Pensée, abstraction et apprentissage

7 04 2011

Carême pédagogique

Jour 28

Pensée 28

Pensée, abstraction et apprentissage

  • L’avis d’un médecin psychologue:

« En opérant exclusivement avec des représentations concrètes et évidentes, nous freinons et entravons le développement de la pensée abstraite dont la fonction dans le comportement enfantin ne peut être remplacée par aucun procédé « concret » » L.Vygotsky (1896-1934)

  • L’avis d’un peintre et sculpteur:

« Les vers, qui sont bizarrement ordonnés, qui ne répondent à aucun besoin, si ce n’est au besoin qu’ils doivent créer eux-mêmes ; qui ne parlent jamais que de choses absentes ou de choses profondément et secrètement ressenties ; étranges discours, qui semblent faits par un autre personnage que celui qui les dit, et s’adresser à un autre que celui qui les écoute. En somme, c’est un langage dans un langage. » Edgar Degas (1834-1917)

  • L’avis d’un poète, essayiste et philosophe:

« Entre tous les arts, le nôtre est peut être celui qui coordonne le plus de parties ou de facteurs indépendants : le son, le sens, le réel et l’imaginaire, la logique, la syntaxe et la double invention du fond et de la forme…et tout ceci au moyen de ce moyen essentiellement pratique, perpétuellement altéré, souillé, faisant tous les métiers, le langage commun, dont il s’agit pour nous de tirer une Voix pure, idéale, capable de communiquer sans faiblesse, sans effort apparent, sans faute contre l’oreille et sans rompre la sphère instantanée de l’univers poétique, une idée de quelque moi merveilleusement supérieur à Moi. » Paul Valéry (1871-1945)

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Pour faire l’autoportrait d’un enfant

7 02 2011

Autoportrait

Prenez la main d’un jeune enfant

Un peu avant sept ans.

Placez tout à côté

Une craie, une toile, un écran

Ni trop petit ni trop grand.

Mettez face à l’enfant

Un rêve à dessiner

Comme un nuage blanc.

Laissez-le faire.

Regardez-le.

C’est étonnant…


D’après le titre de Jacques Prévert, Pour faire le portrait d’un oiseau

et le texte Recette du poète Guillevic

Un article poétique en hommage au magnifique travail réalisé par le photographe et réalisateur Gilles Porte dont le film « Dessine-toi… » vient de paraître dans les salles.

Pour en savoir plus sur l’auteur et voir la bande annonce


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Mon voilier

9 09 2010

Le  voilier

Mon   voilier

Il est de neige, mon voilier
Vogue, vogue mon joli rêve
Il est de neige, mon voilier
Parmi les oiseaux en allés

Vous le verrez si vous rêvez
Vogue, vogue, joli voilier
Vous le verrez  si vous rêvez
La tête au chaud sur l’oreiller

Au ciel vous le verrez passer
Vogue, vogue, rêve étoilé
Au ciel, vous le verrez passer
Avec la lune à son hunier

Maurice Carême

Musique: Charles Scharrès

Interprète: Geneviève Schneider

CD Paprika, enfance et musique

Pour écouter un extrait, cliquez sur ce lien

😉


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Un avant goût de printemps

18 03 2010

L’envol

Je sais rien n’est officiel,

Le printemps n’a pas encore ouvert ses ailes…

Il se prépare,

M’explique la mare

Et s’il se fait attendre

C’est pour mieux nous surprendre!

Il rit de nous voir si frileux

Emmitouflés sous nos bonnets pluvieux

C’est pour cela que ce matin

Matin coquin, matin mutin

J’avais envie de lui écrire

Et de lui dire en poésie

Que nous sommes prêts à l’accueillir….

Allez printemps! Prends ton envol!

Les amoureux, les cœurs frivoles,

Et les enfants, tous se désolent

Dans nos jolies cours d’école…

Allez printemps! Prends ton envol!

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Poème des mois

4 01 2010

Pour commencer cette nouvelle année, voici un poème écrit par un drôle de papa. Un papa poète, un papa interprète, le papa de Carmen!
Je vous laisse savourer ce petit texte taquin, plein d’humour de trouvailles et de poésie…

POÈME DES MOIS

Janvier…ton sort

Février…tes yeux dans les miens

Mars…moi pas sur les pieds!

Avril…toi sous mon parapluie

Mai…pas ta main dans mon slip!

Juin…l’utile à l’agréable

Juillet…dit:

Août…toi de là que j’m’y metee!

