La roche et le ruisseau

24 03 2011

Carême pédagogique

Jour 14

Pensée 14

De la persévérance et de bien d’autres choses encore

« Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non par la force, mais par la persévérance. »

H. Jackson Brown

Depuis cette année, sur les murs de ma classe, j’ai punaisé un certain nombre d’affichettes correspondant aux différentes compétences travaillées. Des affichettes mobiles qui reprennent en couleur, en dessin, en mot ou encore sous forme de logos, les compétences mais aussi les attitudes attendues lors des séances de travail et sur lesquelles l’effort et l’attention des élèves devront porter plus particulièrement.

Lors de la mis en place d’une activité, je sélectionne les points précis que les élèves vont devoir travailler et je les rassemble sur le coin du tableau. Ainsi, les enfants savent ce qui est en jeu dans la situation proposée ainsi que les compétences qu’ils auront à mobiliser. Depuis quelque temps, et je trouve ce fait assez intéressant pour être souligné, certains élèves, de leur propre initiative suggèrent des affichettes qui leur semblent manquer à ma sélection.

Et là maîtresse, on pourrait ajouter aussi le logo

« Je sais…travailler seul » ou » « Je sais…travailler à plusieurs » ou « Je sais…travailler en temps limité » ou « Je sais…lire les consignes sans l’aide de l’adulte » ou « Je sais…m’organiser et anticiper » ou…etc

Parmi ce lot d’affichettes, voici celle qui illustre d’une autre manière la citation ci-dessus.

Je sais…

m’engager dans un travail à long terme


Pour celles et ceux qui le souhaitent, voici un des jeux d’affichettes à télécharger en version PDF Icônes Je sais…

Parallèlement à celui-ci, j’ai confectionné un autre ensemble d’affiches centrées sur les compétences requises pour la bonne assimilation des connaissances dans des domaines plus ciblés comme la lecture, la conjugaison, le grammaire, le vocabulaire et le langage oral.

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La violence du mammouth

14 05 2010

Billet d’humeur sur fond de problématique générale.

En colère, très en colère…


Madame,

Vous avez sollicité un congé de formation pour l’année 2010-2011.

J’ai l’honneur de vous informer que la commission consultative mixte départementale qui s’est réunie ce jour a pris la décision suivante:


congé de formation refusé


Il a été tenu compte de l’ancienneté de service et des demandes renouvelées.

Je vous prie d’agréer , Madame l’expression de ma considération distinguée.

Voilà…voilà la l’unique et laconique motif administratif que l’on vous adresse en réponse à la rédaction d’un véritable projet professionnel reposant sur un solide dossier largement étayé et argumenté relatant 20 années de pratiques professionnelles, d’expériences éducatives, de compétences diverses mobilisées au travers  de multiples réalisations concrètes au service de l’enseignement et de l’éducation, au service du collectif autant que de la personne. 20 années de service et de temps de formation et d’auto-formation pris sur les temps de congés et les weekend. 20 années de service, d’expérimentation et d’innovation, de témoignage, de partage et de co-formation.

20 années de bons, assidus et loyaux services. 20 années balayées, méprisées et niées par un simple mot de 5 lignes réduisant la valeur d’une démarche de projet professionnel au seul échelon d’ancienneté lui-même étrangement calculé puisque n’intégrant ni les comptes-rendus élogieux des inspections, ni le soutien et les retours positifs de la direction, ni les années d’enseignement à l’étranger

Mais alors, quoi?

Qu’espérer face à une telle violence administrative?

Pourquoi chercher à donner le meilleur lorsqu’on vous renvoie un tel vide abyssal?

Comment espérer faire bouger l’école et les enseignants tant que de tels critères continuent de scléroser chaque jour un peu plus notre système?

Quelle est cette impensable organisation où l’on demande à l’enseignant de valoriser et de développer les compétences et l’autonomie de ses élèves alors que lui-même ne connaît rien d’autre que la soumission à l’argument enfermant d’une grille archaïque?

Allons-nous un jour envisager le développement professionnel des acteurs de l’école en fonction d’indicateurs tangibles liés aux actions menées et aux engagements pris et assumés?

