Plaidoyer pour le désir d’apprendre à l’école

3 03 2014

Le désir? Et pourquoi pas la plaisir pendant qu’on y est!

Le désir…Non, Mathieu n’y pense même plus, en fait, il ne sait plus ce que cela signifie, oublié le désir, rayé de la carte, tout comme le plaisir d’ailleurs… Du haut de ses neuf ans, il a su écouter les conseils prodigués:

« Des capacités certaines, mais élève peu scolaire. »

« Devrait écouter davantage et poser moins de questions. »

« Manque de maturité, se comporte  en enfant. »…

Et bien voilà, le voici le terrible malentendu! Nous demandons à nos enfants  d’être vieux avant d’avoir été jeunes! Et sur ce schéma de pensée nous calquons tout le reste : nous leur imposons de connaître sans leur laisser le temps de s’emparer de l’inconnu, de répondre sans qu’ils aient eu à questionner, d’être compétents sans leur permettre d’expérimenter, de se montrer curieux du savoir qu’on leur enseigne sans jamais inviter dans nos classes le plaisir, l’étonnement, l’émerveillement, le rêve, la passion, le désir. Bien sûr le désir! Et pas uniquement le nôtre! Ne confondons pas notre désir de transmettre avec leur désir d’apprendre; ces deux désirs là, s’ils sont l’un et l’autre indispensables et complémentaires n’en sont pas pour autant superposables. De cela, nous devons être avertis. Mon bonheur et mon désir d’enseigner, aussi vifs et précieux soient-ils ne doivent jamais passer avant le désir d’apprendre de mes élèves.

Questionner le monde avec impertinence

Oui le désir, bien sûr le désir…celui sans lequel rien n’est possible; celui qui permet à mon élève d’oser l’improbable et de se surpasser, qui l’autorise à questionner le monde avec impertinence sans peur des réponses incongrues, qui le pousse à s’y aventurer en dépit des obstacles et des erreurs; celui qui ouvre à l’infini les limites de la créativité et invite à donner de soi sans stratégie de résultat, pour le seul plaisir de se sentir, au cœur et au contact du monde qui l’entoure, pleinement et intégralement en vie avec, chevillé au corps, ce besoin vital et bouillonnant de ressentir et d’éprouver que chaque cellule qui constitue son être est en éveil perpétuel, que rien n’est jamais donné ni acquis pour toujours sous une forme figée. Car c’est bien tout cela apprendre, oser se frotter à l’ordre établi afin d’expérimenter par soi-même un nouveau rapport au monde. La relation au savoir ne peut se penser ni se construire sans rapport au monde, un rapport forcément original, à nul autre semblable, à l’image de la singularité de chaque être humain. On entrevoit bien ici les limites du seul envoyer-recevoir dans l’acte pédagogique. De cela aussi il conviendrait d’être averti: l’enseignant n’apprend rien à ses élèves. Non, je le sais aujourd’hui, je n’apprends rien à mes élèves, mon rôle est ailleurs.  Lire la suite »

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De la créativité à l’école

26 03 2011

Carême pédagogique

Jour 16

Pensée 16

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D’après certaines études, il apparaîtrait que 95 % des personnes les plus créatives auraient en dessous de 5 ans…

Pourquoi 5 ans?

Cela donne à réfléchir tout de mêmeL’école serait-elle passée par là?

Il se trouve qu’hier, en vue de notre prochaine commande,  j’ai reçu le tout dernier ouvrage scolaire édité concernant l‘étude de la langue

pour le cycle 3, niveau CM1.

Et bien savez-vous ce que j’y ai trouvé?

  • Plus de mille exercices d’application. (Si si, c’est même l’accroche du livre!)
  • Un magnifique Cédérom avec tout plein d’autres exercices pour la mise en place de la différentiation. ( C’est bien connu, différencier, c’est refaire à l’identique en passant par un autre support, ici l’ordinateur…)
  • Des centaines de fiches-synthèses. Comme ça ni les profs, ni les élèves n’auront plus à se poser de questions ni sur le fond, ni sur la forme. (Les questions, ça dérange, ça désorganise, et puis, ça fait perdre du temps au groupe!)
  • Un catalogue lexical reprenant les multiples sous-items des tout derniers programmes 2008 (…qui entre nous devraient bientôt changer…chhhut).
  • Des programmations toutes faites et balisées jour par jour et semaine par semaine, histoire de ne pas se perdre en chemin. (Sait-on jamais? si un enfant rebelle était amené à  proposer une autre voie, ou un enseignant sauvageon à imaginer d’autres détours…)
  • Une banque dévaluations livrées clés en main à l’efficacité prouvée! (nous assure la quatrième de couverture…)
  • Des rubriques classées par couleur (Oh chouette un peu d’art!): bleu pour orthographe, vert pour grammaire, rouge pour conjugaison, orange pour vocabulaire.

Et pas un seul poème! (oui, vous avez bien lu, pas un seul!)

Pas une seule illustration digne de ce nom. (mais tout plein de logos façon dessin animé)

Pas une seule situation d’apprentissage concrète, ni de référence à quelque objectif ou compétence que ce soit (mais des entêtes de chapitres bien claires: j’apprends, j’applique, je révise…)

Pas une seule allusion à la trans- ou l‘interdisciplinarité.

Pas une seule invitation à la créativité.

La quoi?? La créativité? C’est français ce mot là?

J’enrage…

Et après on s’étonne que « les enfants s’emmerdent à l’école« , mais et les enseignants? vous croyez quoi? qu’ils puisent dans ce genre d’outil et de ressource de quoi développer leur propre créativité? leur propre sens de l’initiative? leur propre capacité à faire vivre la culture et le savoir?

Oui, ce matin, j’enrage, excusez-moi.

Ce doit être le fruit de la tentation,

nous sommes au jour 16 de notre Carême…

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Rentrée 2009, J-6

28 08 2009

Extraits du Bulletin Officiel du 19 juin 2008

Les grandes orientations du Cycle III

Le Cycle III est considéré comme le cycle des « approfondissements ». Il concerne les classes de CE2, CM1, CM2.

ATTENTION qui dit cycle, pense mouvement spiral. Rien n’est donc figé. Tout est question d’adaptation et d’équilibre, d’observation et de déclinaison. Les références ci-dessous sont donc à lire et interpréter avec toute la sagesse et la délicatesse pédagogique nécessaire…

L’enseignement ne doit ni se résumer au gavage, ni se limiter au  saupoudrage.

Bon courage!


Français: 8h par semaine

  • Faire accéder tous les élèves à la maîtrise de la langue française, à une expression précise et claire à l’oral comme à l’écrit, relève d’abord de l’enseignement du français mais aussi de toutes les disciplines: les sciences, l’histoire, la géographie, l’éducation physique et les arts.
  • La lecture et l’écriture sont systématiquement liées: elles font l’objet d’exercices quotidiens, non seulement en en français mais aussi dans le cadre de tous les enseignements. L’étude des textes, en particulier des textes littéraires vise à développer les capacités de compréhension et à soutenir l’apprentissage de la rédaction autonome.
  • La lecture continue à faire l’objet d’un apprentissage systématique: automatisation de la reconnaissance des mots, lecture aisée des mots réguliers et rares, augmentation de la rapidité et de l’efficacité de la lecture silencieuse.
  • La rédaction de textes fait l’objet d’un apprentissage régulier et progressif: elle est une priorité du cycle des approfondissements.
  • L’extension et la structuration du vocabulaire des élèves font l’objet de séances et d’activités spécifiques, notamment à partir de supports textuels intentionnellement choisis. Tous les domaines d’enseignement contribuent au développement et à la précision du vocabulaire des élèves. l’emploi du vocabulaire fait l’objet de l’attention de maître dans toutes les activités scolaires.
  • L’enseignement de la grammaire a pour finalité de favoriser la compréhension des textes lus et entendus, d’améliorer l’expression en vue d’en garantir la justesse, la correction syntaxique et orthographique. Il porte presque exclusivement sur la phrase simple, la phrase complexe n’étant abordée qu’en CM2.
  • Une attention permanente est portée à l’orthographe. La pratique régulière de la copie, de la dictée sous toutes ses formes et de la rédaction ainsi que des exercices diversifiés assurent la fixation des connaissances acquises.

Mathématiques: 5h par semaine

  • La pratique des mathématiques développe le goût de la recherche et du raisonnement, l’imagination et les capacités d’abstraction, la rigueur et la précision.
  • Du CE2 au CM2, dans les quatre domaines du programme, l’élève enrichit ses connaissances, acquiert de nouveaux outils, et continue d’apprendre à résoudre des problèmes. Il renforce ses compétences en calcul mental. Il acquiert de nouveaux automatismes.
  • L’acquisition des mécanismes en mathématiques est toujours associée à une intelligence de leur signification. La maîtrise des principaux éléments mathématiques aide à agir dans la vie quotidienne et prépare la poursuite d’études au collège.
  • La résolution de problèmes liés à la vie courante permet d’approfondir la connaissance des nombres étudiés, de renforcer la maîtrise du sens et de la pratique des opérations, de développer la rigueur et le goût du raisonnement.
  • L’objectif principal de l’enseignement de la géométrie du CE2 au CM2 est de permettre aux élèves de passer progressivement d’une reconnaissance perceptive des objets à une étude fondée sur le recours aux instruments de tracé et de mesure.
  • Les capacités d’organisation et de gestion des données se développent par la résolution de problèmes de la vie courante ou tirés d’autres enseignements. Il s’agit d’apprendre progressivement à trier des données, à les classer, à lire ou à produire des tableaux, des graphiques et à les analyser.
  • La proportionnalité est abordée à partir des situations faisant intervenir les notions de pourcentage, d’échelle, de conversion, d’agrandissement ou de réduction de figures. Pour cela, plusieurs procédures (en particulier celle dite de la “règle de trois”) sont utilisées.

Pour plus de détails sur des points précis, et pour tout ce qui concerne l’éducation physique et sportive, les langues vivantes, les sciences expérimentales et la technologie, la culture humaniste, l’histoire et la géographie, la pratique artistique et l’histoire des arts, les techniques usuelles de l’information et de la communication, l’ instruction civique et moral,  vous pouvez vous rendre sur le site

d’EduSCOL

A DEMAIN…

Et Bon appétit!

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Vrais élèves, vrais auteurs

16 03 2009

Hier après-midi, un de mes proches amis qui découvre pour la première fois le BIBLIO-Blog de mes élèves me pose cette question, d’un air…dubitatif:

« Mais tout de même, ce ne sont pas TES élèves qui écrivent ces articles! Ce n’est pas possible qu’ils aient un tel niveau d’expression! TU les corriges, non? »

Suspicieux donc, ce nouveau lecteur. Et je le comprends car c’est vrai LEURS articles sont tout à fait honorables!

Il me paraît donc nécessaire de faire un peu de « pédagogie » avec les lecteurs qui viennent d’ailleurs.

Comment et par quels chemins les auteurs de notre BIBLIO-blog de classe parviennent-ils à un tel résultat?