Septembre…sur l’herbe

Octobr’iquet marche mal!

Novembre pas sous la peau de l’ours avant de l’avoir tué!

Décembre…à la cave

Jean MALIGNON

Je vous souhaite un mois de janvier 2010 à l’image de ce texte..

rieur, mutin,

joueur, calin

plein de petits bonheurs

et de très gais matins!

😉




Rayons d’Octobre I

1 10 2009

http://www.pch.gc.ca/images/lffl.gif

Octobre glorieux sourit à la nature.
On dirait que l’été ranime les buissons.
Un vent frais, que l’odeur des bois fanés sature,
Sur l’herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.

Le nuage a semé les horizons moroses,
De ses flocons d’argent. Sur la marge des prés,
Les derniers fruits d’automne, aux reflets verts et roses,
Reluisent à travers les rameaux diaprés.


Forêt verte qui passe aux tons chauds de l’orange ;
Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ;
Monts aux gradins baignés d’une lumière étrange.
Quel tableau ! quel brillant paysage automnal !


À mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée,
Avec son toit pointu festonné de houblons,
Paraît toute rieuse et comme émerveillée
De ses éteules roux et de ses chaumes blonds.

Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie,
L’aïeul sur le perron familier vient s’asseoir :
D’un regain de chaleur sa chair est réjouie,
Dans l’hiver du vieillard, il fait moins froid, moins noir.

Calme et doux, soupirant vers un lointain automne,
Il boit la vie avec l’air des champs et des bois,
Et cet étincelant renouveau qui l’étonne
Lui souffle au coeur l’amour des tendres autrefois.

De ses pieds délicats pressant l’escarpolette,
Un jeune enfant s’enivre au bercement rythmé,
Semblable en gentillesse à la fleur violette
Que l’arbuste balance au tiède vent de mai.

Près d’un vieux pont de bois écroulé sur la berge,
Une troupe enfantine au rire pur et clair,
Guette, sur les galets qu’un flot dormant submerge,
La sarcelle stridente et preste qui fend l’air.

Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle,
Les lavandières vont avec les moissonneurs ;
Sous ce firmament pâle éclate de plus belle
Le charme printanier des couples ricaneurs.


Et tandis que bruit leur babillage tendre,
On les voit déroulant la chaîne de métal
Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre
La seille d’où ruisselle une onde de cristal.

canada_mw.gif (7546 bytes) Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931)

http://pagesperso-orange.fr/alain.perron/canada.gif

Recueil : Les Floraisons matutinales





Automne…mon bel Automne…

23 09 2009

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L’AUTOMNE

On voit tout le temps, en automne,

Quelque chose qui vous étonne,

C’est une branche tout à coup,

Qui s’effeuille dans votre cou.


C’est un petit arbre tout rouge,

Un, d’une autre couleur encore,

Et puis partout ces feuilles d’or,

Qui tombe sans que rien ne bouge.


Nous aimons bien cette saison,

Mais la nuit si tôt va descendre!

Retournons vite à la maison

Rôtir nos marrons dans la cendre.

http://www.afleurdepau.com/Cadeaux/gifs-animes/arbres-saisons/019.gifLucie DELARUE-MARDRUS




L’école en poésies

4 09 2009

L ‘ÉCOLE

Dans notre ville, il y a
Des tours, des maisons par milliers,
Du béton, des blocs, des quartiers,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Tout bas.

Dans mon quartier, il y a
Des boulevards, des avenues,
Des places, des ronds-points, des rues,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Tout bas.

Dans notre rue, il y a
Des autos, des gens qui s’affolent,
Un grand magasin, une école,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat,
Tout bas.

Dans cette école, il y a
Des oiseaux chantant tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon cœur, mon cœur, mon cœur qui bat
Est là.

Jacques CHARPENTREAU (1928-…)

LE CARTABLE RÊVEUR

Pendant que tu étais
Sur la plage, cet été,
Ou bien dans la forêt,
As tu imaginé
Que ton cartable rêvait ?
Il rêvait d’avaler
Des crayons, des cahiers,
Puis d’aller comme on vole,
Sur le chemin de l’école.

Carl NORAC (1960 – … )

LITANIE DES ÉCOLIERS

Saint-Anatole,
Que légers soient les jours d’école !
Saint Amalfait,
Ah ! Que nos devoirs soient bien faits !

Sainte Cordule,
N’oubliez ni point ni virgule.
Saint Nicodème,
Donnez-nous la clef des problèmes

Sainte Tirelire,
Que Grammaire nous fasse rire !
Saint-Siméon,
Allongez les récréations !