Allons-nous un jour accepter de réformer cette maudite grille indiciaire fondée sur la seule ancienneté qui fossilise, sédentarise et infantilise les enseignants?


A quand la valorisation des compétences?

A quand l’émergence d’une dynamique inter-catégorielle et collective?

A quand l’accès à la mobilité professionnelle?

A quand la réflexion sur le concept de management responsable et responsabilisant?

A quand la prise en compte de la formation et de l’autodidaxie?

A quand le respect des personnes et la reconnaissance des profils professionnels?

A quand la mise en place d’une véritable antenne de proximité reliant les personnels de l’éducation aux services administratifs?

A quand la création d’un authentique service de ressources humaines

en charge d’une gestion des carrières cohérente et valorisante?


Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Recteurs d’académie,

Mesdames et Messieurs les politiques et responsables syndicaux,

au regard du tout récent rapport de la Cour des Comptes,

et de la publication en avril dernier par l’Institut Montaigne d’un autre rapport tout aussi accablant,

n’est-il pas grand temps d’affronter toutes ces questions, d’y répondre et

d’agir de manière éthique et responsable?

Aux appels et besoins des élèves s’ajoutent ceux de milliers d’enseignants impliqués au quotidien dans leurs tâches de manière professionnelle, éthique, responsable et remarquable.


Qu’allez-vous en faire?

Qu’allons-nous en faire?


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Aide aux profs

5 05 2010

Organisation

Gestion

Valorisation

Parcours professionnel

Mais de quoi parle-t-on

??

Le concept de ressources humaines demeure un concept jusqu’à présent totalement étranger à notre hyper-structure qu’est l‘Éducation Nationale. Des milliers de profs, d’agents, de fonctionnaires y travaillent partout en France et partout dans le monde. Un budget gigantesque. Des enjeux phénoménaux et pourtant…zéro dispositif en matière de ressources humaines, de gestion de carrière, d’aide au développement de compétences. La seule chose qui semble remonter à la surface de ce mammouth fossilisé (je parle de la structure pas des hommes) ce sont des chiffres vertigineux sur l’absentéisme, des faits divers effroyables sur la violence, des résultats énigmatiques d’évaluations nationales…

Notation pour les profs, évaluation pour les élèves, pourcentage de réussite au bac, quotas d’entrée pour les grandes écoles, sanctions disciplinaires pour les uns et pour les autres. Il est certain, voilà de beaux sujets, d’intérêt national, à très forte valeur ajoutée, et, qui plus est, excellents produits marketing prêts à être vendus le soir même dans tous les journaux, les kiosques et les salons.

Alors voilà, dans ce no mans ‘land…il y avait une belle place à prendre!

Il fallait juste y penser

Il fallait juste oser

Il fallait juste se lancer

Y consacrer du temps

Y développer des compétences

Y partager des valeurs

Y valoriser des expériences

Voici le beau projet de l’association Aide aux profs que je vous invite à découvrir si ce n’était déjà fait…

Un espace de partage

Un dispositif efficace

Un projet unique

Merci à Rémi Boyer et à toute son équipe.

Merci pour votre énergie, votre engagement, votre efficacité,votre professionnalisme.

Merci d’exister.

Aide aux Profs CARTE_VISITE_2008

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Ethique et responsable

25 03 2010

La toute première des 10 compétences du référentiel de l’enseignant exprime clairement le devoir de l’enseignant d’ AGIR de façon éthique et responsable

Interrogeons-nous un instant sur la nature et la fonction de cet « Agir » avant de le coordonner à ses deux adjectifs, éthique et responsable. Procédé purement énonciatif et explicatif puisque dans la vie, il paraît essentiel, autant que faire se peut, de ne jamais dissocier nos actes d’une éthique et d’une responsabilité à la fois professionnelle et personnelle…

Agir donc…définition du Petit Larousse illustré version 2006:

1- Entrer ou être en action.

2- Produire un effet, exercer une influence

3- Adopter une attitude, se comporter, se conduire

D’entrée de jeu on sent bien que l’action ne peut se détacher d’une attitude et d’une influence présente donc dans chacun de nos choix d’enseignement et d’éducation.

