DARCOS et la Maternelle. Zéro de conduite !
1/ Des propos mensongers
2/Des préannonces déguisées
3/ Un mépris scandaleux
1/ Notre Ministre n’est pas un ignorant.
Il connaît le métier.
Il sait parfaitement qu’on accepte les très jeunes enfants, Ă l’Ă©cole maternelle, uniquement sous rĂ©serve d’ĂŞtre propres.
Point de couche donc, en toute petite section, contrairement à la crèche.
Alors pourquoi cette provocation?
Juste pour provoquer ? Pas seulement…
Nous somme ici face Ă une forme de discours très stratĂ©gique en politique: couvrir un mensonge par une rĂ©alitĂ©…et hop ! L’opinion, docile et non avertie, finira par se laisser bercer et berner :
C’est vrai, finalement, payer des changeurs de couches Ă surveiller la sieste, vraiment pas besoin d’ĂŞtre diplĂ´mĂ© pour cela !
Car oui, les petits se reposent après le dĂ©jeuner. Oui, l’Ă©cole respecte encore ses rythmes biologiques essentiels.
« Pipi, caca, dodo » ça fait partie de la vie Monsieur le Ministre ! Un peu d’honnĂŞtetĂ©, s’il vous plaĂ®t…
Entre nous, vous ne vous sentez pas plus disposé au travail après un petit instant de récupération, porte du bureau fermée et paupières abaissées ?
Un petit tour aux « wawas » avant de prononcer un discours, cela ne vous soulage-t-il pas?
Le repos, c’est essentiel, c’est mĂŞme un droit lĂ©gitime, tout comme l’envie d’uriner et le passage aux toilettes, avec ou sans « petit train » !
Ces deux droits sont tout aussi fondamentaux que ceux d’apprendre que « b et a font ba »  ou « 1+1=2 » !
Nos enfants se lèvent tĂ´t, sont accueillis dans un cadre diffĂ©rent de celui de la maison. Leurs repères familiers sont brouillĂ©s. Ils apprennent d’autres codes.
LĂ est l’enjeu majeur de l’Ecole maternelle. L’enfant entre Ă la petite Ecole mais comprend vite qu’il intègre ainsi, peu Ă peu sa longue aventure sociale, culturelle, intellectuelle.
Dans la cour, il voit les grands. Sur le trottoir le matin et le soir, il voit les « encore » plus grands. Oui, ça y est, il fait partie de la grande ronde des humains. C’est important, non ?
Et c’est en maternelle, durant cette  Ecole Premièresi justement renommĂ©e par Philippe Meirieu, que le jeune enfant revĂŞt tranquillement son costume d’Ă©colier. Il a deux ou trois  ans pour habiter ce rĂ´le que la sociĂ©tĂ© a choisi pour lui. Et ce n’est pas n’importe quel rĂ´le, le bâcler ferait de lui un « non-conforme »,  tout prĂŞt Ă errer de stage de remise Ă niveau en heure de soutien…
2/ Alors pourquoi lancer cette polémique, quelles préannonces déguisées sous ces propos ?
Petit exercice d’anticipation, mais si rĂ©aliste qu’il en devient quasi rĂ©el…
- 1ère Ă©tape: rendre l’Ă©cole obligatoire Ă partir de 5 ans.
Voyez, nous effectuons un grand pas pour pallier les inégalités, nous donnons un an de formation de plus aux enfants de notre pays! Mais un an de qualité !
- 2ème palier: supprimer peu à peu les petites et moyennes sections.
L’Education nationale ne peut garantir de budgets pour ce qui ne relève pas de sa mission…et la petite enfance ne nous regarde plus!
- Suite logique et prĂ©visible: renvoyer aux parents, aux collectivitĂ©s locales, aux financements privĂ©s, la prise en charge des enfants jusqu’Ă l’entrĂ©e en Grande section.
Cela se fait dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?
- Dernière marche: entĂ©riner l’inadaptation de la formation des enseignants.
L’Ă©cole n’est plus ce qu’elle Ă©tait, il faut supprimer la formation telle qu’elle existe pour la rendre plus performante et rĂ©aliste. Nos Ă©lèves mĂ©ritent mieux!
