Plaidoyer pour le désir d’apprendre à l’école

3 03 2014

Le désir? Et pourquoi pas la plaisir pendant qu’on y est!

Le désir…Non, Mathieu n’y pense même plus, en fait, il ne sait plus ce que cela signifie, oublié le désir, rayé de la carte, tout comme le plaisir d’ailleurs… Du haut de ses neuf ans, il a su écouter les conseils prodigués:

« Des capacités certaines, mais élève peu scolaire. »

« Devrait écouter davantage et poser moins de questions. »

« Manque de maturité, se comporte  en enfant. »…

Et bien voilà, le voici le terrible malentendu! Nous demandons à nos enfants  d’être vieux avant d’avoir été jeunes! Et sur ce schéma de pensée nous calquons tout le reste : nous leur imposons de connaître sans leur laisser le temps de s’emparer de l’inconnu, de répondre sans qu’ils aient eu à questionner, d’être compétents sans leur permettre d’expérimenter, de se montrer curieux du savoir qu’on leur enseigne sans jamais inviter dans nos classes le plaisir, l’étonnement, l’émerveillement, le rêve, la passion, le désir. Bien sûr le désir! Et pas uniquement le nôtre! Ne confondons pas notre désir de transmettre avec leur désir d’apprendre; ces deux désirs là, s’ils sont l’un et l’autre indispensables et complémentaires n’en sont pas pour autant superposables. De cela, nous devons être avertis. Mon bonheur et mon désir d’enseigner, aussi vifs et précieux soient-ils ne doivent jamais passer avant le désir d’apprendre de mes élèves.

Questionner le monde avec impertinence

Oui le désir, bien sûr le désir…celui sans lequel rien n’est possible; celui qui permet à mon élève d’oser l’improbable et de se surpasser, qui l’autorise à questionner le monde avec impertinence sans peur des réponses incongrues, qui le pousse à s’y aventurer en dépit des obstacles et des erreurs; celui qui ouvre à l’infini les limites de la créativité et invite à donner de soi sans stratégie de résultat, pour le seul plaisir de se sentir, au cœur et au contact du monde qui l’entoure, pleinement et intégralement en vie avec, chevillé au corps, ce besoin vital et bouillonnant de ressentir et d’éprouver que chaque cellule qui constitue son être est en éveil perpétuel, que rien n’est jamais donné ni acquis pour toujours sous une forme figée. Car c’est bien tout cela apprendre, oser se frotter à l’ordre établi afin d’expérimenter par soi-même un nouveau rapport au monde. La relation au savoir ne peut se penser ni se construire sans rapport au monde, un rapport forcément original, à nul autre semblable, à l’image de la singularité de chaque être humain. On entrevoit bien ici les limites du seul envoyer-recevoir dans l’acte pédagogique. De cela aussi il conviendrait d’être averti: l’enseignant n’apprend rien à ses élèves. Non, je le sais aujourd’hui, je n’apprends rien à mes élèves, mon rôle est ailleurs.  Lire la suite »




Tutorant-tutoré (2)

3 10 2010

Le nouveau dispositif d’accompagnement des néo-profs est donc entré en vigueur depuis le début de l’année scolaire et ce n’est que cette semaine (mieux vaut tard que jamais…) que j’ai découvert le visage de Mademoiselle S, nommée en CM2 dans un établissement proche de mon domicile, détail qui a son importance, la proximité géographique facilitant grandement les possibilités de rencontres et d’échanges. Contrairement à ce que j’écrivais dans mon premier billet Tutorant-tutoré (1), cette jeune enseignante n’est pas une débutante et ne partage pas non plus mon niveau de classe. Mais est-ce si important au fond?

Certains nouveaux enseignants, mais ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité d’entre eux,  ont eu un parcours professionnel, ou des expériences antérieures dans des milieux éducatifs variés qui leur permettent de se confronter à la réalité du terrain avec plus de distance et de sérénité qu’un lauréat du concours sans expérience aucune de la classe. C’est le cas par exemple des anciens suppléants qui ont cette année obtenu le concours. Mademeoiselle S en fait parti.