L’agir suppose des actes visibles, des paroles explicites, des visées finalisées, des positionnements clairs, des choix énoncés…et j’oserai ajouter des renoncements aussi. Renoncements assumés et éclairés à la lumière des choix effectués. Mais cet agir, puisqu’il s’exerce dans le cadre d’un établissement, d’une école, d’une équipe, d’une classe,  ne peut se résumer à un agir solitaire, individuel, personnel. Il se décline au sein d’une institution, d’une histoire, d’une culture, d’une unité qui fait corps et qui donne et construit du sens…Nous touchons ici à une valeur fondamentale qui rejoint une question d’ordre philosophique. Comment faire le lien entre l’individuel et le collectif, comment se montrer garant de l’un et de l’autre, comment agir les uns avec et en fonction des autres… Une tension délicate et néanmoins essentielle avec laquelle il faudra sans cesse composer. Trop de collectif nuit au respect de l’unicité de la personne. Trop d’individuel écarte toute possibilité de projet et donc d’humanité.

Essayons de dresser une typologie des actions directement reliées à cette compétence 1 du référentiel de l’enseignant: Agir de façon éthique et responsable.

Des actions en situation:

accueillir chaque enfant le matin par un mot, un regard, un geste personnalisé

– proposer des activités variées et ciblées en fonction des besoins d’apprentissage de chacun

– encourager le plus possible, féliciter lorsque cela est légitime, nommer clairement les difficultés quand elles se présentent

– mettre en place des conseils d’élèves, des ateliers philo où des quarts d’heure « quoi de neuf sur la terre? » où la parole devient un lieu d’échange, d’ouverture et de co-construction de savoirs et de postures

tenir compte des rythmes  et des besoins biologiques des enfants en fonction de leur âge et de leurs particularités

travailler en lien avec les textes officiels: référentiel, programmes et socle commun

– miser sur la méthodologie et l’apprentissage de l’autonomie

Des actions en équipe:

élaborer un dispositif d’accompagnement et d’évaluation en lien avec les capacités de l’élève et des élèves à un moment T pour le et les mener à un instant T+1

– construire des outils, rédiger des documents explicatifs, lisibles et communicables au sein et hors de l’établissement

– rendre lisible et vivant le projet éducatif de l’établissement

– s’associer à l’accompagnement de chacun des membres de l’équipe éducative

– analyser nos pratiques et co-élaborer des savoirs-faire professionnels

s’interroger sur l’organisation du temps de travail des élèves et des enseignants

– innover, expérimenter, se donner le droit à l’erreur

– continuer d’apprendre à enseigner

Des actions en amont

élaborer ses progressions, ses séquences, ses séances

– anticiper les difficultés

se mettre en veille pédagogique et institutionnelle

– réactiver en permanence ses connaissances dans un souci de clarification des contenus à enseigner *

Des actions sur le long terme

– travailler avec les familles

construire des partenariats

– mettre en place des projets

– s’assurer de l’adéquation entre le « j’enseigne » et le « ils apprennent »

– miser sur la co-formation (entre pair)  et l’auto-formation (par soi-même) *

Ce catalogue à la Prévert, loin d’être exhaustif témoigne néanmoins de choix et de priorités qui me paraissent traduire de cet engagement éthique et responsable au service d’une éducation et d’un enseignement durable…Bien évidemment, chacun des items pourrait être décliné en sous-items et en une multitude de verbes d’action. Il s’agit ici d’une sorte de préambule qui ne demande qu’à être amélioré et enrichi au regard de vos propres pratiques et choix personnels et professionnels. Les commentaires sont ouverts…au débat et à la discussion! Ainsi, dans un souci de participation active, j’ajouterai au fur et à mesure vos propositions que je rendrai visibles par une astérisque *

C’est bien là la finalité de ce blog. Partager, s’interroger, se co-former…

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Différenciation, mais encore…