Saint Espongien,
Effacez tous les mauvais points.
Sainte Clémence,
Que viennent vite les vacances !
Sainte Marie,
Faites qu’elles soient infinies !

Maurice CARÊME (1899 – 1978)

MON ÉCOLE

Mon école est pleine d’images,
Pleine de fleurs et d’animaux,
Mon école est pleine de mots
Que l’on voit s’échapper des pages,
Pleine d’avions, de paysages,
De trains qui glissent tout là-bas
Où nous attendent les visages
Des amis qu’on ne connaît pas.

Mon école est pleine de lettres,
Pleine de chiffres qui s’en vont
Grimper du plancher au plafond
Puis s’envolent par les fenêtres,
Pleine de jacinthes, d’œillets,
Pleine de haricots qu’on sème ;
Ils fleurissent chaque semaine
Dans un pot et dans nos cahiers.

Ma classe est pleine de problèmes
Gentils ou coquins quelquefois,
De chansons, de poèmes,
Dont on aime la jolie voix
Pleine de contes et de rêves,
Blancs ou rouges, jaunes ou verts,
De bateaux voguant sur la mer
Quand une brise les soulève.

Pierre GAMARRA (1919 – 2009)




Rentrée 2009, J-1

2 09 2009

Un petit Prince dont on ne saurait se lasser…

Mon bonheur d’enseignante, il est là…dans cette innocente sagesse et cette curiosité intacte, dans ces regards inévitables qui interrogent sans répit, dans cette exigence de réponse qu’il est parfois si difficile de servir .

Oui…vivement la rentrée!!

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Et maintenant  Monsieur Antoine…

S’il te plaît…

Dessine-moi une école!




Rentrée 2009, J-4

30 08 2009

DIMANCHE

Charlotte
fait de la compote

Bertrand

suce des harengs

Cunégonde
se teint en blonde

Epaminondas
cire ses godasses

Thérèse
souffle sur la braise

Léon
peint des potirons

Brigitte
s’agite, s’agite

Adhémar
dit qu’il en a marre

La pendule
fabrique des virgules

Et moi dans tout cha ?
Et moi dans tout cha ?

Moi, ze ne bouze pas
Sur ma langue z’ai un chat

René de OBADIA




Rentrée 2009, J-7

27 08 2009

INVENTAIRE

à la Prévert

Jacques Prévert

Dans mon cartable il y a…

des souvenirs

deux  coquillages trois cartes postales une gomme

vingt-deux barres de cacao un ami

le boulanger

une vieille règle un caillou

un coucher de soleil

une trousse

un chouchou

un pou

une montagne sous son toit de nuages

un cahier neuf à grands carreaux


un ami


un stylo qui écrit de toutes les couleurs

le papillon qu’on appelle tortue

deux châteaux en Espagne

un portrait de tante Lucie

un genou étoilé trois sparadraps un anti-moustique

un livre d’histoire une américaine

un caméléon

une dizaine de billes

une enveloppe timbrée

un ordinateur

deux pots de peinture

trois allumettes un chiffon bleu une équerre

trois ou quatre oreillers


un ami


un matelas pneumatique deux tranches de saucisson

trois brins de lavande deux paires de ciseaux cinq cordes à sauter

un accordéon

une chanson de Mickael

un CD de Jackson

deux prières un p’tit chat

une montre un tube de colle

une jupe plissée

un tablier un cerf-volant

un jus de framboise une pochette à dessins une fourmi de dix-huit mètres

un chapeau de paille trois notes de musique

un soldat de plomb un rétroviseur

un jeu de sept familles

un compas bien taillé

une maison de poupée un ticket de métro

trois protège-cahier

un raton laveur

deux Prévert

trois baisers


un ami


un effaceur

deux cartouches d’encre

trois quarts d’heure

milles et une promesses

sept ans au Tibet

1 2 3 4 jeudis 12 mois de l’année

quarante-cinq millièmes de fractions de seconde

deux sabliers six ou sept joujoux

trois hiboux

vingt mille milliards de mille sabords

trente-deux centimes d’euros

deux mille graines d’eucalyptus

cinq calculatrices

quarante voleurs

une minute de bonheur

et naturellement


mon ami


d’après l’Inventaire de Jacques Prévert





Le pont Mirabeau

15 06 2009
http://www.dailymotion.com/video/x3kon9

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine


Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse


Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente


Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passait
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine


Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

« Le Pont Mirabeau »
Apollinaire, Alcools (1912)




Je l’ai croisé sous la lune, le printemps est revenu!

