Mon Wise 2011

4 11 2011

 « Alors Ostiane, Goha, raconte-moi! C’était comment, ce devait être quelque-chose, non?

– Euh, que veux-tu dire?

– Et bien Goha, LE sommet, tu y étais non? Tu y étais ou tu n’y étais pas à Doha, au Wise sommet 2011? »

Comment vous dire…cette question, qui m’a été posée à plusieurs reprises ces dernières heures par différentes personnes en différents lieux, vaut à mon avis la peine qu’on s’y attarde, non pas que la réponse oui/non soit d’un grand intérêt pour le commun des mortels, mais davantage parce la question ainsi formulée interroge directement les nouveaux enjeux éducatifs qui nous attendent et nous défient en cette aube du XXI ème siècle.

Etais-je au Qatar les 1, 2 et 3 novembre dernier?

Voilà une interrogation qui reflète exactement les bouleversements phénoménaux qui s’opèrent dans nos vies actuelles, via les multiples fonctionnalités qu’internet nous offre; usages et pratiques numériques qui de fait, transforment radicalement notre relation au temps, à l’espace, au monde, au savoir.

Laissez-moi vous raconter mon WISE 2011, vous en déduirez par vous-même  la réponse que vous souhaiterez apporter 😉

Nous sommes le 28 octobre; via le statut d’un contact et ami facebook, je lis pour la première le mot WISE et découvre ainsi l’existence de cet événement mondial. Intéressée par l’annonce de cet ami, je clique sur le lien qu’il avait inséré à son statut et arrive sur une page web dont le titre « Changing Societies, Changing Education » m’interpelle.

Innovation, éducation, rencontres internationales, futur, défi planétaire, autant d’invitations au voyage…Un clic m’aura donc suffit à prendre mon billet pour Doha.

Image de prévisualisation YouTube

Comme tout touriste qui se respecte, je décidai de faire ma petite enquête, histoire de me saisir de quelques balises et repères indispensables au bon déroulement du voyage. De clics en liens et de liens en clics, je surfai ici et là, tantôt sur une carte du monde, tantôt sur une vidéo, tantôt sur les réseaux sociaux. Dès que je repérais une information intéressante, je l’enregistrais comme « favori » dans mon menu de navigation, histoire de retrouver sa trace plus facilement en cas de besoin. Vous savez, les petits cailloux blanc du Petit Poucet…

28-29-30-31 octobre. 4 jours de préparation pour 3 jours de pérégrination, c’était un peu court mais avais-le choix? Nous étions la veille du grand départ et si je ne voulais pas louper l’embarquement, il fallait bien me rendre au rendez-vous.

Nous sommes le 1 novembre au matin, me voilà installée dans mon cockpit, assise à Paris, la tête au Qatar…les yeux rivés sur mon écran de contrôle : une fenêtre ouverte en plongée directe sur l’amphithéâtre magistral de la Cité de l’éducation de Goha, une autre sur la balise #Wise2011 de mon fil twitter à lire, traduire et décoder les centaines de retours des 1200 participants qu’à mon tour je rediffusais sous forme de RT (re-twitt) ou de statuts Facebook. Messages pluriculturels et enthousiastes d’inconnus qui partageaient avec le monde entier, avec moi, les inspirants échanges qui avaient lieu, là-bas-tout près, au Sommet Mondial pour l’Innovation dans l’Education.

C’était incroyable de recevoir en direct et via divers canaux de connexion les échos, les images, les voix, les interactions, les applaudissements. Superposition d’espaces-temps. Expérience pluri-sensorielle. Je venais d’entrer dans la 4ème dimension. Je pouvais tout à la fois suivre les passionnants débats sur le plateau central, capter et commenter en direct les questions et impressions de l’assemblée, informer mes propres amis et contacts de ce qui se déroulait là-bas sous mes yeux et engager simultanément sur mon mur facebook plusieurs discussions en parallèle.

1, 2 et 3 novembre 2011

Voyage au centre du World Wide Web

3 jours intenses, intellectuellement, physiquement, socialement, émotionnellement.

 Traitement de l’information en instantané, ressentis et émotions en grandeur réelle.

Oui, une drôle d’expérience dans la 4ème dimension. J’étais assise chez moi ici à Paris, mais j’étais au Qatar ; et pourtant là-bas sans y être, j’ai eu l’étrange sentiment de vivre un moment hors du temps, ou plutôt en connexion totale avec cet incroyable temps numérique qu’internet seul est capable de nous offrir.

WISE 2011, 3 jours riches, généreux, ambitieux auxquels j’ai eu la grande chance de participer. 3 jours où experts, gouvernants, professeurs et étudiants, assis à une même table ont réussi cet incroyable exploit de dessiner l’avenir d’un projet mondial : la création d’un Fonds Global pour l’Education dans le monde.

Alors, étais-je à Doha? 

Que signifie aujourd’hui être en un lieu?

Qu’est-ce qu’explorer les chemins de la connaissance à l’heure des nouvelles technologies?

Comment définir le virtuel du réel?

Ce que j’ai vu n’était pas virtuel, ce que j’ai entendu n’était pas virtuel, ce que j’ai vécu n’était pas virtuel. C’était bien réel. Et c’est bien avec cette réalité nouvelle que nous devons nous saisir du formidable enjeu qui s’offre à nous : faire de notre monde, un monde où chaque enfant, chaque famille, chaque petite fille, puisse, non pas seulement accéder mais participer à ce que nous nommons par ce mot simple: l’éducation. L’innovation pourra nous y aider, mais ne nous laissons pas charmer par les sirènes ensorceleuses, l’innovation sans le cœur, sans l’âme, sans le tissage des cultures et le métissage des hommes ne restera qu’un vœu pieu ; pire encore, ce serait un odieux mensonge et une trahison pour l’humanité toute entière à commencer par les plus faibles d’entre nous que de laisser penser que l’outil se substitue aux actes.

C’est ainsi que Gordon Brown a conclu son magnifique discours. No more speeches, let’s walk the talk, let’s march to do it

Non, ce n’était pas virtuel, c’était bien réel.

  • Un second qui vous en fera vivre la clôture  (le chapitre 6 vous conduira directement au discours de Gordon Brown.)

Et pour terminer ce billet, quelques phrases-clés glanées au fil du web et qui ont ponctuées ces 3 journées.

« Dans le futur, plutôt que des écoles, créons des holistic learning village »

Parole de proviseur: « Chez nous la voix des enfants est entendue: avant d’être institué, j’ai passé un entretien avec mes élèves. » ça se passe au…Danemark

« Notre plus grand problème reste notre incapacité à insuffler à la génération future l’idée qu’elle est capable de changer le monde » Richard Noble

« Productivity in learning is what it takes to transfer efforts in to results. » Agree?

‘ »Accéder à l’éducation n’est pas une fin en soi, pouvoir y contribuer en est une. »

« Horizon pour 2030: favoriser l’émergence de communautés autonomes d’apprenants.’

« Nous avons besoin d’un Printemps de l’éducation. »

« Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est responsable de l’éducation qu’il a le monopole de cette responsabilité. » Burt

« L’enjeu de l’apprentissage par les compétences n’est pas tant de préparer nos enfants à l’économie de marché mais plutôt de leur apprendre à penser résolution de problèmes. »

« Depuis 2 jours, expérimente l’exercice du RT branchée sur les balises @diversifier et #wise2011 en direct du sommet international de Goha »

« Un « prix Nobel » de l’éducation attribué pour la première fois http://t.co/j4HtgtHV »

« Pour suivre en direct de #Wise2011 l’arbre de l’innovation de François Muller http://t.co/h6REY5RM »

« Les enfants habitent dans des maisons, pas dans les écoles, les parents font partie du dispositif d’apprentissage, l’apprendre n’appartient pas à l’école. »

« Too many holy cows in education. » Agree but…who are they?…

« Gordon Brown lance un appel pour la création d’un fonds mondial dédié à l’éducation. »

Parole d’étudiant: « L’espace classe n’est plus suffisant, nous avons besoin de nouveaux espaces nomades pour continuer d’apprendre par nous-mêmes et entre nous. »

« En face du toujours plus de technologie il n’y a pas forcément du mieux apprendre. La techno présente dans mon téléphone portable peut bien m’envoyer sur la lune, mais il faut bien que quelqu’un (moi? un tuteur? un professeur? un ami?) allume l’étincelle qui mette le feu aux poudres. »

« WISE is an eminent forum to listen and exchange ideas. It is also a community of different visions on the future of education. »Luc Chatel

« Pour accompagner la persévérance des enseignants et encourager la prise de risque que peut comporter la posture innovante, il faut leur donner les moyens personnels et collectifs de développer leur compétences professionnelles. »

Even without being there, I could feel the WISESpirit. Thank for all the tweets I received from #Wise2011

Open space, open mind, open thinking, open learning, etc. Certains termes parlent mieux dans certaines langues et sont difficilement traduisibles 😉

let’s march to do it!