Le travail…oui, le travail! La coopération et la motivation…essentielles…

1/ Choisir un livre (sur la base du volontariat)

2/ Le lire (à son rythme)

3/ Le présenter à la classe (1ère trace écrite préalable)

4/ Rédiger un premier brouillon, parfois deux…(conseils d’écriture vus en classe)

5/ Le co-corriger avec la maîtresse ou avec d’autres (élèves, parents)

6/ Le réécrire via le clavier (en salle des machines ou chez eux)

7/ L’illustrer (selon le code du respect des droits d’auteurs)

8/ Le soumettre à relecture (pour que la maîtresse valide…)

9/ Parfois le reprendre…

10/ et tout recommencer!

Et voilà l’travail.

LEUR TRAVAIL!

Bien sûr, n’apparaissent pas du premier coup des textes venus du ciel! Non, ce blog est la vitrine de leurs réalisations. C’est un portfolio numérique de leurs œuvres, du meilleur de leurs œuvres!

Évidemment ils ne sont pas seuls. Les parents les soutiennent. Je suis là également! Je suis l’enseignante, non? Leur maîtresse….Je les guide, je les accompagne, je les encourage. Mais au bout du compte, c’est leur travail qui y est exposé. Et si j’y suis un peu pour quelque chose, après tout, tant mieux et cela n’enlève rien à leur mérite, leur grand mérite! Rien n’est obligatoire, rien n’est noté, et ils se bousculent tous pour passer à l’oral comme à l’écrit!

BIBLIO-Blog Bleu Primaire c’est un blog, une bibliothèque, un recueil de critiques, un terrain d’expression, un cahier d’écriture, une fenêtre de partage, un petit salon littéraire.

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BIBLIO-Blog et B2i en mode heuristique

23 02 2009

Nouvellement initiée au « Mind mapping », j’ai tenté l’expérience heuristique…

Conformément au texte du « référentiel de l’enseignant », l’innovation et la formation continue font partie intégrante des différentes dimensions professionnelles du métier.

Partant de là, j’ai dressé un premier bilan. Quels sont aujourd’hui mes points d’appui, ceux sur lesquels je peux « me reposer »? Et quels sont mes besoins, ceux qui demandent à être améliorer? Graves et délicates questions…Mais tellement nécessaires après 19 ans de pratique du métier! Ne jamais s’endormir sur ses acquis, mais plutôt s’en servir pour continuer d’avancer plus léger…

Une fois ce premier travail introspectif effectué, j’ai constaté, à côté d’un certain nombre de points positifs (ouf!), l’émergence flagrante de deux défis (aïe!)….Le premier consiste à mieux prendre en compte la diversité de mes élèves et le second à penser autrement leur évaluation.

A partir cet état des lieux personnel et professionnel, j’ai voulu intégrer la lecture de deux autres textes aujourd’hui complémentaires et incontournables; d’une part celui du « socle commun des connaissances et des compétences » exigibles en fin de cycle 3, et d’autre part celui des « nouveaux programmes 2008″...L’affaire n’était pas simple, vous pouvez l’imaginer…Mais, motivée par mes deux défis et par l’implication et l’adhésion de mes chers petits élèves, j’ai fini par synthétiser l’ensemble de ces 3 textes autour d’un projet concret et vivant, j’ai nommé notre BIBLIO-Blog!

Voici donc sous forme de carte mentale une possible formalisation d’un projet de classe situé au carrefour du lire/dire/écrire/ utilisant comme outil principal les nouvelles technologies internet de communication appelées communément TIC.

Les limites techniques imposées par mon blog ne permettant malheureusement pas de diffuser cette carte mentale sous sa forme première, progressive et interactive, j’ai jugé utile de vous en donner les deux étapes essentielles numérisées sous un format pdf.

Une première étape d’élaboration du cadre général de cette carte sous sa présentation « pliée » en suivant ce premier lien, juste ici

Puis, si vous souhaitez pénétrer dans chacun des 7 nuages qui correspondent aux 7 piliers du socle commun, il vous suffit de cliquer sur la formule magique ci-dessous en fin d’article.

Vous aurez alors accès à notre projet BIBLIO-blog et B2i en carte heuristique « dépliée » et aurez une vision à la fois globale et affinée des différents contenus déclinés selon les nouvelles exigences des programmes 2008.

…Enfin si tout fonctionne…

Dernier point non négligeable…pour en faciliter la lecture, et en fonction de vos performances visuelles, vous avez accès à un effet loupe plus ou moins grossissant!

Un essai pour voir?

…Barbatruc!

Je ne terminerai pas ce post sans remercier Marie qui, sans qu’elle le sache, mais par la qualité informative de son blog m’a permis de me lancer dans l’usage des cartes mentales.

Alors,si vous ne connaissez pas « Lettres et Cartes Heuristiques » c’est le moment de vous y promener!

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Le jardinier pédagogue (Intro Bis)

8 09 2008

Ce n’est pas en tirant sur la queue d’un têtard

qu’on le fait devenir grenouille plus vite.

Édouard Claparède (1873-1940)

 

 

L’échec scolaire est un problème qui préoccupe grandement les sociétés dites développées. Alors que toutes les conditions de réussite dont les enseignants rêvaient naguère sont apparemment réalisées, un grand nombre d’enfants fréquentent l’école à reculons “parce qu’il le faut bien” et un nombre considérable d’élèves ne profitent que peu ou pas du tout des cours qui leur sont dispensés. En France, on parle de 150 000 (1) laissés-pour-compte, qui sortent du cursus scolaire en sachant à peine parler, lire et écrire, ou même penser de façon rationnelle, ce qui provoque des difficultés humaines et des coûts sociaux exorbitants. D’autre part, beaucoup d’enfants de milieux dits privilégiés se réfugient dans une bulle de gadgets technologiques ou de “paradis” dangereux, et sabotent leur cursus scolaire.

 

L’État et la société civile ont mis en place des dispositifs innombrables pour tenter d’améliorer cette situation déplorable, mais les succès sont minces selon l’estimation des adultes engagés dans ces actions. La stratégie des structures de “remédiation” consiste le plus souvent à permettre aux enfants de bénéficier de structures allégées – fort onéreuses, au demeurant – et à tenter de leur faire absorber le programme scolaire de leur niveau d’âge. Mais ont-ils réellement les compétences nécessaires pour absorber cette potion ? Des officines à but lucratif se sont ruées sur le fromage de l’aide aux élèves en difficulté, mais leurs préoccupations clairement financières ne concernent pas le problème. On peut imaginer que leur objectif de départ fut louable, mais le fait d’être lucratives pour l’investisseur les a rendues inabordables pour un grand nombre.

 

Ce sont les familles les plus nanties, qui, persuadées que pour réussir il faut savoir avant l’école et plus qu’à l’école, se sont appropriées ces officines. En vacances, combien d’enfants au parcours irréprochable, scolarisés dans des écoles de renommée, se voient inscrits d’office dans des stages non pas de remise à niveau, mais d’anticipation sur le niveau à venir ! Ainsi, l’écart se creuse : ceux qui sont en difficulté le restent et ceux qui réussissent plutôt bien deviennent excellents ! Les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire, qu’ils soient publics, associatifs ou privés, parviennent, à force de contrainte à faire accomplir quelques progrès dans le maniement des savoirs élémentaires, appelé aussi “socle commun”. Mais ces procédures ne me semblent pas adéquates et peu rentables par rapport au capital humain (et financier) engagé. Pour tenter de mieux cerner ce qui explique ce demi, quart ou trois-quarts d’échec du soutien scolaire, je vais utiliser une comparaison avec le monde du jardinage.

 

 Voilà donc un jardinier débutant et peu avisé qui entreprend de cultiver les 2 000 m2 de la maison qu’il vient d’acquérir. En bon rurbain tout neuf, il pense que dame Nature est généreuse et qu’il suffit de lui confier quelques graines arrosées copieusement pour qu’elle donne de beaux fruits et de beaux légumes. Las ! il doit déchanter au mitan de l’été ; il y a belle lurette que ses fraises ont été dévorées par les limaces, ses choux par les piérides, ses pommes de terre ruinées par le mildiou. Les plantes épargnées sont malingres, les petits pois microscopiques, les poireaux étiques et les salades chlorotiques. Notre gaillard se lance alors dans la remédiation. La chimie agroalimentaire lui offre un éventail suffisant de poisons pour qu’il achève les rescapés du désastre.

 

Son erreur ? Ne pas avoir – bien avant de planter ou de semer, – analysé son sol, désherbé, défoncé le sol, bêché, biné, râtelé, fumé, éliminé les vers blancs et autres voraces, introduit des antiparasites naturels, installé un réseau commode d’irrigation.

 

Il me semble que notre école commet le même type d’erreurs, avec la complicité involontaire des parents et celle plus déterminée de certains médecins et des géants de l’industrie pharmaceutique (2). On veut « forcer le légume » sans trop se préoccuper du terrain. On saute les étapes, on oublie totalement les exigences d’un développement naturel et harmonieux. On fait appel à la science et à la technologie pour réparer les dégâts, en pensant que ce sont des remèdes-miracles : fatale illusion qui masque les vrais problèmes. Moins l’enfant absorbe, plus on tente de le gaver. On ne perçoit pas les erreurs qui le détraquent. On néglige le désarroi provoqué par une telle pression psychologique, par une telle exigence de réussite dans des domaines si spécifiques.

 

Les parents et les enseignants de terrain invoquent fréquemment une origine unique à l’échec scolaire : les « conditions socioculturelles » que connaissent les enfants et qui expliqueraient à elles seules les inégalités constatées. Ces paramètres sociaux donnent l’impression de relever d’un domaine qui échappe à l’école et la tentation est forte d’en prendre acte et d’effectuer un tri social en contradiction complète avec les objectifs que devrait se donner l’école : offrir des chances égales de réussite à tous les enfants. Cela évite de procéder à une analyse plus précise des causes de l’échec, analyse qui permettrait de pratiquer la prévention nécessaire.

 

Je vais tenter, dans les lignes qui suivent, de pointer quelques insuffisances et proposer, quand cela est en mon pouvoir, quelques pistes susceptibles d’améliorer la situation. Brièvement, car mon propos n’est pas d’écrire un ouvrage qui se voudrait exhaustif. J’aborderai quelques domaines – et il en existe d’autres – dans lesquels j’ai pu noter des oublis ou des carences causant de grands dommages. Je proposerai de travailler dans ces domaines pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés, et je suggérerai quelques pratiques issues de mon expérience.

  

La première partie évoquera la socialisation, la transmission, l’acquisition des habitus sociaux, et aussi les valeurs qui nous permettent de vivre harmonieusement avec nos semblables. Je parlerai ensuite des insuffisances linguistiques, obstacle essentiel auquel j’ai consacré un ouvrage (3) ; ce livre aborde aussi d’autres domaines qui seront évoqués ici. Une troisième partie sera consacrée à la construction des notions liées au temps et à l’espace, ces repères qui sont indispensables à tout projet d’apprendre, de faire ou de vivre. Dans une quatrième partie, je tenterai de pointer ce qui est nécessaire pour entrer dans le domaine des sciences : esprit d’observation, connaissance du milieu, accession à l’abstraction, compétences de classement et de hiérarchisation, et aussi capacité d’émerveillement, curiosité, acquisition des démarches scientifiques. Une cinquième partie parlera du monde de la technique. Viendra alors l’étude des domaines artistiques : la musique avec ses rythmes et ses mélodies, les arts graphiques qui enseignent la composition, l’harmonie des formes et des couleurs, la joie du beau (4). La dernière partie sera consacrée à tous les problèmes liés au développement corporel : alimentation, hygiène de vie, pratique de sports collectifs et d’activités sportives douces permettant de s’épanouir dans le plaisir du corps découvert.