4 12 2009
  • « Le premier des moyens (pour la prise en charge des élèves en difficulté) est la différenciation pédagogique dans la classe pendant les 24 heures d’enseignement dues à tous les élèves. » Circulaire « aménagement du temps scolaire »BO du 19/06/08
  • « La différenciation, c’est un effort de diversification méthodologique susceptible de répondre à la diversité des élèves ». Louis Legrand
  • « Il n’y a pas de méthode unique, il doit y avoir une variété de réponses au moins égale à la variété des attentes. » André de Peretti
  • «Différencier, c’est rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous; c’est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs didactiques qui placent régulièrement chacun dans une situation optimale. La pédagogie différenciée pose le problème d’amener les élèves non pas à un point déterminé (comme nous le faisons en fonction de nos programmes actuels) mais chacun à son plus haut niveau de compétence.» Philippe Perrenoud
  • « C’est une philosophie de l’élève comme sujet, une pédagogie de l’autonomie comme capacité de piloter soit même progressivement ses propres apprentissages, une conception de rapport sociaux comme devant être à la fois reconnaissance de la diversité et recherche de solidarité». Philippe Meirieu

Petite synthèse bleu primaire

Etant donné que…

  1. le modèle d’intelligence unique et universel n’existe pas,
  2. l’intelligence ne peut en aucun cas se confondre avec une somme de connaissances,
  3. nos classes sont le reflet de cette hétérogénéité naturelle
  4. le développement des compétences semble désormais reconnues légalement comme essentiel dans le processus d’apprentissage,
  5. l’objectif de l’école obligatoire telle qu’elle existe aujourd’hui reste pourtant de fournir un programme unique, national et commun à chacune des tranches d’âge…

alors l’enseignant avisé n’a bien qu’une seule possibilité d’action s’il veut faire face à ces contradictions…

la diversification et la différentiation...

Une fois qu’on a dit cela, qu’on pense cela, que l’on croit à cela, la tâche reste pourtant ardue. Quand on veut on peut?

Je ne sais pas…parfois oui, parfois non…L’important étant sans doute le plus souvent possible de faire coïncider valeurs personnelles et éthique professionnelle en lien étroit avec le respect de ce qu’est UN enfant…

CET enfant là, à ce moment là.

Pas plus qu’un autre je n’ai de recette, pas mieux qu’un autre je ne fais face aux difficultés de gestion de groupe. Ce que je sais c’est que seuls une solide formation initiale et continue, de réguliers apports théoriques eux-même questionnés par des échanges de praticiens  en poste fournissent à l’enseignant novice ou déjà chevronné un accompagnement qui lui permet de ne pas complètement lâcher prise…

Alors, soit dit en passant…et en guise de mise en débat…deux ou trois questions en relation avec la réforme annoncée de la formation des maîtres…

Comment les enseignants de demain, formés en Master universitaire  mono (ou bi)-disciplinaire vont-ils être en mesure d’affronter cette complexité due à la réalité du terrain?

La pédagogie, la psychologie, la sociologie, la formation professionnelle ne sont-elles donc plus l’affaire de l’enseignement?

Et comble de la situation, on apprendrait donc à nos élèves qu’à l’école il faut apprendre pour réussir tout assumant ce drôle de paradoxe que le métier d’enseignant, lui, ne s’apprendrait pas et qu’il semblerait donc inutile pour ce même enseignant d’apprendre à apprendre?!

Bizarrerie du système, vous ne trouvez pas…




Rentrée 2009, J-5

29 08 2009

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En image, ce matin, un petit rappel du texte de LOI de 2005

Les 7 piliers du SOCLE COMMUN

En cliquant sur chacune des feuilles ci-dessous,  une fenêtre s’ouvrira et vous proposera différents types de ressources en ligne glanées ici ou là sur la toile: activités, textes de réflexion,  outils pédagogiques, des clins d’œil humoristiques.

Le numérique, c’est magique!

1 http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/nature/feuille1.gifMaîtrise de la langue française

2 http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/feuilles/erable.gifPratique d’une langue étrangère

3 http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/feuilles/erablejaponais.gifPrincipaux éléments de mathématiques et maîtrise d’une culture scientifique

4http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/feuilles/chene.gif Culture humaniste

5 http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/fleurs/myosotis.gif Maîtrise des TUIC

6http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/nature/feuille2.gif Compétences sociales et civiques

7 http://johan.lemarchand.free.fr/cliparts/feuilles/grandefeuille.gifAutonomie et acquisition de l’esprit d’initiative


Fertiliser

Semer

Planter

Entretenir


http://ep.inrp.fr/EP/actualites/image/socle-commun.jpg/image

ep.inrp.fr/…/image/socle-commun.jpg/image





Evaluer…un mot à la mode

19 01 2009

Évaluer: estimer, donner de la valeur…vraiment?

