Question de JUIN

6 06 2008

« L’adulte est un enfant raté. »

Impertinent?

Lucide?

Libre?

MAIS QUI DONC A DIT CELA?




Lectures de vacances

6 05 2008

Trois livres. Trois auteurs. Trois rencontres.

Trois lectures complémentaires car l’école est un espace pluriel qui se trouve à la croisée de bien des chemins!

Trois angles de vues différents. Un maître de conférence. Une psychologue clinicienne et psychothérapeute. Un sociologue et docteur en économie.

1/ Gérard  De vecchi: École: sens commun…ou bon sens? Éditions Delagrave. Lire le sommaire.

J’ai aimé:

p60:  » Qu’est-ce qui a baissé et qu’est-ce qui n’a pas baissé? Est-ce le niveau des élèves qui a changé…ou plutôt le rapport qu’entretient l’École avec la société?

Aujourd’hui l’augmentation des peurs et des frustrations débouche sur une forte demande d’exigences. Cela se comprend aisément mais n’autorise personne à affirmer n’importe quoi. N’oublions pas que ce ne sont pas les individus ou les associations criant le plus fort qui possèdent la vérité! »

p 281: « L’École est-elle faite pour l’administration et les enseignants…ou pour les élèves? Et comment se fait-il qu’elle ait pu ignorer à ce point les bases élémentaires de la psychologie? »

2/ Anne Charley-DebrayLa Psychologie de l’enfant Éditions Le Cavalier Bleu

J’ai aimé:

p10: Les journaux nous disent qu’il faut respecter nos chers bambins afin de préserver leur bonté naturelle, mais dans le même temps, certains affirment que si l’on ne sévit pas, nous allons en faire des pervers.

On apprend soudainement que tous les enfants seraient devenus hyperactifs-ce qui est statistiquement impossible! de même, les classes déborderaient de surdoués… »

p123:Les mutations de la société nous laissent à penser que l’enfant aussi a changé. Si on l’observe dans une perspective neuropsychologique, il n’en est rien. Certes il doit s’adapter aux mutations nouvelles de la famille et à un rythme de vie qui ne cesse de s’accélérer. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi? »

3/ Éric Maurin: Le ghetto français, Enquête sur le séparatisme social Éditions Le Seuil

J’ai aimé:

p 25: « Plus encore que la ségrégation, c’est extraordinaire sélectivité de la mobilité résidentielle qui révèle le mieux l’anxiété des familles et l’importance quasi existentielle du lieu d’habitation.(…)La lenteur des évolutions du paysage urbain s’explique paradoxalement par l’implacable propension avec laquelle chacun, à chacune de ses mobilités, fuit ceux qui se situent immédiatement au-dessous de lui dans l’échelle supposée des réalisations, et cherchent la proximité rassurante de ceux immédiatement au-dessus. »

p 87: « Il n’y a là aucune fatalité.(…) Il est tout à fait possible d’évoluer vers une société où les trajectoires se définissent de façon moins irréversible à chaque étape de la scolarité et de la vie, une société où les échecs de chacun ne soient pas autant d’atteintes destructrices à l’estime de soi. Il est tout à fait possible d’évoluer vers une société plus fluide. Cela suppose des passerelles plus nombreuses et bien plus étroites, des allers et retours plus fréquents et naturels (…) Alors seulement, les familles pourront entretenir un rapport un peu moins anxieux à l’avenir, à la scolarité de leurs enfants et au territoire qui cristallise et révèle l’étendue des blocages. »

Bon, c’est vrai, la Normandie sous la pluie…ça incite à la lecture!

Voilà demain, après 2 semaines, je retrouve ma classe et mes élèves pour la dernière ligne droite. Dernière ligne toujours émouvante. Le dernier chapitre d’une histoire vécue à plusieurs, dans le rire et les larmes…

A vous!

Bloguez-nous vos dernières aventures livresques!




ETRE un enfant. AVOIR 12 ans.

5 05 2008

  Lettre d’un enfant de 12 ans à ses parents

« Chers parents,

Ne m’éduquez pas comme vos parents vous ont éduqués, car je suis différent de ce que vous étiez à l’époque.