Pour cette première rencontre, dont le rendez-vous a été très facilement fixé en deux échanges de mails, Mademoiselle S m’a invitée à la rejoindre dans sa classe, en tout début de matinée, alors qu’elle était déchargée de cours. Un moment paisible, une parenthèse d’une heure et demi dans la vie de deux enseignantes qui ne se connaissaient pas et que le hasard d’un dispositif naissant aura rapproché. Pas d’élèves, pas d’enjeu de validation, juste l’occasion de faire connaissance et d’entrevoir ensemble quel sens donner cette année à notre binôme.

Une heure et demi pour quoi faire?

  1. Pour se présenter réciproquement et s’apercevoir des nombreux points communs entre nos deux entrées dans le métier
  2. Pour effectuer un premier retour sur la rentrée
  3. Pour mesurer les écarts et les points de convergence entre enseigner en maternelle et enseigner  en CM2
  4. Pour échanger autour de l’accueil de l’équipe
  5. Pour évoquer des questions relatives à la gestion de la classe et l’autonomie des élèves
  6. Pour exprimer des besoins en terme de ressources complémentaires

Finalement, l’heure et demi aura passé très vite et nous nous quittons furtivement avant la réapparition du groupe d’enfants. Prochain rendez-vous dans 15 jours pour une observation en situation face à la classe. D’ici là, nous avons convenu d’échanger par mail ou téléphone en cas d’urgence pédagogique!

La suite de cette chronique d’ici à deux semaines…

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Tutorant-tutoré (1)

16 09 2010

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »…

Voilà qui devrait nous relier.

Voilà 3 jours, dans le cadre du nouveau dispositif de formation des enseignants, j’ai été missionnée tutrice pour accompagner une professeur-stagiaire qui entre dans le métier sans formation professionnelle. Lauréate du concours, elle se retrouve en poste face aux élèves pour la première fois. Elle va donc apprendre son métier sur le tas et je serai en charge de la suivre tout au long de l’année. Ce mode de « compagnonnage » étant la résultante de la réforme nouvellement mise en vigueur, je vais, tout autant qu’elle, expérimenter une nouvelle approche du métier; nous sommes donc, elle et moi, dans le même bateau. Elle, ses élèves et moi liés pour le meilleur et pour le pire le temps d’une année scolaire.

Contrairement à elle, et contrairement à de nombreux collègues ici et là qui se retrouvent tuteurs du jour au lendemain, j’ai suivi, sur deux ans, une formation aux côtés d’autres maîtres d’accueil; deux années de préparation à l’accompagnement et au tutorat. Deux années à imaginer, questionner, anticiper, formaliser. Aujourd’hui, c’est différent, aujourd’hui, c’est réel. Ce n’est pas une étudiante-stagiaire qui viendra dans ma classe, comme j’en avais l’habitude auparavant; là, c’est moi qui irai  « chez elle », chaque jeudi matin pour l’observer avec ses élèves et tenter, par le biais d’entretiens d’explicitation, de l’amener à se forger une identité professionnelle, son identité professionnelle.

La réalité du terrain va ainsi nous propulser dans une relation qu’il va falloir construire au jour le jour, prendre en charge au quotidien. Cela ne va pas être simple; nous n’exerçons pas dans le même établissement…et oui, c’eut été trop facile…cela étant dit, le métier d’enseignant  est jalonné de ces fameux inattendus, impondérables impédimentas qui façonnent nos journées. Nous y sommes donc et c’est par cette voie que j’entame ma nouvelle fonction.

Je ne sais pas grand chose d’elle. Je sais qu’elle partage le même niveau d’enseignement que le mien, à savoir une classe de CM1. Je ne sais pas grand chose de ses expériences passées, de son parcours personnel, de ses motivations, de ses besoins. C’est à partir de ce « pas grand chose » que nous allons construire ensemble un chemin professionnel.

Comment vais-je m’y prendre?

Comment vais-je mettre en place un dispositif qui réponde à ses attentes?

Dans quelle disposition d’esprit est-elle?

Comment s’est passé l’accueil dans son équipe?

Y a-t-il eu un accueil?

Et puis, qu’est-ce que c’est en définitive, l’accueil?