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La joie d’apprendre et le bonheur d’enseigner

11 10 2011

Envie ce matin de partager avec vous cet extrait d’un texte d‘Isabelle Bochet, tiré de l’ouvrage « Les cahiers de l’éducation ». Des mots qui font sens me semble-t-il, et redonnent sens à notre posture éducative. Des mots qui résonnent comme un appel lancé à notre vigilance enseignante. Des mots qui nous engagent dans une réflexion d’une urgente actualité…A l’heure de la mise en œuvre des livrets de compétences et du risque de plus en plus avéré de la marchandisation des savoirs, à l’heure de l’évaluationnite aiguë et du  mal-être de nos élèves et de nos enseignants, ce texte apparaît comme une belle invitation au discernement. Retrouver le sens des choses essentielles: retrouver la joie d’apprendre et le bonheur d’enseigner.

« On peut se demander ce qu’est, au plan de l‘enseignement, une éducation par pression, ou encore par dressage.

J’y verrais volontiers un enseignement qui donnerait la priorité à l’acquisition de savoir-faire et au montage d’automatisme: ceux-ci permettent de réussir tel ou tel exercice sans même vraiment réfléchir et semblent une sécurité, mais c’est au prix du risque de la pensée! La nécessité incontestable de ces savoir-faire ne doit donc pas masquer leur caractère relatif: tout automatisme, dans l’existence humaine, a pour fonction de libérer l’esprit pour autre chose, non de l’étouffer ou de l’anesthésier.

Je me demande parfois si nous ne faisons pas trop de ces savoir-faire une fin, alors qu’ils ne sont que des moyens. Les élèves eux-mêmes nous y incitent en cherchant des recettes, des moyens de réussir à tout coup. Mais si les élèves privilégient la sécurité, n’est-ce pas parce que nous ne leur avons pas assez donné le goût d’un certain risque, d’une invention au plan de la pensée? N’est-ce pas aussi parce qu’ils sont victimes de la pression sociale? L’importance donnée aux notes tue par avance toute forme d‘initiative qui risquerait d’être moins payante.

Il serait bon de les libérer, ne serait-ce qu’un peu de ce souci, et de ne pas perdre de vue que la finalité de notre enseignement va bien au-delà de la réussite du baccalauréat. […]

Bien des questions pourraient être posées ici. Laissons-nous, par exemple, suffisamment d’espaces de silence pour permettre l’appropriation personnelle (y compris pendant nos cours) ? Ne nous laissons-nous pas entraîner parfois, en, raison même des programmes, par la boulimie des connaissances? Discerner l’essentiel du secondaire s’avère une priorité, si nous voulons ménager des espaces pour la réflexion personnelle.

Comment susciter, d’autre part, le désir et la joie d’apprendre? Qu’inventer pour créer à nouveau un élan? Quelles initiatives laisser aux élèves pour leur permettre la joie d’une découverte personnelle?

Isabelle BOCHET, agrégée de philosophie, auteur, professeur au centre Sèvres et à la Faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Paris

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L’enfant et son éducation, 3ème édition des journées scientifiques de l’Université de Nantes

24 08 2011

En guise de pré-rentrée, je souhaitais partager avec vous le contenu d’une table ronde…

Une table ronde, animée  par David Pouilloux, rédacteur en chef de Nantes Métropole, a conclu la 3e édition des Journées Scientifiques de l’Université de Nantes. Les deux conférenciers invités – Roger LÉCUYER et Agnès VAN ZANTEN – Jean-Christophe ROZÉ, chef du service de médecine néonatale au CHU de Nantes, Catherine CHOQUET, adjointe au Maire de Nantes en charge de la petite enfance, de la santé et des personnes handicapées et Agnès FLORIN, professeur en psychologie de l’enfant et de l’éducation à l’Université de Nantes ont ainsi pu répondre aux questions du public sur le thème de l’enfant.

Source web: les journées scientifiques de l’université de Nantes

Après écoute du lien audio (joint ci-dessous), voici déclinés, en guise de sommaire, les différents sujets évoqués lors du débat qui a fait suite à l’exposé des chercheurs, entre le public présent à ses journées scientifiques et les conférenciers en charge de la diffusion de leurs savoirs.

1. sur l’accompagnement scolaire:

  • le développement de collectifs de parents dans le domaine de l’accompagnement scolaire
  • le rôle de l’activité citoyenne et de la mise en réseau des inter-connaissances via le tissus social et environnemental
  • le dialogue entre les familles, l’école et les différentes institutions partenaires
  • la  question de la stabilité des équipes d’établissement

2. sur la fatigabilité du jeune enfant:

  • l’appétence innée du jeune enfant pour le savoir
  • les effets de la compétition scolaire et de la sur-stimulation
  • la nécessité d’identifier et de respecter les signaux d’auto-régulation, par le très jeune enfant lui-même, de sa capacité d’engagement attentionnel
  • les vertus de l’ennui et l’importance de l’imagination dans le développement cognitif de l’enfant

3. sur le lien entre le travail des chercheurs et les mises en pratiques sur le terrain:

  • le regard porté sur l’enfant semble avoir sensiblement évolué dans le domaine médical depuis 2 décennies
  • certaines contingences budgétaires et politiques rendent difficile le transfert sur le terrain des conclusions des chercheurs
  • le rôle et la position des médias dans la diffusion des rapports et des enquêtes des chercheurs
  • la quasi absence de connexion entre le domaine de la recherche et celui de la formation initiale et continue des professionnels de l’enfance

4. sur la méthodologie employée par les chercheurs auprès des très jeunes enfants:

  • l’observation des réactions faciales de l’enfant face aux stimuli extérieurs
  • la durée de fixation du bébé sur l’objet interrogé

5. sur la question du repérage du potentiel des enfants et de leur accompagnement scolaire:

  • la nécessité de prendre en compte l’évolution du contexte de scolarisation
  • la problématique de l’orientation dans un système de massification de l’enseignement
  • le défi de la double prise en compte de la massification de l’enseignement et de la personnalisation des parcours
  • l’importance d’apprendre de l’expérience d’autres systèmes éducatifs
  • l’impact de l’expérimentation de certains enseignants mettant en place des pratiques innovantes

6. sur la mixité sociale:

  • l’enjeu des politiques locales et sociales
  • la nécessité d’une cohérence sur le long terme pour lutter contre le concept de l’entre-soi
  • la question des responsabilités collectives et individuelles
  • la problématique des reproductions sociales

7. sur la responsabilité éthique du chercheur:

  • les effets pervers d’une vulgarisation mal maîtrisée de la recherche et de son interprétation
  • le développement de la mise en place, par les familles, de stratégies d’évitement scolaire et social
  • les dérives de sur-investissement de certains parents et de certaines institutions scolaires
  • la nécessité d’une explicitation directe par les chercheurs eux-mêmes des résultats de leurs travaux
  • la responsabilité des médias dans le choix des sujets et leur présentation au grand public

8. sur la question des fonctions sociales de l’école:

  • la réalité de l’existence de la fonction sélective de certaines disciplines désignées comme royales
  • le renforcement de filières annexes purement instrumentalisées
  • les effets néfastes sur les jeunes d’une conception purement utilitariste des disciplines vues comme seuls éléments de sélection

9. sur l’évolution de la recherche dans le domaine de la psychologie de l’enfant:

  • la  découverte de la psychologie du nourrisson par Piaget en lien avec sa capacité à manipuler des objets qu’il voit
  • les nouvelles théories et les apports plus récents de la recherche en matière d’inné et d’acquis ont fait évoluer le concept de constructivisme
  • la théorie nativitse ainsi que la mise en lumière des apprentissages pré-nataux reposent la question de la place de l’activité perceptive dans l’apprentissage

10. sur l’appétence et le goût d’apprendre, la motivation et l’envie:

  • le décalage entre l’existence innée de l’envie d’apprendre chez le jeune enfant et sa perte progressive à l’école jusqu’à son effondrement au collège
  • la question de la valeur du savoir dans nos sociétés dites développées
  • les capacités extrêmes d’apprentissage chez le prématuré de 32/33 semaines
  • le concept de résignation apprise présente dès les premières années d’école en réponse à la nature normative de l’école
  • le manque de prise en compte des intelligences multiples à l’école française
  • le problème des décrocheurs visibles et des invisibles

En guise de conclusion;

  • la nécessité d’une mixité humaine, d’une mixité des activités et d’une mixité des savoirs
  • l’importance de la reconnaissance réciproque de chacun des professionnels des chercheurs, enseignants, éducateurs, etc.
  • les paradoxes d’une école qui valorise l’effort et qui sélectionne, en fin de parcours, les élèves en fonction de leurs capacités mises en réserve
  • la place de la personne dans le collectif et le rôle du collectif vis à vis de la personne

Il ne s’agit là, évidemment que d’une prise de notes, un compte-rendu personnel et forcément réducteur des différents points exprimés lors de cette table ronde; pour en approfondir le contenu, je ne peux que vous inviter à écouter dans son intégralité, sa retransmission audio. Excessivement intéressant!

Bonne rentrée!

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La transgression, un enjeu éducatif?

