Budget et éducation

4 06 2010

Il m’a fallu quelques heures de digestion, de veille et de cauchemar avant de réagir aux dernières mesures budgétaires rendues visibles un peu partout dans la presse suite à la diffusion indiscrète des toutes dernières feuilles de route que le Ministère venait d’ adresser aux différentes inspections académiques dans le plus grand secret. Hélas…à l’ère numérique les nouvelles sortent souvent au grand jour avant même d’être lues par les destinataires…

Voir les détails sur l’article du Café pédagogique.

La soupe à la grimace

La recette est épicée…

Il fallait y penser!

Dans les cuisines ministérielles

Chapeautées par Chef Chatel

Depuis quelques temps on s’agite

On s’affaire autour de la marmite

On calcule, on mesure, on soustrait

On divise, on réduit, on extrait

On supprime, on allège, on passe au tamis

Chaque ingrédient est savamment choisi

Ou plutôt, devrait-on dire, judicieusement proscrit

A vue d’œil ou la louche

On en enlève encore une couche

Surtout ne rien laisser au hasard

Chacun n’aura pas droit à une part

Et si certains toucheront double portion

D’autres devront se satisfaire d’une bien maigre ration

C’est ainsi, c’est inscrit, c’est la vie

C’est la vie, c’est inscrit, c’est ainsi

C’est mathématique, politique, économique

Peu importe que ce soit anti-démocratique

C’est la faute à la crise, la faute à pas d’chance

Éducation ne rime ni avec enfance ni avec conscience

Éducation rime davantage avec injonction, suppression, restriction


Quelques ingrédients

De ce super plan?

Par quoi commencer?

Comment vous l’annoncer?

Sans plus polémiquer, voici donc les faits

Qui ce matin m’ont sinistrement inspirée


Suite aux États généraux pour lutter contre la violence et l’échec scolaire,

voici donc les mesures d’urgence éducative assimilées à d’efficaces mesures d’urgence budgétaire…


Il s’agira au niveau du primaire:


d’augmenter au maximum les effectifs des classes

Allez, allez, on se tasse, au fond il reste encore quelques places!

– de mettre un terme définitif aux réseaux d’aides spécialisés pour les élèves en grande difficulté

Allez, allez, dehors Maîtres E et Maître G, vos bons et loyaux services n’ont pas atteint les 100% de réussite espérés, vous êtes virés!

de supprimer progressivement les postes de psychologues scolaires

Allez, allez, assez de bla-bla, de soutien, d’accompagnement. L’école tu l’aimes ou tu la quittes! L’école, c’est pas fait pour s’y plaire!

– de dissoudre les petits établissements et de les rattacher aux super-structures existantes

Allez, allez, du balai les jolies petites cour de récré, regroupons et rationalisons les postes plutôt que de miser sur une école vivante!

d’alléger la formation continue des enseignants de manière à éviter les remplacements. Rappelons au passage que la formation initiale venant d’être réformée,  la question de la formation tout court est une question résolue…

Allez allez, prof, c’est pas bien compliqué! Vous faîtes l’appel le matin, vous signalez les élèves absentéistes, vous prenez les nouveaux anciens programmes et vous en faites un copié-collé pour vos élèves, et voilà le tour est joué. Franchement, y’a pas de quoi en faire tout un tohubohu !

– de recruter chaque fois qu’il est possible des non-titulaires:

Allez allez, qui veut tenter l’aventure éducative du XXIème siècle? étudiants, parents, grands-parents volontaires?

Alors, elle n’est pas bonne la soupe à la grimace?

Allez, pour ne pas terminer ce billet sur une funeste note, une fois n’est pas coutume, je vous laisse en compagnie de Stéphane Guillon

http://www.dailymotion.com/video/xdix73



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Corps à corps

11 03 2010

Grand corps malade ou « corps français traditionnel »?

Mon cœur lui bat plutôt au rythme de ces mots…

Image de prévisualisation YouTube

A faire passer à Gérard Longuet…

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Faites l’appel, pas l’école!

4 10 2009

Une mesure qui fait polémique…

Voici un extrait de l’article de L’Expansion daté du 02 0ctobre 2009

« Peut-on payer les élèves pour les empêcher de sécher les cours? »

L’Académie de Créteil expérimentera à partir de lundi prochain un système de rémunération pour mettre un terme à l’école buissonnière. La polémique fait rage.

Comment ça marche ?

Selon l’assiduité des élèves en effet, la tirelire gonflera de 1200 euros tous les deux mois. Une somme à laquelle viendra se rajouter les 800 euros d’une  « note de vie de classe » satisfaisante. Si les élèves réalisent un parcours sans fautes, la mise pourra atteindre 10 000 euros à la fin de l’année. Dans tous les cas, les classes repartiront de toutes façons avec la cagnotte de départ, soit 2000 euros.

Ou ira l’argent ?

L’argent ne sera en aucun cas redistribué individuellement. C’est une expérimentation « à la fois collective et responsabilisante », rappelle Jean-Michel Blanquer, le recteur de l’Académie de Créteil, interrogé par Le Parisien. Ainsi, la somme récoltée aidera les écoles à financer des projets de groupe onéreux comme des voyages de classes, des cours de code de la route, des créations d’associations ou d’entreprises, des actions sociales, des achats de matériels…

Pourquoi cette expérimentation fait polémique ?

Lire le reste de l’article sur le site de L’Expansion.com

Ma petite contribution version bleu primaire

Plusieurs choses me gênent dans cette mesure :

1/ Elle est plaquée du haut vers le bas. Ainsi présentée, elle retire aux élèves toute prise en charge authentique du projet. Tout au plus les jeunes vont-ils participer séduits bien naturellement par le résultat financier plutôt que motivés par un besoin exprimé. Les règles du jeu, il faut l’avouer, sont alléchantes:

Ne faites rien vous gardez la mise de départ. Ne séchez plus, vous gagnerez davantage…

Drôle de discours dans la bouche d’enseignants et curieuse conception de leur rôle d’éducateurs. Cela étant dit, nous n’auront plus à nous soucier de la valeur des activités proposées et de notre capacité à susciter l’intérêt de nos élèves…Ne confond-on pas ici stimulation et motivation ? On stimule les ânes, on motive les hommes. L’éducation engage la personne; le dressage formate l’individu.

Et l’école quelle voie choisit-elle ?

2/ Elle est pernicieuse. Avec la bénédiction de Mère Bonne Conscience et sous le déguisement de l’engagement éducatif et collectif, on se livre en réalité à une course-achat dont les vainqueurs seront récompensés par des crédits éducatifs. L’objectif étant de gagner des cagnottes pédagogiques estimées en  milliers d’euros, on place les classes en situation de compétition les unes vis-à-vis des autres. Le schéma du « que le meilleur gagne » l’emporte à nouveau sur l’idée que ce meilleur pourrait aider son voisin…Mais on garde la tête haute puis que c’est pour l’éducation ! Et tant pis pour le voisin, la voisine en l’occurrence puisqu’il s’agit de classe, si elle ne part pas en semaine-découverte puisqu’elle n’a pas gagné ce droit! La faute à qui? A celui qui ne s’est pas plié aux règles. Attention, lynchage en perspective…

Au fait, depuis quand l’éducation se mérite-t-elle ?