 

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre

                                     A SUIVRE…

 

 

 


(1)  Chiffre à prendre avec des pincettes car il a été utilisé de façon polémique. Lancé durant la campagne présidentielle de 2007, il demande à être précisé. Mais 10 000 enfants sans avenir représentent déjà un scandale.

(2) Voir par exemple L.H. Diller, Coca-Cola, MacDonald’s et Ritaline : http://www.google.fr/search?hl=fr&q=diller+ritaline&btnG=Recherche+Google&meta=

(3) Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, La haute langue orale, l’Harmattan, Paris, 2005

(4) A thing of beauty is a joy for ever, John KeatsEndymion. “Rencontrer la beauté nous emplit d’une joie éternelle.” à condition que nous sachions la reconnaître, bien sûr !

 

 

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Le programme est dans sac!

4 09 2008

DRRRRRRINNNNNG!

Allez les enfants….l’heure, c’est l’heure!

Mardi 2 septembre, rentrée des classes, emploi du temps, fournitures et matériel.

Hier, mercredi…Ah non, j’oubliais, plus d’école!

Aujourd’hui…jeudi 4 septembre, on rattrape le temps perdu!

Et hop! Ou plutôt, « oh hisse », le programme est dans le sac, bonne journée…

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Formation des enseignants

27 06 2008

Ces dernières semaines, l’actualité éducative porte sérieusement atteinte à l’avenir de la profession, mais surtout à celui de nos élèves, de nos enfants.

Un APPEL de Bernard Collot, hier, pour penser et concevoir « une autre école ».

Aujourd’hui, sur le site l’écume des heures, de Daniel Calin, un APPEL pour la mise en place d’une formation des enseignants de haut niveau au sein d’IUFM rénovés.

Il m’appartient en tant que citoyenne responsable, en tant que mère, en tant qu’enseignante, de défendre et réclamer haut et fort une formation digne de ce nom pour un métier « à nul autre pareil ».

En 18 ans d’exercice, je n’ai jamais éprouvé, comme je l’éprouve aujourd’hui, ce besoin ardent de défendre les valeurs d’un éducation que l’on voudrait solder au rabais sous prétexte de je ne sais quel argument faussement économique, tout en faisant croire au plus grand nombre que BAC+5 serait le garant d’une reconnaissance de statut et le gage d’une technicité méritoire.

Grave erreur de diagnostic de la part de nos dirigeants. Si le savoir savant délivré à l’université reste nécessaire, il n’est en rien suffisant! Le plus haut degré universitaire ne permettra jamais à quiconque d’enseigner dans une classe, de la petite section de maternelle au CM2.

C’est d’un manque cruel de FORMATION PEDAGOGIQUE CONTINUE dont nous souffrons depuis plusieurs décennies. Oui, je réclame, je supplie notre hiérarchie de nous fournir une formation de haut niveau en aval ET en amont de l’obtention de notre diplôme.

Les IUFM présentaient de larges insuffisances car les STRUCTURES SCOLAIRES en marche actuellement sont restées les mêmes qu’il y a 50 ans! La rénovation a voulu se faire au sein des instituts de formation des maîtres, mais cet effort n’a jamais été suivi  »intra muros ». On peut comprendre alors les déceptions d’un grand nombre de jeunes enseignants qui récupéraient, à la sortie de leur formation, des postes à 10 000 lieux de ce pour quoi ils avaient été formés.

Mais ne nous trompons pas…C’est à l’école de se mettre enfin à la mesure de la modernité et des enjeux du XXIème siècle. C’est à ses murs, à ses rythmes, à ses structures internes, sans oublier à ses équipes éducatives en place d’enfin accepter, non plus l’évolution (nous sommes restés trop longtemps sur place), mais sa nécessaire métamorphose.

Pour y faire face, nous avons besoin, plus que jamais, d’une solide formation pédagogique portée par l’engagement sans faille des instances structurelles.

Que cette formation soit rendue obligatoire. Que cette formation soit multiple. Que cette formation soit gratuite. Que cette formation soit inclue dans nos horaires ou payée s’il s’agit de stages hors temps scolaire. Que cette formation soit au service d’une autre école, une école plus humaine et plus exigeante, plus moderne, capable de faire face à la formidable attente de nos élèves, de nos enfants.

Je vous laisse juge…à chacun de se positionner sans perdre de vue l’essentiel: la formation de l’enfant qui dépend en grande partie de celle de son enseignant.

Lire l’APPEL

                

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Appel pour « une autre école »

26 06 2008

Hier, dans ma boîte mail, un message de Bernard Collot que je m’empresse de communiquer. Il s’agit d’un appel pour « une autre école ». Que l’on soit concerné directement ou non, que l’on se retrouve totalement ou partiellement dans cette lettre, il me semble que chacun, père, mère, enseignant, éducateur en somme, doit prendre le temps de lire cet appel et d’en profiter pour se poser un certain nombre de questions relatives à l’école, et surtout aux finalités auxquelles est doit ou devrait se vouer.

L’école n’est-elle que ce maillon utilitaire au service de la société? Maillon essentiellement économique et financier? Dans ce cas alors, résultats, productivité et compétitivité sont les maîtres mots en matière éducative. Une école pour former des futurs consommateurs et selectionner les purs esprits capables de concevoir les futurs produits marchands?

Ou bien peut-on imaginer l’école comme un espace de vie, de découvertes, de coopération, d’échanges en vue de l’épanouissement intellectuel, social et humain. Une école pour révéler les talents de nos élèves et les aider à prendre part aux formidables et multiples défis qui leur tendent les bras?  Travail et réflexion, travail et humanisme, travail et entraide sont alors des binômes qu’il serait urgent de mettre en place dans nos écoles. Ce sont nos enfants, les vôtres qui la côtoient, quotidiennement.

Que voulons-nous faire de nos enfants?

Il est temps de nous pencher ensemble sur ces questions, et non, chacun de son côté, à la seule lumière de son petit quant à soi.

Je laisse maintenant la parole à Bernard Collot, et je vous invite une nouvelle fois à découvrir le riche sommaire de son site.

« Faire croiser des parents et des enseignants qui ont des aspirations d’une autre école pour leurs enfants. Faire connaître aux uns et aux autres la réalité à laquelle les uns et les autres se heurtent. De cette confrontation, celle des faits, de cette recherche de compréhension, peut-être faire naître ce qui pourrait être commun… pour une autre école. Tel est l’objectif de ce groupe de recherche en constitution.

Pouvez-vous diffuser cette information dans vos réseaux ? Merci. Bernard COLLOT.

Une nouvelle liste de diffusion pour « une autre école » vient d’être lancée par les CREPSC. Elle s’adresse aux parents et aux enseignants. Vous trouverez sa définition ci-dessous. Pour vous y abonner, aller à :

http://listes.marelle.org/sympa/info/pourune.autreecole

Dans le bandeau de gauche, cliquez sur « abonnement »

Dans la partie centrale indiquez votre adresse de messagerie et validez.

Sans quitter le site, allez voir dans votre messagerie, le robot vient de vous envoyer un message avec un mot de passe. Copiez-le, retournez dans le site, collez-le et cliquez sur « abonnement ». C’est fait.

Définition de la liste :

- Vous êtes parents, futurs parents, anciens parents.

Dans l’école actuelle*, telle qu’elle est conçue, vous trouvez:

que les enfants ont du mal à s’épanouir,

qu’elle constitue un ghetto dont vous êtes exclus,

qu’elle provoque des dégâts, de la violence, des comportements face auxquels vous êtes impuissants,

qu’elle ne conduit pas les enfants et les ados à devenir des citoyens actifs.

Bref, vous aspirez pour vos enfants, pour les enfants, pour toute la société, à « une autre école ».

* Il s’agit de l’école en général, peut-être vos enfants ont la chance d’être dans une classe qui dénote. Votre apport est alors tout aussi intéressant.

- Vous êtes enseignants.

Sur le terrain, vous vous débattez aussi,:

pour atténuer les conséquences du vieux cadre scolaire,

pour tenter d’y faire autrement malgré les pressions, les contraintes, la coercition hiérarchique,

pour permettre aux enfants de quand même s’y épanouir, de s’y construire comme futurs citoyens,

pour travailler dans une autre approche,

vous avez aussi des envies, des idées, d’une « autre école ».

- Cette liste est faite pour en parler, échanger, évoquer ce sui se passe pour les enfants, les adolescents, les difficultés rencontrées, les obstacles sur lesquels vous buttez les uns et les autres, les pressions voire les mesures de rétorsion subies, les essais, les tâtonnements faits par les uns et les autres, la réalité quotidienne des uns et des autres, qu’est-ce qu’on peut faire dans l’immédiat,…. vers quelle autre école vous voudriez aller.

- Connaître, faire connaître, comprendre, se comprendre, résister, construire. « 

MERCI BERNARD!

Et maintenant…à vous!

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Droit de réponse à Natacha Polony

17 06 2008

Si Natacha Polony m’avait interviewée…aux côtés de certaines de mes collègues Jeanne, Elisabeth, Ariane, Rachel, sans oublier Julien Dazay, inspecteur de Seine-Saint-Denis, je n’aurais pas forcément répondu comme elle eût souhaité que je l’eusse fait…

Je vais donc m’amuser ici, entre vous et moi, à improviser un dialogue dont les répliques de A sont toutes directement issues de « l’enquête » du Marianne de cette semaine, intitulé « Les instits sont-ils encore les hussards de la République? ». Vous trouverez au travers des répliques de B comme un écho de ma propre pensée…

  • Pour vous l’école aujourd’hui c’est quoi?

A: Tous les problèmes sociaux concentrés dans la vie quotidienne de 20 gamins.

B: Le reflet de la vie quotidienne.

  • Et votre métier, comment le qualifieriez-vous?

A: Un monde étrange qui ne ressemble pas à ce que j’avais espéré.

B: Le plus beau métier du monde, mais sans doute un des plus exigeants humainement, intellectuellement.

  • Selon vous, quelle est la mission de l’école primaire?

A: Autrefois, les instituteurs devaient former des hommes libres, les futurs citoyens de la République. Ils étaient le pilier sur lequel reposait l’édifice social et politique. Aujourd’hui l’école primaire est en crise, la société est bouleversée, l’école déstabilisée.

B: « Nos » écoliers sont nés à l’aube du XXIème siècle. Eux seuls détiennent les clés du futur. Il me semble alors que la mission de l’École est de les aider à vivre pleinement leur présent d’écolier de 5 ans, de 8 ans, de 10 ans. L’École et les familles, côte à côte et non plus l’institution scolaire au-dessus de tous. C’est un défi car cela signifie qu’on regarde enfin les écoliers comme des enfants d’aujourd’hui éducables et respectables.

  • Pour vous, c’est plutôt « instituteur » ou « professeur des écoles »?

A: Il y avait de la beauté dans ce titre: instituteur. « Professeur des écoles » est un titre prétentieux, boursoufflé. Pétris de sciences de l’éducation, ils ne sont plus ces missionnaires vénérés pour leur savoir autant que pour ce statut de modèle qui les auréolait.