2 04 2011

Carême pédagogique

Jour 23

Pensée 23

Si l’on part du principe qu’il ne peut y avoir d’apprentissage sans contrainte -contrainte physique due à l’espace, au temps, et à l’environnement, contrainte cognitive dues aux objets d’apprentissage, contrainte affective due aux relations aux autres et à soi-  et dès lors qu’on admet qu’il ne peut y avoir d’éducation sans cadre -cadre qui sécurise, cadre qui délimite, cadre qui protège- enfin, si l’on considère le rapport à l’autorité comme fondement et garant de ce cadre et de ces limites, alors il devient impossible, incohérent et in-envisageable de penser et concevoir son enseignement sans donner à la transgression une place plus que de choix, une place centrale.

Comment puis-je t’enseigner le dépassement de toi, si je ne te permets pas d’aller au delà des limites que j’ai imaginées pour toi? Comment, sans te mettre en péril, puis-je t’inviter à dépasser ces limites, tant intellectuelles que corporelles ou « morales » si je ne les ai pas moi-même pensées comme enjeu d’apprentissage plutôt que comme point de non-retour?

En introduisant l’obligation d‘apprendre dans un système clos tel qu’il existe aujourd’hui, l’institution et les adultes qui la composent peuvent-ils faire l’économie d’une réflexion sur les finalités de cet enseignement, sur ses enjeux et sur le statut tout particulier de la transgression que l’éducateur, le pédagogue, l’enseignant doit penser, intégrer et mettre en scène dans une dynamique d’apprentissage reliéé à l’idée même de dépassement de soi?

A débattre…et à

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Discipline, connaissance et conscience

19 03 2011

Carême pédagogique

Jour 10

Pensée 10

Autour du mot discipline

  • « La discipline purement répressive n’a pas droit de cité dans nos maisons d’éducation. La discipline libérale cherche, au contraire, à améliorer l’enfant plutôt qu’à le contenir, à la gagner plutôt qu’à le soumettre. Elle veut toucher le fond, la conscience, et obtenir non cette tranquillité de surface qui ne dure pas mais l’ordre intérieur, c’est-à-dire le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire, elle veut lui apprendre à se gouverner lui-même. Pour cela, elle lui accorde quelque crédit, fait appel à sa bonne volonté plutôt qu’à la peur du châtiment, elle conseille, avertit, réprimande plutôt qu’elle ne punit. » Extrait d’un texte officiel, circulaire du 15 juiller 1890
  • « La discipline nouvelle, que nous nous garderons bien d’appeler discipline libérale ou même discipline par la liberté, est basée sur la connaissance des besoins et des désirs des enfants, ainsi que sur cette affirmation de la pédagogie moderne que l’éducation ne peut être exclusivement extérieure mais élévation intérieure des individus eux-mêmes ». Freinet, 1928
  • « L’éducation est devenue l’une des questions devant lesquelles les sociétés démocratiques trébuchent, ne sachant comment conjuguer la nécessaire dénivellation impliquée par le rapport pédagogique et l’exigence postulée par le fait démocratique. Si l’enfant l’égal des adultes qui l’élèvent et l’éduquent, il est cet être paradoxal qui a besoin d’eux pour devenir ce qu’il est. » Alain Renaut, La libération des enfants, 2002

Qu’en est-il aujourd’hui?

Les piliers 6 et 7 du socle commun-texte de Loi de 2005 , faut-il le rappeler invitent les enseignants à construire et développer chez les élèves leurs compétences sociales et civiques, leur esprit d’initiative et l’accès à leur l’autonomie; compétences transversales propices à ce travail d’ordre intérieur en étroite relation avec les règles nécessaires à la survie de cette mini-organisation apprenante et démocratique qu’est la classe. Une condition néanmoins: mettre en place de véritables situations d’apprentissages qui font sens pour l’enfant comme pour l’adulte (oui, ça me semble important également) et permettront ainsi la mobilisation d‘attitudes et de connaissances transférables d’un contexte à un autre. Sinon, à quoi bon?

A débattre et à


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Enquête philosophique sur le bonheur

14 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 6

Pensée 6

Le bonheur est -il un état d’esprit, une qualité, une vertu, un don?

Est-il une simple vue de l’esprit que l‘homme aurait inventée pour supporter l’inexorable fin de son existence?

Peut-on le chercher, et si par bonheur, on le trouve, est-il possible de le garder comme on protège un bien précieux?

Est-il d’ailleurs un bien? Peut-on veiller sur lui et le préserver tel l’homme, depuis qu’il l’a découvert, a su entretenir le feu?

Le bonheur tient-il davantage de l’avoir, de l’être, de l’agir?

Le bonheur peut-il continuer de se vivre sitôt qu’il disparaît par le seul fait que la mémoire le rend encore tangible?

Est-il évaluable? quantifiable?

S’il est une vertu, comment s’acquiert-elle?

S’il est un don, certains sont-ils plus dotés et doués que d’autres?

S’il est un bien, comment le partager?

S’il n’est que pure illusion, par quoi le remplacer?

Et puis d’ailleurs, le bonheur est-il obligatoire? Est-il une condition inconditionnelle de la réussite d’une vie d’homme?

Ne sont-ce pas là des questions fondamentales à évoquer en classe avec nos élèves, à l’heure où les vrais faux marchands de faux vrai bonheur ont partout envahi nos espaces de vie?

A débattre et à

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â côté d’un rêve…

11 03 2011

Carême pédagogique

Jour 3

Pensée 3

« C’est une chose souvent éprouvée : cet abîme entre un savoir lourd, embaumé dans les livres ou les morales, et l’humeur aérienne de la vie qui va. On peut ainsi être instruit de tout, et passer sa vie dans l’ignorance absolue de la vie. Ce ne sont pas les livres qui sont en cause, mais la parcimonie d’un désir, l’étroitesse d’un rêve. »

(« Le huitième jour de la semaine » C. Bobin)

lundi: je rêverai je rêverai je rêverai je rêverai…

Mardi: tu rêvas tu rêvas tu rêvas tu rêvas…

Mercredi: il rêvait il rêvait il rêvait il rêvait…

Jeudi: nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé…

Vendredi: vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé…

Samedi: ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé…

Dimanche: elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé…

  • Le huitième jour de la semaine : Il est trop tard pour rêver au présent de l’indicatif! Le temps s’en est allé 🙁

Lorsqu’à l’école on apprend certains verbes

apprenons d’abord à les vivre

avant de les conjuguer

pour éviter de passer

à côté d’un rêve

Bonne journée donc!

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Le courage s’apprend-il?

10 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 2

Pensée 2:

 » Le courage aboutit à son propre commencement…les courageux sont ceux qui ont l’art de commencer…on n’apprend pas à commencer, pour commencer, il faut simplement du courage. »

Vladimir Jankélévitch

Ce courage là peut-il s’enseigner? se transmettre? le vouloir précède-t-il le pouvoir? ou bien est-ce dans l’agir que le courage prend vie?

Question philosophique de premier ordre me semble-t-il tant elle se pose à nous, chaque jour, qu’on soit adulte, qu’on soit enfant, qu’on soit enseignant, qu’on soit parent et tant elle prépare à la vie, à ses heurts, aux choix qu’elle nous offrira ou que nous provoquerons, à la mort qui nous attend, inévitablement.

Si apprendre le courage, c’est accepter d’éprouver au quotidien la frustration des petits renoncements, enseigner le courage, consisterait-il, par un effet de mise en abime, à accepter, sans pour autant ne jamais renoncer, de n’être pas pleinement en capacité de conduire comme nous le souhaiterions, notre enseignement auprès des enfants qui nous sont confiés, dans un temps donné et dans un cadre requis?

Enseigner, c’est être confronté chaque jour à nos limites, à notre petitesse d’homme, à notre ignorance professionnelle, et malgré tout, revenir chaque lendemain, recommencer inexorablement, croire passionnément en la capacité de l’autre, en son courage.

Provoquer le courage, reconnaître le courage de l’enfant, dans la moindre petite activité apparemment insignifiante à nos yeux, ne sont-elles pas des attitudes  éducatives fondamentales dans un monde où l’immédiateté, l’efficacité, le plaisir et le culte du résultat sont vantés comme autant de récompense et de mérite?

Apprendre, c’est prendre le risque de ne pas comprendre; il faut du courage pour cela.

Enseigner, c’est oser prendre le risque de n’être pas compris, de se tromper; il faut aussi du courage pour cela, non?