3/ Elle est perverse. Transformer le nombre d’heures de présence scolaire en kilos d’euros éducatifs me semble une idée totalement contradictoire avec l’idée même d’éducation à la responsabilité. On fait naître dans l’inconscient du jeune que la présence se substitue au travail et que ce soit disant travail mérite récompense. Dans la même logique, il pourra professionnellement tenir le livre de compte de ses heures de présence et ce quelle que soit l’authenticité de la tâche effectuée ou non et réclamer ainsi le salaire qui lui est dû en dehors de toute réalité actée et significative.

4/ Elle va à l’encontre du rôle d’humanisation qu’il me semble que l’école doit jouer. Plutôt que d’éveiller nos jeunes à une certaine solidarité cachée, à l’acte gratuit, à l’engagement désintéressé, on s’occupe à développer chez eux l’appât du gain publiquement glorifié. Si la famille et l’école ne trouvent pas en leur sein les ressorts et les moteurs qui permettent de développer cette culture de la responsabilité, du service donné, de l’acte gratuit, qui le fera ? L’entreprise ? Le système ? Bof…

Pour aider les jeunes à se construire et à donner un sens à leur existence, l’école doit-elle leur apporter des réponses économiques ou doit-elle développer chez eux la quête de ressources disons…plus humaines?

Le problème, et il est de taille, c’est que l’école est obligatoire, que la majorité des élèves s’y ennuie et que rien ne leur assure une sortie compensatoire…

Le questionnement reste donc ouvert!

Comment transformer cette obligation institutionnelle en obligation personnelle?

Comment passer du temps de présence aux situations d’apprentissages?

Comment les aider à donner du sens à leur histoire et de la valeur à ce sens?


Alors, on fait l’appel ou on fait l’école?




Alain, Erwan et nous autres…

26 07 2009

Ce matin, un article en réponse au dernier commentaire en ligne…

Oui, en effet…en plein we de grand départ, qui se souciera du sort d’Alain REFALO?

La sanction est odieuse car pécunière…réduire un peu plus le maigre salaire d’un enseignant qui n’a commis aucune faute professionnelle, ne compte par ailleurs ni ses heures auprès de ses élèves ni ses heures hors temps scolaire, c’est tellement “petit”, tellement indigne!

Une idée en passant…organiser le soutien financier d’Alain en mettant en ligne une collecte:

1 euro symbolique…multiplié par le nombre d’enseignants solidaires…

Utiliser les réseaux sociaux et les différents sites web pour la diffusion de cet appel à solidarité.

Pédagogiquement, professionnellement, humainement, étiquement vis à vis de ses élèves, rien ne peut être retenu contre Alain REFALO. Mais il a ouvertement, publiquement, médiatiquement osé dire et organiser son opposition, son insubordinnation.

Il me semble que c’est sur cette nouvelle forme de contestation que notre collègue a été sanctionné. Insoummission, manquement au devoir de réserve, outrage à fonctionnaire, incitation à la désobéissance collective.

Personnellement, si je reste partagée sur la forme empruntée par le mouvement des désobéisseurs, je demeure totalement solidaire sur le fond.

Une question subsiste alors…

Comment agir sur le fond sans adopter une forme radicalement contestataire?

Comment accorder conscience personnelle, respect hiérarchique et responsabilité civique…

Quelques lectures à ce sujet

http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2009/07/25/121-cette-fois-l-ecole-est-vraiment-en-danger

http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1332994.html

http://tvbruits.org/spip.php?article1066

Jusqu’au verdict final j’ai voulu penser, croire, souhaiter que la sanction ne serait que symbolique. Elle est odieuse, disproportionnée et injuste.

Ce que j’aurais aimé entendre de la part des responsables politiques?

Quelque chose du genre….

Monsieur REFALO, nous ne pouvons tolérer qu’ouvertement vous appeliez à l’insubordination collective; nous vous demandons donc de stopper tout appel à la désobéissance; mais au regard de ce que vous mettez en place en classe, nous ne pouvons que constater que vos dispositifs pédagogiques permettent d’aider les élèves à progresser et à apprendre; nous n’appliquerons donc aucune sanction à votre encontre.




Médiations éducatives 1

28 05 2009

Traiter la violence comme un symptôme plutôt qu’une cause,

sonder le fond du problème autant que colmater des brèches,

considérer les jeunes comme des révélateurs plutôt que des catalyseurs…

Trois principes essentiels qui permettraient d’entamer un travail en profondeur. Le vrai générateur de violence est ailleurs, au cœur et en amont de la société toute entière et du système scolaire en particulier. C’est avant tout ce système qu’il parait urgent de remettre à plat. Pour cela, il faut du courage et de la volonté politique, professionnelle, citoyenne. Le gouvernement seul n’y parviendra pas, les enseignants seuls n’y parviendront pas les familles seules n’y parviendront pas, la répression seule n’y parviendra pas…

Mais alors par où commencer?

Ayant beaucoup entendu parler du primaire, du lycée et de l’enseignement supérieur cette année, et si nous évoquions un peu le Collège ce matin…Voici quelques réflexions générales que je mettrais volontiers au cœur d’un projet de réforme si j’étais conviée à y réfléchir…

1/ Concevoir l’enseignement au Collège comme un acte pédagogique:

– Injecter de la pédagogie dans la formation initiale des enseignants

– Favoriser la polyvalence disciplinaire

– Renforcer la formation continue

Impact sur la violence?

Davantage de connexions entre les disciplines et de cohésion dans les apprentissages permettent de réduire l’écart entre le savoir et l’élève. En le rendant plus concret il devient plus accessible.  Si le savoir-savant est transformé en savoir mobilisable et disponible, la projection redevient possible, le sentiment d’exclusion intellectuelle et culturelle diminue, la colère diminue, la violence diminue.

Le savoir, médiateur éducatif et prétexte aux mises en relations, un premier pas vers l’apaisement…

2/ Concevoir l’enseignement comme un acte collégial:

– Repenser la mobilité professionnelle et le système de mutation à l’ancienneté.

– Nommer des coordonnateurs pédagogiques externes aux établissements.

– Alléger les mégalopoles scolaires.

Impact sur la violence?

En consolidant l’équilibrage des équipes éducatives, en stimulant la mise en place et le suivi des projets pédagogiques,  en travaillant au sein de groupes humains à taille humaine, on pérennise les efforts, on renforce le statut des adultes aux yeux des élèves, on gagne en légitimité et en force d’action. Plus les élèves sentiront une cohésion forte entre les adultes,  moins ils auront d’occasion de s’engouffrer dans les failles du système.

La cohérence, médiatrice éducative et architecte du cadre scolaire, un deuxième pas vers l’apaisement…

3/ Développer l’idée du partenariat dans l’acte éducatif

– Intégrer les familles les plus isolées

– Mettre en place des jumelages entre établissements

– Développer des réseaux associatifs via les collectivités locales

Impact sur la violence?

