre deux soit disant programmes télévisuels pour enfants, les clips musicaux qui prônent souvent la violence et le sexe, les téléfilms scandaleux enrobés façon comédies, les faits-divers sordides livrés aux heures de grande écoute, les images sanglantes du « JT » juste avant d’aller dormir. Allez, fais de beaux rêves mon chéri…

Quelle vision de l’homme offrons-nous à ce petit enfant de deux ans, six ans, huit ans, ou à cette toute jeune fille de douze ou quinze ans ? Lui livre-t-on les clés pour décrypter telle affiche, lui donne-t-on les mots pour interpréter tel slogan, lui octroie-t-on du temps pour parler de tout cela ? A défaut de refaire le monde, ayons l’exigence d’exprimer ce que nous ressentons. « Je suis une adulte, mais vois-tu cette image d’adulte me dérange. Je suis un homme mais vois-tu les mots de cet homme me blessent, je suis une grande personne et vois-tu l’attitude de cette grande personne me révolte. Et toi, qu’en penses-tu ? »

Prenez-vous, prenons-nous ce temps là ?

Oui, la violence existe, existait et existera toujours. C’est un fait universel, une donnée intemporelle. La question est ailleurs, inéluctable pour l’éducateur, vitale pour l’enfant, essentielle pour la société. Une question qui engendre mille questions. Mille questions générant la réflexion et non le délit d’opinion, non plus la soumission.

« Que fais-je de cette violence ? Comment travailles-tu avec cette violence ? Que pense-t-elle de cette violence ? Qui jugeons-nous au travers de cette violence ?  De quelle manière transformez-vous cette violence? Comment vivent-ils dans cette violence ? »

A défaut de refaire le monde, ayons l’honnêteté d’affronter ses faiblesses, de s’en insurger, de se positionner. Si nous, responsables majeurs et soi-disant éducateurs, si nous parents ou tout autre tuteur, nous autorisons le silence ou l’indifférence s’installer, alors nous ouvrons délibérément la porte à la banalisation de la violence ou de la médiocrité.  Bien évidemment, face à cette leçon de morale un peu provocatrice, j’en conviens, un tantinet réactionnaire, je l’avoue, et très culpabilisante, il est vrai, la rhétorique du laisser-faire impuissant reprend le dessus. Ainsi va le monde diront certains, nous n’y pouvons rien, se dédouaneront les autres, les enfants s’adaptent à tout rétorqueront les uns, l’école leur apprendra bien les bonnes manières espéreront les derniers. Une ou deux maximes livrées en bon uniforme à la manière du bon vieux temps et nous autres adultes serons absous de toutes nos dérives.

L’école, encore l’école, toujours l’école …L’école fera ce que les adultes souvent ne savent plus faire.

Et bien oui, le matin, quand vous quittez votre enfant et que j’accueille mon élève, je sais qu’il me faudra souvent remonter le cours du temps, effacer certains cauchemars, adoucir des paroles trop brutales, gommer des images affolantes. Dès les premières minutes, dans la cour de récré, il est aisé de capter  l’atmosphère qui déterminera les apprentissages du jour. Agités, bagarreurs, électriques, certains matins ressemblent trop au tapage urbain, certains matins, il ne fait pas bon rester trop longtemps dehors. Vite, il nous faut rentrer la troupe avant la débandade. Ouf, la cloche sonne et tout ce petit monde se met en rang, par deux et dans le calme, s’il vous plait. Pardon ? Dans le quoi ? Lui donner la main, à elle ? Et pourquoi je dois tenir la porte ? T’as vu le dernier combat de Catch-Attack hier, c’était top ! Trop cool quand on lui arrache les yeux ! Pousse-toi gros tas ! M’dam ! y m’a traité ! Même pas vrai, c’est elle qu’a commencé ! Dans tes rêves …

Il est 8 h… l’école s’éveille …
« Bonjour Léa, bonjour Sam ! Tiens, tu t’es coupé les cheveux Sofia ? Attention, tes lacets sont défaits Nicolas. Bonne fête Maxime ! »

La porte de la classe s’ouvre et la leçon de vie reprend son cours.

A commencer par quoi ?

Par se dire bonjour, tout simplement.

Oui, chaque matin, j’apprends à mes élèves à se saluer en se serrant la main, à se sourire en se regardant dans les yeux. Le matin, j’adresse à chaque élève, un mot, un regard. Le matin, je leur lis une histoire, pour leur plaisir et pour le mien. Le matin, on chante une chanson qui nous rassemble. Le matin, j’accroche aux murs les dessins de la veille. Le matin on prend le temps de raconter un petit bonheur vécu. J’appelle ce temps « Les cinq minutes d’intro. » Sans ce temps là, rien n’est possible, sans ce temps là, rien ne se fera. S’installer, s’arrimer, s’ancrer, prendre place, toute sa place. Une place pour chacun. Voilà qui est fait. Je suis là. Ils sont là. Nous sommes là. Tous là ?