20 03 2009

Le printemps

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderies,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Goutte d’argent d’orfèvrerie

Chacun s’habille de nouveau.

Charles d’Orléans (1394-1465)




Des mots de papier

27 11 2008

GAINSBOURG le magnifique!

Plusieurs versions des P’tits papiers. Ce matin, c’est celle-ci que je choisis.

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Le jardinier pédagogue (Chap 2)

15 09 2008

                                    LA FRACTURE LINGUISTIQUE

« Les limites de mon langage signient les limites de mon propre monde. »

Ludwig Wittgenstein (Tractatus logico-philosophicus,1918)

Je vous demande de bien vous pénétrer de ce que signifie cette citation de Wittgenstein et d’envisager les conséquences qu’elle induit sur le plan pédagogique :

Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde.

Autrement dit, je ne peux connaître de façon intellectuelle que ce que je peux nommer (7). De façon intellectuelle, c’est-à-dire non pas dans un contact sensoriel ou seulement émotionnel avec tel ou tel objet de connaissance, mais en ayant dans mes réserves linguistiques son représentant oral et/ou écrit dans ma langue : le mot qui le désigne en français. Ainsi, je rencontre le mot « vanel ». Le signe linguistique étant arbitraire, ce substantif ne peut me « parler », me révéler son sens. Le contexte va commencer à m’éclairer : « La truite s’emmêla dans le vanel qui barrait la rivière. »  Je suppute – à raison – que le vanel est une sorte de filet placé en barrage. Mais il serait miraculeux que le mot soit aussi facilement engrangé dans mes neurones. Il faudra d’autres rencontres pour que le sens de « filet fixe à nappe simple employé pour la pêche des truites » soit validé et enregistré. Si je connais l’acteur Charles Vanel, cela m’aidera peut-être à mieux me souvenir de ce mot. Après de nombreuses auditions ou lectures, le mot « vanel » sera disponible et utilisable dans mes propres interventions orales ou écrites. Il fera partie de mon vocabulaire actif, utilisable, le vocabulaire passif étant celui que je comprends à peu près dans un contexte.

Les noms propres, les structures syntaxiques, les tours stylistiques doivent aussi être entendus ou lus de nombreuses fois pour être compris, retenus et utilisés. Ce n’est pas en regardant TF1 que les milliers de mots qui sont les briques de la culture vont être donnés à l’enfant. Ce sont d’abord les proches qui vont remplir son réservoir de langue, l’aider à constituer ses « stocks sémantiques » ;  l’école continuera ce nourrissage, si elle se donne ce but en priorité. Ensuite, la lecture d’ouvrages littéraires et scientifiques lui servira de source linguistique pendant toute son existence. S’il sait et peut lire !

Le problème se complique par le fait que les mots peuvent avoir de nombreux sens selon le contexte dans lequel ils sont employés. Il faut donc connaître les emplois et les sens des mots et ne pas se contenter d’une vague intuition de ce qu’ils signifient.

Pour donner une idée de l’importance de cette question du lexique, des chercheurs américains estiment de 80 000 à 120 000 le nombre de mots qu’un bon élève de Terminale maîtrise, au moins de façon passive (compréhension). Mots dans le sens que leur donnent les linguistes : va, vas, sont des mots différents ; cure : logement, cure : thérapie aussi. C’est l’ordre de grandeur qui est intéressant car il montre que l’enseignement du lexique devrait être une préoccupation constante et centrale. Dans l’enseignement du français comme dans celui des autres langues, et dans celui des vocabulaires spécialisés : scientifiques, techniques ou artistiques. Un enseignement lexical extrêmement précis avec un contrôle rigoureux de l’acquisition effective dans le vocabulaire actif des enfants. L’accumulation de mots inconnus ou mal compris empêche tout simplement les élèves de comprendre ce qui est écrit dans leurs manuels ou ce que disent leurs professeurs.

C’est dans le domaine de la langue que se produit la première fracture entre les enfants qui ont été nourris d’une langue très riche et ceux qui sont restés sur leur faim. Fracture déterminante pour l’avenir scolaire, fracture que l’école a le devoir de combler, fracture que l’on doit inlassablement tenter de réduire quand un enfant est en échec. Cette fracture s’élargit au fil des ans, car les enfants nantis de langue peuvent lire et augmenter leurs stocks de mots, de structures, de tours stylistiques, de connaissance des contextes alors que les autres ne peuvent pas lire et ne sont alimentés que par de chétives sources orales car ils ne manipulent couramment et avec pertinence que quelques centaines de mots. Des centaines de fois, leur compréhension de ce qu’ils lisent ou de ce que dit le professeur est nulle ou vague. Les énoncés et consignes sont vaguement perçus. Oublis, erreurs, punitions découragent vite ces enfants démunis de langue.