Parier sur la complémentarité des compétences et associer les différents acteurs de la société génèrent du lien, du sens, de la solidarité, du respect. A l’école, dans la rue, ou bien à la maison, quand les jeunes sentent qu’une même volonté s’exerce et que chacun est reconnu comme un des maillons de la chaine éducative, ils sont moins sujets à la dérive, à l’absentéisme, à l’exclusion.

La co-éducation, partenaire officielle de la médiation éducative, un troisième pas vers l’apaisement…

Voilà donc en guise d’introduction et pour inaugurer cette série d’articles sur la violence scolaire. Pas de mesures miracles, mais l’ébauche d’une réflexion générale aujourd’hui urgente et incontournable si l’on souhaite entamer un véritable travail sur le moyen et le long terme.

Évidemment, en attendant que tout cela se mette en place, il conviendra de penser des modalités plus immédiates et concrètes pour éviter que les actes de violence se répètent et protéger élèves et enseignants.

4 exemples pour terminer ce billet et illustrer chacune des parties:

1/ Mettre en place des projets pluridisciplinaires centrés sur un travail de recherche collaboratif et des réalisations concrètes. Par exemple, en 3ème, en histoire en abordant la Résistance, faire intervenir les derniers témoins, transférer les apprentissages à la prise d’engagements réels: aider les élèves à collecter des fonds pour permettre à certaines colonies indiennes de racheter des parcelles de territoires. Un travail de mémoire, un travail sur les valeurs humaines, un travail dans l’action, un travail pour la survie de l’espèce et de la planète. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

2/ Cesser de placer systématiquement nos jeunes collègues à des postes dont personne ne veut car trop exposés. Le privilège de l’ancienneté réserve aux moins affutés les postes les plus complexes! Quelle incohérence et quelle violence! Violence infligée au enseignants et dont les jeunes s’emparent intuitivement. Lutte des territoires…c’est tellement évident qu’on a du mal à comprendre que ce système fonctionne encore! TROP SOUVENT VU et  pourtant INACCEPTABLE!

3/ Motiver des associations d’étudiants dans les quartiers pour accompagner et soutenir l’aide au devoir ou l’entraide au quotidien. Voir le site de l’AFEV. Favoriser les échanges inter-générationnels. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

4/ Et pour commencer, transférer le budget prévu pour l’installation d’un portique de sécurité à celui du recrutement immédiat de personnel d’encadrement éducatif. Surveillant, assistant social ou conseiller principal d’éducation. Voir les 3!

Ce sera tout pour aujourd’hui…

D’autres articles parus sur BLOG BLEU PRIMAIRE en lien  le même thème

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Blog politique ou pédagogique?

27 05 2009

Ce matin, un billet en réponse à la question d’un internaute…Voir les commentaires de l’article du 25 mai « La violence sans tabou ».

Votre intervention, David, est je l’avoue très à propos. Effectivement, après avoir rédigé l’article précédent, j’ai voyez-vous mis quelques minutes avant de cliquer sur la touche « valider »…oui, non, oui, non…SI !

Blog pédagogique ou politique ? Telle est donc votre question. Voici donc ma réflexion…

En regardant les « tags » dans le menu latéral de droite, il me semble que l’on peut aisément saisir le profil du blog: éducation, pédagogie et société sont les 3 domaines de recherches et d’expression que je privilégie depuis l’ouverture de BLOG BLEU PRIMAIRE.

Ce blog est avant tout une plateforme d’échange et de dialogue autour de l’activité et la réflexion éducatives et scolaires. D’autres blogs ont choisi d’autres positionnements notamment plus politiques. A chacun selon ses compétences et ses appétences. Si j’aime m’y promener et souvent m’y exprimer pour y affuter ma réflexion personnelle, j’ai pour ma part choisi ici une autre « ligne éditoriale » car pour être très honnête avec vous, je ne sais pas encore très bien « qui je suis politiquement »…Ce qui ne m’empêche pas d’avoir une conscience citoyenne forte et des valeurs éducatives à exprimer. Comme chacun du reste.

De gauche ou de droite ? Peu importe, je ne fais pas campagne, je m’exprime en mon âme et conscience. Déroutant pour certains sans doute dans une blogosphère et une société où l’étiquette et le slogan ont remplacé l’identité, où le happening et le scoop ont détrôné la réflexion et l’introspection. Élevés selon des schémas catégorisés « Gauche/Droite », on en oublierait presque le droit à la pensée autonome, mouvante, inclassable.

Je prends ce risque David, celui de la dérive possible. Oui, j’assume cet inconfort si tel est aujourd’hui le prix de ma liberté identitaire.

Souvent je me pose cette question: qui es-tu lorsque tu dis ceci ou cela? L’enseignante, la mère, la citoyenne, l’ancienne élève, la fonctionnaire?

Cela pose le problème de l’identité privée et publique, de la posture institutionnelle et du devoir de réserve ; et croyez-moi je réfléchis à cette question ! Elle est essentielle lorsqu’on écrit. Quelle place faire à la liberté d’expression personnelle au regard d’un engagement collectif? Où se trouve la frontière entre la parole professionnelle et celle plus personnelle ?

« Tu n’es ni politique, ni journaliste » me faisait remarquer très justement un ami et collègue.

Professeur des écoles, membre de l’éducation nationale, je ne dois pas oublier cette composante là, c’est une question de respect institutionnel. Pour autant, ce respect entraîne-t-il de facto l’acceptation passive ? Je ne le pense pas. Le respect s’accompagne d’esprit critique et de vigilance autant que de bienveillance et d’obéissance. Ou alors il ne s’agit plus de respect mais de soumission…C’est également ce que j’apprends à mes enfants et à mes élèves.

Je ne suis pas à la recherche de sujets médiatiques ou politiques mais il se trouve que se sont eux qui parfois s’immiscent si violemment dans nos vies qu’il est très difficile et parfois impossible de rester silencieuse et obéissante derrière son bureau, cachée consciencieusement derrière son paquet de copies ou assise confortablement dans son canapé…

Alors oui, quand j’entends que des chiens policiers déboulent dans des classes, que des enfants de 6 et 10 ans sont arrêtés à la sortie de l’école, que des fouilles de cartables vont être instaurées, que des portiques, des caméras, des gardes mobiles, des…..STOP !!

Oui, David, quand j’entends cela, quand je vois cela, toute professionnelle et bourgeoise que je puisse être, il m’est impossible de rester muette, sagement obéissante, politiquement décente. Ce n’est pas qu’une question de parole politique, c’est une question de responsabilité et d’éthique. Éthique professionnelle, personnelle, citoyenne…oserais-je dire simplement humaine. Cette parole là serait-elle réservée à la gauche à la droite, à la seule parole politique?…

Il me semble, pour finir, que votre intervention David dépasse largement la question du positionnement de mon blog, elle soulève celle, bien plus large, de la démocratisation et de l’impact de la prise de parole jusqu’alors réservée aux seuls responsables politiques. Via Internet, les lignes et les cadres se sont déplacés.