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »… Du moins, pas sous cette forme. Au point où nous en sommes, deux axes me semblent prioritaires pour entamer cette nouvelle relation:

1/ Trouver des points de convergence:

  • pour réduire la distance émotionnelle
  • pour établir un contact authentique
  • pour ouvrir un questionnement commun
  • pour entrer dans une posture de co-construction

Je ne suis pas l’experte venue d’en haut, je suis une collègue, certes expérimentée, mais qui pour autant, continue également toujours et encore d’apprendre de ses élèves et de ses pairs. C’est important de le dire et de se le redire.

2/ Établir un premier contact hors institution

  • pour signifier mon existence et me présenter à elle
  • pour  permettre une approche à la fois directe et progressive
  • pour initier  la relation à venir
  • pour fixer ensemble le cadre, le lieu et l’horaire de la première rencontre

Je ne suis pas là uniquement parce qu’on me l’a demandé, je suis là car c’est un choix personnel motivé des ressorts personnels et professionnels. Être l’initiatrice de notre relation symbolise à mon sens ce projet commun que nous allons partager.

Voilà, à suivre et à poursuivre dans une prochaine chronique…

Sur le même thème voir aussi:

  1. Etablissement formateur, késako?
  2. Maître associés à la formation
  3. Accompagner, aider, soutenir, servir

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Accompagner, aider, soutenir, servir…

1 07 2010

Dans le cadre de la mise en œuvre prochaine de la réforme des enseignants, nous serons amenés, dans nos établissements et en équipe à accompagner, accueillir, aider, soutenir, informer, conseiller nos jeunes collègues dans une logique de co-formation mutuelle et collective.

C’est une question de responsabilité collective et de solidarité professionnelle.

Pour cela il me semble indispensable de penser cet accompagnement comme un défi tout à la fois professionnel et humain, une occasion de nous fédérer les uns les autres autour d’un enjeu commun, celui de l’avenir de nos établissements scolaires et de leur développement futur.

Ce texte de Kierkegaard, philosophe danois, nous y invite avec prudence, avec pudeur, avec honnêteté, avec courage, de manière éthique et responsable.

 » Si je veux réussir à accompagner un être vers un but précis je dois le chercher là où il est et commencer là, justement là.

Celui qui ne sait pas faire cela se trompe lui-même quand il pense pouvoir aider les autres. Pour aider un être, je dois certainement comprendre plus que lui, mais d’abord comprendre ce qu’il comprend.

Si je n’y parviens pas, il ne sert à rien que je sois plus capable et plus savant que lui. Si je désire avant tout montrer ce que je sais, c’est parce que je suis orgueilleux et cherche à être admiré de l’autre plutôt que l’aider.

Tout soutien commence avec humilité devant celui que je veux accompagner; et c’est pourquoi je dois comprendre qu’aider n’est pas vouloir maîtriser mais vouloir servir. Si je n’y arrive pas, je ne puis aider l’autre. »

Soren KIERKEGAARD (1813-1855)

Dans l’actualité éducative lire également:

La lettre à un tuteur ou accompagnateur par André de Peretti et François Muller parue ce matin sur le site du Café pédagogique

Les 12 clefs du tutorat, par Jacques NIMIER sur son excellent site Pédagopsy


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Différenciation, mais encore…

4 12 2009
  • « Le premier des moyens (pour la prise en charge des élèves en difficulté) est la différenciation pédagogique dans la classe pendant les 24 heures d’enseignement dues à tous les élèves. » Circulaire « aménagement du temps scolaire »BO du 19/06/08
  • « La différenciation, c’est un effort de diversification méthodologique susceptible de répondre à la diversité des élèves ». Louis Legrand
  • « Il n’y a pas de méthode unique, il doit y avoir une variété de réponses au moins égale à la variété des attentes. » André de Peretti
  • «Différencier, c’est rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous; c’est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs didactiques qui placent régulièrement chacun dans une situation optimale. La pédagogie différenciée pose le problème d’amener les élèves non pas à un point déterminé (comme nous le faisons en fonction de nos programmes actuels) mais chacun à son plus haut niveau de compétence.» Philippe Perrenoud
  • « C’est une philosophie de l’élève comme sujet, une pédagogie de l’autonomie comme capacité de piloter soit même progressivement ses propres apprentissages, une conception de rapport sociaux comme devant être à la fois reconnaissance de la diversité et recherche de solidarité». Philippe Meirieu