Mais comment donner aux enfants ces outils linguistiques indispensables ? Puisqu’ils ne peuvent pas lire des textes nourrissants, faute de mots pour les comprendre, il faut chercher une autre porte et passer d’abord par l’oreille. Alain Bentolila ou Christian Jacomino proposent de lire des textes littéraires aux enfants, dès la maternelle, afin de les nourrir de riche langue. Je ne suis pas convaincu par cette proposition qui devrait être appliquée plus tard, car la lecture auditive d’un texte littéraire est encore plus difficile à déchiffrer et interpréter que sa lecture visuelle sur papier. On ne peut interrompre le flux oral, revenir en arrière, poser des questions. Les enfants démunis auront de grandes difficultés à faire leur miel de cette pratique, à moins de choisir des textes très pauvres, ce qui rend l’exercice peu utile.

Depuis la nuit des temps, il existe quatre autres supports, autrement efficaces, pour transmettre ce que je nomme la « haute langue orale » aux enfants : les textes de la tradition orale, la poésie, le théâtre, les chansons. Ces textes, redits ou chantés par les enfants, induisent une rétention remarquable des contenus linguistiques, culturels, symboliques qu’ils portent. Ils doivent être réitérés pour être efficaces, donc répétés soit par l’enfant, soit par l’adulte.

Les textes de la tradition orale sont très riches de langue, de grammaire, de figures stylistiques et de symboles. Leur caractère polysémique appelle l’interprétation qui laisse la liberté à chacun d’en tirer ce qu’il veut. La capacité d’interprétation est une des compétences indispensables (8) pour des lectures intelligentes et c’est l’une de celles qui manquent le plus cruellement. Souvent, le médiocre auditeur ou lecteur récupère un mot ou deux et transforme complètement le propos émis. Loin de l’interprétation, on est en pleine incompréhension ce qui provoque des conflits constants.

Le corpus de ces textes de l’orature comprend : les proverbes, les dictons, les devinettes, les contes, les légendes, les épopées, les mythes, les chansons. Chacun de ces textes possède une fonction particulière dans le développement des enfants ou des adultes qui les écoutent ou les disent. Un ouvrage cité plus haut indique les fonctions et le mode d’emploi de tous ces textes de l’orature. Je ne m’y attarderai donc pas ici.

Ces trésors du patrimoine, donnés dans une belle (9) langue orale, procurent un vif plaisir aux auditeurs et provoquent l’addiction à une drogue douce : la littérature, dans laquelle les enfants iront chercher à renouveler ce plaisir quand la source orale deviendra insuffisante. Ces textes ne doivent pas être réduits, pastichés, transformés, mais être donnés dans une langue riche, précise et poétique, avec le respect absolu de ce corpus fabuleux dont la voix nous transmet la sagesse accumulée de nos ancêtres.

Avantage supplémentaire : les contes, les légendes, les mythes s’inscrivent dans un déroulement narratif fictionnel ce qui permet à l’enfant de prendre de la distance par rapport au réel, de façon à mieux l’organiser et le maîtriser. Ils sont également riches d’émotions profondes, relevant du symbolique, qui permettent à l’enfant de plonger « corps et âme » dans le récit.

                                                                                Chapitre 3…. à venir!

Christian MONTELLE

Ornans, août 2008

Diffusion libre

 


( 7) En fait, si on ne peut les nommer, il y a beaucoup de choses que l’on ne perçoit même pas. Ainsi, on peut marcher des heures dans une forêt sans voir ni entendre les mésanges, les pipits, les rouges-gorges qui pourtant sont bien là et se manifestent constamment.

(8) Les textes de la tradition orale sont en général assez mal utilisés. Les critères d’âge ne sont pas connus, la parodie remplace souvent le contage, quand on ne se limite pas à l’étude de LA structure du récit, comme s’il n’existait qu’une seule structure narrative !

(9) Je sais combien cet adjectif :  belle, pose problème. Le mot : fondateur, peut le remplacer s’il signifie  : qui vise à élever le récepteur, en l’opposant à tous les messages à visée mercantile.