Qui parle à qui et au nom de qui et de quoi?

…Je n’ai pas de réponse toute faite à la question que vous soulevez…J’espère néanmoins avoir été honnête à défaut d’être claire!




La violence sans tabou

25 05 2009

Autorité, légalité, efficacité, telle sera bientôt la belle devise sécuritaire qui brillera en lettres rouge sang sur les façades grillagées de nos écoles, pardon de nos centres de redressement.

Re-sanctuariser nos écoles ne suffirait même plus, l’heure serait à la « carcéralisation »…

En effet, à en croire les dernières déclarations ministérielles, les reprises médiatiques et les postures politiques, parler aujourd’hui sans tabou de la violence à l’école, c’est un peu comme parler sans tabou de la violence dans les prisons; c’est évoquer tout naturellement la mise en place de mesures policières, judiciaires voire pénitentiaires au sein même des établissements; c’est instaurer des gardes à vue intempestives qu’on ait 6 ans, qu’on en ait 15, qu’on soit mineur, qu’on soit majeur…

L’heure est grave chers concitoyens…Rien ne doit être écarté, tout doit être envisagé…Tout et sans tabou…

Oui, évoquer sans tabou la violence à l’école, c’est accepter aujourd’hui l’idée qu’aucune réflexion ne soit encore menée en profondeur, qu’aucune médiation éducative ne soit encore possible, qu’aucune stratégie humaine ne soit encore envisageable, et qu’il existerait des quartiers et des écoles entières d’où la liberté, l’égalité et la fraternité se seraient échappées…Rattrapez-les! La première s’est fait la belle en vélo, la seconde en trottinette et la troisième court toujours derrière! Rattrapez-les, enfermez-les, punissez-les! Que ces trois-là, une fois pour toute apprennent le mot respect!

Ainsi donc traiter sans tabou la violence à l’école signifierait tout simplement la légalisation des fouilles de cartables, l’installation de caméras et de gardes mobiles, la création de portiques de sécurité, la trans-mutation des directeurs en brigadiers et celles des brigadiers en personnels ré-éducatifs, sans oublier la mobilisation d’une armada de chiens policiers spécialisés en pédagogie canine…ouf, un peu de pédagogie tout de même…

Oui, lutter sans tabou contre la violence scolaire revient enfin à cibler l’action sur le seul et unique recours à la répression, la contrainte, l’intimidation, la force, la peur. N’ayez crainte, chers amis, on les aura, et on leur fera la peau… sans tabou…sans honte et sans reproche. Enfin s’en prendre à la violence scolaire est devenu une priorité nationale! Nous voilà rassurés! Nous voilà dans l’action, le concret, sauvés!

Nous y sommes donc, le dossier de la violence scolaire est enfin ouvert et rien ni personne ne pourra plus empêcher les autorités judiciaires de l’instruire, les autorités policières de veiller à sa bonne application, et les autorités militaires ou para-militaires d’officier intramuros en tout légitimité pour y faire régner la Loi.

Autorité, légalité, efficacité…que la formule est rassurante, sécurisante, séduisante!

Le hall d’entrée? rebaptisé sas anti-gang.

La cour d’accueil? transformée en espace militarisé.

Le trottoir…nettoyé, karchérisé.

On n’a plus le choix, éradiquer la ghettoïsation passe par la stigmatisation et la sanction. A la violence il faut répondre par la violence, à l’expression de la souffrance il faut préférer celle de la démagogie infanticide.

Œil pour œil, dent pour dent!

Chers petits électeurs, n’ayez plus peur, Paparcos s’occupe de vous, veille sur tout…J’ai dit électeurs? Veuillez excuser cette erreur, mon clavier s’est emballé sous la terreur.

Pour en savoir plus, cesser la gesticulation et entrer dans la réflexion et l’action éducatives…

Un petit rappel des faits récents sur le blog de Luc Cédelle, journaliste éducation au Monde

– Un dossier très fourni sur la violence en milieu scolaire sur le site de Jacques NIMIER

– Les pistes pédagogiques d’Eveline Charmeux sur le blog de l’amie scolaire

– L’histoire de Clisthène, un collège de Bordeaux à suivre de près grâce aux Cahiers pédagogiques

– Un entretien avec Eric Debardieux

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Micro trottoir…

29 01 2009

– Bon, et ta fille alors, elle a classe ou pas?

– Non, enfin je sais pas, j’verrai bien.

– Mon fils lui ira au collège en trottinette, il a une heure de cours ce matin, et puis une autre l’après-midi. Pas de service de cantine mais je lui prépare un sandwich.

– L’école de ma fille? Pas de problème, elle est dans le privé.

– Et alors? C’est pas une histoire de privé pas privé! ça concerne tout le monde!

– C’est vrai à l’école Saint Martin, certains font grève d’autres pas, mais tous ont signé une lettre de solidarité et de soutien à ce grand mouvement.

– C’est bizarre ça, soit on soutient, soit on soutient pas. La demi-mesure c’est du 100% bidon.

– Oui t’as raison, enfin non, bon, c’est pas si simple, à leur place, honnêtement, je ne sais pas ce que je ferai.

– Pour nous, c’est différent, l’école est ouverte mais y’a pas de ramassage scolaire. Donc, pas de moyen pour les y envoyer!

– Moi, j’ai pris ma journée comme ça, je gère au coup par coup.

– Prendre ma journée, tiens, je vais expliquer ça à mon boss, y va en faire une tronche!

– Je pensais aller au bureau en « vélib » mais finalement tous les bus et les métros circulent, c’est bizarre !

– Au fait, tu connais les raisons de cette grève? On entend tellement de trucs et tout le monde s’en mêle!

– Les enseignants nous ont expliqué vaguement. Mais tu sais, y a qu’à lire les infos, c’est vraiment pas folichon ce qui se prépare dans l’éducation.

– Oui, enfin, les profs, ils défendent l’éducation ou l’Education Nationale?

– C’est quoi cette question?

– Tu sais les syndicats, le pouvoir, les réformes, le contre-pouvoir, finalement rien ne bouge quoi!

– En tous cas, aujourd’hui, il fait un froid de canard! Allez à plus, je rejoins le cortège, après tout, papa, prof ou pas, je me sens concerné!

– C’est vrai ça, on se gèle! Bon, ben bonne manif’, moi, j’vais bosser, tu me raconteras?!

-….




Petit dîner en ville

22 01 2009

Entre carnet intime, témoignage et droit de réponse, voilà il y a une semaine, ce que j’écrivais à l’un de mes cousins, suite à un tranquille petit dîner entre amis. Pourquoi aujourd’hui rendre publique une discussion d’ordre privé? Parce qu’elle est révélatrice d’une tension générale, parce qu’elle reflète l’ambiance délétère qui règne, parce qu’elle traduit les méfaits d’une campagne de maltraitance envers le monde enseignant mais plus grave encore, parce qu’elle diffuse une image méprisante de l’école et porte atteinte à la sérénité dont nos élèves, petits et grands, ont plus que jamais besoin pour apprendre, pour prendre confiance et faire leurs premiers pas.