Petite synthèse bleu primaire

Etant donné que…

  1. le modèle d’intelligence unique et universel n’existe pas,
  2. l’intelligence ne peut en aucun cas se confondre avec une somme de connaissances,
  3. nos classes sont le reflet de cette hétérogénéité naturelle
  4. le développement des compétences semble désormais reconnues légalement comme essentiel dans le processus d’apprentissage,
  5. l’objectif de l’école obligatoire telle qu’elle existe aujourd’hui reste pourtant de fournir un programme unique, national et commun à chacune des tranches d’âge…

alors l’enseignant avisé n’a bien qu’une seule possibilité d’action s’il veut faire face à ces contradictions…

la diversification et la différentiation...

Une fois qu’on a dit cela, qu’on pense cela, que l’on croit à cela, la tâche reste pourtant ardue. Quand on veut on peut?

Je ne sais pas…parfois oui, parfois non…L’important étant sans doute le plus souvent possible de faire coïncider valeurs personnelles et éthique professionnelle en lien étroit avec le respect de ce qu’est UN enfant…

CET enfant là, à ce moment là.

Pas plus qu’un autre je n’ai de recette, pas mieux qu’un autre je ne fais face aux difficultés de gestion de groupe. Ce que je sais c’est que seuls une solide formation initiale et continue, de réguliers apports théoriques eux-même questionnés par des échanges de praticiens  en poste fournissent à l’enseignant novice ou déjà chevronné un accompagnement qui lui permet de ne pas complètement lâcher prise…

Alors, soit dit en passant…et en guise de mise en débat…deux ou trois questions en relation avec la réforme annoncée de la formation des maîtres…

Comment les enseignants de demain, formés en Master universitaire  mono (ou bi)-disciplinaire vont-ils être en mesure d’affronter cette complexité due à la réalité du terrain?

La pédagogie, la psychologie, la sociologie, la formation professionnelle ne sont-elles donc plus l’affaire de l’enseignement?

Et comble de la situation, on apprendrait donc à nos élèves qu’à l’école il faut apprendre pour réussir tout assumant ce drôle de paradoxe que le métier d’enseignant, lui, ne s’apprendrait pas et qu’il semblerait donc inutile pour ce même enseignant d’apprendre à apprendre?!

Bizarrerie du système, vous ne trouvez pas…




Etablissement formateur…késako?

24 11 2009

Qu’est-ce qu’un établissement formateur ou une organisation apprenante? Un petit tour d’horizon en quelques citations.

« …les élèves apprennent mieux si l’enseignant lui-même est en démarche d’apprentissage et de recherche , si l’établissement est un établissement apprenant »
André Blandin, interview pour Projecture

« …tout, dans un établissement, est formateur. Absolument tout : de la manière dont les élèves sont accueillis le matin à la porte jusqu’à la façon dont est organisé le self, en passant, bien sûr, par le règlement intérieur, le rapport avec les personnels de service, l’accueil des parents, les relations avec l’environnement, etc. L’éducation des élèves ne se réduit pas à la juxtaposition d’enseignements : elle se construit dans un établissement où le moindre geste fait sens, où l’ensemble de ce qui se fait est mis en cohérence, ressaisi dans un projet (…) C’est là où se jouent, à la fois, le sort de chaque élève et notre destinée commune. » Philippe Meirieu, postface à Diriger autrement un établissement scolaire

« L’établissement formateur met constamment tout en œuvre pour que tous ses collaborateurs puissent bénéficier d’une facilitation de l’émergence, de la reconnaissance et de la valorisation de leurs compétences et d’une facilitation du développement et de l’accroissement de celles-ci. » Odile Brouet

« l’organisation du travail doit être une ressource pour développer le pouvoir d’agir de ceux qui sont en première ligne »
Yves Clot, CNAM

Les organisations apprenantes … sont des « organisations à l’intérieur desquelles les divers acteurs élargissent continuellement leur compétence à produire les effets qu’ils souhaitent » Monica Gather Thurler

« une organisation apprenante est un système d’action, de conduite de l’action et d’apprentissage collectif, qui apprend en permanence, capitalise ses connaissances, ses savoir-faire et ses compétences pour les transmettre et se transformer volontairement pour atteindre ses objectifs, en fonction des évolutions de son environnement, de ses ressources, de la culture et des représentations des groupes d’acteurs » Alain Bouvier

Merci à Nicole Priou pour ces interventions à la fois riches et porteuses de projets à bâtir…

Et pour terminer 7 verbes qui interrogent nos structures actuelles

accueillir

informer

accompagner

observer

conseiller

former

évaluer


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Maîtres Associés à la Formation (M.A.F.)