 




Enfant Gâté

18 06 2008

Dans le cadre d’un atelier d’écriture en classe sur les enfants dans le monde, et à la suite d’une série d’interventions sur les droits des enfants…le travail d’un élève de 6ème, d’un enfant…

ENFANT GÂTE

E n revenant de l’école

N ‘ayant pas pris mon goûter

F atigué d’avoir tant travaillé

A mon papa je raconte ma journée.

N aturellement, avec douceur, il m’encourage

T oujours près de moi, ma famille est là.

G arçon ou fille, nous sommes d’abord « enfants »

A mour et protection sont deux droits importants

T u es chrétien, je suis juif.

E t alors? Nous ne sommes pas si différents…

                                              Tristan

                                    

Coïncidence ou non, il se trouve que l’année précédente, ce même enfant, avec sa classe de CM2, avait longuement étudié, dans le cadre d’un travail  d’histoire et de français la période de la Shoah. Les élèves avaient effectué tout un ensemble de recherches sur les registres d’état civil et sur les plaques commémoratives.

Ils avaient écrit des textes splendides tant dans leur vérités enfantines que dans leurs valeurs historiques.

Un an plus tard, dans un autre registre, dans un univers différent, le même respect, le même souvenir.




Grammaire et poésie

17 04 2008

 GRAMMAIRE ET ECRITURE : «Qui, que, quoi, dont, où » au service de la poésie:

Consigne : Ecrire un poème en utilisant les pronoms relatifs et les structures répétitives des textes poétiques étudiés précédemment :

Un voyage extraordinaire !!!                       

J’ai vu à Venise un palais qui volait

J’ai vu à Paris deux oiseaux qui s’aimaient

J’ai vu deux groseilles qui partaient pour Marseille

J’ai vu un château qui s’appelait Pozzo

J’ai vu le moulin dont on parlait depuis un siècle

J’ai vu le domaine dont tout le monde rêvait 

Mais je ne connais pas les pays où je les ai vus…                                 K.S

Merci Khélil pour ce voyage extraordinaire.

Continue de rêver et faire rêver.

Cherche encore et toujours ce pays…

Souvent la quête enrichit  bien davantage que le point d’arrivée.

 

Les nouvelles du jour                             

J’ai vu un château qui était très beau.

J’ai vu un moulin dont tout le monde parlait.

J’ai vu le palais que tu aimais.

J’ai vu un bateau qui coulait.

J’ai vu une  voiture qui roulait trop vite.

J’ai vu l’autographe que Zizou avait signé.

 Mais je ne connais pas le pays où tu habitais.                                        P.B. 

Ah, si nos nouvelles du soir nous étaient contées avec tes mots, Pierre…




Avril en poésie

1 04 2008
  
AVRIL
Entrez, Avril la folle
Qui rit entre ses pleurs,
Mais dont le cœur s’envole
Dans le pollen des fleurs.
Entrez ! Sur la pelouse,
Dansez, mois gais, mois purs.
Mais le reste des douze
Est trop vieux ou trop mûr.
Entrez les enfantines
Minutes du matin
Qui tournez argentines
Au fond du vieux jardin.
Sautons dans l’herbe brune
Ou rose avec le vent,
Et sautons dans la lune
Si nous passons devant !
Marie NOËLUne adresse pour découvrir d’autres poésies, au rythme des clics et des mots clés!



Expression écrite et histoire vraie

25 03 2008

                   MON PERE                                

Mon père est voyageur intersidéral

Mon père est astronaute

Mon père est savant international

Mon père est espion secret

Mon père est navigateur 

Ma mère a peur

Je la connais La vérité

Mon père est mort   

                            Sylvain ( 9ans )

 

Avant l’écrit, il a fallu gérer l’expression orale.

Avant l’oral, il a fallu gérer le silence.

 

Une année particulière, comme toutes les années.

Un enfant particulier, comme bien des enfants.

 

Un élève comme aucun autre. 

Mais chaque élève a son histoire. Et chaque histoire est unique.

 




Paris, en sortant de l’école…

21 03 2008

          PARIS LE SOIR

La Tour Eiffel s’envole vers le ciel

Et quand Notre-Dame salue le Soleil 

L’arc de Triomphe enjambe les étoiles

Et danse par-dessus les toits 

Le soir, dans l’ombre, Paris respire l’air frais

Et ses rues s’abreuvent à l’eau de la Seine 

Les boulangeries ferment leurs portes

Et Paris,  la nuit engloutit le Monde           

                              Création collective spontanée  CM1