Salut cousin !

La nuit étant passée…et les problèmes de connexion enfin résolus, je vais essayer de répondre calmement. La violence de tes propos d’hier m’a laissée muette, et même si la provocation et les effets de manche font partie du piquant d’une bonne discussion entre amis j’avoue m’être sentie un peu agressée. En disant, « vous » à chacune de tes nombreuses condamnations, tu jettes le bébé avec l’eau du bain et tu participes ainsi à la diffusion malsaine d’un amalgame un peu trop facile entre les réels problèmes d’un système (que personne ne nie) et les compétences particulières de chacun de ses éléments, à savoir un grand nombre de profs (la majorité sans doute) dévoués et acharnés dans leur tache. Surprise par l’envolée subite et sans appel de ton réquisitoire, je n’ai pas su trouver les mots justes et j’ai préféré me taire. Lâcheté de ma part car par mon silence je me suis rendue coupable à la fois de complicité en diffamation et de trahison. Il était tard, la journée de classe était passée et il est vrai, je n’ai ni les talents oratoires d’un avocat, ni l’habileté rhétorique d’un procureur général. A chacun selon ses compétences…Alors ce matin, je souhaite, si tu me le permets, réagir à certaines de tes accusations et les mettre en ligne, tant elles sont le miroir du climat dans lequel nous vivons quotidiennement.

En vrac…

Lorsque tu dis « vous vous engraissez sur le dos des élèves et des contribuables » j’ai bien envie de te répondre que ce n’est vraisemblablement pas le surpoids qui guette les enseignants mais plutôt la famine et la mendicité. C’est d’ailleurs certainement cette dernière qui pousse autant d’enseignants dans la rue. Ils mendient un peu de reconnaissance, de respect et de beurre dans les pâtes, les haricots étant denrées de luxe. Travailleurs pauvres, oui, voilà ce que nous sommes devenus.

Lorsque tu dis « vous êtes responsables de la faillite des jeunes générations », je t’expliquerais bien volontiers que dès la maternelle, notre grand malheur est de découvrir AVANT tout le monde et donc de révéler au grand jour les vices cachés d’une société de surconsommation, de caprice et de gavage télévisuel, qui, en amont, fabrique et dérègle les comportements des tout petits qui nous arrivent et que nous tentons tant bien que mal d’insérer dans un projet d’éducation et d’enseignement. Si cela fonctionne, la famille s’enorgueillit des résultats de sa progéniture ; si cela échoue, la faute en revient évidemment à l’école, à la fois responsable et coupable de n’avoir pas redressé la barre !

Lorsque tu dis plus loin « vous êtes fossilisés, accrochés à vos acquis et à vos privilèges », là c’est moi qui te demande…de quels acquis parles-tu ? De quels privilèges ? Celui, par exemple, de s’en prendre plein la tronche à longueur de temps par les parents, les médias, les politiques et les ignorants, en passant par les copains et les tendres cousins? Celui de regarder les autres partir en vacances en s’offrant, une fois tous les deux ans, une semaine de paradis au camping des flots bleus (un enseignant étant très souvent en couple avec un autre enseignant) ? Celui de manger des salsifis à la cantine chaque jour de l’année dans le bruit incessant d’un réfectoire surchargé ? Celui de se retrouver coincé entre deux portes de classe, à choisir entre les coups de fouet à donner ou les coups de couteaux à recevoir ?

Lorsque tu dis encore « vous n’êtes que des fonctionnaires, des petits soldats et vous n’avez qu’à obéir docilement aux ordres en baissant les yeux », tu me rappelles avec effroi les pires atrocités que l’excès de zèle a produit et continue malheureusement de produire ! Cher cousin, si la maîtresse de ton fils appliquait à la lettre le programme ou les injonctions médiatiques venues « d’en haut », je peux te garantir qu’il serait loin d’être l’élève et l’enfant qu’il est aujourd’hui. Petit détail, pour éclairer le grand juriste que tu es, les programmes n’ont pas valeur de loi. Ils n’ont aucun caractère obligatoire. Le dernier texte de loi relatif à l’école que l’enseignant DOIT respecter et appliquer date de 2005. C’est celui du socle commun de connaissances et de compétences que je t’invite à découvrir, à lire, à décrypter, à comprendre…tu le trouveras facilement sur internet.

Lorsque toujours tu dis « vous êtes à l’origine des résultats déplorables de l’école et du lamentable classement mondial des universités »…tu omets plusieurs choses. D’une part, mentionner un fait non négligeable : le chômage (et aujourd’hui la crise), accompagné du démantèlement croissant des familles, a traversé et bouleversé la société. L’école étant le réceptacle de l’humanité, elle porte en elle un dérèglement dont on ne peut honnêtement la rendre responsable! D’autre part, tu oublies de prendre en compte les particularités de la composition socioculturelle et donc scolaire des enfants de nos écoles, qui n’ont rien à voir, par exemple, avec ceux de la population scolaire scandinave, pour reprendre un exemple maintes fois cité dans les médias ces derniers temps. Là-bas, moins d’effectif, pas ou peu d’immigration, une société égalitaire, un niveau de vie plus élevé, un enseignement basé avant tout sur la langue orale et non sur l’écrit…Tu vois bien que si les raccourcis sont parfois tentants, il est difficile de comparer l’incomparable, même s’il est utile d’observer ce qui se passe ailleurs ! Je t’apprendrai par exemple qu’un enfant finlandais n’entendra pas avant l’âge de ses douze ans cette petite phrase que nos enfants entendent chaque jour dès leur retour à la maison: » Tu as eu de bonnes notes aujourd’hui à l’école? »

Lorsqu’enfin tu dis « vous êtes l’état dans l’état, vous bloquez tout un pays en réclamant toujours plus alors que le budget de l’éducation nationale est le premier budget de l’état », je pourrais te rétorquer, avec une pointe de provocation et de malice, qu’il est légitime qu’une nation démocratique digne de ce qualificatif se préoccupe en tout premier lieu de ses enfants et de son futur plutôt que de collectionner sous-marins, montres bling-bling ou autres portefeuilles d’actions. Mais je ne tomberai pas dans la caricature du propos ; je te confierai avec sincérité que les premiers à faire les frais avec douleur de la lourdeur du système archaïque dont tu parles, de cet état dans l’état, ce sont ces mêmes enseignants que tu qualifies de fossilisés et qui chaque jour se rendent sur le terrain, œuvrent avec acharnement, seuls dans leur classe, seuls face à toutes ces demandes suppliantes, seuls face à la société qui part en vrille , seuls face au temps qui file alors que les apprentissages, eux, nécessitent du temps, seuls…oui, très seuls…Alors c’est vrai, on a appris à se défendre pour défendre nos valeurs éducatives ; on s’est mobilisé non pas « contre », mais « pour ». Pour nos élèves, pour leurs familles, pour la connaissance, pour la démocratie, pour le partage, pour…

….Nous ne sommes pas contre l’excellence, contre la réussite, contre l’économie de marché, contre la société moderne, contre le mouvement. Nous ne sommes pas contre tout cela, mais nous sommes pour un juste équilibre et pour la prise en compte de celui de l’enfant, de l’élève, de tous les élèves…Malheureusement, chahuté par les excès et les ruptures de la vie, cet équilibre est si rarement tangible, si rarement respecté qu’il est nécessaire, vital de trouver un bouc émissaire pour se dédouaner et décharger sa colère…L’école et donc les profs ! Alors oui, nous avons développé une certaine forme de solidarité professionnelle que tu appelleras sans doute corporatisme mais qui en réalité reflète le désarroi dans lequel nous nous trouvons. Désarroi d’autant plus implacable quand on aime profondément son métier et qu’il nous est impossible d’en changer.