B: Mon métier ne se résume ni à un titre ni à un statut, encore moins à l’allégorie statufiée d’un buste glorieux, vestige de je ne sais quel passé plus que parfait. Je me considère comme praticienne et pédagogue mais dans mes dîners entre amis je dis volontiers maîtresse d’Ecole ou instit’. C’est toujours l’Ecole qui porte la majuscule, pas le titre.

  • Justement, les parents, quels rôles jouent-ils dans l’éducation?

A: Ils nous demandent de combler leurs propres lacunes, ils n’ont pas le courage d’apprendre les bonnes manières à leurs enfants. Ils nous menacent quand les résultats sont mauvais et exigent, pour des élèves de maternelle de connaître le programme de mathématiques et de français. C’est à nous de les éduquer. Les gamins passent leur journée devant leur console de jeu. Comment voulez-vous que nous en tirions quoi que ce soit?

B: Les parents sont les premiers déstabilisés par une société qui les harcèle. Soumis aux intempéries de la vie familiale et professionnelle, ils transfèrent une grande part de leur angoisse dans la vie scolaire de leurs enfants. L’école n’est certes pas un centre d’écoute familiale mais elle doit prendre en considération certaines données sociétales. Elle ne peut en faire l’impasse. Nier le besoin des familles en matière d’aide à la parentalité, c’est fermer la porte à l’éducation d’une grande partie de nos élèves.

  • Enseignant, une mission ou une profession?

A: Qu’ils appellent cela mission ou vocation, les instituteurs font un métier qu’ils savent un peu à part, certains l’acceptent, s’en font un étendard, d’autres le refusent au nom de la « professionnalisation. »

B: Enseignante missionnaire, professionnelle de l’éducation, praticienne scolaire et chercheuse insatiable. Il est inconcevable de dissocier ces divers « attributs », tant ils sont liés les uns aux autres et surtout liés au devenir de l’École. Refuser une des dimensions c’est se confiner dans une posture et dans l’immobilisme. De tous temps, diviser pour mieux régner fut une stratégie efficace mais lorsque l’avenir de nos enfants est en jeu, de grâce, un peu de hauteur et beaucoup de pudeur.

  • On parle beaucoup du retour aux bonnes vielles méthodes. A commencer par apprendre à lire. N’est-ce pas une évidence?

A: Je suis avec les enfants et je me considère comme un rouage dans le processus de liberté. Pourquoi j’enseigne le B et A-BA? Cela n’a l’air de rien, mais l’enjeu du CP est de savoir si, plus tard, il y aura la lecture de Balzac ou pas.

B: Balzac est un auteur parmi tant d’autres. Pourquoi pas lui, pourquoi pas Villon, pourquoi pas aussi Boris Vian? Lire bien sûr, évidemment, énormément, passionnément. B et A, ça donne bien les deux premières lettres de Balzac. Mais de là à croire que déchiffrer B.A.L.Z.A.C. permettra d’entrer dans l’univers de Lucien de Rubempré ou de Lolotte, il y a là un tour de passe-passe proche de l’escroquerie intellectuelle qui fera perdre à beaucoup bien des illusions!

  • L’échec scolaire, un sujet qui fâche. Quelles leçons tirer de ces chiffres qui font frémir?

A: Pris entre leur envie d’affirmer la grandeur de leur métier et le refus d’assumer les échecs du système, qu’ils préfèrent attribuer aux inégalités sociales et à des causes externes, laissant croire ainsi qu’il n’est pas de pouvoir émancipateur du savoir, les enseignants courent le risque de dévaloriser eux-mêmes l’école en clamant son impuissance. Qui croit en l’homme, croit en un rôle majeure de l’éducation. Le reste doit être dicté par le pragmatisme et l’évaluation des résultats.

B: Et si on arrêtait de vivre par procuration au travers de ces chiffres qui veulent tout dire et ne signifient pas grand chose. Je veux dire par là, oui il y d’immenses progrès à faire en terme d’éducation, d’instruction, d’enseignement. Le nier serait faire preuve d’immaturité et d’un manque total du sens des réalités et des responsabilités. Mais qui souhaite progrès exige aide et formation. Il en va des élèves comme des enseignants, et oserais-je ajouter, comme des parents. Faire le pari d’une école ambitieuse ne se mesure pas qu’aux seuls résultats chiffrés. La valeur de l’homme, et encore moins de l’enfant, ne se réduit pas à une somme de notes. La part humaine de l’écolier n’est que très rarement prise en compte. Pourquoi? Parce qu’elle n’est pas quantifiable. C’est dommage. Car alors, les statistiques parleraient autrement.

  • Et la maternelle, fleuron de l’école française ou débâcle annoncée du système?

A: La maternelle va mal. Elle a pour objet de faire intégrer aux enfants des repères temporels, de les préparer à devenir des élèves, c’est à dire à contrôler leurs pulsions et à se tenir silencieux et concentrés. Il m’arrive d’inspecter des écoles dans lesquelles les enfants ne restent pas une heure affilée dans la classe. Activités de groupe, sorties…Ils bougent en permanence et sont incapables de se taire et d’écouter. L’enjeu est clair, pour défendre cet outil formidable qu’est la maternelle, à la française, il faut le repenser, le réformer dans le sens de l’exigence.

B: Il me semble que tout enseignant devrait commencer par enseigner en maternelle. Tout s’y apprend, tout s’y comprend, tout s’y construit. La maternelle, la plus belle chose que l’école ait inventé mais qui reste à réinventer avec toujours plus d’audace et de courage. Je refuse le terme d’outil. Non, la maternelle est un espace de vie, de mouvement, de découverte, d’apprentissage, de construction. Elle ne doit en rien dresser le futur élève, elle doit révéler l’enfant. C’est bien différent.

  • Pour terminer sur une note positive, que proposeriez-vous?

A: Plus que jamais, les instituteurs et professeurs des écoles jouent un rôle fondamental dans le processus d’émancipation des futurs citoyens. Sans doute faut-il retrouver un peu de la force de ce pacte moral noué il y a plus d’un siècle entre la nation et ses instituteurs. Retrouver aussi les conditions de la confiance.

B: Je propose 5 entrées en matière pour une réflexion en profondeur sur ce pacte d’éducation:

  1. l’Ecole pour tous
  2. l’Ecole de tous
  3. l’Ecole comme rempart contre l’exclusion
  4. l’Ecole comme vecteur d’accès au monde
  5. l’Ecole comme moyen de partage.

Les programmes et les réformes doivent être pensés en fonction des élèves et non pour coller à une société qui ne sera, de toute façon, pas celle dans laquelle nos enfants vivront. Donnons-leur les moyens de construire leurs rêves, pas les nôtres, et de ces rêves d’imaginer leur réalité, et non pas la nôtre…

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Concertation, organisation, planification.

29 05 2008

Mercredis libérés ou concertés…

Quand une équipe d’enseignants se réunit, savez-vous de quoi il est question?

Les tables de la classe disposées en U ou en T , ça commence toujours par un bon petit café.

Mercredi de concertation, hum, le bonheur, aujourd’hui je peux arriver en retard, pourvu que je fasse un crochet chez Dupré le boulanger, histoire de remplir ma sacoche de chouquettes. Vous savez ces petits choux tout creux et saupoudrés de gros sucre…

A chacun selon son humeur, on s’installe. Brouhaha général. Pas plus indisciplinés que des instits en pleine réunion!

Bon, allez, que la fête commence…

« - Koi d’9 en Petite Section?

- Qui a vu le dernier film de Clint Eastwood?

- Hier, j’ai terminé mon roman policier, je vous le conseille, l’assassin finit par…

- Chut! Tu vas nous gâcher le plaisir.

- Bon, et en Moyenne Section, rien à signaler?

- Non, comme d’hab 7 élèves surdoués, et le double d’hyperactifs.

- Tu oublies les jumeaux Léo et Léa, ils savent déjà lire et Mr et Mme Béats souhaitent qu’ils passent directement en CE1 mais alors, pas en CE1B, plutôt en CE1A. Un A, ça fait mieux sur un dossier scolaire.

- OK, on passe à la Grande Section. Ah, non, notre collègue est absente. Elle rencontre ce matin les responsables du CMPP pour discuter du cas de Basile, et de Véra et de Juline, et de Mohéia, et de Stéphanel, et de Bernadote. je crois que c’est tout.

- Bon, en CP, vous êtes-vous mis d’accord sur le prochain livre de lecture? Faudrait pas tarder, les éditeurs s’impatientent et les caisses sont bientôt vides. D’ailleurs, elles sont vides!

- Pour les deux classes de CE1, pour vos prochains emplois du temps, il serait souhaitable de ne pas utiliser « la salle des boums » le même jour. Nos voisins collégiens se plaignent des répercussions sur leurs élèves: syndromes de gesticulation et manque de concentration à l’écrit. 

- Une proposition intéressante de votre collègue de CE2: nous pourrions nommer, l’année prochaine, un préposé au papier toilette pour éviter chaque matin l’éternel problème…Un tableau des responsabilités circule, à vous de remplir la « case semaine » qui vous convient. Je demanderai à la secrétaire d’en faire un tableau Excel et de le photocopier de manière à ce que chaque classe de l’établissement sache qui fait quoi, où et quand.

- Les CM1, c’est à vous…

- Alors moi, j’ai une question: si l’on considère les évaluations nationales depuis 5 ans, on peut facilement mettre en évidence que l’organisation des rythmes scolaires demande l’adaptation aux nouveaux programmes des modalités de remédiation pédagogiques.

- ??

- Ce que veut dire ma collègue,  c’est qu’elle reste fondamentalement persuadée que la conjoncture actuelle a pour conséquence obligatoire l’urgente nécessité d’un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun.

- Dites, là, la sonnerie alarme, c’est un « essai pompier » ou c’est encore la photocopieuse qui a pris feu?!

- L’escalier de secours d’urgence est bloqué et j’ai laissé les clés de l’accès à la porte de l’escalier D dans le bureau du CPE.

- On fait quoi, là? »

Le métier d’instit…un métier multiple.

La pédagogie? A chacun selon ses mots.

Les concertations, de grands moments de vie!

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Les nouveaux programmes. Réactions à chaud.

27 03 2008

RAPPEL en PDF:  nouveaux programmes

1/ EN RESUME sur le site France 5 Education:

 Plus d’heures de français, de mathématiques, de sport et d’instruction civique mais aussi de la morale, tout cela en vingt-quatre heures de cours sur quatre jours… La réforme de l’école primaire présentée par le ministre de l’Education nationale se veut recentrée « sur les fondamentaux », via les acquis traditionnels : opérations, orthographe, grammaire et conjugaison. Dernière étape d’une réforme engagée en septembre 2007 avec la suppression des cours le samedi matin, Xavier Darcos a précisé, mercredi 20 janvier 2008, devant la presse, le contenu des programmes de l’école primaire. La philosophie du projet, qui fleure bon la tradition, avait été dessiné par Nicolas Sarkozy quelques jours auparavant, lors d’un déplacement à Périgueux.

« Plus courts, plus clairs et plus ambitieux », comme l’affirme leur préambule, ces programmes, qui tiendraient dans leur état actuel sur environ 36 pages du Bulletin officiel de l’Education nationale, contre 104 actuellement, sont marqués par le retour au bon vieux appris par cœur et sont resserrés sur « les fondamentaux » que sont la lecture, l’écriture et le calcul.