22 11 2009

Je vous avais promis un petit bilan synthèse de ma semainede formation. Formationinitiée l’an dernier sous l’appellation de Maître d’Accueil en charge de l’accompagnement des stagiaires et redimensionnée cette année dans la perspective de la nouvelle réforme de la formation des enseignants. Nous voilà donc, mes collègues de stage et moi-même missionnés en tant que futurs Maîtres Associés à la Formation.

De quoi s’agit-il exactement?

Les IUFM disparaissent…Les étudiants, lauréats d’un Master 2 se verront automatiquement attribués un poste à l’année dans nos écoles, sans autre forme de formation que celle reçu à l’université. Beaucoup de savoir savant…mais quelles compétences opérationnelles? Charge donc à l‘établissement d’accueil et à l’équipe en place de recevoir, accompagner et former ces nouveaux enseignants. Une fois la polémique (essentielle et vitale) dépassée nous voilà donc face à un défi majeur dont il va bien falloir se saisir. Rester sur le bord du chemin ne ferait qu’accentuer les difficultés de chacun à commencer par celles de nos élèves!

L’objectif général de ce  stage consiste donc à réfléchir à cette nouvelle donne en appréhendant le concept d’établissement formateur appelé également organisation apprenante. De nombreuses questions se posent et s’imposent d’elles-même à la fois en terme d’organisation et de management.

  • Quelles répercussions sur nos structures?
  • Quels impacts sur le type de gouvernance?
  • Quels enjeux pour les équipes en place?
  • Quels besoins de formation en intra?
  • Quelles personnes ressources sur place?
  • Quels outils d’accompagnement construire?

Bref, comment mettre en œuvre la professionnalisation de nos collègues à venir et comment les accompagner au mieux dans leurs nouvelles tâches?

Une de nos missions centrale consistera à l’observation en vue d’un tutorat constructif. Vaste chantier! Je passe sur les questions organisationnelles….  du type….Qui prendra en charge ma classe lorsque je serai aux côtés du néo-titulaire? et je vous propose ici une première ébauche de support d’observation de séance. Support permettant à la fois un repérage circonstancié de faits et la mise en place d’une approche réflexive de part et d’autre, accompagnant-accompagné, partant du principe de base qu’accompagner et guider ne doit aucunement se résumer à ce type de formulation… »Là tu as fait… moi j’aurais fait… »!

Voilà donc sous forme de carte heuristique une première organisation possible d’observation de séance. N’hésitez pas à me faire parvenir vos critiques et vos suggestions. Elles seront les bienvenues!

9 entrées pour une observation constructive

en vue d’un entretien d’accompagnement

Cliquer pour agrandir l’image

Observer et accompagner

Sur ce sujet, un groupe de réflexion vient d’ouvrir ses portes sur facebook

Rejoignez-nous, vous y êtes invités!

en 1 clic sur le nuage…




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Médiations éducatives 1

28 05 2009

Traiter la violence comme un symptôme plutôt qu’une cause,

sonder le fond du problème autant que colmater des brèches,

considérer les jeunes comme des révélateurs plutôt que des catalyseurs…

Trois principes essentiels qui permettraient d’entamer un travail en profondeur. Le vrai générateur de violence est ailleurs, au cœur et en amont de la société toute entière et du système scolaire en particulier. C’est avant tout ce système qu’il parait urgent de remettre à plat. Pour cela, il faut du courage et de la volonté politique, professionnelle, citoyenne. Le gouvernement seul n’y parviendra pas, les enseignants seuls n’y parviendront pas les familles seules n’y parviendront pas, la répression seule n’y parviendra pas…

Mais alors par où commencer?