A débattre, de manière éthique et responsable 😉


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Education et optimisme

24 10 2010

Les optimistes ont toujours raison

Auteur: Madeleine DANIELOU (1880-1956)

Source: Les cahiers de l’éducation

La largeur d’esprit, l’optimisme, sont communs à tous les vrais éducateurs. Ils seront souvent surpris par les enfants; ils rencontreront une extrême variété de tempéraments, jamais leur expérience ne sera terminée, leur liste close. Pour pénétrer dans ces terres inconnues, ils devront quitter leur propre patrie, se détacher de leur façon personnelle de penser et de sentir, ne pas rester prisonniers de leur génération, des maîtres qu’ils ont aimés, d’un certain art, d’un certain goût. Il y a là en réalité un grand dépouillement: il faut rester disponible, s’intéresser, sympathiser vraiment avec des enfants qui ne nous ressemblent pas, qui peuvent nous décevoir, mais qui peuvent aussi nous dépasser et nous ouvrir des voies nouvelles. Ils prendront des chemins qui ne sont pas ceux que nous aurions tracés pour eux. […]L’éducateur n’a pas le droit de vieillir, d’être le témoin pétrifié d’un autre âge, de s’attendrir sur les temps passés; son influence est au prix de sa jeunesse, d’une puissance de compréhension et de sympathie toujours vivante et chaude. […]

Les pessimistes n’ont rien à faire avec les enfants, ils ne les aiment pas et ne s’en font pas aimer. Les enfants grandissent dans la confiance et la joie. En chacun d’eux il est un trait charmant, une grâce propre, un petit génie; c’est à cet élément positif et plein de promesses qu’il nous faut nous attacher. Ne nous décourageons pas trop vite, une longue patience voit mûrir son fruit. Ne portons pas de jugements définitifs, laissons la porte ouverte à une nature dont les ressources sont très grandes, à une grâce dont nous ne pouvons sonder la richesse. Tentons l’interprétation la plus favorable de chaque caractère, nous ne nous tromperons pas de beaucoup, nous l’aiderons à triompher. Les optimistes ont toujours raison, ils créent l’atmosphère favorable, ils aident à vivre ce à quoi ils croient.

Madeleine Daniélou

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Vous avez dit: école?

31 08 2010

Quiz de Culture Générale

7 auteurs, 7 citations…

1/ « L »école fait des réformes, la médecine fait des progrès. »

2/ « De toutes les écoles que j’ai fréquentées, c’est l’école buissonnière qui m’a paru la meilleure. »

3/ « Si les écoles cessaient d’être obligatoires, quels élèves resteraient-ils au professeur pour exercer son autorité? »

4/ « L’expérience est une école où les leçons coûtent cher, mais les sots ne s’instruisent que là. »

5/ « Ce qui est le plus négligé dans nos écoles est justement ce dont nous avons le plus besoin dans la vie. »

6/ « Écoles: établissements où l’on apprend à des enfants ce qui leur est indispensable de savoir pour devenir des professeurs. »

7/ « Autrefois les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école. Aujourd’hui ce sont qui y vont. »

a- Yvan ILLICH

b– Sacha GUITRY

c- Paul GUTH

d- Monica GATHER THURLER

e- Anatole FRANCE

f- Benjamin FRANKLIN

g- Herbert SPENCER


Alors…qui à dit quoi?

😉


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Fenêtre ouverte sur salle de classe

18 08 2010

Les parents à l’honneur

Comment associer la première communauté éducative que sont les parents au projet éducatif et pédagogique des enseignants ? Comment donner du sens au projet de vie de l’enfant-élève en intégrant dans nos structures scolaires des échanges authentiques entre les familles et les enseignants ? Comment préparer l’orientation des jeunes en étroite collaboration avec leurs histoires personnelles et la multiplicité des réalités professionnelles ? Comment faire travailler ensemble parents, enseignants et jeunes avec le souci de favoriser le développement des compétences collectives ?

Voici un ensemble de questions qui posent à nouveau la question du sens de la coopération entre l’école et les familles. Enseignante au cycle 3 de l’école primaire, et mère de 4 enfants scolarisés en élémentaire, au collège, au lycée et à l’université, je me suis toujours interrogée sur les modalités et les dispositifs à mettre en place au sein des établissements du premier comme du second degré pour favoriser ce nécessaire partenariat éducatif. En ce presque début d’année scolaire, je souhaitais, une nouvelle fois, témoigner d’une expérience mise en place dans ma classe il y a de cela deux ans et qui ne demande qu’à être pérennisée et renouvelée au primaire comme au secondaire. Des parents m’en ont refait la demande, des élèves m’ont sollicitée, des collègues souhaitent s’y associer. De quoi s’agit-il exactement ? D’un forum des métiers entièrement géré par les parents volontaires.

  • Comment ça marche:

Sur la base d’un calendrier à remplir par les parents, j’ai proposé à chaque famille la possibilité de venir témoigner en classe de leur métier, d’une activité, d’une passion ou d’une expérience de vie particulière.

  • Objectifs de cette démarche :

– Associer le parent, non comme « parentdélève » mais comme adulte témoin, acteur et passeur de savoirs et de compétences

– Ouvrir le champ des connaissances en matière de réalités externes à l’institution scolaire

– Favoriser une coopération active entre parents et enseignants

– Ouvrir l’école sur son environnement proche

– Responsabiliser les adultes dans une démarche de co-éducation

– Mettre en projet des jeunes en fin d’école primaire

  • Dispositif proposé :

– Périodicité d’une présentation hebdomadaire entre mars et juin

– Créneau moyen d’une heure trente pour chaque intervention

– Possibilité de grouper deux ou trois parents dont les activités professionnelles sont complémentaires

  • Cahier des charges à respecter :

Associer présentation du métier et mise en activité des enfants (avec aide de la maîtresse si besoin !)

  • Nombres de participants : 11 volontaires sur un total de 32 familles

  • Métiers présentés :

– Chef d’orchestre

– Scénariste

– Comédien

– Machiniste

– Constructeur ferroviaire

– Inspecteur des douanes

-Brocanteur

– Responsable de Marketing

– Publiciste

– Dentiste et orthodontiste

  • Effets produits chez les élèves :

Curieusement, de nombreux enfants n’ont pas idée de l’activité professionnelle de leurs parents. Papa est au bureau, maman est au travail…Les jeunes n’ont pas conscience des réalités concrètes qui se cachent derrière cet espace-temps qu’ils ne partagent pas et dont ils n’ont aucune vision précise. Où disparait maman après m’avoir déposé au portail ? Où va papa lorsqu’il part en voyage ?

Le fait d’entendre, de partager et de vivre des études de cas précis en classe leur aura permis de découvrir non seulement des facettes de la vie professionnelle en général mais plus encore de nouvelles facettes identitaires de leurs parents. Découverte et fierté entremêlées…Et pour certains, invitation au rêve et au voyage…Quand je serai grand, je serai…

  • Retour des parents :

– Plutôt favorables à l’idée de participer à ce moment de vie authentique

– Heureux de voir la classe de l’intérieur

– Surpris de découvrir leur enfant sous un angle différent

– Satisfaits d’être pris au sérieux pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on attend qu’ils soient…

  • Témoignage en direct : Paroles de papa

Il y a 2 ans Mme Mathon, institutrice de ma fille Eva, a exprimé la demande suivante :

« Souhaitez-vous présenter votre métier à la classe de votre enfant ? ».

Je dois avouer que j’ai été tout d’abord un peu réticent, ne voyant pas d’emblée l’intérêt que comporterait la présentation de mon métier.

A la réflexion, et après avoir discuté avec ma fille, il m’a paru intéressant pour des jeunes écoliers de découvrir la panoplie des différents métiers existant et surtout de les leur présenter, sous toutes leurs facettes, et pas seulement la 1ère perception qu’ils pourraient en avoir.

Afin de me préparer, je me suis rapproché d’un collègue qui effectue ce type de présentations aux écoliers, collégiens et lycéens de quartier difficiles et je l’ai invité à y participer.

Le jour de la rencontre avec la classe de ma fille, j’appréhendais cette présentation comme un écolier qui passe un examen. Bien que préparé, au moment venu, saurais-je répondre à toutes les questions, de façon complète et compréhensible ? Ne vais-je pas les ennuyer ? Et très vite les « pourquoi-comment » ont démarré. Un peu surpris au départ par la précision des demandes, cette demi-journée s’est finalement très bien passée, j’ai été impressionné de l’intérêt qu’ont porté les écoliers sur mon métier et mon entreprise. Quant au collègue qui m’accompagnait, il n’a trouvé que des éloges à faire pour la classe. Il était lui aussi impressionné par la discipline, l’écoute, le respect et la sincérité de ces écoliers.

J’ai trouvé cette expérience intéressante et enrichissante, non seulement pour les enfants dans leur connaissance du monde du travail, mais encore pour moi-même, pour prendre conscience de leurs attentes ou de leurs perceptions parfois erronées.

Je pense que ce type d’expérience mérite d’être renouvelée et espère que de nouveaux parents, dans des professions très diverses, accepteront d’y participer.

Monsieur Guillermo LOPEZ

Ce que ne dit pas Monsieur Guillermo dans ce beau retour d’expérience, c’est la nature de ce fameux métier qu’il est venu nous présenter et l’aventure extraordinaire qu’il nous a fait partager. Machiniste à la RATP, non seulement Monsieur Guillermo nous a magnifiquement exposé son entreprise mais pour aller plus loin encore, il nous a embarqué au fil des rues de Paris dans un bus spécialement réservé pour la classe jusqu’au Terminus d’Aubervilliers. Là, nous avons visité les ateliers de remise en état, les entrepôts de matériel et les bureaux. Nous avons vu les bus par-dessous et par-dessus, en pièces détachées et en rénovation. Nous avons pénétré dans l’envers du décor…Oui, c’était un moment rare, exceptionnel. Pour sa fille, pour tous les enfants et pour moi-même. Merci Monsieur Guillermo. Merci pour cette passionnante et instructive demi-journée.