A l’origine de cette réforme, un rapport du Haut Conseil à l’éducation, en septembre 2007, faisait état de 15 % d’élèves en fin de CM2 avec de grandes lacunes dans ces disciplines. Au motif que « tout se joue à l’école primaire », il est décidé de faire porter l’effort sur cette partie de la scolarité et de « diviser par 3 en cinq ans le nombre d’élèves sortant du primaire avec de graves difficultés » et « par 2 le nombre de redoublants ».

Pour se faire, la semaine scolaire passera de vingt-six à vingt-quatre heures en moyenne – le samedi étant « rendu aux familles ». Les deux heures gagnées seront, elles, réinvesties sous forme d’aide personnalisée aux élèves en difficulté ou de travail en petits groupes.

En français, les grands classiques de l’apprentissage – récitation et rédaction – sont réhabilités. L’accent est mis sur la grammaire et la connaissance de l’ensemble des temps de l’indicatif, y compris le futur antérieur ou le plus-que-parfait.

De même, en mathématiques, la pratique du calcul mental fait son grand retour et on insiste sur la maîtrise parfaite des quatre opérations ou bien encore sur la connaissance de la règle de trois avant l’entrée au collège.

Enfin en matière d’histoire, l’enseignement devrait être fondé sur la connaissance des grandes dates et des grands personnages qui jalonnent l’histoire de France, grâce à « des repères chronologiques ».

Dans les nouveautés, l’éducation civique est remplacée par des cours d’instruction civique et de morale fondés sur des grands principes ou maximes juridiques, comme « La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui ». Un retour des leçons de moral et de politesse qui devra se matérialiser à la fin du CE1 pour l’élève, par la reconnaissance des symboles de la République française, se lever au son de la Marseillaise ou bien encore l’usage du « vouvoiement avec leur enseignant ».

Libres de choisir leurs méthodes dans l’application de ces nouveaux programmes, les enseignants seront en revanche désormais évalués tous les deux ans, par un nombre d’inspecteurs augmenté à la rentrée 2009, et la priorité sera donnée aux résultats. Les performances de chaque école seront ensuite communiquées aux familles, selon des modalités qui seront définies « au cours des prochaines semaines », selon le ministre de l’Education nationale.

Présentée comme une « révolution culturelle de l’essentiel » par Xavier Darcos, la réforme de l’école primaire est jugée comme « un retour aux vieilles recettes », par Ségolène Royal, favorable à une « école qui innove ». Un terme également utilisé par les syndicats enseignants qui ironisent sur le retour de l’école « bonnet d’âne » des années 50 et demandent, pour certains, à l’ancien professeur de français de revoir sa copie.

2/ Ci-après, une réaction recueillie sur le site de  l’ICEM  

(Institut Coopératifde l’Ecole Moderne)

Un point de vue. Celui de Catherine Chabrun.

24 heures chrono !

Dans notre système éducatif à modèle descendant où Polytechnique détermine le lycée qui lui-même détermine le collège le tout en cascade jusqu’en maternelle, il était logique de faire peser sur les épaules du primaire la responsabilité de l’échec scolaire.

Dans sa « révolution culturelle »de 36 pages, Xavier Darcos présente des programmes « recentrés sur l’essentiel », du socle commun on ne garde que les piliers chers à l’Europe, on rejette la complexité, la transversalité qui les articulaient pour privilégier l’empilement de couches simples de fondamentaux.

Que ce soit en français ou en mathématiques on augmente ainsi le nombre de savoirs opératoires, mécaniques et on retire tout ce qui était ambitieux dans les programmes de 2002.   

Surtout pas de temps à perdre, car tout doit tenir en 24 heures !

Entre les dix heures de français, les cinq heures de mathématiques, les quatre heures de sport et l’heure et demie de langue vivante, que restera-t-il  à la « culture humaniste » ?  Aux sciences ? A l’éducation artistique ?

Avec des horaires spécifiques et cloisonnés, une programmation annuelle qui dénie les cycles, ce seront 24 heures compartimentées, morcelées en disciplines et sous disciplines, le tout en conformité avec des manuels dont « l’appui »  est fortement conseillé. Un manuel de vocabulaire, un autre de grammaire …un manuel de calcul un autre de géométrie. Plein de petites leçons illustrées qu’il faudra bien apprendre à la maison ou avec les associations d’aide aux devoirs  !

Une triste certitude : le fossé culturel se creusera davantage pour tous les enfants qui n’ont que l’école pour y accéder. L’accompagnement éducatif sera-t-il chargé de compenser le déficit ? Quant aux enfants qui resteront deux heures de plus à l’école, feront-ils le plein de « fondamentaux » pendant que les autres profiteront de l’offre familiale ou associative d’activités culturelles ?   

Questionner, rechercher, tâtonner, comprendre, réinvestir, confronter ce n’est plus l’air du temps !

Ce sont des pratiques dangereuses, des restes de l’Héritage de 68 qu’il faut définitivement enterrer  ! Comme nous le confirme notre Ministre « L’école primaire doit rester garante de l’idéal républicain : permettre à chaque enfant de devenir, par l’instruction, un citoyen libre et éclairé » 

L’instruction voilà le mot qu’il fallait dire !Si l’éducation rimait avec construction, compréhension, émancipation,  l’instruction elle, rime avec mémorisation, récitation, rédaction. Ce choix de  terminologie à l’ancienne est cohérent avec la teneur rétro des programmes  en relevant particulièrement ceux d’histoire et de géographie qui se cantonnent au territoire national. 

Et naturellement  l’éducation civique se métamorphose en instruction civique et morale.

Dès le CP, on vise en premier l’obéissance, les réflexes du bon écolier : se lever quand un adulte entre dans la classe ou quand il entend la Marseillaise, les formules de politesse, le vouvoiement et les « maximes illustrées » de morale. « Coopérer à la vie de la classe », se réduit à effectuer les services de distribution et de rangement, on est loin de la coopération et de la vie de classe !

Au Cycle 3, sur le registre de la transmission, de l’injonction parfois seront étudiés aussi bien la règle de droit, que les différentes règles de politesse, de sécurité, les préventions des risques, les dangers,  les refus de discrimination, que l’étude des institutions françaises et européennes. Quelques bons manuels devraient suffire !

On ne construit pas, on ne pratique pas, on ne participe pas, on décrit, on apprend, on récite pour avoir de bonnes notes.

C’est ça la réussite scolaire  ?

Catherine Chabrun

22 février 2008

Retrouvez sur ( le site ) aux côtés de celui-ci, d’autres textes d’analyse.

 

3/ Et maintenant…ma petite touche « bleu primaire » à découvrir sur le site  (d’Infobourg France).

Sans oublier de (re)lire l’article du 15 mars sur le sujet: (« hier un niveau scolaire plus élevé? »).

 

ET VOUS?

VOS COMMENTAIRES?

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VOS REACTIONS?

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Hier, un niveau scolaire plus élevé?

15 03 2008

            Certes. Certains seraient tentés, en toute honnêteté, de l’affirmer. Mais de quel HIER parlons-nous?

Dressons donc ensemble le portrait de cet élève modèle « d’hier », celui qui nous fait tant rêver, qui traverse les âges, dont on ne cesse de vanter les mérites, génération après génération…L’élève d’HIER…

Ah….de mon temps…Je crois entendre parler l’ancêtre Charlemagne, et tous les autres derrière lui, dans un long cortège de litanies psalmodiantes.

En ce temps, là, donc, vivait un jeune enfant…. « élève obéissant, incollable en histoire et géographie (les leçons se limitant à l’étude de la Gaule, au mieux, de la France métropolitaine et d’outre mer) ; irréprochable en calligraphie (de nombreuses heures étant réservées à la seule copie) ; excellent en calculs mathématiques (les quatre opérations étant l’unique champ d’investigation) ; éloquent à l’oral comme à l’écrit (une seule langue, une seule littérature, comme référents linguistiques et humanistes) quant à la culture générale, elle se bornait à la culture commune, c’est-à-dire à une culture franco-française. Il ne s’agit pas de faire un inventaire simplificateur et réducteur des connaissances délivrées par le passé. Il s’agit juste de procéder à un constat objectif. Car si nous voulons comparer le niveau scolaire « d’hier » à celui d’aujourd’hui, n’omettons pas, dans notre analyse, d’y insérer la vision particulière du monde, à un moment particulier de notre histoire, et de définir le fameux « HIER » dont on parle. (Unité de lieu, de temps, de personnage, cela vous rappelle quelque chose?)

Depuis Ferry, en passant parla quatrième et cinquième République, le temps s’est écoulé, l’eau est passée sous les ponts, et les repères ont évolué. Le niveau n’est plus le même car le lit de la rivière non seulement s’est élargi, mais il s’est déplacé. Métaphore, j’en conviens, mais qui traduit bien l’essentiel de ce propos.  Il faut le rappeler, l’exigence d’HIER ne connaissait ni la mondialisation, ni la massification, ni la pluri culturalité. Elle pouvait donc se prévaloir d’une orthographe irréprochable et d’une grammaire compréhensible. Chaque élève parlait français puisque tous les élèves étaient français. Il n’est pas ici question de reporter la faute sur quiconque, mais juste de prendre conscience d’une réalité que certains semblent oublier ou ignorer.  Le niveau pouvait être plus élevé puisqu’il ne prenait en compte ni les élèves étrangers (il y en avait très peu), ni les enfants « différents » qu’on laissait naturellement en marge, silencieux, résignés, inexistants au regard de la société ; tous ces élèves peuvent au XXIème, dans notre, votre et leur école, exprimer leur existence et leur droit à l’éducation, quelles que soient leurs handicaps.  

J’ose le proclamer, nos élèves d’aujourd’hui sont plus ouverts au monde que ceux d’hier. Les connaissances* globales offertes par des moyens de communications puissants, divers et variés, ainsi que la démocratisation de l’école l’ont emporté sur le savoir unique et bilatéral du livre et du cahier d’école, auparavant, seuls référents. L’instituteur d’alors, dans une relation verticale et unilatérale avec l’élève, lui apprenait à lire, à compter et livrait sa bonne parole au travers de la «leçon de choses». Les compétences* du jeune enfant n’intervenaient que très peu, et ne lui permettaient en rien de s’autonomiser, c’est à dire de prendre son intelligence en main ; bon exécuteur et parfait répétiteur, voilà le contrat que le maître passait avec son élève. D’une part, le champ d’investigation ne concernait qu’un ensemble de connaissances nettement plus limitées, d’autre part, les aptitudes n’intervenaient en rien dans les évaluations finales ; par voie de conséquences, ces dernières obtenaient fatalement de meilleurs résultats. Et si nous faisions passer le brevet des collèges ou baccalauréat aux générations passées, certes l’orthographe obtiendrait de bien meilleurs résultats, mais et le reste ? ? La culture d’une nation se borne-t-elle à l’orthographe, si incontournable soit-elle ?