Ayant beaucoup entendu parler du primaire, du lycée et de l’enseignement supérieur cette année, et si nous évoquions un peu le Collège ce matin…Voici quelques réflexions générales que je mettrais volontiers au cœur d’un projet de réforme si j’étais conviée à y réfléchir…

1/ Concevoir l’enseignement au Collège comme un acte pédagogique:

– Injecter de la pédagogie dans la formation initiale des enseignants

– Favoriser la polyvalence disciplinaire

– Renforcer la formation continue

Impact sur la violence?

Davantage de connexions entre les disciplines et de cohésion dans les apprentissages permettent de réduire l’écart entre le savoir et l’élève. En le rendant plus concret il devient plus accessible.  Si le savoir-savant est transformé en savoir mobilisable et disponible, la projection redevient possible, le sentiment d’exclusion intellectuelle et culturelle diminue, la colère diminue, la violence diminue.

Le savoir, médiateur éducatif et prétexte aux mises en relations, un premier pas vers l’apaisement…

2/ Concevoir l’enseignement comme un acte collégial:

– Repenser la mobilité professionnelle et le système de mutation à l’ancienneté.

– Nommer des coordonnateurs pédagogiques externes aux établissements.

– Alléger les mégalopoles scolaires.

Impact sur la violence?

En consolidant l’équilibrage des équipes éducatives, en stimulant la mise en place et le suivi des projets pédagogiques,  en travaillant au sein de groupes humains à taille humaine, on pérennise les efforts, on renforce le statut des adultes aux yeux des élèves, on gagne en légitimité et en force d’action. Plus les élèves sentiront une cohésion forte entre les adultes,  moins ils auront d’occasion de s’engouffrer dans les failles du système.

La cohérence, médiatrice éducative et architecte du cadre scolaire, un deuxième pas vers l’apaisement…

3/ Développer l’idée du partenariat dans l’acte éducatif

– Intégrer les familles les plus isolées

– Mettre en place des jumelages entre établissements

– Développer des réseaux associatifs via les collectivités locales

Impact sur la violence?

Parier sur la complémentarité des compétences et associer les différents acteurs de la société génèrent du lien, du sens, de la solidarité, du respect. A l’école, dans la rue, ou bien à la maison, quand les jeunes sentent qu’une même volonté s’exerce et que chacun est reconnu comme un des maillons de la chaine éducative, ils sont moins sujets à la dérive, à l’absentéisme, à l’exclusion.

La co-éducation, partenaire officielle de la médiation éducative, un troisième pas vers l’apaisement…

Voilà donc en guise d’introduction et pour inaugurer cette série d’articles sur la violence scolaire. Pas de mesures miracles, mais l’ébauche d’une réflexion générale aujourd’hui urgente et incontournable si l’on souhaite entamer un véritable travail sur le moyen et le long terme.

Évidemment, en attendant que tout cela se mette en place, il conviendra de penser des modalités plus immédiates et concrètes pour éviter que les actes de violence se répètent et protéger élèves et enseignants.

4 exemples pour terminer ce billet et illustrer chacune des parties:

1/ Mettre en place des projets pluridisciplinaires centrés sur un travail de recherche collaboratif et des réalisations concrètes. Par exemple, en 3ème, en histoire en abordant la Résistance, faire intervenir les derniers témoins, transférer les apprentissages à la prise d’engagements réels: aider les élèves à collecter des fonds pour permettre à certaines colonies indiennes de racheter des parcelles de territoires. Un travail de mémoire, un travail sur les valeurs humaines, un travail dans l’action, un travail pour la survie de l’espèce et de la planète. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

2/ Cesser de placer systématiquement nos jeunes collègues à des postes dont personne ne veut car trop exposés. Le privilège de l’ancienneté réserve aux moins affutés les postes les plus complexes! Quelle incohérence et quelle violence! Violence infligée au enseignants et dont les jeunes s’emparent intuitivement. Lutte des territoires…c’est tellement évident qu’on a du mal à comprendre que ce système fonctionne encore! TROP SOUVENT VU et  pourtant INACCEPTABLE!

3/ Motiver des associations d’étudiants dans les quartiers pour accompagner et soutenir l’aide au devoir ou l’entraide au quotidien. Voir le site de l’AFEV. Favoriser les échanges inter-générationnels. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

4/ Et pour commencer, transférer le budget prévu pour l’installation d’un portique de sécurité à celui du recrutement immédiat de personnel d’encadrement éducatif. Surveillant, assistant social ou conseiller principal d’éducation. Voir les 3!