Cher cousin, je ne puis, malgré toutes tes condamnations arbitraires, t’en vouloir de parler ainsi car je t’accorde bien volontiers les circonstances atténuantes dues à la forte désinformation et à la manipulation généralisée des idées qui gravitent autour de l’école, des élèves, des profs. Aussi, dans la grande clémence qui est la mienne, je t’accorde un sursis : viens de temps en temps, mais le plus régulièrement possible, lire mes chroniques « bleu primaire » et faire un petit stage de réadaptation scolaire. Même si nous ne partageons pas les mêmes idées, tu y apprendras beaucoup sur la réalité du métier! Car enfin il est une chose remarquable : contrairement à TOUS les autres métiers du monde, n’importe quel individu, sous prétexte qu’il a des enfants scolarisés ou qu’il est allé lui-même à l’école se permet de donner des leçons de professionnalisme aux professionnels concernés! Dis-moi un peu, les victimes, les témoins, les condamnés, les jurés, les journalistes, sous prétexte qu’ils ont assisté à un ou plusieurs procès, sont-ils en mesure de te donner des cours de droit civil ou pénal ? Tolèrerais-tu un tel abus d’autorité ? Et bien vois-tu, enseigner est un métier, un véritable métier. Un métier particulier, je te l’accorde, mais un métier. Et les enseignants sont des professionnels de l’enseignement, pas des répétiteurs, ni des programmateurs, ni des transmetteurs…DES PROFESSIONNELS.

Pour conclure, et avec toute ma tendresse, je t’affirme que ne suis pas fâchée contre toi ; je suis en colère qu’un homme comme toi puisse colporter des propos aussi vifs et droit sortis de coupures de journaux d’une seule et même presse. Un peu de recul cousin et de pondération et je serais alors, dans la mesure de mes capacités et fort modestement, tout à fait disposée à discuter avec toi des nombreux problèmes présents, réels et récurrents du système éducatif à la française, en prenant cependant garde de ne pas céder aux idées simplistes et aux raccourcis médiatiques. Encore une fois ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Affection,

Tianette

Voilà. Confidence pour confidence, oui, c’est fatigant d’avoir sans cesse à se justifier et d’être toujours dans la position du coupable. Mais une chose est certaine, une fois dans la classe, une fois ce petit monde rassemblé, oui, une fois que chacun est là et que le cours des apprentissages reprend son fil, je peux vous garantir que maîtresse d’école reste le plus beau métier du monde! Et moi, j’ai ce privilège là! Na na na nère!




Evaluer…un mot à la mode

19 01 2009

Évaluer: estimer, donner de la valeur…vraiment?

Pourtant, bien souvent, l’évaluation se concrétise en classe par la notation, le verdict, la sanction, la mesure selon un barème identique pour tous là où les besoins sont toujours individuels. Quel élève peut affirmer qu’il en sort, non seulement valorisé, mais également davantage conscient de la trajectoire qu’il lui reste à suivre? Quel parent peut réellement percevoir les progrès effectués ou les difficultés précises qui subsistent? Quel enseignant peut réaliser, à partir de la seule note, les grands axes à définir pour mettre en projet chacun de ses élèves?…Pas grand monde en définitive…et certainement pas les fameux 15 % d’élèves en échec scolaire à la sortie du primaire!

Non, pour être honnête, personne ne peut se satisfaire d’un pareil outil de triage.

Oui, pour être honnête, j’ai été élève, je suis maîtresse, je suis maman, et je peux vous avouer une chose: les notes ne m’ont jamais éclairée sur le « comment avancer ». Car c’est bien cela qui doit primer, n’est-ce pas ?

Élève, elles me terrorisaient ou me glorifiaient mais ne m’aidaient nullement à prendre conscience du chemin parcouru et des étapes suivantes à franchir. Parent, elles m’exaspèrent ou me flattent mais ne me parlent ni de mon enfant, ni de ses capacités, ni de ses compétences ni des manques qui persistent. Enseignante, elles me font perdre du temps et ne me permettent  aucunement d’accompagner et de guider efficacement mes élèves.

Alors, pourquoi je continue de noter???

 » -…car j’ai été élevée ainsi, car le système est ainsi fait, car mes collègues le font, car curieusement les parents et les enfants le demandent, car je n’ai encore rien trouvé ou expérimenté de plus simple, de plus efficace, de plus parlant.

– Mais enfin, Ostiane, me hurle Gimini Criquet dans le tréfonds de ma conscience, rien n’est simple en pédagogie, tu le sais bien, alors ne te cache pas derrière de fausses bonnes mauvaises raisons!

– Aïe, tu me fais mal aux oreilles, ne crie pas ainsi, je ne suis pas sourde, et puis tu te répètes… »

Évidemment, vous me direz et je serai en accord avec vous, chacun a besoin de repères clairs et définis afin de visualiser les objectifs et les notions en jeu, de comprendre les besoins et de se projeter vers des objectifs ciblés et pertinents. Oui. Évidemment. Et l’enseignant éprouve ce même besoin, cette même nécessité! Mais ne peut-on enfin penser la classe autrement? Ne peut-on enfin écouter les chercheurs et s’inspirer des méthodes qui existent ça et là. Tout le monde en parle! Cette question de l’évaluation est omniprésente en formation continue, en salle des profs, sur le trottoir, à la sortie des classes, et même ces dernières semaines, dans les médias!

Quand aurons-nous le courage et l’honnêteté de nous y atteler, en conscience, en pensée, en action et en équipe!

Malheureusement, on ne pourra sereinement ni envisager ni parler d’évaluation positive en classe tant que persisteront, venues de l’extérieur des pressions infondées et inopérantes mettant en place des mécanismes sinon de compétitivité, du moins de comparaisons malsaines.

Alors quoi?

Quand, comment, pourquoi évaluer?

Qui ou quoi évaluer?

Voici, en guise de modeste conclusion, quelques mots-clés qui permettent, au quotidien de donner un sens à l’évaluation. Car s’il n’a jamais été question de la supprimer, il est grandement temps de la penser autrement.