Vous pouvez m’aider en réalisant que vous devez devenir mes parents. Qui ne m’ont pas seulement conçu, mais qui m’incluent dans leur vie en tant que partenaire… C’est cela mon désir, le même que j’éprouvais à vous rejoindre, bien longtemps avant que je sois né. J’étais alors guidé par la confiance ; maintenant, j’ai besoin de votre loyaute !

J’aimerais apprendre comment un homme peut aider un autre et ce que l’un signifie pour l’autre. Car je pressens maintenant quelle peut être la solitude de l’homme. J’aimerais apprendre comment les hommes peuvent vivre ensemble malgré leurs différences.

Je devine le côté visible de mon corps ; celui qu’on peut toucher et décrire cache une autre face de moi-même que j’aimerais percevoir.

J’espère que vous apprendrez à me parler de là où l’homme invisible a son origine et où brille son étoile.

J’exprime mes questions de manière bien imparfaite. J’éprouve de l’incertitude en essayant d’expliquer ce que je sens au fond de moi-même.

J’aimerais apprendre à vivre avec ce que vous appelez conflits, à les connaître sans éprouver de peur, je ne suis pas toujours à la recherche de réponses à mes questions, mais plutôt de l’intérêt que vous leur portez. Bien souvent vous répondez n’importe comment pour avoir la paix.

Écoutez-moi attentivement car ma question en cache une seconde. Il vous faut beaucoup de temps pour moi.

Les principes ne m’intéressent pas. Je pense qu’ils proviennent de l’inertie de l’habitude. Mais j’aimerais savoir comment l’on peut faire la même chose demain autrement qu’aujourd’hui, tout en gardant son identité. Vos vérités sont mes possibilités. Tout pourrait être différent et parfois je me pose la question de savoir si ce monde est mon monde et si vous êtes mes vrais parents. Donnez-moi la possibilité de me trouver en apprenant à pardonner et ne cessez pas de participer à ma recherche de ce qui est vraiment juste.

La tolérance dépourvue d’intérêt est une lâcheté. Ne vous faites pas une image de moi, mais ayez confiance en moi, comme j’ai eu confiance en vous. »

Quand je lis cela, j’ai 12 ans moi aussi…

Quand je lis cela, je mesure la formidable liberté de la jeunesse et je réalise pleinement sa nécessaire insolence.

ETRE un enfant et AVOIR 12 ans, ou 2, ou 6, ou 16, ce n’est pas juste être le fils et la fille de ses parents, ou le bon et mauvaise élève de son prof…




Expression écrite et histoire vraie

25 03 2008

                   MON PERE                                

Mon père est voyageur intersidéral

Mon père est astronaute

Mon père est savant international

Mon père est espion secret

Mon père est navigateur 

Ma mère a peur

Je la connais La vérité

Mon père est mort   

                            Sylvain ( 9ans )

 

Avant l’écrit, il a fallu gérer l’expression orale.

Avant l’oral, il a fallu gérer le silence.

 

Une année particulière, comme toutes les années.

Un enfant particulier, comme bien des enfants.

 

Un élève comme aucun autre. 

Mais chaque élève a son histoire. Et chaque histoire est unique.

 




Les majuscules, une histoire personnelle.

11 03 2008

mathis a dix ans. une écriture rythmée par les pulsations de ses poings. ses mots guillotinés n’adhèrent pas à la page. le regard bas pour cacher des yeux trop vifs. assis dans un coin. élève récalcitrant, enfant désemparé.

Contrôle de copie. lettres électriques entrecoupées de tâches d’encre. mathis n’aime pas les majuscules. les belles anglaises ne sont pas pour lui et les bâtons lui font peur.

le texte est illisible pas de ponctuation aucun sens même sans produire  mathis est incapable de reproduire

Et puis un soir, merci monsieur Pennac, je lis votre chagrin d’école. Je pleure et je ris. Merci pennachionni!

Le lendemain: « Mathis au tableau ».

Sa voisine lui dicte une phrase (vous savez une suite de mots ayant un sens, qui commence par une majuscule et qui finit par un point.)

Sur l’estrade, le rythme mal cadencé de Mathis égratigne le joli tableau blanc.

« Maîtresse, y la oublié la majuscule!

Et le poing final aussi!