Pourtant, bien souvent, l’évaluation se concrétise en classe par la notation, le verdict, la sanction, la mesure selon un barème identique pour tous là où les besoins sont toujours individuels. Quel élève peut affirmer qu’il en sort, non seulement valorisé, mais également davantage conscient de la trajectoire qu’il lui reste à suivre? Quel parent peut réellement percevoir les progrès effectués ou les difficultés précises qui subsistent? Quel enseignant peut réaliser, à partir de la seule note, les grands axes à définir pour mettre en projet chacun de ses élèves?…Pas grand monde en définitive…et certainement pas les fameux 15 % d’élèves en échec scolaire à la sortie du primaire!

Non, pour être honnête, personne ne peut se satisfaire d’un pareil outil de triage.

Oui, pour être honnête, j’ai été élève, je suis maîtresse, je suis maman, et je peux vous avouer une chose: les notes ne m’ont jamais éclairée sur le « comment avancer ». Car c’est bien cela qui doit primer, n’est-ce pas ?

Élève, elles me terrorisaient ou me glorifiaient mais ne m’aidaient nullement à prendre conscience du chemin parcouru et des étapes suivantes à franchir. Parent, elles m’exaspèrent ou me flattent mais ne me parlent ni de mon enfant, ni de ses capacités, ni de ses compétences ni des manques qui persistent. Enseignante, elles me font perdre du temps et ne me permettent  aucunement d’accompagner et de guider efficacement mes élèves.

Alors, pourquoi je continue de noter???

 » -…car j’ai été élevée ainsi, car le système est ainsi fait, car mes collègues le font, car curieusement les parents et les enfants le demandent, car je n’ai encore rien trouvé ou expérimenté de plus simple, de plus efficace, de plus parlant.

– Mais enfin, Ostiane, me hurle Gimini Criquet dans le tréfonds de ma conscience, rien n’est simple en pédagogie, tu le sais bien, alors ne te cache pas derrière de fausses bonnes mauvaises raisons!

– Aïe, tu me fais mal aux oreilles, ne crie pas ainsi, je ne suis pas sourde, et puis tu te répètes… »

Évidemment, vous me direz et je serai en accord avec vous, chacun a besoin de repères clairs et définis afin de visualiser les objectifs et les notions en jeu, de comprendre les besoins et de se projeter vers des objectifs ciblés et pertinents. Oui. Évidemment. Et l’enseignant éprouve ce même besoin, cette même nécessité! Mais ne peut-on enfin penser la classe autrement? Ne peut-on enfin écouter les chercheurs et s’inspirer des méthodes qui existent ça et là. Tout le monde en parle! Cette question de l’évaluation est omniprésente en formation continue, en salle des profs, sur le trottoir, à la sortie des classes, et même ces dernières semaines, dans les médias!

Quand aurons-nous le courage et l’honnêteté de nous y atteler, en conscience, en pensée, en action et en équipe!

Malheureusement, on ne pourra sereinement ni envisager ni parler d’évaluation positive en classe tant que persisteront, venues de l’extérieur des pressions infondées et inopérantes mettant en place des mécanismes sinon de compétitivité, du moins de comparaisons malsaines.

Alors quoi?

Quand, comment, pourquoi évaluer?

Qui ou quoi évaluer?

Voici, en guise de modeste conclusion, quelques mots-clés qui permettent, au quotidien de donner un sens à l’évaluation. Car s’il n’a jamais été question de la supprimer, il est grandement temps de la penser autrement.

1/ pertinence/transparence/compréhension: le contenu d’une évaluation doit être en étroite relation avec le contenu travaillé en classe; il doit être explicite pour l’élève et pour les parents; la forme et les consignes ne doivent pas être sources d’incompréhension

2/ régulation/adaptation/différenciation: les résultats d’une évaluation doivent permettre à l’enseignant de réguler les apprentissages et leurs rythmes en fonction des différents besoins révélés

3/ communication/progression/construction: en aval et en amont de toute évaluation, il y a le souci permanent d’échanger, de mettre en lumière les points d’appui et les points à travailler, de mettre en projet un élève, un groupe, un enseignant

Pour terminer, je souhaite partager avec vous, comme une invitation à la réflexion, quelques exergues venus d’ailleurs.