1/ pertinence/transparence/compréhension: le contenu d’une évaluation doit être en étroite relation avec le contenu travaillé en classe; il doit être explicite pour l’élève et pour les parents; la forme et les consignes ne doivent pas être sources d’incompréhension

2/ régulation/adaptation/différenciation: les résultats d’une évaluation doivent permettre à l’enseignant de réguler les apprentissages et leurs rythmes en fonction des différents besoins révélés

3/ communication/progression/construction: en aval et en amont de toute évaluation, il y a le souci permanent d’échanger, de mettre en lumière les points d’appui et les points à travailler, de mettre en projet un élève, un groupe, un enseignant

Pour terminer, je souhaite partager avec vous, comme une invitation à la réflexion, quelques exergues venus d’ailleurs.

« Il faut que l’enfant sache ce qu’on attend de lui » COUSINET

« L’évaluation doit rester un outil de régulation, intervenir lorque rien n’est joué, qu’on peut encore agir. » PERRENOUD

« L’évaluation est moins un problème de mesure que de dialogue. » CARDINET

Sur ce sujet, quelques textes et sites à visiter, riches en matière (réflexion/action)

http://www.pedagopsy.eu/dossier_evaluation.htm

http://www.charmeux.fr/evaluer.html

http://francois.muller.free.fr/diversifier/index.htm

http://www.meirieu.com/ECHANGES/pepinster_evaluation_pratiques.pdf

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/01/19012009Accueil.aspx

http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=4204


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Uniformes, seconde démarque!

17 01 2009

Profitez-en, ce week-end, grande braderie sur Blog Bleu Primaire: on solde les vieux habits, on liquide les fins de série, on brade les derniers stocks disponibles! Vous chinez les derniers uniformes remis au goût du jour? En quête d’une bonne affaire? C’est sûr c’est sur Bleu Primaire!

A vous de choisir!

Vous êtes parent, vous courez déséspérément après une tenue correcte pour vos enfants…

Vous êtes enseignant, vous cherchez obstinément, pour vos conférences, un habit décent…

Vous êtes directeur, vous hésitez entre un tablier bleu gris ou bien un costume or et argent…

Bref, vous êtes perdus, vous sentez dénudés, déshabillés, désorientés?

Ne cherchez plus…ici, vous trouverez de quoi vous rhabillez de la tête aux pieds!

A chacun selon ses goûts, son style, ses objectifs et son public!

Bon, voyons voir…vous êtes plutôt…

follklorique?

romantique?

psychédélique?

ou nostalgique?

féérique? automatique?

ou classique?

angélique?

oudiabolique?

historique?ou préhistorique?

comique?

stricte?

chic?

ou bien encore tricolore

aux couleurs de la République!




Repérer les leaders d’opinion

11 11 2008

Monsieur le Ministre,

Vous l’avez donc remarqué, les enseignants sont concernés par…l’éducation.

De ce fait, nous nous intéressons de près à ce que vous dites et à ce que vous faites. Nous réagissons. Tantôt en accord, souvent en désaccord. Que voulez-vous, entre nous, nous avons déjà bien du mal à nous entendre…

L’enseignant d’aujourd’hui, je ne vous l’apprends pas, n’est plus l’enseignant d’hier. Le monde bouge. Il s’est donc adapté, tel un mutant, aux nouvelles exigences, aux nouveaux défis, en essayant de jamais perdre de vue l’essentiel, son élève, ses élèves, les élèves.

Cette adaptation l’a tout naturellement amené à se saisir d’un mode de communication qui, depuis quelques années a pris un essor relativement important, et qui n’en est qu’à ses débuts, le blogging.

Des blogs de profs, des sites d’instits, des forums de professionnels ont vu le jour un peu partout. Peu à peu ils ont tissé un véritable réseau d’échanges, formidable vivier d’énergies, de propositions, de contre-propositions. Via Internet, les enseignants se sont donc emparés d’un concept directement lié à celui de la démocratie participative, le dialogue en direct.

Il semble que vous soyez intrigué par ce nouveau phénomène.

Des enseignants qui discutent, s’empoignent parfois, en dehors des heures de présence dans l’institution, en dehors des partis ou des groupements syndicaux. La nuit, les jours fériés, les week-end.

Des enseignants qui partagent entre eux leurs aventures pédagogiques, témoignent sans détour de leurs expériences sur le terrain.

Des enseignants qui mettent gratuitement à la disposition de leurs collègues ou de leurs élèves, du contenu personnel, des fiches, des cours, des outils, du temps!

Des enseignants qui s’adressent aux parents, qui expliquent, qui entrent en contact, qui n’ont pas peur.

Des enseignants qui sortent de leur réserve, qui n’ont rien à cacher, qui osent exprimer leurs doutes et leurs réussites, sans gloire ni honte.

Ces enseignants blogueurs semblent vous surprendre.

Qui sont-ils? Que disent-ils? Où sont-ils?

Mais Monsieur le Ministre, nous sommes là! Il suffirait d’un ou deux clics pour que vous entriez dans notre blogosphère, nul besoin d’embaucher des chasseurs, nul besoin de dépenser 200 000 euros, nul besoin d’une équipe de veille. NOUS SOMMES LA!

Vous voulez comprendre? Et bien venez, participez, entrez dans la ronde, vous y êtes invité! Nous ne serons pas toujours d’accord, et alors? Vous ne serez pas forcément accueilli avec les usages du politiquement correct, et alors? C’est le risque à prendre. Mais derrière ce risque, et comme en résonance immédiate, le mot « ensemble » trouve toute sa puissance. Ensemble, même différents. Ensemble même sans être d’accord. C’est cela la force d’Internet. Etre ensemble malgré la distance et en dépit des idées qui nous séparent.

Je puis en témoigner aujourd’hui, après quelques mois de blogging, j’ai tant appris, j’ai découvert tant de talents. Vous cherchez des leaders d’opinion? Si je puis me permettre, Monsieur le Ministre, cherchez juste des enseignants, vous trouverez des femmes et des hommes passionnés, inventifs, acharnés.

Alors voilà, je vous invite à nous rejoindre, je vous invite à tenter l’expérience. Ici et dès à présent. Ici ou ailleurs. Nous sommes des milliers. Si vous vous considérez comme un parmi nous, votre place est avec nous.

Alors, le voulez-vous?

Certains disent WE CAN DO IT!

D’autres N’AYEZ PAS PEUR!

Ce soir j’ai l’audace de vous le demander en direct:

LE VOULEZ-VOUS?




De l’action et de la réflexion en politique

5 11 2008

« Whenever you find yourself on the side of the majority, it’s time to pause and reflect. »          Mark TWAIN

  chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir]

 

Entre blog d’Histoire, site d’analyses et chroniques d’actualité, vous trouverez heure par heure, l’incroyable scénario de cette folle « nuit américaine » sur Les échos d’une heure, le blog de Bruno Sentier.

 




Quelle école pour mes enfants?

16 10 2008

DARCOS et la Maternelle. Zéro de conduite !

1/ Des propos mensongers

2/Des préannonces déguisées

3/ Un mépris scandaleux

1/ Notre Ministre n’est pas un ignorant.