  • Bilan personnel de cette expérience:

Il est apparu, durant ce troisième trimestre, période de ce forum des métiers, une nouvelle cohésion de classe, une nouvelle ambiance, une nouvelle dynamique. Les vendredis, d’habitude si redoutés, sont devenus des points de rendez-vous attendus et appréciés de tous, et sur les trottoirs de l’école, on entendait des parents échanger sur leur expérience vécue en classe. Pour eux, comme pour moi, une autre manière d’envisager l’école et le partenariat éducatif venait d’émerger. Un partenariat fondé sur le partage des savoirs et des pouvoirs, sur la complémentarité des différents acteurs, sur la coopération entre les personnes, sur la base d’un co-apprentissage.

Parallèlement à cette initiative, ici même sur Blog Bleu Primaire, je donnais à voir les différentes expériences vécues en classe au fil du temps. Une façon pour moi de prolonger les échanges hors du cadre scolaire et de valoriser les interventions des parents. Investis d’un nouveau pouvoir d’agir, les parents et les enfants se sont associés à ce nouveau projet…qui demeure encore d’actualité.

J’ai été impressionnée de voir à quel point les parents se sont engagés dans leurs actions. Chaque intervention était ponctuée d’activités riches, diverses, concrètes et actives. Travail en petits groupes, mise en situation, jeux de rôles, activités créatrices…J’ai découvert des parents pédagogues…Et j’ai appris une foule de choses ! Tant de métiers, tant de talents, tant de compétences

  • Quelques exemples d’activités proposées, gérées et assumées par les parents :

Le forum des métiers s’est ouvert en la majeur…Avec le papa de Paul, chef d’orchestre nous avons parcouru les lignes d’une partition manuscrite géante, tenu la baguette et battu la mesure. Rythme et tempo se sont invités en classe et chaque enfant a pu s’essayer à l’exercice de ce métier « social » pour reprendre les termes de Monsieur Pellivani. Ecoute musicale bien sûr mais aussi et surtout discussion autour du métier de « chef ». Être chef, c’est accorder les yeux, les gestes, les oreilles et les cœurs de chacun pour offrir la plus belle interprétation possible. Belle leçon d’éducation musicale certes, mais plus encore, magnifique témoignage du vivre ensemble. Paul était fier et heureux de la présence de son père parmi nous. Très souvent en tournée autour du monde, ce matin là, il était en tournée à l’école, dans son école, dans sa classe. Un beau cadeau.

D’autres actions sont à découvrir en suivant ce lien: Forum des parents.

  • Limites de l’expérience :

De nombreux parents vivent des situations personnelles et professionnelles très complexes, certains sont au chômage ou ont décroché depuis plus ou moins longtemps de la sphère sociale et professionnelle. D’autres enfin ne maîtrisent pas suffisamment le français pour oser franchir la frontière scolaire et venir témoigner. Il est de la responsabilité de l’institution de trouver et d’inventer des passerelles qui leur permettront, eux aussi, de prendre la parole, d’exister, de valoriser ce qu’ils sont. En leur redonnant ce « pouvoir-être », on leur permettra à nouveau de se saisir de leur autorité éducative, de leur légitimité à éduquer, à accompagner leurs enfants, à jouer pleinement leur rôle de parent. Les parents n’ont pas déserté la sphère éducative. C’est l’image négative et dépréciative qu’on leur renvoie d’eux-mêmes qui les en éloigne peu à peu et pour certains les en exclue totalement. Un père sans activité professionnelle, une mère célibataire, une famille immigrée s’interdisent bien souvent d’exercer leur droit, leur devoir, leur pouvoir parental sous prétexte qu’ils se perçoivent comme illégitimes au regard des normes sociales, culturelles, scolaires…Ils pratiquent alors bien involontairement ce que je qualifierais  l’inconsciente autocensure éducative . En associant ces familles à des actions de co-éducation, en cessant de les exclure ou de les infantiliser, on travaille à resserrer les liens entre parents, enfants et enseignants et on offre aux jeunes un exemple de cohésion adulte et constructive, condition essentielle pour la confiance, le bien-être et la réussite des élèves…

  • Conclusion :

Avant même de parler d’orientation au second degré, il paraît incontournable de mener dès les petites classes des actions de découvertes, d’invitation, d’incitation. On apprécie souvent la saveur des choses après les avoir goûtées plusieurs fois…Comment peut-on imaginer choisir une voie professionnelle du jour au lendemain, sous prétexte qu’il est l’heure, qu’on a 16 ans et que l’institution a décidé pour vous que c’était  le moment? La vie professionnelle est une course au long court. Si elle se construit sur le tas chaque jour davantage, elle se prépare bien avant  l’âge limite requis . Attention, il n’est pas question ici de s’agiter dès le primaire autour de l’idée d’une pré-orientation précoce, ce serait se tromper à la fois d’objectif et de stratégie et faire fi de ce qu’est un enfant. Plutôt, il faut considérer cette période  primaire , comme une période privilégiée car propice à l’émerveillement et au questionnement ouvert et sans limite et s’en saisir ainsi pour multiplier les occasions d’éveil à l’environnement et d’incitation au rêve. La capacité d’ouverture du jeune enfant âgé de 7 à 11 ans est bien supérieure à celui de l’adolescent, focalisé quant à lui sur d’autres centres d’intérêt qui lui réclament alors toute son énergie…

Enfin, pour conclure ce témoignage j’insisterais à nouveau sur cette idée qu’on ne peut, qu’il s’agisse de la simple découverte des métiers au primaire et plus tard, de l’orientation au collège et au lycée, faire l’impasse ni sur la mutualisation des compétences collectives ni sur l’histoire personnelle de chacune des familles. C’est pourquoi il m’a paru utile de témoigner de ce type de dispositif impliquant les parents eux-mêmes. Dispositif très simple à mettre en place et fort éclairant dans de nombreux domaines. On y apprend des enfants, on y apprend des parents, on y apprend des autres et de soi-même.

On apprend à l’école, oui, mais on n’apprend pas qu’à l’école et surtout il est grand temps que l’école accepte, elle aussi, d’apprendre des autres…

C’est ce que j’ai tenté de faire vivre dans mon ouvrage

« Un projet pour repenser les relation parents-enseignants »

D’autres ressources sur le thème des relations parents-profs

1/ Le site de Jacques Nimier:

2/ Le réseau d’échanges de pratiques pédagogiques E.P.P.E.E

3/ Le magazine Psychologie.com

4/ Une vidéo de Philippe Meirieu sur Curiosphère

5/ Une interview de Jean-Louis AUDUC

6/ Un dossier complet sur le site EduScol

7/ Le site « Mieux vivre ensemble à l’école »

8/ Des liens sur EducaSource

9/ …A vous de nous signaler vos pratiques, vos questions et vos ressources

😉

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Budget et éducation

4 06 2010

Il m’a fallu quelques heures de digestion, de veille et de cauchemar avant de réagir aux dernières mesures budgétaires rendues visibles un peu partout dans la presse suite à la diffusion indiscrète des toutes dernières feuilles de route que le Ministère venait d’ adresser aux différentes inspections académiques dans le plus grand secret. Hélas…à l’ère numérique les nouvelles sortent souvent au grand jour avant même d’être lues par les destinataires…

Voir les détails sur l’article du Café pédagogique.

La soupe à la grimace

La recette est épicée…

Il fallait y penser!

Dans les cuisines ministérielles

Chapeautées par Chef Chatel

Depuis quelques temps on s’agite

On s’affaire autour de la marmite

On calcule, on mesure, on soustrait

On divise, on réduit, on extrait

On supprime, on allège, on passe au tamis

Chaque ingrédient est savamment choisi

Ou plutôt, devrait-on dire, judicieusement proscrit

A vue d’œil ou la louche

On en enlève encore une couche

Surtout ne rien laisser au hasard

Chacun n’aura pas droit à une part

Et si certains toucheront double portion

D’autres devront se satisfaire d’une bien maigre ration

C’est ainsi, c’est inscrit, c’est la vie

C’est la vie, c’est inscrit, c’est ainsi

C’est mathématique, politique, économique

Peu importe que ce soit anti-démocratique

C’est la faute à la crise, la faute à pas d’chance

Éducation ne rime ni avec enfance ni avec conscience

Éducation rime davantage avec injonction, suppression, restriction


Quelques ingrédients

De ce super plan?

Par quoi commencer?

Comment vous l’annoncer?

Sans plus polémiquer, voici donc les faits

Qui ce matin m’ont sinistrement inspirée


Suite aux États généraux pour lutter contre la violence et l’échec scolaire,

voici donc les mesures d’urgence éducative assimilées à d’efficaces mesures d’urgence budgétaire…


Il s’agira au niveau du primaire:


d’augmenter au maximum les effectifs des classes

Allez, allez, on se tasse, au fond il reste encore quelques places!

– de mettre un terme définitif aux réseaux d’aides spécialisés pour les élèves en grande difficulté

Allez, allez, dehors Maîtres E et Maître G, vos bons et loyaux services n’ont pas atteint les 100% de réussite espérés, vous êtes virés!

de supprimer progressivement les postes de psychologues scolaires

Allez, allez, assez de bla-bla, de soutien, d’accompagnement. L’école tu l’aimes ou tu la quittes! L’école, c’est pas fait pour s’y plaire!