3/ VoilĂ l’habile manipulation, Ă laquelle il faut malheureusement ajouter une dernière dimension, la plus inacceptable de la part d’un Ministre de l’Education nationale : le mĂ©pris.
Mépris pour le travail incommensurable et méconnu des enseignants de Maternelle.
D’un point de vue pĂ©dagogique et humain, il n’y a pas de plus grande responsabilitĂ© que celle d’enseigner en Maternelle. Et c’est bien ce qui la diffĂ©rencie des autres structures collectives. C’est une Ecole.
Les enfants y apprennent car les maĂ®tres sont formĂ©s pour cela. L’enseignant construit tout au long de l’annĂ©e des projets spĂ©cifiques qui permettent Ă l’enfant de grandir physiquement, psychiquement, intellectuellement, personnellement, collectivement. Il met en place des ateliers, des progressions, des Ă©valuations qu’il rĂ©gule en fonction des apprentissages attendus et des enfants qui lui sont confiĂ©s.
Alors, lorsque ces compĂ©tences professionnelles sont rĂ©duites Ă l’image mentale d’une couche qui dĂ©borde, on comprend mieux pourquoi ces mĂŞmes enseignants, poussĂ©s jusquâ€aux limites de l’inacceptable, sortent dans la rue, crient et rĂ©clament le minimum vital, la reconnaissance de leur METIER et de leur professionnalisme.
Mépris vis-à -vis des efforts consentis et des acquisitions effectuées par les élèves les deux premières années de scolarisation.
Regarde papa le beau tableau que j’ai peindu, t’as vu mon cravail comme il est dur, Ă©coute maman la poĂ©sie que ze te chante, venez tous les deux au  pestacle de NoĂ«l.
Bien sĂ»r, le langage se construit, Ă©videmment les apprentissages n’en sont qu’Ă leurs dĂ©buts.
Mais Ă ces âges, TOUT est apprentissage, du tout petit geste quotidien Ă la moindre situation nouvelle. Imaginons, adultes que nous sommes devenus, repartir de lĂ …Nous aurions TOUT Ă rĂ©apprendre…Alors, dĂ©crĂ©ter que ces annĂ©es d’Ecole ne comptent pas…C’est un peu dire Ă nos enfants « Pauvres de vous, depuis trois ans, vous n’avez rien fait, rien appris, vous ĂŞtes restĂ©s des bĂ©bĂ©s, reprenez vos tĂ©tines et vos doudous et rentrez chez vous ! »
MĂ©pris enfin vis-Ă -vis des familles qui pour certaines d’entre elles n’ont aujourd’hui pas d’autres moyens d’insertion que cette Ecole. Que vont-ils devenir tous ces enfants, coupĂ©s du lien social et culturel que reprĂ©sente l’Ecole maternelle ? Des oubliĂ©s, des retranchĂ©s, des marginaux, des laisser pour compte, des parasites. Mais bon sang, ce sont des enfants. Ce sont nos enfants ! Quel parent, quel Ă©ducateur honnĂŞte peut se dĂ©tourner de ce devoir d’accompagnement Ă©ducatif et humain que notre Ecole Maternelle française doit prĂ©server Ă tout prix !
Pour ma part, je ne veux Ă©duquer mes enfants ni faire classe Ă mes Ă©lèves dans une sociĂ©tĂ© ou une Ă©cole qui relèguerait Ă l’arrière plan cette dimension primaire, existentielle et fondamentale qu’est l’humanitĂ©.
Parents que nous sommes, ne nous endormons pas !
L’Ecole, leurs maĂ®tres et leurs professeurs ont besoin de notre soutien ferme et proactif !
Une maman d’Ă©lèves inquiète.
Une maĂ®tresse d’Ă©cole concernĂ©e.
Article paru dans la magazine parental Côté Mômes
C’est pourquoi dimanche 19 octobre j’irai Place d’Italie. J’irai parce que je suis une maman concernĂ©e. Oui, j’irai dĂ©fendre une Ă©cole digne. J’irai exprimer ma solidaritĂ© Ă ces enseignants qui jour après jour, annĂ©e après annĂ©e partagent le quotidien de mes enfants. J’irai marcher Ă leurs cĂ´tĂ©s. Dimanche, c’est un beau jour pour manifester.
L’itinĂ©raire et les infos ici