« Y manque Sara M’dam, ch’peux prendre ses d’voirs ?
– Oui, merci Victor.
»

Oui, chaque matin, à l’école, on essaie de replanter un décor humain. Chaque matin on essaie de recréer du lien. Pour que la journée soit belle, pour que les heures d’école soient plus douces que la veille, pour que la vie ait un goût d’enfance, pour que l’enfant ait le goût de la vie. Les enseignants s’y attellent à chaque instant car « apprendre à vivre ensemble », c’est le cœur de notre projet éducatif. Alors, c’est vrai, lorsque je quitte cette école le soir, et que j’entends le monde et ses cris, lorsque je vois les hommes et leur violence, je pense à mes élèves, à ma journée et à celle du lendemain. Et j’imagine aisément le malaise qu’ils ressentent ; d’un côté, soumis à des règlements scolaires écrits par l’institution et contresignés par les parents et de l’autre spectateur d’un monde schizophrène qui manie aussi bien la décadence que la repentance, qui instille aussi bien l’éducation civique, que l’incivilité publique.

Et je l’admets, il m’arrive d’être en colère, contre moi et contre vous, car il me semble qu’aucun adulte ne devrait ignorer ce qui est susceptible de corrompre l’innocence d’un enfant.

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Attali ou le nouvel Attila?

30 01 2008

Pour commencer une discussion, rien ne vaut un petit coup de gueule! « Le Monde de l’Education «  s’en est même fait l’écho…petite fierté perso…

                                        ECOLE ET ECONOMIE

 Faire l’économie de l’une au profit de la seconde…

Au sujet du rapport Attali  ou comment transformer l’école en une plate-forme économico-financière pour relancer la croissance de la nation, fabriquer des élèves-rouages au service de l’économie de marché et former des enseignants-Frankenstein aux commandes d’une super structure hyper robotisée.

Et l’éducation dans tout cela ? Pardon de poser cette question, je dois être hors sujet ou complètement has been…

Un catalogue de « yaka » bien formulés par une troupe d’experts et voilà le petit monde politique en ébullition. La solution Attali vient de paraître. Tous à vos postes et au garde à vous. Pas de questions, juste des réponses. Il est vrai, les questions, ça dérangent ; elles invitent à la réflexion ; et la société a besoin d’immédiateté. Tellement plus  tranquillisant. L’instantané anabolisant, les 365 remèdes pour guérir la France, c’est-à-dire le monde, que dis-je la planète ; c’est simple, un par jour pendant un an, fallait y penser. Vivement 2009 !

Non, monsieur Attali, je ne veux pas du meilleur des mondes, je veux juste un monde meilleur.  Pour moi, l’école primaire doit en être le reflet. Là, plus que partout ailleurs, l’enfant doit être préservé de nos rivalités d’adultes, de nos peurs de consommateurs frustrés, de nos angoisses de parents licenciés, de nos égo surdimensionnés assoiffés de pouvoir . Là, plus que partout ailleurs, l’ouverture, l’entraide, l’accès à la culture, l’accueil de la différence, le droit au temps d’apprendre doivent être les moteurs essentiels de nos comportements et de nos attitudes.

Former des citoyens capables de dire non, cela vous fait-il peur à ce point ?

Le parcours d’un élève de nos jours ressemble déjà davantage à la course au meilleur CV qu’à l’élaboration progressive de sa construction humaine. Mais cela ne vous suffit toujours pas. La société va de plus en plus mal nous dit-on, alors fabriquons les prototypes humanoïdes de demain capables de résoudre les maux dont nous souffrons. Et ce, dès la maternelle. Les esprits sont tellement plus malléables lorsqu’ils sortent du ventre de leur mère. Surtout, ne perdons pas de temps, le temps, c’est de l’argent !

L’école donc, comme laboratoire pour la mise en service de nos « futurs enfants sauveurs du monde malade ». Première étape : le formatage de l’élève objet.  Il saura lire les rapports annuels des grandes entreprises, calculer les algorithmes boursiers et traduire en dix langues les ondes martiennes venues de Jupiter via des sondes super soniques. La science de demain, si si, il faut anticiper !

En réalité, Messieurs les experts, votre rapport est la preuve vivante de la grande difficulté de notre société à trouver une cohésion philosophique qui l’emporterait sur les crises économiques. Ces dernières ont  entraîné sans nul doute le retour de la précarité et l’émergence de la défiance vis-à-vis des institutions. La première d’entre elle, l’école est le premier lieu de cette rupture sociologique. Chacun voudrait y réaliser ses rêves, chacun y place ses attentes propres. Mais tous ces « chacun » ne parviennent plus à s’unifier autour de valeurs communes, capables de fédérer les différences. Alors en guise de valeurs, on statue sur des objectifs, on cible des résultats.