L’école de ma rue, de mon quartier, de ma ville, ressemble désormais à un vaste champ culturel, à une peinture du monde, colorée et vivante, à une fenêtre ouverte sur un horizon aux multiples couchers de soleil. Envolée lyrique s’écrieront certains, nouvel enjeu philosophique penseront d’autres. Pour ma part, pour celle de nombreux enseignants, il est question ici de notre réalité quotidienne. Une  multiplicité de visages qui fait notre bonheur et notre malheur tout à la fois. Joies partagées autour de la diversité, difficultés véhiculées par cette même diversité. En ce qui me concerne, je ne vois pas ici un problème majeur insoluble, mais bien l’émergence d’une problématique nouvelle à laquelle il faudra nécessairement réfléchir, sans tabou, sans idéologie, sans nostalgie mais avec prudence, exigence et bienveillance. L’école ne doit ni se résigner à un insupportable nivellement par le bas, ni succomber au réflexes réactionnaires qui conduisent à l’exclusion et au communautarisme.

 C’est pourquoi il faut inévitablement analyseret réévaluer conjointement multiplicité et qualité des enseignements dispensés pour que l’école reste, non seulement un lieu d’ouverture sociale et humaine, mais également un lieu d’apprentissages des connaissances et des savoirs disciplinaires. Un lieu qui dispense, avec une vision pluri dimensionnelle, les éléments précis et définis préalablement. Un lieu qui évalue pour chacun selon une grille commune, les différents acquis. Un lieu de vie, de partage et de progrès. Un lieu où familles et enseignants avancent conjointement. 

Un niveau scolaire plus élevé hier qu’aujourd’hui ? Une meilleure réussite, ici que là-bas ? Un avenir plus ceci ? Des professeurs moins cela ? Le  voilà, notre mal, le mal de la hantise de l’assiette du voisin. La seule réussite, si tenté qu’on puisse la définir, ne suffit déjà plus à dissiper nos peurs phobiques du « moins bien qu’hier », et du « mieux que demain ». Savoir que peut-être le pré d’à est plus vert que le nôtre, que peut-être la fille de telle amie a obtenu un dixième de plus que la nôtre a sa moyenne générale du mois de mars, que peut-être la maîtresse de CP1 donne 15 minutes de plus de travail à la maison que celle du CP2, que peut-être l’avenir  de notre nation se joue dans une cour de récréation, que peut-être, oui, peut être…

Alors, pour affronter l’insupportable incertitude, on dramatise.Pour exorciser l’insurmontable lendemain, on s’agite en tous sens, on dresse, chaque printemps le palmarès des vraies meilleures écoles et des fausses vraies bonnes méthodes. Pourcentages, rubrique par rubrique, tableaux à multiples entrées, courbes de gausse factorisées par années, par siècles, par quartiers, par pays, par continents. Oui le voilà notre mal. L’orgueil, l’envie, l’insatisfaction, le doute permanent. En un mot, l’ego. Un ego sur-dimensionné sans cesse à revaloriser, sans cesse à réévaluer. Alors, on se perd en calculs appliqués, en taux, en algorithmes. Et bien évidemment, à ce petit jeu, on s’aperçoit avec jalousie qu’il y a toujours mieux et on s’indigne avec frénésie, qu’il y a encore pire.

Et si nous apprenions à vivre, ici, là, maintenant. Ici, dans ma classe, là avec mon enfant, maintenant avec mes élèves. Et si nous apprenions à vivre au présent de l’indicatif. Car à ce petit jeu du « mieux hier qu’aujourd’hui », le passé antérieur et le conditionnel présent finiront par engloutir le présent d’incarnation, temps de notre présence, temps de notre respiration, temps de leur existence, temps à vivre avec eux, nos élèves, avec eux, nos enfants. Temps de la connivence et du partage. Le premier temps simple, le présent de l’indicatif .

Ostiane, ni journaliste, ni experte, ni politique, ni de droite, ni de gauche, juste instit’

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La semaine de la presse à l’école

13 03 2008

Un sujet lancé sur le forum du webpédagogique:

« En 2007, la 18e édition de la semaine de la presse a réuni 4 334 488 élèves de la maternelle à l’université et 392 579 enseignants issus de 13 040 établissements.Le thème proposé cette année aux enseignants et aux élèves est « Une info, des médias ». C’est l’occasion pour aider les élèves à comprendre le système des médias, à former leur jugement critique, à développer leur goût pour l’actualité et à forger leur identité de citoyen.


Vous pouvez voir le site
http://www.clemi.org ) pour avoir plus d’informations.

Certains de nos quelques blogueurs ont déjà traité cet événement dans leurs blogs !
Découvrez ce qu’est une bonne couverture de magazine avec Florence Travers ici :
(
http://lewebpedagogique.com/cdiardilliers/2008/03/05/quest-ce-quune-bonne-couverture-de-magazine/)


ou bien ce qu’a prévu de faire le CDI de Saint Michel des Batignolles à cette adresse :
(
http://lewebpedagogique.com/cdismdb/2008/01/14/semaine-de-la-presse/)

Et vous, qu’allez-vous faire dans votre établissement ?« 

avatar Ma petite bafouille

Bon, je vais être un peu directe et très provocatrice…la semaine de la presse, la semaine de la poste, la semaine du goût, la semaine du recyclage, la semaine des métiers, la semaine du poil à gratter et des coccinelles. Tout cela est bien joli, mais dans la vie, je veux dire la vraie vie…les choses fonctionnent-elles ainsi? Imagine-t-on la semaine de la douche, la semaine du bonjour/merci, la semaine du sport et bientôt la semaine de l’école! Y’en a qui vont être contents!


Non, plus sérieusement, l’école a évidemment besoin de ces ouvertures sur le monde et sur toutes ces réalités externes à l’institution scolaire. Mais pour que ces ouvertures aboutissent à un semblant de réels apprentissages, elles nécessitent bien davantage qu’un simple slogan hebdomadaire. Seul un véritable travail de cycle et de projet peut accompagner l’enfant-élève à la prise en compte de toutes ces données sociétales. Et le temps… N’oublions pas l’incontournable inscription dans la durée, l’expérimentation, la latence, la maturation que réclame tout apprentissage.

Empiler des semaines thématiques comme on enfile des perles à un collier, le visuel peut s’avérer agréable certes, mais l’essentiel ne réside-t-il pas à savoir assortir la parure au reste du vêtement et plus encore, le vêtement à la situation concrète?

Néanmoins, pour être juste, il faut savoir accueillir sans le fustiger, ce qu’il y a de positif dans ces démarches: l’information diffusée auprès des professionnels de l’école, le partage des connaissances et les pistes pédagogiques qui s’y rattachent sont autant d’outils fort appréciables pour des enseignants qui ne peuvent tout savoir sur tout mais à qui on demande de tout enseigner….

Il faut donc le reconnaître, ces semaines thématiques offrent, à l’adulte avant tout, une visibilité sur certains domaines ou secteurs particuliers dont il ignore tout ou presque. A lui, à nous, adultes-enseignants, par la suite, en fonction de notre classe, de nos projets et de nos priorités, de les mettre à portée de nos élèves; ce qui passe nécessairement par un véritable travail d’exploitation de ces données avec l’objectif in fine, non pas d’évaluer en la matière, le niveau de connaissances des élèves, mais bien de permettre à ces élèves-citoyens de mieux discerner, mieux se distancer, mieux appréhender un monde dans lequel ils doivent apprendre à évoluer en toute autonomie, en toute liberté…et cela demande bien plus qu’une semaine, c’est à dire 4 jours!

Si l’enseignant se contente, si je me contente d’un affichage-bricolage sur le sujet à traiter en imaginant une seule seconde que le sujet est traité…c’est ici que j’émets des réserves quant au bien-fondé de ces apprentissages « clés en main. »

Apprendre à l’élève à comprendre, assimiler, réutiliser, transférer ces enseignements en dehors de la classe de manière à ce qu’il s’en empare à juste titre et dans un cadre adéquate, tel est l’enjeu…telle est la mission éducative de l’école hors de l’enceinte sanctuarisée de ses murs. Le savoir se partage. Sans ce partage il est voué à l’idéologie. Mais je sors du sujet…déformation passionnelle et professionnelle!

Pour synthétiser, je dirai:

Oui à la complémentarité des acteurs entre l’école et la société dans son ensemble.

Oui pour un partage des savoirs et savoirs-faire au niveau des adultes.

Oui à l’introduction à l’école de ces données sociétales.

Oui pour un travail de projet par cycle* dans l’enceinte des établissements.

Non à la compilation névrotique de ces semaines thématiques.

Non au QCM systématique « vu, pas vu » ou bien « acquis, non acquis » pour ce qui relève de ces apprentissages.

Enfin, pour terminer cette analyse, une suggestion toute personnelle:

Pourquoi ne pas introduire, au sein même de la formation initiale des maîtres, un cursus particulier relatif à ces thématiques et qui, de fait, introduirait inévitablement le concept de PEDAGOGIE DE PROJET et la mise en route effective de la réforme des cycles, laquelle, il faut l’avouer ne reste encore, à ce jour, qu’une belle idée sur une nième circulaire.

Un peu de pratique, alliée à beaucoup de théorie, elle-même fondée sur l’acte pédagogique, soulagerait et éclairerait bien des enseignants au sortir de l’IUFM.

Et vous, qu’en pensez-vous?

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Nouveaux programmes…

12 03 2008
PETITE REVUE DE PRESSE PERSO LUE DANS INFOBOURG FRANCE6 mars 2008
Consultation du grand public sur les nouveaux programmes de l’école primaire
Communiqué de presse du ministère de l’Éducation nationale
À compter du mercredi 5 mars 2008, sur le site www.education.gouv.fr, le ministère de l’Éducation nationale invite le grand public à s’exprimer jusqu’à la fin du mois de mars sur le projet de nouveaux programmes de l’école primaire.
Plus courts et rédigés de façon à être compris par tous, ces nouveaux programmes, qui respectent la liberté pédagogique de l’enseignant, indiquent les connaissances et compétences que doit acquérir chaque élève à chacune des étapes de sa scolarité. La réorganisation du temps scolaire et la réécriture des programmes sont les grands axes de la réforme de l’école primaire présentée par Xavier Darcos le 20 février dernier.Source : communiqué de presse du ministère de l’Éducation nationale
 
PETITE REPONSE PERSO
9 mars 2008
ostiane mathon, PARIS

De nouveaux programmes…
S’il s’agit de resserrer les mots pour élargir l’esprit. OUI.
S’il s’agit de recentrer les connaissances pour libérer les apprentissages. OUI.
S’il s’agit de concentrer les efforts pour partager le savoir. OUI.
S’il s’agit de flatter l’opinion. NON.

L’école est certes l’affaire de tous, mais tout le monde n’est pas professionnel de l’enseignement.
Qu’on demande l’avis au grand public, soit. Une meilleure coopération des familles et des enseignants semble aujourd’hui nécessaire et incontournable. Mais, après la commission des grands experts et le débat grand public, pourrait-on aussi, un jour, demander l’opinion du maître de terrain? Je ne parle pas des représentants syndicaux, non, des enseignants tout court!
Ostiane Mathon
ET VOUS? Qu’en pensez-vous? La question posée de manière si ouverte ne vous paraît-elle pas suspecte? Les fondamentaux…tout le monde est d’accord…Mais comment les acquérir et avec quels objectifs?Tous les parents souhaitent la réussite de leurs enfants. Tous les enseignants souhaitent la réussite de leurs élèves. Mais soyons honnêtes, que recherchons-nous avant tout? L’accomplissement de nos propres réussites éducatives et pédagogiques, ou bien la pleine réalisation de nos élèves-enfants? A cette dernière question, la réponse n’est pas évidente. Je suis mère, je suis enseignante, et entre mes convictions profondes et mes attitudes sociales, je l’avoue, il m’arrive souvent d’affronter mes propres contradictions. La chose n’est pas aussi simple qu’on voudrait nous ou vous le faire croire…(Rien n’est simple en Éducation)L’avenir de l’école ne tient pas dans la seule question des fondamentaux. (Sujet à aborder, il est vrai)  Le devenir de nos enfants ne se jouent pas dans l’arène d’un forum. Ils méritent mieux qu’un vrai faux débat (Car pré-entériné.) Les parents méritent plus qu’un miroir aux alouettes.(Demain, tout ira bien!)