C’est vrai Mathis, regarde. Mais tu sais, je vais te dire quelque chose. Hier soir je lisais un beau livre. Un livre qui parlait de toi. »

Rire dans la classe. Haussements d’épaules. Regards incrédules.

« Tu vois, il existe un Monsieur très connu aujourd’hui. Il écrit des romans, des livres pour adultes et pour enfants. Tu te souviens L’oeil du loup?

Et bien vois-tu, ce Monsieur, il s’appelle Pennac, avec un P majuscule. Mais quand il était petit, il était comme toi. Jamais de majuscule. Il n’était qu’un pennachionni minuscule. Tout en minuscules.

Alors, Mathis, tu peux bien avoir zéro en contrôle de dictée ou de copie, dis-toi que cela ne t’empêche pas d’être Mathis, d’être quelqu’un avec un nom aussi propre que le meilleur des élèves. Et puis, qui sait, toi aussi tu écriras peut-être tes chagrins d’école! »

Que vous le croyiez ou non, depuis ce jour Mathis n’a plus jamais oublié d’habiller son prénom et son nom d’une jolie majuscule. A l’anglaise s’il vous plaît!

La notation ne prend en compte que l’adéquation immédiate d’une réponse à une question relative à une norme fixée par la règle. Cette notation ne doit pas exclure l’évaluation qui, elle, intègre dans son statut, le processus d’apprentissage, voire de résistance à l’apprentissage. Une toute autre affaire!

Des « garçons manqués » qui ne connaissent pas le féminin, des jumeaux séparés qui n’intègrent pas le pluriel, des enfants uniques qui mettent des « s » partout….oui oui, ça existe!

L’ORTHOGRAPHE, plus qu’un ensemble de règles, l’orthographe, l’expression de soi, du plus profond de soi.




Edito spécial cancres! Bons élèves, s’abstenir…

22 02 2008

Cancres d’un jour, ou cancres de toujours, cancres à la Prévert ) ou cancres à la ( Pennac )Alain Sotto, psychopédagogue et Varinia Oberto, écrivain, ont concocté un espace spécial cancres, où il fait bon vivre. Si, si, ça existe! Et je souhaitais le partager avec vous!

Oui, partager la connaissance, mettre en commun les bonnes volontés, élaborer une chaîne de complémentarité, faire émerger un nouvel esprit de convivialité, rassembler les compétences de chacun pour les mettre au service de la question éducative. Tels sont les objectifs de ce site. Telle est l’ambition de BLOG BLEU PRIMAIRE

Si vous désirez plus d’infos, aujourd’hui ou demain, vous pourrez toujours avoir recours à ma « blogoliste ». Vous y retrouverez entre autres, Cancres.com, un site, truffé de réponses pratiques et de renseignements fort utiles!

En voilà un petit aperçu…

articles




Sociologie du cartable…

18 02 2008

Montre-moi ton cartable…je te dirai qui tu es.

Dans mon cartable, il y a…

Des cahiers bien couverts, des livres assortis

Une odeur de parfum, un agenda et trois grigris.

Dans ton cartable il y a…

Des billes multicolores, des osselets, des timbres écornés

Deux trois feuilles griffonnées et un dessin tout chiffonné.

Dans son cartable, il y a…

Un vieux reste de goûter,un tube de colle plein de larmes séchées.

Des cris, des pleurs, et des miettes de photos éparpillées.

Dans leurs cartables, il y a…

Des notes à effacer, des leçons par dizaines

Un cahier de texte raturé et des devoirs plein la semaine.

Et dans votre cartable?

Avez-vous regardé?

Qu’avez-vous à y cacher?

Votre vie dans votre cartable.

Leur vie dans leur cartable.

Du cartable aux devoirs à la maison, il n’y a qu’un clic. Pour un éclairage d’un autre genre, je vous invite très volontiers, sur le site de Philippe Meirieu, à lire l’article de Sylvain Grandserre, maître d’école en Seine-Maritime. ( Lire l’article.)

Voilà donc ma chronique du jour, pour tous bien entendu, mais en particulier pour Clématite Montana, qui m’interrogeait la semaine dernière sur le sujet.

Des réponses toutes faites, je n’en ai pas, des pistes de réflexion, je peux en proposer. C’est ce à quoi Sylvain Grandserre, en charge, en milieu rural, d’une classe de CM1/CM2 nous invite à réfléchir. Un sujet qui touche chacun. Un sujet difficile. Un sujet qui demande beaucoup d’empathie et d’humilité. Un sujet qui m’interpelle chaque jour.