– de dissoudre les petits établissements et de les rattacher aux super-structures existantes

Allez, allez, du balai les jolies petites cour de récré, regroupons et rationalisons les postes plutôt que de miser sur une école vivante!

d’alléger la formation continue des enseignants de manière à éviter les remplacements. Rappelons au passage que la formation initiale venant d’être réformée,  la question de la formation tout court est une question résolue…

Allez allez, prof, c’est pas bien compliqué! Vous faîtes l’appel le matin, vous signalez les élèves absentéistes, vous prenez les nouveaux anciens programmes et vous en faites un copié-collé pour vos élèves, et voilà le tour est joué. Franchement, y’a pas de quoi en faire tout un tohubohu !

– de recruter chaque fois qu’il est possible des non-titulaires:

Allez allez, qui veut tenter l’aventure éducative du XXIème siècle? étudiants, parents, grands-parents volontaires?

Alors, elle n’est pas bonne la soupe à la grimace?

Allez, pour ne pas terminer ce billet sur une funeste note, une fois n’est pas coutume, je vous laisse en compagnie de Stéphane Guillon

http://www.dailymotion.com/video/xdix73



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L’apprentissage des règles scolaires 1

16 04 2010

Le règlement scolaire ou l’histoire d’un grand malentendu

Lorsqu’ils découvrent un nouvel établissement, une nouvelle classe ou tout simplement un nouveau professeur, les élèves découvrent également de nouvelles règles de vie. De ce postulat qui relève de l’évidence, deux axes de réflexion bien souvent trop vite écartés me semblent pourtant incontournables. C’est pourquoi j’ouvre aujourd’hui une petite chronique consacrée à ce thème d’une actualité brûlante qu’est celui de l’autorité.

Le premier axe que nous  tenterons d’aborder aujourd’hui, concerne la manière dont l’adulte (enseignant ou responsable légal de l’enfant) va permettre au jeune de se saisir de ces règles qui pré-existent; règles inconditionnelles qui font figure de loi et qui fondent la pérennité de toute vie en collectivité. Le second axe privilégiera la façon dont le professeur peut engager les élèves dans la prescription de nouvelles règles auto-proclamées d’ordre public. Cette seconde voie donnera lieu à la mise en place de règles secondaires mais tout aussi essentielles tant pour le bon fonctionnement du groupe-classe au quotidien que pour l’éducation à la citoyenneté et l’exercice de la démocratie.

1/ Comment connaître la loi, comment la rendre accessible, lisible et compréhensible?

Curieusement, et sans doute justement parce qu’il s’agit d’une évidence pour eux-mêmes, les adultes ont tendance à considérer un peu trop vite et naïvement que la loi, parce qu’elle est cette chose si essentielle et incontournable pour vivre en société, relèverait de ces fameux pré-requis connus d’office par les jeunes. De la formule consacrée « Nul n’est sensé ignorer la loi » on arrive, un peu trop vite là encore, à cette croyance que l’enfant au contact de la collectivité, convoquerait de manière intuitive et innée les attitudes de respect, d’ordre et d’obéissance qui expriment l’acceptation et la reconnaissance des règles.

Mais pour ne point l’ignorer, encore faut-il à un moment ou à un autre en avoir pris connaissance et plus encore en avoir conscientisé les enjeux. Alors très vite et parce qu’on a autre chose à faire en classe et que le programme lui, n’attend pas, on se rassure et on répond à la question par un évitement tout légitime…On se dit qu’après tout, quelqu’un leur en a déjà certainement parlé, la maîtresse de l’année dernière ou les parents, premiers éducateurs; oui, quelqu’un s’en est forcément déjà chargé…D’ailleurs, pour pallier cet obstacle et mieux se décharger tout à fait de toute responsabilité, un règlement intérieur propre à chaque établissement est systématiquement distribué en début d’année à chaque famille qui le lit et le signe ou le signe sans le lire, ou le lit sans le lire à l’enfant, ou le lit et le signe sans le comprendre…

C’est vrai après tout, tant de papiers à lire et à signer en début d’année, multipliés par le nombre d’enfants…Ajoutez à cela un vocabulaire parfois obscur, même pour des parents lecteurs et francophones (et au fait..et les autres?) Additionnez également ici le nombre de paragraphes et de sous-paragraphes…Il faut l’avouer, ce document très officiel n’engage pas à une lecture très approfondie en famille. D’ailleurs, à la maison aussi on a autre chose à faire qu’à déchiffrer et décoder les interminables interdits prescrits dans la charte de bonne conduite…Et puis, on connaît la chanson par cœur, on nous distribue la même enveloppe garnie tous les ans! Le maître ou le directeur en reparlera bien avec eux en classe puisque finalement c’est de l’école qu’il s’agit! C’est leur affaire tout de même!

Bref, on comprendra ici très vite que cet outil sensé fixer le cadre de référence commun à chaque membre de la collectivité éducative (enseignant-élève-parent) se trouve malheureusement trop souvent à la source même des premiers quiproquos, des premières incompréhensions entraînant dans leurs sillages les premières situations conflictuelles. 

« Mais vous n’avez donc pas lu le règlement distribué en début d’année? Vous le copierez 10 fois! Cela vous permettra de l’apprendre jeune homme. « 

Punition…action-réaction…« C’est incroyable, l’institutrice de mon fils l’a cloîtré tout un mercredi après-midi pour recopier les 5 pages du règlement: 5X10=50 »...et encore le résultat ne tient pas compte de l’écart entre un texte dactylographié et un texte manuscrit…

Cette petite introduction qui ne répond pas encore à la question soulevée en 1/ pose néanmoins, me semble-t-il,  le décors de fond. Et si le ton, vous l’aurez noté, se veut volontairement décalé, c’est pour mieux laisser à l’humour une chance d’engager une vraie réflexion autour d’un sujet très sérieux.

La suite de cette chronique à paraître très bientôt.

Pour le moment j’ai assez parlé, je vous laisse la parole 😉

Quel temps prenons-nous avec nos élèves et avec les familles pour aborder ce fameux règlement?

Et avec nos enfants, comment nous y prenons-nous pour mettre en évidence les points clés d’un contrat d’autorité?

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Philosopher à l’école

6 04 2010

Ce soir, envie de partager avec vous l’expérience philosophique à l’école selon Oscar Brennifer, Docteur en philosophie et philosophe praticien.

Depuis quelques semaines, suite à un billet intitulé Osons philosopher rédigé sur mon autre blog « Enquêtes pédagogiques » , et m’interrogeant sur les modalités et les enjeux de la pratique philosophique avec les jeunes enfants, j’ai décidé de l’expérimenter moi-même…pour voir, pour comprendre et qui sait…pour apprendre.

Apprendre quoi? Apprendre à penser mieux? Apprendre à écouter mieux? Apprendre à l’autre à se penser et penser l’autre

« Chercher à raisonner plutôt qu’à avoir raison » O. Brennifer

Toujours est-il que pour trouver un début de réponse à un prochain possible projet de classe, je me suis inscrite à un cycle d’ateliers dont vous trouverez le descriptif en lien sur le site de l’institut de pratiques Philosophiques.

Entre mars et juin donc, 8 méthodes seront abordées autour de 8 auteurs et de 8 textes. Je viens de vivre les 3 premières rencontres. Expériences pour le moins enrichissantes tant d’un point de vue personnel que professionnel. C’est pourquoi dans ce billet, je vous propose une petite mise en bouche façon formation initiale et continue puisque je vous présente aujourd’hui la première partie d’une série de 5 épisodes retraçant une conférence d’Oscar Brennifer en personne en IUFM il y a de cela deux ans.

A raison d’une par semaine, nous aurons le temps  d’ici la fin de l’année scolaire, d’aborder un certain nombre de points d’ordre méthodologique et de soulever quelques-uns des problèmes issus d’une telle pratique…Alors prêts pour l’ouverture de la session? N’hésitez pas à rebondir sur ce que vous aurez entendu ou à partager vos propres pratiques via les commentaires…

http://video.google.com/videoplay?docid=-613787090980124894

Séduits?

A paraître très prochainement sur BLOG BLEU PRIMAIRE

l’épisode 2!

😉


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Ethique et responsable

25 03 2010

La toute première des 10 compétences du référentiel de l’enseignant exprime clairement le devoir de l’enseignant d’ AGIR de façon éthique et responsable

Interrogeons-nous un instant sur la nature et la fonction de cet « Agir » avant de le coordonner à ses deux adjectifs, éthique et responsable. Procédé purement énonciatif et explicatif puisque dans la vie, il paraît essentiel, autant que faire se peut, de ne jamais dissocier nos actes d’une éthique et d’une responsabilité à la fois professionnelle et personnelle…

Agir donc…définition du Petit Larousse illustré version 2006:

1- Entrer ou être en action.

2- Produire un effet, exercer une influence

3- Adopter une attitude, se comporter, se conduire

D’entrée de jeu on sent bien que l’action ne peut se détacher d’une attitude et d’une influence présente donc dans chacun de nos choix d’enseignement et d’éducation.