Les enseignants méritent davantage que le mépris, ou peur être plus modérée, disons, la toute puissance des gouvernants (gauche/droite confondues…)

ALORS, QU’EN PENSEZ-VOUS?

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L’école et la Shoah (Ter)

28 02 2008

La Shoah, oui, les enseignants ont à coeur, et depuis bien longtemps, d’en transmettre la mémoire. Certains n’ont pas dû s’en apercevoir, alors hip hup barbatruc, ils nous pondent une nouvelle circulaire. Eh oui, c’est ainsi, les enseignants s’évertuent dans le silence de leur classe, et les classes politiques, elles, reprennent et transforment à leur manière l’action éducative en textes officiels. C’est sûr, cela fait joli dans un press-book ministériel ! « Vous voyez, là, la circulaire n° 3 554 799 876 930 087 665, c’est Môa »

L’exemple en est ici flagrant: (mes petites incursions)

Extrait d’un article du Monde du 27 février:

Le ministre de l’éducation, Xavier Darcos (Mr Môa ci-dessus cité), a souligné pour sa part que les membres de la mission (y a-t-on invité des instits’?) s’étaient efforcés d’harmoniser leurs analyses et d’appréhender l’ensemble des difficultés pour prévenir tout « refus de ce travail nécessaire » (pardon?) par les professeurs. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’appliquer « un formatage unique » (oh la bonne idée) à toutes les classes mais de proposer « des démarches diverses adaptées aux circonstances » (quel pédagogue inspiré!) et de « respecter la liberté pédagogique » (démagogie bonjour!) des enseignants. Pour le ministre, ces travaux permettront de faire en sorte que « la bonne idée du président de la République soit transformée en démarche pédagogique ». (Non mais je rêve!)

Mais laissons la polémique aux polémiqueux et revenons à notre propos. Et surtout, revenons en classe…Vous savez, là où il y a tout plein de petits élèves teigneux et d’enseignants grincheux…(Mais non, je blogue, enfin je blague quoi…)

Voici donc, plus sérieusement, quelques pistes et quelques liens (où cliquer) qui peuvent donner des idées aux enseignants nouvellement nommés en CM2. (La fiche de voeux…c’est en ce moment!)

1/La littérature offre de merveilleux témoignages :

a/ (Primo Lévy) bien sûr.

b/ (Le journal d’Anne Franck) évidemment.

2/La culture cinématographique, avec deux coups de coeur, pour ce qui me concerne:

a/ Le film majestueux de Roberto Bénigni (« La vie est belle »)

b/ Et encore « la colline aux 1000 enfants » de Jean-Louis Lorenzi.

Automne 1941, quelques mois avant la rafle du Veldhiv, les juifs sont en danger en France. Au même moment, dans un petit village, Clara vient demander asile au Pasteur. Le dimanche, il lance un appel à la charité, entendu par tous. Des dizaines d’enfants débarquent alors au village…

3/Également, au service le l’accompagnement des enseignants, il existe des centres de ressources très instructifs.

Un lieu aujourd’hui incontournable, le Mémorial de la Shoah.

Je vous propose de (visionner )cette vidéo, enregistrée par le Web pédagogique, auprès d’un de leurs formateurs, au salon de l’éducation en novembre 2006. (Et oui, avant la dite circulaire!)

Un autre site  (France 5 )aujourd’hui rebaptisé Curiospère TV, contribue lui aussi, à l’information par la connaissance et à la formation pédagogique par l’accompagement.

Le Mémorial de la Shoah offre de nombreuses et précieuses documentations, et notamment pour ce qui concerne le primaire, une initiation à l’enseignement de la Shoah, grâce au ( grenier de Sarah.)

Autre centre de ressources, ( la fondation) on trouve également une mine d’informations, de témoignages, de textes de références.

Et puis n’oublions pas les mairies et les registres. Une manière de travailler avec sa classe en chercheur, en abordant ce travail comme un historien guidé par la démarche scientifique.

Alors voilà, ces enfants de la Shoah, on ne les a pas oubliés. On ne les oubliera pas. Ils sont inscrits dans notre mémoire collective. La transmission de cette mémoire me semble effectivement un devoir d’homme, un devoir de citoyen, un devoir d’humaniste. Il est certain que le lien générationnel qui nous reliait à cette période sombre de notre Histoire s’estompe du simple fait du temps qui passe. Les témoins disparaissent. Les victimes et enfants de victimes vont disparaître. Nous avons donc à rester vigilants afin que les générations futures ne se retrouvent jamais dans la position de dire « Mais nous ne savions pas! ».

Pour autant, prenons garde aux mots, aux images, aux traces. Il ne peut être non plus question de  sortir ces enfants de leur tombeau, de leur voler leur histoire au nom de l’Histoire. Ils ont droit au repos. Certains désirent même peut-être restés anonymes? Qui sait?

Voilà, une petite contribution personnelle.

Et vous?

Quelles sont vos sources et vos ressources?

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L’orthographe à la Une…

21 02 2008

L’orthographe, une patate chaude…titre ( le Monde ) dans un récent article.

Danièle Manesse, professeure de sciences du langage, y analyse avec lucidité et concision le problème de l’orthographe, notamment à l’école primaire. La mise en pratique de L’O.R.L* (Observation Réfléchie de la Langue) a d’une certaine manière pénalisé les enseignants (et leurs élèves). Ils ont dû mettre en oeuvre de nouveaux modes d’apprentissages, fort intéressants car émanant du principe que la littérature participe à ce travail sur la langue. Traiter la grammaire et l’orthographe en liaison avec les textes et la réalité de l’écriture. L’idée est plus que noble, mais elle n’a pas eu l’effet escompté. Manque de formation? Complexité de notre langue? Mauvaise interprétation d’une théorie mal intégrée? Ou bien théorie difficilement adaptable à la pratique de classe? Un peu de tout cela, sans doute. Et de nombreux autres facteurs, qu’il est mal aisé de traiter en quelques lignes.

En revanche, il semble évident que l’application de l’O.R.L, conjointement à un programme surchargé par ailleurs, ne permettent pas de prendre suffisamment de temps pour la systématisation, la mémorisation et l’entraînement, autant d’étapes incontournables pour la bonne mise en place des structures grammaticales. Cela a immanquablement abouti à une déliquescence de l’orthographe ces dernières décennies.

 L’art de la pédagogie*, s’il en est, consiste justement à intégrer les récentes études réalisées dans le domaine de la langue et de la didactique* tout en les réajustant sans cesse dans la pratique de la classe.

Je rejoins également Danièle Manesse sur un autre point. Celui de la formation des enseignants en ce qui concerne l’étude de la langue. Même si le maître d’école ne se résume pas, loin de là, à un correcteur orthographique ou à un Bescherelles, il me paraît absolument nécessaire qu’il ait une maîtrise, sinon parfaite, du moins précise et ciblée du fonctionnement interne de la langue française. Davantage de linguistique*, dans les IUFM* est à mon sens, une donnée incontournable.

L’orthographe, la grammaire, le vocabulaire et la conjugaison, sont les premiers outils du « bien parler » au sens, du « bien s’exprimer », au sens de » je dis, et j’écris précisément ce que je pense, et mon camarade, ma maîtresse, mes parents comprennent exactement ce que je dis, ou ce que j’écris ». C’est important non? Ne jamais laisser une idée avorter faute de mots, de syntaxe, de temporalité. Car si les mots viennent à manquer, le doute, la méfiance, et pour finir, la violence prennent le pas. Un autre mode d’expression en quelque sorte. 
Pour ma part, je reste impitoyable quant à l’orthographe de mes élèves, quant à la manière dont ils formulent leurs prises de parole. Et ils me le rendent bien. Ils savent bien pourquoi je le leur demande. Je le leur explique chaque jour.  

« Si je laisse ta pensée s’exprimer avec approximation, je t’abandonne à une espèce de verbiage qui n’est pas digne de ce que tu es capable de dire. Et tu as beaucoup à dire et à écrire. Alors, prends le temps. Choisis le mot exact. Cherche la bonne tournure. »

En matière d’expression écrite ou orale, il n’y a pas de fautes, il n’y a que des erreurs, des omissions, des maladresses. C’est important qu’ils le sachent. C’est important que les parents sachent également que même s’ils l’ont oublié, l’apprentissage de la lecture et la maîtrise de la langue requièrent beaucoup de temps, de patience, de douceur, de vigilance.

Pour ce qui me concerne, je crois fermement en la valeur de la correction. L’hôpital des mots, comme je dis à mes élèves. Oui, tout est corrigé, (y compris mes propres oublis d’ailleurs…cela les amuse beaucoup et je les engage à me faire part des erreurs commises).Tout est donc systématiquement annoté et consigné dans leur répertoire personnel et individuel. Ce répertoire, qui grossit de septembre à février, est censé diminuer jusqu’à dépérir totalement en fin d’année. Un carnet magique avec lequel les élèves ne cessent de me demander de “jouer”.

 M’dam’, M’dam’ ch’peu faire mon carnet zéro faute avec ma voisine, j’ai fini mon travail!

L’orthographe, une patate chaude, mais qui peut se transformer en sujet d’exploration ludique et pédagogique. Si, si!

Pour faciliter la lecture et la juste compréhension de certains termes employés, vous retrouverez, classés par ordre alphabétique, dans mon dico d’éduc ( barre transversale, à droite) les mots repérables par les astérisques.

De l’orthographe, au vocabulaire… il n’y a qu’un clic!

Un autre clic qui vaut le détour, pour la saveur des ( motordus )! L’orthographe…fait salle comble!

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L’école et la Shoah (bis)

20 02 2008

Cette semaine, dans ma « boîte à textes », la contribution d’un visiteur avisé, clair et éclairant.

Je laisse donc la parole à Greg, qui fait suite à mon article (L’école et la Shoah I ) et à l’intervention d’Emmanuelle Mignon, chef de Cabinet du Président, dimanche 17 dans le JDD )

« Ce que je pense, c’est qu’EM fait un amalgame désastreux entre racisme au sens large et antisémitisme. Utiliser la Shoah comme rempart psychologique contre le racisme (c’est l’objectif qu’elle affiche) entraîne deux conséquences paradoxales : elle dévalorise la cause de la Shoah et elle affranchit les actes de racisme qui ne relèvent pas de l’antisémitisme.

La Shoah est trop inconcevable pour être résolue par une mise en scène à l’école (c’est ce que tu dénonces dans ton article l’école et la Shoa, comme la procuration donnée au primaire). Elle est trop dure à porter par les enfants, non pas parce que ceux-ci seraient trop faibles ou mal équipés, mais simplement parce que la cause est insupportable. Je soupçonne que c’est ce qui provoque l’indignation de S. Veil. Elle s’attendrit sur les enfants, mais en fait elle revendique que l’on ne banalise pas l’affaire en la « traitant » ou en la « résolvant » en classe.