L’individu, pour l’autre individu est devenu sinon une menace, au moins un adversaire. La notion d’effort s’est transformée en idée de compétitivité, celle de mérite, en efficacité et enfin la réussite scolaire puis financière incarnent désormais la récompense extrême, le but  final, l’objectif suprême. Et par-dessus tout le reste, nous demandons à nos enfants de protéger nos acquis d’adultes, de prendre la revanche sur les terrains que nous n’avons pas su ou pu exploiter nous-mêmes. Et nous  implorons, nous exhortons, nous supplions l’école d’en être la première marche. Nous l’idolâtrons si elle y parvient, et blasphémons si elle échoue.

Mais la gloire n’attend nos élèves à la sortie d’aucune de nos écoles. Ils auront toute une vie, leur vie, pour y parvenir. Il n’est pas question ici de l’éloge de la paresse,  juste de replacer le mérite et la réussite à un niveau moralement accessible et de détourner la valeur du travail de la seule valeur chiffrée, calculée sur un potentiel salaire à venir, induit par tel cursus scolaire. Nous ne sommes qu’en primaire ! Nos enfants n’ont qu’entre deux et dix ans ! Laissons-les construire leurs rêves !

Et puis, redescendez sur terre et venez voir un peu ce que nous faisons en classe.

Lorsqu’en maternelle, Céléna joue à la marchande, c’est de l’économie !

Lorsqu’en mathématiques les élèves de CE1 calculent les recettes de la vente de gâteaux pour leur sortie de fin d’année, c’est de l’économie !

Lorsqu’en histoire, les enfants de CM1 apprennent que nos ancêtres les Gaulois ont commencé le commerce avec les pays voisins, c’est de l’économie !

Lorsqu’en éducation civique, les parents des CM2 viennent présenter leurs métiers, c’est de l’économie !

Oui, tout cela se fait déjà depuis de longues années. Je vous invite à le constater vous-même. L’école primaire n’est pas si déconnectée de la réalité que vous semblez le croire !

Que voulez-vous donc de plus ? Former (et rémunérer) des enseignants super savants qui enseigneraient en plus de tout le reste, les notions de commerce extérieur, d’économie parallèle , ou de réglementation des fraudes en entreprise ?  Comment gagner cinq milliards en travaillant moins ? Perspective alléchante !

Allons, Monsieur Attali, je vous ai connu mieux avisé.

Ne transformons pas l’existence de nos enfants en un affrontement qui désignera un vainqueur et un perdant. L’existence le leur rappellera bien assez tôt. Ne cautionnons pas cette idée d’une école assimilée à un secteur économique dont la fonction première serait de produire des stéréotypes prêts à poser, prêts à gagner, prêts à jeter.

Et la réussite, parlons-en, quelle réussite ? Celle que nous calculons en nombre d’actions ? Celle de nos  fantasmes d’adultes que nous projetons sur un avenir qui nous échappe et dont nous nous délestons sur nos enfants ? Alors pour nous rassurer ou peut-être pour nous permettre de perdurer socialement encore un peu au travers de leurs brillants itinéraires, nous les interrogeons, les sondons tels des inquisiteurs. « Quel sera ton lendemain ? Il faut travailler dur pour gagner son pain. On n’a rien sans rien. Cette année est décisive si tu veux rentrer dans une bonne école. Pense à ton dossier. Pense à l’avenir. Pense, pense, pense. Dossier, dossier, dossier, avenir, avenir, avenir….» Est-ce une litanie anesthésiante, une prophétie paralysante, une injonction débilitante ?

La compétition demeure, à mes yeux un artifice pédagogique, certes efficace, utile et nécessaire dans certains cas, mais qui ne doit jamais se transformer en une fin en soi. Elle conduit à une image iconoclaste du monde scolaire qui n’est ni saine, ni réelle, ni digne.

L’éducation est le fruit d’une longue quête. Elle s’acquiert dans la durée, la patience. Elle se construit dans l’exigence et la bienveillance.

En la matière, messieurs les experts, il n’existe aucune formule magique capable de transformer les élèves en super héros comme on fabriquerait un objet sur mesure. Et c’est tant mieux !  

De grâce, laissons à l’enfant le temps de vivre, de rêver, de grandir.

Laissons au temps la possibilité de construire les savoirs de l’élève.

Laissons à l’enseignant en primaire une chance de les initier durablement aux principes fondamentaux.

Laissons au collège et au lycée la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives.

Laissons aux parents l’espoir de participer eux-mêmes à l’instruction de leurs enfants.

A chaque âge ses délices. L’école maternelle et élémentaire ne peut et ne doit tout faire. Elle n’est qu’une étape vers la connaissance, ne brûlons pas les suivantes, ne sautons pas les marches !

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Ostiane Mathon,

ni experte,  ni politique, ni journaliste, ni de gauche ni droite, juste instit

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