Il connaît le métier.

Il sait parfaitement qu’on accepte les très jeunes enfants, à l’école maternelle, uniquement sous réserve d’être propres.

Point de couche donc, en toute petite section, contrairement à la crèche.

Alors pourquoi cette provocation?

Juste pour provoquer ? Pas seulement…

Nous somme ici face à une forme de discours très stratégique en politique: couvrir un mensonge par une réalité…et hop ! L’opinion, docile et non avertie, finira par se laisser bercer et berner :

C’est vrai, finalement, payer des changeurs de couches à surveiller la sieste, vraiment pas besoin d’être diplômé pour cela !

Car oui, les petits se reposent après le déjeuner. Oui, l’école respecte encore ses rythmes biologiques essentiels.

« Pipi, caca, dodo » ça fait partie de la vie Monsieur le Ministre ! Un peu d’honnêteté, s’il vous plaît…

Entre nous, vous ne vous sentez pas plus disposé au travail après un petit instant de récupération, porte du bureau fermée et paupières abaissées ?

Un petit tour aux « wawas » avant de prononcer un discours, cela ne vous soulage-t-il pas?

Le repos, c’est essentiel, c’est même un droit légitime, tout comme l’envie d’uriner et le passage aux toilettes, avec ou sans « petit train » !

Ces deux droits sont tout aussi fondamentaux que ceux d’apprendre que « b et a font ba »  ou « 1+1=2 » !

Nos enfants se lèvent tôt, sont accueillis dans un cadre différent de celui de la maison. Leurs repères familiers sont brouillés. Ils apprennent d’autres codes.

Là est l’enjeu majeur de l’Ecole maternelle. L’enfant entre à la petite Ecole mais comprend vite qu’il intègre ainsi, peu à peu sa longue aventure sociale, culturelle, intellectuelle.

Dans la cour, il voit les grands. Sur le trottoir le matin et le soir, il voit les « encore » plus grands. Oui, ça y est, il fait partie de la grande ronde des humains. C’est important, non ?

Et c’est en maternelle, durant cette  Ecole Premièresi justement renommée par Philippe Meirieu, que le jeune enfant revêt tranquillement son costume d’écolier. Il a deux ou trois  ans pour habiter ce rôle que la société a choisi pour lui. Et ce n’est pas n’importe quel rôle, le bâcler ferait de lui un « non-conforme »,  tout prêt à errer de stage de remise à niveau en heure de soutien…

2/ Alors pourquoi lancer cette polémique, quelles préannonces déguisées sous ces propos ?

Petit exercice d’anticipation, mais si réaliste qu’il en devient quasi réel…

– 1ère étape: rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans.

Voyez, nous effectuons un grand pas pour pallier les inégalités, nous donnons un an de formation de plus aux enfants de notre pays! Mais un an de qualité !

– 2ème palier: supprimer peu à peu les petites et moyennes sections.

L’Education nationale ne peut garantir de budgets pour ce qui ne relève pas de sa mission…et la petite enfance ne nous regarde plus!

– Suite logique et prévisible: renvoyer aux parents, aux collectivités locales, aux financements privés, la prise en charge des enfants jusqu’à l’entrée en Grande section.

Cela se fait dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?

– Dernière marche: entériner l’inadaptation de la formation des enseignants.

L’école n’est plus ce qu’elle était, il faut supprimer la formation telle qu’elle existe pour la rendre plus performante et réaliste. Nos élèves méritent mieux!

3/ Voilà l’habile manipulation, à laquelle il faut malheureusement ajouter une dernière dimension, la plus inacceptable de la part d’un Ministre de l’Education nationale : le mépris.

Mépris pour le travail incommensurable et méconnu des enseignants de Maternelle.

D’un point de vue pédagogique et humain, il n’y a pas de plus grande responsabilité que celle d’enseigner en Maternelle. Et c’est bien ce qui la différencie des autres structures collectives. C’est une Ecole.

Les enfants y apprennent car les maîtres sont formés pour cela. L’enseignant construit tout au long de l’année des projets spécifiques qui permettent à l’enfant de grandir physiquement, psychiquement, intellectuellement, personnellement, collectivement. Il met en place des ateliers, des progressions, des évaluations qu’il régule en fonction des apprentissages attendus et des enfants qui lui sont confiés.

Alors, lorsque ces compétences professionnelles sont réduites à l’image mentale d’une couche qui déborde, on comprend mieux pourquoi ces mêmes enseignants, poussés jusqu‘aux limites de l’inacceptable, sortent dans la rue, crient et réclament le minimum vital, la reconnaissance de leur METIER et de leur professionnalisme.

Mépris vis-à-vis des efforts consentis et des acquisitions effectuées par les élèves les deux premières années de scolarisation.

Regarde papa le beau tableau que j’ai peindu, t’as vu mon cravail comme il est dur, écoute maman la poésie que ze te chante, venez tous les deux au  pestacle de Noël.

Bien sûr, le langage se construit, évidemment les apprentissages n’en sont qu’à leurs débuts.

Mais à ces âges, TOUT est apprentissage, du tout petit geste quotidien à la moindre situation nouvelle. Imaginons, adultes que nous sommes devenus, repartir de là…Nous aurions TOUT à réapprendre…Alors, décréter que ces années d’Ecole ne comptent pas…C’est un peu dire à nos enfants « Pauvres de vous, depuis trois ans, vous n’avez rien fait, rien appris, vous êtes restés des bébés, reprenez vos tétines et vos doudous et rentrez chez vous ! »

Mépris enfin vis-à-vis des familles qui pour certaines d’entre elles n’ont aujourd’hui pas d’autres moyens d’insertion que cette Ecole. Que vont-ils devenir tous ces enfants, coupés du lien social et culturel que représente l’Ecole maternelle ? Des oubliés, des retranchés, des marginaux, des laisser pour compte, des parasites. Mais bon sang, ce sont des enfants. Ce sont nos enfants ! Quel parent, quel éducateur honnête peut se détourner de ce devoir d’accompagnement éducatif et humain que notre Ecole Maternelle française doit préserver à tout prix !

Pour ma part, je ne veux éduquer mes enfants ni faire classe à mes élèves dans une société ou une école qui relèguerait à l’arrière plan cette dimension primaire, existentielle et fondamentale qu’est l’humanité.

Parents que nous sommes, ne nous endormons pas !

L’Ecole, leurs maîtres et leurs professeurs ont besoin de notre soutien ferme et proactif !

Une maman d’élèves inquiète.

Une maîtresse d’école concernée.

Article paru dans la magazine parental Côté Mômes

C’est pourquoi dimanche 19 octobre j’irai Place d’Italie. J’irai parce que je suis une maman concernée. Oui, j’irai défendre une école digne. J’irai exprimer ma solidarité à ces enseignants qui jour après jour, année après année partagent le quotidien de mes enfants. J’irai marcher à leurs côtés. Dimanche, c’est un beau jour pour manifester.

L’itinéraire et les infos ici