« Il faut que l’enfant sache ce qu’on attend de lui » COUSINET

« L’évaluation doit rester un outil de régulation, intervenir lorque rien n’est joué, qu’on peut encore agir. » PERRENOUD

« L’évaluation est moins un problème de mesure que de dialogue. » CARDINET

Sur ce sujet, quelques textes et sites à visiter, riches en matière (réflexion/action)

http://www.pedagopsy.eu/dossier_evaluation.htm

http://www.charmeux.fr/evaluer.html

http://francois.muller.free.fr/diversifier/index.htm

http://www.meirieu.com/ECHANGES/pepinster_evaluation_pratiques.pdf

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/01/19012009Accueil.aspx

http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=4204


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Le jardinier pédagogue (Chap.4.1)

15 10 2008

                                LE MONDE DES SCIENCES

                  La connaissance s’acquiert par l’expérience,                                tout le reste n’est que de l’information.               

                                                         Albert Einstein

Il ne suffit pas de posséder une exquise culture littéraire pour affronter la complexité du monde moderne. Il faut aussi maîtriser au mieux les mathématiques, les sciences de la vie et de la terre, la physique, l’économie. La maîtrise du domaine scientifique ne s’acquiert pas au moyen d’un empilement de notions apprises par cœur, de théorèmes appliqués machinalement.  Là aussi des compétences de base doivent être mises en place pour que les sciences puissent être appréhendées dans leur dynamique continuelle, puisque ses axiomes ne sont que des vérités provisoires, remises en question d’année en année.

Ne voulant ni ne pouvant traiter le sujet de manière complète, je me contenterai de donner quelques exemples qui indiquent ce que j’entends par compétences scientifiques de base, puis je proposerai quelques pistes pouvant susciter l’intérêt pour ce monde réputé abstrait qui rebute de plus en plus les jeunes.

Prenons d’abord la reine des disciplines, celle qui fournit son langage à la science : les mathématiques. Considérons deux de ses piliers : les nombres et le raisonnement. Le dégoût des maths s’établit parfois très tôt parce que les maîtres n’ont pas conscience de la difficulté que l’on peut éprouver – qu’ils ont certainement éprouvée eux-mêmes étant enfant, mais qu’ils ont oubliée – à comprendre certains concepts qui paraissent simples. Stella Baruk (15) a accompli un travail admirable pour combattre l’échec en mathématique. : je lui emprunte un exemple ancien, mais frappant.

On demande à un enfant de CP ou de CE1 d’écrire 33. Facile ! Il connaît 30 et 3 et il écrit ces deux chiffres côte à côte : 303. L’adulte s’exclame :

Mais non ! tu as écrit trois cent trois ! Fais attention !

Comment ça ! se dit l’enfant in petto, j’ai bien écrit 30 et 3 ! Et je me fais disputer ! C’est du chinois, ce calcul ! Je renonce à y comprendre quelque chose.

Le système décimal n’est pas une chose simple et il a fallu des siècles aux hommes pour inventer le zéro ! Voilà un enfant qui risque d’être perdu pour les maths s’il rencontre d’autres difficultés de ce genre sans recevoir d’explications ! Les compétences requises en ce moment pédagogique sont doubles. Que le maître apprenne à utiliser l’évaluation formative, à déceler l’origine de la confusion et qu’il explique à l’enfant l’origine de son erreur de façon à ce qu’il puisse la corriger. Que l’enfant, de son côté, apprenne à poser des questions quand il n’a pas compris et cela sans lâcher le morceau, jusqu’à satisfaction. Pour développer cette capacité, il existe un moyen traditionnel (parmi d’autres) que nous retrouverons plus loin : les devinettes.

En l’occurrence, une variété particulière connue sous le nom de portrait :

– un enfant, le meneur de jeu, choisit dans sa tête un objet sans le dire aux autres ;

– les autres enfants lui posent à tour de rôle des questions permettant de définir l’objet, et il n’a le droit de répondre que par oui ou par non

– quand un enfant pense avoir trouvé il émet une hypothèse. On n’a pas le droit d’émettre une hypothèse avant que le groupe n’ait posé au moins deux questions.