Bon élève, mauvais élève.

15 02 2008

Une sale note en maths pour Sara?

Une leçon d’orthographe mal digérée par Félix?

Un cours d’histoire à rattraper avec Jules?

Un bug en techno pour Élisabeth?

Un rhume en Gym pour Violette?

Tout cela n’est vraiment pas grave, non, vraiment pas.

Inutile de vous rendre malade ou de les asseoir sur le banc des accusés.

Un arrêt sur image, un retour en arrière, une petite mise au point et le train redémarre. Juste un petit arrêt en gare, sans trop de retard.

Sara, Félix, Jules, Élisabeth, Violette et d’autres comme eux, sont de sages petits apprenants. Ils s’entraînent à l’endurance. Une petite pause de temps à autre, pour reprendre leur souffle, regarder à droite et à gauche, observer le copain d’à côté, ou le paysage par la fenêtre…Tiens, l’avion là-bas, où s’envole-t-il?

Rien que de plus normal, vraiment.

Tout va bien, assurément.

Mais parfois, les difficultés s’enchaînent, les erreurs se répètent, et Léa ne peut plus avancer. Elle ne le peut plus car elle ne sait ni où elle est, ni où elle va. Revenir, en arrière? Impossible, les petits cailloux blancs ont disparu!

Perdue! Elle est juste perdue. Et le train est en panne, ou il a déraillé. Il faut descendre et marcher à pied. Courir ne sert à rien. Rester sur place est dangereux. Ne pas s’endormir, surtout. Ne pas rester seule. Trouver quelqu’un, vite!

Une boussole, voilà ce qu’il lui faut! Une carte balisée et un gros sac de bonbons colorés histoire de lui donner du baume au cœur, le temps de retrouver son chemin. Un peu de temps, ou quelque temps, cela dépend de l’équipement et de la dose de confiance qu’on a glissé dans son sac. Léa n’est pas bien loin, un peu de patience, elle arrive!

Des Léa, des Samuel, des Pauline, des Billy, si vous y prêtez attention, vous les apercevrez au détour d’un carrefour ou à la lisière d’un sentier. Donnez-leur la main, aidez-les à traverser. S’il vous plaît.

Et puis il y a Paolo. Ah! Paolo et ses petits yeux cernés. Paolo et ses poings serrés. Paolo qui a oublié comment on sourit. Paolo qui voudrait dire oui mais qui dit non. Paolo qui voudrait pleurer mais qui se met à hurler. Paolo n’est pas heureux. L’école, c’est moche. La maîtresse, elle est moche, les zautzenfants, y sont moches.

Paolo, les notes, il s’en fiche pas mal! En fait, non, les notes il les détestent. Elles lui disent chaque jour « t’es bête, t’es bête, t’es bête ». Alors, il tente une chose incroyable Paolo, il va les attaquer ces notes, leur casser la tête, les anéantir, les faire disparaître, les faire taire, une bonne fois pour toute.

Calcul 3,5

Dictée 2,75

Géographie 0

Voilà, zéro!  Il a gagné par KO

Je les ai eues!

Et Malika, je pourrais aussi vous parler de Malika et de ses cahiers chiffonnés; et de Victor qui n’a plus de bouton à son manteau, et de Filipa et de Marie, et de Phyléas, et de Volga et de Sébastien, et de Bertrand, et de Juliette, et de Sabine, et de Mélanie, et de Cristofo, et de Marie-jeanne, et de ………….Oui, mes chers élèves, vos chers enfants.Oui, les malins, les paumés, les désaxés, les bienheureux, les rapides, les curieux, les batailleurs, les innombrables, les seuls au monde, les meilleurs de la classe, les plus forts de tous, les t’vas voir ta g….e à la récrée, les silencieux, les transparents, les pitres, les absents…

Les bons et les mauvais élèves, il y en aura toujours.

Des bons et des mauvais enfants, je n’en ai jamais croisé.

Et vous?

Je vous laisse découvrir un pays pas comme les autres, un pays réservé aux rêveurs, aux rebelles, aux cosmonautes, ( voir le site. )

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