L’agir suppose des actes visibles, des paroles explicites, des visées finalisées, des positionnements clairs, des choix énoncés…et j’oserai ajouter des renoncements aussi. Renoncements assumés et éclairés à la lumière des choix effectués. Mais cet agir, puisqu’il s’exerce dans le cadre d’un établissement, d’une école, d’une équipe, d’une classe,  ne peut se résumer à un agir solitaire, individuel, personnel. Il se décline au sein d’une institution, d’une histoire, d’une culture, d’une unité qui fait corps et qui donne et construit du sens…Nous touchons ici à une valeur fondamentale qui rejoint une question d’ordre philosophique. Comment faire le lien entre l’individuel et le collectif, comment se montrer garant de l’un et de l’autre, comment agir les uns avec et en fonction des autres… Une tension délicate et néanmoins essentielle avec laquelle il faudra sans cesse composer. Trop de collectif nuit au respect de l’unicité de la personne. Trop d’individuel écarte toute possibilité de projet et donc d’humanité.

Essayons de dresser une typologie des actions directement reliées à cette compétence 1 du référentiel de l’enseignant: Agir de façon éthique et responsable.

Des actions en situation:

accueillir chaque enfant le matin par un mot, un regard, un geste personnalisé

– proposer des activités variées et ciblées en fonction des besoins d’apprentissage de chacun

– encourager le plus possible, féliciter lorsque cela est légitime, nommer clairement les difficultés quand elles se présentent

– mettre en place des conseils d’élèves, des ateliers philo où des quarts d’heure « quoi de neuf sur la terre? » où la parole devient un lieu d’échange, d’ouverture et de co-construction de savoirs et de postures

tenir compte des rythmes  et des besoins biologiques des enfants en fonction de leur âge et de leurs particularités

travailler en lien avec les textes officiels: référentiel, programmes et socle commun

– miser sur la méthodologie et l’apprentissage de l’autonomie

Des actions en équipe:

élaborer un dispositif d’accompagnement et d’évaluation en lien avec les capacités de l’élève et des élèves à un moment T pour le et les mener à un instant T+1

– construire des outils, rédiger des documents explicatifs, lisibles et communicables au sein et hors de l’établissement

– rendre lisible et vivant le projet éducatif de l’établissement

– s’associer à l’accompagnement de chacun des membres de l’équipe éducative

– analyser nos pratiques et co-élaborer des savoirs-faire professionnels

s’interroger sur l’organisation du temps de travail des élèves et des enseignants

– innover, expérimenter, se donner le droit à l’erreur

– continuer d’apprendre à enseigner

Des actions en amont

élaborer ses progressions, ses séquences, ses séances

– anticiper les difficultés

se mettre en veille pédagogique et institutionnelle

– réactiver en permanence ses connaissances dans un souci de clarification des contenus à enseigner *

Des actions sur le long terme

– travailler avec les familles

construire des partenariats

– mettre en place des projets

– s’assurer de l’adéquation entre le « j’enseigne » et le « ils apprennent »

– miser sur la co-formation (entre pair)  et l’auto-formation (par soi-même) *

Ce catalogue à la Prévert, loin d’être exhaustif témoigne néanmoins de choix et de priorités qui me paraissent traduire de cet engagement éthique et responsable au service d’une éducation et d’un enseignement durable…Bien évidemment, chacun des items pourrait être décliné en sous-items et en une multitude de verbes d’action. Il s’agit ici d’une sorte de préambule qui ne demande qu’à être amélioré et enrichi au regard de vos propres pratiques et choix personnels et professionnels. Les commentaires sont ouverts…au débat et à la discussion! Ainsi, dans un souci de participation active, j’ajouterai au fur et à mesure vos propositions que je rendrai visibles par une astérisque *

C’est bien là la finalité de ce blog. Partager, s’interroger, se co-former…

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La violence et le bonheur

17 02 2010

Plus un enfant souffre et plus il faut l’aimer

Plus la violence est là et plus il faut l’accueillir.

Qui n’a jamais souffert?

Qui n’a jamais senti cette vague de violence le submerger?

La violence appartient à chacun de nous, elle est en chacun de nous, tapie, muette ou vive et irrépressible. La violence est un cri, un symptôme, une ultime pulsion de vie, un dernier rempart contre l’inhumanité.

Lutter « contre » la violence c’est détruire ce dernier rempart, c’est nier la maigre part de vie qui est à sauver, c’est bâillonner l’espoir de re-naissance et d’éducabilité, c’est refuser d’aimer celui qui tant besoin qu’on l’aime.

Alors quoi, on laisse faire? On applaudit? On se berce d’illusions? On fait comme si de rien n’était? On donne raison à la violence et on oublie les victimes de cette violence?

Comme chaque enseignant, comme chaque parent, comme chaque citoyen, je vis avec cette violence, je la subis ou je l’exerce, je la contourne ou je l’affronte. Je tente de faire avec. Faire avec, c’est accepter sans passivité, sans sentimentalisme, sans mollesse et sans démagogie. C’est être capable de dire Non, tu vois, là, tu as fais du mal et tu te fais du mal. Je ne peux pas te laisser agir ainsi. Mais je suis là et je t’entends.

Il ne faut pas nier la violence, il faut la nommer chaque fois qu’elle se présente, la reconnaître chaque fois qu’elle s’immisce dans nos vies, il faut l’entendre et la voir en face. Il faut être là, à côté d’elle, avec elle et surtout pas contre elle.

Être là.

Ne pas juger l’enfant mais lui ouvrir d’autres voies d’expression. La violence ne s’extrait pas comme une dent. Elle s’approche avec douceur, elle s’apprivoise avec tendresse, elle se confie avec empathie. Il faut enseigner le bonheur à ceux qui souffrent et font souffrir.Enseigner le bonheur et enseigner avec bonheur.

Oui, le bonheur.

Des cours de bonheur à l’école, voilà ce que je proposerais comme piste de travail si je devais participer aux futurs États généraux sur la violence.

D’autres articles sur le même thème:

  1. L’école pour vivre ensemble
  2. La violence sans tabou
  3. Médiations éducatives (1)
  4. Médiations éducatives (2)
  5. De l’acte violence à l’acte d’écriture

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Etre pédagogue, être libre…

27 01 2010

A l’heure où nos établissements, nos fonctions, nos rôles et nos missions sont bouleversés par de nouvelles dispositions et organisations, la question que soulève Laurent Carle dans ce texte me semble assez centrale non seulement pour les enseignants mais pour tous les cadres d’éducation qui s’interrogent sur la compatibilité entre liberté pédagogique et responsabilité éthique et professionnelle. Je lui laisse donc bien volontiers la parole…une parole qui interpelle nos pratiques, nos postures et nos gestes.

Être pédagogue suppose anticonformisme et insoumission.

Je ne parle pas d’insoumission à la hiérarchie ou aux lois, mais à la règle individualiste du chacun pour soi, aux préjugés, aux idées reçues de la tradition, aux rituels sacrés du groupe, à la vénération pour les objets du culte scolaire, aux croyances sans examen, aux habitudes de pensée et de faire acquises pendant les années de scolarité obligatoire au contact de professeurs conformes. Je parle de libération intellectuelle.

Il n’y a pas de pédagogie sans liberté. Un éducateur professionnel doit être un acteur penseur libre. On l’est rarement au départ. Il faut le devenir. C’est parfois douloureux, c’est toujours difficile.

Être libre, c’est penser différemment et faire autrement.

Pour les professionnels de l’éducation (enseignants et encadrement compris), la liberté pédagogique, ce n’est pas la possibilité de choisir sa méthode sur le plateau présenté par l’offre commerciale. C’est la capacité de discerner les actes didactiques concordants avec l’intérêt de l’enfance, de prendre en compte la diversité et les intérêts des enfants présents dans la classe, de connaître la psychologie des apprentissages et la volonté de placer l’enfant au centre du dispositif éducatif.

Pour réussir cette œuvre d’émancipation de soi, il ne suffit pas de se délivrer de l’emprise des dogmes de la doctrine dominante, il faut parfois aussi mener bataille contre ses propres croyances. Double sacrilège, double conflit cognitif, double révolution, institutionnelle et personnelle !

LAURENT CARLE

Je reprends bien volontiers ces termes: « Un éducateur professionnel doit être un acteur penseur libre. C’est parfois douloureux, c’est toujours difficile »…




Albert Camus, une certaine idée de l’école

19 01 2010

Le 4 janvier dernier marquait le cinquantième anniversaire de la disparition d’Albert Camus, homme de lettres, homme d’idées, homme engagé, homme révolté, homme avant tout et par dessus tout. Ce billet est un hommage à son humanité et son humilité et à une certaine idée qu’il se faisait de l’école, de l’éducation, du savoir. Voici la lettre qu’il adressa à son instituteur au lendemain de son prix Nobel: (discours en lien)

19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.
Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces.

ALBERT CAMUS

Dans son roman posthume « Le Premier homme » auquel travaillait Albert Camus au moment de mourir, l’auteur évoque avec tendresse et émotion ses souvenirs d’enfance, comme s’il n’avait encore que 6 ans ou 11 ans…Ce n’est qu’en 1994 que le texte sera publié sous sa forme initiale de brouillon inachevé rendant ainsi encore plus palpables les accents autobiographiques.