Il est intéressant de demander aux enfants de justifier leurs hypothèses dans tous les jeux de devinettes. Cela leur apprend à manier les outils linguistiques de la causalité et aussi à prouver ce qu’ils avancent, ce qui barre la route au n’importe quoi comme réponse.

En sus du maniement intellectuel et linguistique de la causalité, les énigmes, charades, devinettes permettent d’entrer dans le monde de la logique hypothético-déductive.

Soit une devinette traditionnelle :

Tant plus frais, tant plus chaud.

L’auditeur doit explorer des champs conceptuels dans lesquels il y a des objets chauds et aussi garder à l’esprit l’idée de fraîcheur. Il travaille sur le modèle des tables de vérité : Si p… alors q… mais ici cela ne fonctionne pas, donc (et on est dans la conséquence) je ne peux accepter cette solution.

Il va explorer ainsi le champ du frais car le champ du chaud est trop vaste et ne donne rien. Œuf frais : peut-être, mais un œuf peut être très chaud sans être frais. Le pain : bien ! à la boulangerie, il est bien chaud quand il sort du four et on dit : c’est du pain frais ! Et plus il est chaud, plus il est frais. On voit que l’enfant accomplit un intense travail hypothético-déductif dont la maîtrise sera déterminante quand il affrontera des problèmes scientifiques d’un autre ordre. Les devinettes ont toujours servi à rendre les enfants malins ! Elles sont infiniment supérieures aux jeux éducatifs qui sont vendus au prix du caviar aux écoles, car elles fonctionnent dans la convivialité de la vie réelle. Bien plus intéressant et formateur que de classer des petits morceaux de plastique selon leur forme ou leur couleur, ce qui a plutôt comme résultat de former de bons réassortisseurs de gondoles de grands magasins au lieu de fins observateurs des mondes physique, mathématique, végétal ou animal. Bien sûr, on peut imaginer différents stades hypothético-déducteurs et le tri permet une première approche, un point de départ parmi d’autres chez les tout-petits. Mais ce type d’exercice est loin d’être suffisant !

Ces capacités de raisonnement seront utiles dans toutes les sciences expérimentales qui demandent une autre compétence : le sens taxinomique, mot savant pour désigner le classement. Il existe beaucoup de jeux qui visent à développer cette compétence : Jacques a dit, le portrait chinois ou pas, dont je parlais plus haut. Mais je veux continuer sur les devinettes qui permettent des approches plus subtiles. Quand les auditeurs ne trouvent pas la devinette, le poseur doit donner des traits nouveaux pour les aider. Ces traits doivent être parfaitement pertinents, mais aussi ambigus, sinon la solution est trouvée immédiatement. C’est une excellente école pour comprendre que les systèmes de classement ne sont pas absolus, mais arbitraires, et demandent, pour être efficaces, une très grande précision. Traits discriminants sans ambiguïté, pertinence des critères, exploration allant du général au spécifique, on est en bonne voie pour acquérir d’excellentes compétences taxinomiques !

Une autre compétence indispensable, dans la vie comme dans les sciences, est la capacité d’observation…

…à suivre dans une prochaine diffusion!

                      Christian MONTELLE

                      Ornans, Août 2008
                      Diffusion libre


15 Stella Baruk, L’âge du capitaine, Seuil, 1998, et Dico de mathématiques, Seuil, 2008




Compétence…Késako?

10 06 2008

Pour ceux que cela intéresse…et pour y voir plus clair, je vous invite à visiter le site

Même s’il n’est pas aisé de suivre le fil de chaque étape, ce schéma a au moins le mérite de mettre en relief l’extrême complexité suscitée par les apprentissages, dès lors qu’on se fixe pour objectifs de développer des compétences plutôt que les seuls « savoirs fixes ». Schéma adaptable à l’élève, au jeune collégien, lycéen, étudiant et également valable pour tous les enseignants…  » Qui ne continue pas à apprendre est indigne d’enseigner » Bachelard

A méditer…à commenter!