Madame Veil sait bien que les élèves de ta classe, le vendredi matin, même si tu fonds en larmes, ne seront pas immédiatement foudroyés sur leur chaise. Ils mettront en place les mécanismes leur permettant de survivre. Or c’est précisément cela qui a été impossible pour 6 millions de gens il y a 65 ans : ils ont été anéantis sans aucune raison théoriquement concevable et sans échappatoire possible !

Donc, on le sait bien, on ne peut partager, mesurer, mémoriser une telle horreur sans la vivre soi-même. Il n’y a pas d’explication, pas plus que d’expiation possible, et c’est bien cet état instable qu’il faut maintenir. Surtout vu des juifs.

Et puis, bien sûr, il y a le petit Rwandais. A cela E. Mignon répond qu’il faut distinguer entre conflits politiques et conflits racistes. Comme s’il n’y avait de conflits racistes que la Shoah. Or c’est totalement faux à deux égards : primo, la Shoah n’était pas un conflit guerrier, mais une répression civile ; et secundo les conflits comportent presque tous une composante raciste, même si elle n’est pas tout à fait explicite (Rwanda, Soudan, Serbie, etc. – et même, dans une certaine mesure le terrorisme islamiste anti-occidental).

Donc tout cela est assez confus et très déroutant, je suis bien d’accord avec toi, même si je ne le prends pas par le même bout de la lorgnette. »

Merci Greg. C’est justement ces différences de point de vue qui importent, car elles obligent à la distanciation, et permettent de se décentrer, de quitter l’émotionnel pour appréhender la réflexion par le jugement, c’est à dire la capacité de raisonner à partir du savoir et de la connaissance. Je n’ai rien à rajouter, aujourd’hui, j’écoute, je lis, j’essaye de mieux comprendre. Il y aura certainement un article « ter » sur le sujet. Un sujet qu’il ne faut évidemment pas taire, loin de là, mais qui mérite tellement mieux que la polémique politicienne.

Avis aux amateurs, dans ma « boîte à textes », vous pouvez, vous aussi contribuer aux débats en m’envoyant vos propres textes! Voir la barre transversale située dans la partie haute du blog.

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L’école et la Shoah I

16 02 2008

« Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne. Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ».

Il faut donc émouvoir.

Il faut donc que nos enfants soient les confidents intimes des douleurs de ce monde.

Il faut donc enseigner l’Histoire par le sentiment.

Mais Monsieur le Président, mes élèves me verront donc pleurer tous les vendredis matin?

Oui, certainement, car sentimentale, je le suis.

Ces enfants de la Shoah, ils sont inscrits dans nos âmes, à tout jamais. La souffrance d’un enfant, qu’il soit d’ici ou de là-bas, est une chose qui est insupportable, qui m’est insupportable et que je ne veux en aucun cas rendre supportable. Alors je continuerai de pleurer. Je le faisais dans l’intimité de ma conscience, je devrai donc l’assumer face à mes élèves. Curieuse situation. Vraiment. Vendredi matin, psychodrame en CM2, c’est inscrit dans les programmes!

Confier le drame d’un génocide à un enfant, lui en faire porter la souffrance ou la culpabilité. L’idée est surprenante, déroutante. Mais une autre question me vient alors, immédiatement. « Et le petit Rwandais, il n’y pas si longtemps…Vous vous souvenez? Qu’a-t-on fait de lui, de sa mémoire? Qui connaît son prénom? Celui de sa petite soeur? Du bébé à peine sevré? A quoi jouait-il lorsque les machettes lui ont tranché la tête? Et vous tous, les politiciens donneurs de leçons d’Histoire, à quoi étiez-vous occupés lorsque la maman de Bamgy se faisait violée sous ses yeux? »

Pourquoi avoir choisi un peuple plutôt qu’un autre? Ne sommes-nous pas tout autant responsables du drame de David comme de celui de Djumbé?

La loi du silence, sans doute, entretenue par des lois invisibles, par d’indicibles secrets.

Et les enfants serbes? Et tous les autres? Oui, tous les autres…

Enfin, Monsieur le Président, je terminerai par cette dernière question « Est-ce donc à l’école primaire, encore elle, de prendre en charge l’irresponsabilité des hommes politiques et de gérer la mauvaise conscience collective? »
 

Vraiment, je m’étonne. Enfin, non, à vrai dire, je ne suis plus étonnée.

Une fois encore, l’école va faire ce que les adultes ne savent plus faire, ou ne veulent plus. C’est tellement plus simple comme ça. On a coché la sale case. On a classé l’innommable dossier. On a donné procuration à l’école pour nous débarrasser d’un malaise insurmontable, d’un monstre monstrueusement laid. Mais l’école, Monsieur le Président, elle en crève de la douleur du monde!

Confier à nos enfants ce que l’humanité a produit de plus nauséabond, je ne trouve pas cela très honnête ni pour nos enfants, ni pour nos élèves, ni pour Samuel ni pour Zawan.

Voilà, ce n’est que la parole d’une instit’. Et vous êtes le Président.

Mais si les mots d’une enseignante ne pèsent pas lourd, écoutez ceux d’une ancienne déportée, d’une femme qui n’était alors qu’une toute jeune fille au doux prénom de Simone.

« C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste, tranche l’ancien ministre, déportée à 16 ans et demi à Auschwitz. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école. » Simone Veil

Merci Madame, merci Simone.

Je vous invite également à partager, sur cette question, les réflexions et analyses d’Hugo Billard, professeur d’Histoire Géographie à Meaux. ( Voir son site. ) « Le jardin des retours »

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caméra cachée

31 01 2008

Allez, je vous fais cadeau de quelques indiscrétions glanées, ça et là entre l’ascenseur de la maison, la grille du jardin, le trottoir de l’école, et la salle des profs…Oui, oui, je vous ai suivis…du Nord au Sud et d’Est en Ouest!

CAMERA CACHÉE

ENTRE MAISON ET SALLE DES PROFS…

Toute ressemblance avec des situations potentiellement vécues n’est pas le fruit du hasard, veuillez m’en excuser !

- Bon, la sempiternelle réunion de début d’année, cette fois, je sèche. De toutes façons, je connais le programme par cœur.

- Ca y est, ce soir, c’est mon grand rendez-vous de rentrée avec les parents, combien seront présents ? Et jusqu’à quelle heure vont-ils me tenir ?

- C’est incroyable, l’instit de CP utilise une méthode de lecture* semi-globale!

- Dis, tu l’as eu Pedro en CE2 ? On m’a dit que sa mère n’arrête pas de discuter les énoncés de mathématiques !

- Je ne comprends pas, je croyais que les devoirs à la maison étaient interdits et Marine, en CMI travaille une heure tous les soirs.

- Je dois annuler ma sortie au musée, je n’ai pas de assez de parents accompagnateurs.

- La nouvelle grammaire, en CE1, un vrai casse-tête ; moi, je lui apprends ma bonne vieille méthode.

- La maman de Maya vient tous les jours à la sortie alors qu’elle n’a pas le droit de garde, c’est navrant, mais légalement, je ne peux la laisser s’approcher de sa fille.

- Le maître de Walid se fait tutoyer, comment veux-tu qu’il se fasse respecter par ses élèves ?

- Julian est tous les matins en retard de dix minutes, quels parents irresponsables !

- La dernière leçon d’histoire, une vraie tribune politique, c’est lamentable !

- Le père de Moujid me dit raciste car j’ai puni son fils. Il a écrit au directeur.

- La maîtresse veut faire redoubler mon fils, pas question ! De toutes façons, elle ne l’a jamais aimé et je vais le changer d’école.

- Le père de Léa a fait signer une pétition contre mes méthodes pédagogiques, je suis effondrée.

- Madame Bernard est encore malade… trois fois depuis le début d’année. C’est insupportable l’absentéisme des profs !

- Yohan n’a jamais ses affaires de sport le mardi. Je dois le laisser regarder ses camarades sans participer ! Quel dommage !

- La nouvelle maîtresse est si jeune… Va-t-elle être capable de gérer une petite section de maternelle ?

- Les Vincent sont encore partis en vacances anticipées, pas question de donner le travail à rattraper.

- Pourquoi est-ce que les enseignants n’organisent pas des groupes de soutien, c’est leur travail de mettre les élèves à niveau !

- Les contrôles de Victoria ne sont jamais signés par ses parents…Qu’ils ne s’étonnent pas des conséquences !

- Les divisions à deux chiffres, c’est au programme et ma fille ne sait toujours pas ses tables ! La classe est vraiment en retard !

- Camilia est encore arrivée en classe avec des bleus sur le ventre, je ne sais pas quoi faire.

- L’orthographe, une calamité, je fais des dictées tous les soirs à ma fille.

- Malika est toujours absente, sans mot d’excuses, je me demande si il n’y a pas un souci familial ou de santé.

- De toutes façons, je vais prendre rendez-vous avec la directrice car le maître de grande section n’a pas voulu me recevoir cinq minutes ce matin au pied levé.

J’ai fait signer un règlement en début d’année, à se demander si les parents de Baptiste l’ont lu.

- Je n’ose pas prendre rendez-vous avec la maîtresse, elle est, paraît-il extrêmement sévère.

- J’ai suggéré aux parents de Chloé de rencontrer une orthophoniste*, mais pour eux c’est ma responsabilité d’apprendre à compter à leur fille.

- Mon fils est rentré de l’école avec le nez cassé, je vais porter plainte !

-Céline a encore souillé sa culotte à la sieste, je ne peux tout de même pas changer les élèves, chanter des comptines, découper des cartes de fêtes des mères et lacer les 31 paires de chaussures !

- Monsieur Dubreuil ne note « pas assez sec », les résultats de Julien sont trop bons, ce n’est pas normal!

- Simon a de véritables problèmes de comportement. Depuis deux ans nous en discutons avec ses parents, mais à leurs yeux, nous ne savons pas nous y prendre avec lui et manquons de fermeté.

- Le maître nous propose un rendez-vous à 16h30. On travaille, nous. On n’a pas des horaires de fonctionnaires……………………….  »

Vous riez ?

Nous sourions ?

Vous pleurez ?

Nous nous lamentons ?

Vous vous sentez visés ?

Nous nous reconnaissons ?

J’en suis fort aise. Le but est atteint. C’est le début d’une prise de conscience véritablement honteuse mais tellement nécessaire!

Oui, nous en sommes tous réduits à ces navrantes joutes verbales. Oui, un jour ou l’autre, nous avons pensé tout haut ces choses là. Oui, la dureté des mots peut être douloureuse. Pour ma part, je pressens, dans cette apparente discorde, le signe d’un puissant désir de communiquer à ce jour maladroit car ponctué de répliques certes légitimes mais souvent erronées.

De ce dialogue de sourds inefficace et indigne de nos aspirations, doit émerger un échange pour le moins respectueux s’il n’est pas consensuel, pour le moins constructif s’il n’est pas immédiat.

Ayons ce courage de débattre sans tabou mais dans un langage commun et laissons à la rue la pensée unique et les polémiques infructueuses. Transformons ce cahier de doléances en un cahier des charges réaliste pour un projet d’École ambitieux.

Car nos (vos) enfants le valent bien !

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