Morceaux choisis:

(…) Ensuite c’était la classe. Avec M. Bernard, cette classe était constamment intéressante pour la simple raison qu’il aimait passionnément son métier. Au-dehors, le soleil pouvait hurler sur les murs fauves pendant que la chaleur crépitait dans la salle elle-même pourtant plongée dans l’ombre des stores à grosses rayures jaunes et blanches. La pluie pouvait aussi bien tomber comme elle le fait en Algérie, en cataractes interminables, faisant de la rue un puits sombre et humide, la classe était à peine distraite. Seules les mouches par temps d’orage détournaient parfois l’attention des enfants. Elles étaient capturées et atterrissaient dans les encriers, où elles commençaient une mort hideuse, noyées dans les boues violettes qui emplissaient les petits encriers de porcelaine à tronc conique qu’on fichait dans les trous de la table. Mais la méthode de M. Bernard, qui consistait à ne rien céder sur la conduite et à rendre au contraire vivant et amusant son enseignement, triomphait même des mouches. Il savait toujours tirer au bon moment de son armoire aux trésors la collection de minéraux, l’herbier, les papillons et les insectes naturalisés, les cartes, qui réveillaient l’intérêt fléchissant de ses élèves. Il était le seul dans l’école à avoir obtenu une lanterne magique et, deux fois par mois, il faisait des projections sur des sujets d’histoire naturelle ou de géographie. En arithmétique, il avait institué un concours de calcul mental qui forçait l’élève à la rapidité d’esprit. Il lançait à la classe, où tous devaient avoir les bras croisés, les termes d’une division, d’une multiplication ou parfois d’une addition un peu compliquée. Combien font 1267 + 691. Le premier qui donnait le résultat juste était crédité d’un bon point à valoir sur le classement mensuel. Pour le reste, il utilisait les manuels avec compétence et précision… Les manuels étaient toujours ceux qui étaient en usage dans la métropole. Et ces enfants qui ne connaissaient que le sirocco, la poussière, les averses prodigieuses et brèves, le sable des plages et la mer en flammes sous le soleil, lisaient avec application, faisant sonner les virgules et les points, des récits pour eux mythiques où des enfants à bonnet et cache-nez de laine, les pieds chaussés de sabots, rentraient chez eux dans le froid glacé en traînant des fagots sur des chemins couverts de neige, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent le toit enneigé de la maison où la cheminée qui fumait leur faisait savoir que la soupe aux pois cuisait dans l’âtre. Pour Jacques, ces récits étaient l’exotisme même. Il en rêvait, peuplait ses rédactions de descriptions d’un monde qu’il n’avait jamais vu, et ne cessait de questionner sa grand-mère sur une chute de neige qui avait eu lieu pendant une heure vingt ans auparavant sur la région d’Alger.


(…) Seule l’école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu’ils aimaient si passionnément en elle, c’est ce qu’ils ne trouvaient pas chez eux, où la pauvreté et l’ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même; la misère est une forteresse sans pont-levis.


(…) Non, l’école ne leur fournissait pas seulement une évasion à la vie de famille. Dans la classe de M. Bernard du moins, elle nourrissait en eux une faim plus essentielle encore à l’enfant qu’à l’homme et qui est la faim de la découverte. Dans les autres classes, on leur apprenait sans doute beaucoup de choses, mais un peu comme on gave les oies. On leur présentait une nourriture toute faite en les priant de vouloir bien l’avaler. Dans la classe de M. Germain , pour la première fois ils sentaient qu’ils existaient et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération: on les jugeait dignes de découvrir le monde. Et même leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu’il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l’histoire d’enfants qu’il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n’avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l’objet d’un choix ou d’une conviction, mais il n’en condamnait qu’avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l’indélicatesse, la malpropreté (…)

D’autres extraits:




Faites l’appel, pas l’école!

4 10 2009

Une mesure qui fait polémique…

Voici un extrait de l’article de L’Expansion daté du 02 0ctobre 2009

« Peut-on payer les élèves pour les empêcher de sécher les cours? »

L’Académie de Créteil expérimentera à partir de lundi prochain un système de rémunération pour mettre un terme à l’école buissonnière. La polémique fait rage.

Comment ça marche ?

Selon l’assiduité des élèves en effet, la tirelire gonflera de 1200 euros tous les deux mois. Une somme à laquelle viendra se rajouter les 800 euros d’une  « note de vie de classe » satisfaisante. Si les élèves réalisent un parcours sans fautes, la mise pourra atteindre 10 000 euros à la fin de l’année. Dans tous les cas, les classes repartiront de toutes façons avec la cagnotte de départ, soit 2000 euros.

Ou ira l’argent ?

L’argent ne sera en aucun cas redistribué individuellement. C’est une expérimentation « à la fois collective et responsabilisante », rappelle Jean-Michel Blanquer, le recteur de l’Académie de Créteil, interrogé par Le Parisien. Ainsi, la somme récoltée aidera les écoles à financer des projets de groupe onéreux comme des voyages de classes, des cours de code de la route, des créations d’associations ou d’entreprises, des actions sociales, des achats de matériels…

Pourquoi cette expérimentation fait polémique ?

Lire le reste de l’article sur le site de L’Expansion.com

Ma petite contribution version bleu primaire

Plusieurs choses me gênent dans cette mesure :

1/ Elle est plaquée du haut vers le bas. Ainsi présentée, elle retire aux élèves toute prise en charge authentique du projet. Tout au plus les jeunes vont-ils participer séduits bien naturellement par le résultat financier plutôt que motivés par un besoin exprimé. Les règles du jeu, il faut l’avouer, sont alléchantes:

Ne faites rien vous gardez la mise de départ. Ne séchez plus, vous gagnerez davantage…

Drôle de discours dans la bouche d’enseignants et curieuse conception de leur rôle d’éducateurs. Cela étant dit, nous n’auront plus à nous soucier de la valeur des activités proposées et de notre capacité à susciter l’intérêt de nos élèves…Ne confond-on pas ici stimulation et motivation ? On stimule les ânes, on motive les hommes. L’éducation engage la personne; le dressage formate l’individu.

Et l’école quelle voie choisit-elle ?

2/ Elle est pernicieuse. Avec la bénédiction de Mère Bonne Conscience et sous le déguisement de l’engagement éducatif et collectif, on se livre en réalité à une course-achat dont les vainqueurs seront récompensés par des crédits éducatifs. L’objectif étant de gagner des cagnottes pédagogiques estimées en  milliers d’euros, on place les classes en situation de compétition les unes vis-à-vis des autres. Le schéma du « que le meilleur gagne » l’emporte à nouveau sur l’idée que ce meilleur pourrait aider son voisin…Mais on garde la tête haute puis que c’est pour l’éducation ! Et tant pis pour le voisin, la voisine en l’occurrence puisqu’il s’agit de classe, si elle ne part pas en semaine-découverte puisqu’elle n’a pas gagné ce droit! La faute à qui? A celui qui ne s’est pas plié aux règles. Attention, lynchage en perspective…

Au fait, depuis quand l’éducation se mérite-t-elle ?

3/ Elle est perverse. Transformer le nombre d’heures de présence scolaire en kilos d’euros éducatifs me semble une idée totalement contradictoire avec l’idée même d’éducation à la responsabilité. On fait naître dans l’inconscient du jeune que la présence se substitue au travail et que ce soit disant travail mérite récompense. Dans la même logique, il pourra professionnellement tenir le livre de compte de ses heures de présence et ce quelle que soit l’authenticité de la tâche effectuée ou non et réclamer ainsi le salaire qui lui est dû en dehors de toute réalité actée et significative.

4/ Elle va à l’encontre du rôle d’humanisation qu’il me semble que l’école doit jouer. Plutôt que d’éveiller nos jeunes à une certaine solidarité cachée, à l’acte gratuit, à l’engagement désintéressé, on s’occupe à développer chez eux l’appât du gain publiquement glorifié. Si la famille et l’école ne trouvent pas en leur sein les ressorts et les moteurs qui permettent de développer cette culture de la responsabilité, du service donné, de l’acte gratuit, qui le fera ? L’entreprise ? Le système ? Bof…

Pour aider les jeunes à se construire et à donner un sens à leur existence, l’école doit-elle leur apporter des réponses économiques ou doit-elle développer chez eux la quête de ressources disons…plus humaines?

Le problème, et il est de taille, c’est que l’école est obligatoire, que la majorité des élèves s’y ennuie et que rien ne leur assure une sortie compensatoire…

Le questionnement reste donc ouvert!

Comment transformer cette obligation institutionnelle en obligation personnelle?

Comment passer du temps de présence aux situations d’apprentissages?

Comment les aider à donner du sens à leur histoire et de la valeur à ce sens?


Alors, on fait l’appel ou on fait l’école?




Forum parents-profs

30 09 2009

Aujourd’hui, en guise de « convocation »,

une invitation!


– entrée libre
– cadre exceptionnel
– enfants autorisés…(c’est mercredi!)

– questions réponses encouragées!

Plus d’infos…en cliquant sur l’image ci-dessous!

Gif carte invitation