Ce sera tout pour aujourd’hui…

D’autres articles parus sur BLOG BLEU PRIMAIRE en lien  le même thème

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Rythmes scolaires

5 02 2009

1 pas en avant, deux pas en arrière

Trois pas sur l’côté

Trois pas d’l’aut’ côté…

C’est la nouvelle rengaine à la mode, à la mode!

Et oui, in fine, la semaine de 4 jours…c’est pô top..

Les enfants sont fatigués?…ben oui, fallait s’y attendre…

Tous en parlent:

Les parents

Le ministre

Alors on fait marche arrière…et on réintègre ici et là le mercredi matin?

Ben non! justement, c’est le moment de présenter une vraie réforme du temps scolaire!

Réduire la journée scolaire, mieux répartir le temps de classe sur la semaine, rééquilibrer sur l’année les périodes de congés…

Suggestions:

– sur 5 jours mais avec une journée moins lourde?

9H-15H les L/M/J/V

mercredi 9H 12H

– un temps de déjeuner moins long?

1 heure avec possibilité de panier repas pour les non demi-pensionnaires?

– des ateliers périscolaires au sein ou hors des établissements à partir de 8h et après 15H ainsi que le mercredi après midi et le samedi matin?

sport, arts, théâtre, parcours personnalisés

– des temps de vacances réorganisés?

6 semaines l’été et un découpage annuel réaménagé…

– et bien d’autres possibilités à envisager, à décliner…

Bon, pour ceux qui fréquentent ce blog depuis une petite année, vous aurez remarqué que je ne suis pas très copine avec les chiffres… La comptabilité des heures ou des annuités, ce n’est pas vraiment mon fort et je laisse volontiers ce décompte subtil, légitime, rigoureux et indispensable à d’autres experts budgétaires incontournables. Ce petit panorama n’est qu’un cadre général. De nombreux spécialistes se sont penchés sur cette question car elle demeure centrale à toute proposition de réforme, à partir du moment où l’on parle de vraie réforme. Une réforme qui servirait avant toute chose les intérêts de l’enfant. (Et oui, c’est mon job que voulez-vous, je suis indécrottable…) Une réforme qui aurait pour principale finalité de replacer l’enfant dans un espace temps conçu avant tout pour lui.

Alors inévitablement, ça déplaira à d’autres! Bien sûr et je le comprends, mais notre petit confort d’adulte ne passe-t-il pas juste après les besoins fondamentaux pour ne pas dire vitaux des enfants? C’est en terme de besoins essentiels qu’il faut réfléchir et agir non en terme de privilèges, de confort, d’habitudes, de réalités économiques qui ne sont en fin de compte réelles que parce qu’on les a crée parfois -souvent- artificiellement.

Le besoin, lui, est inné, qu’il soit d’ordre psychologique, physiologique, biologique.

Ne pas respecter ces besoins spécifiques, c’est nier la personne de l’enfant et maltraiter l’adulte qu’il deviendra…

Maintenant il est vrai, pour que tout cela soit possible, une répartition des tâches entre tous les acteurs de la petite enfance est nécessaire: institution scolaire évidemment mais également, services municipaux, collectivités locales, associations de quartiers, les parents, etc

Bon, maintenant je vais vite me cacher…avant de me faire luncher!

Non d’ailleurs, je ne vais pas me cacher, j’attends plutôt vos réactions, vos contributions, vos propositions, vos réflexions, vos expériences dans ce domaine. Peut-être avez-vous déjà expérimenté ici ou à l’étranger différentes situations qui peuvent favoriser l’élaboration d’un projet concerté?

Pour en savoir, voici quelques lectures sur un sujet de société:

Un collectif de scientifiques: Etudes Inserm

Un rappel des cas possibles et le témoigage d’une directrice de Maternelle

Un regard de l’OCDE sur ce qui ce fait ailleurs

Ce qu’en Hubert Montagner, spécialiste en la matière

L’avis du Professeur François Testu

Une désynchronisation risquée annonce le Pr Yvan Touitou

 




Uniformes, seconde démarque!

17 01 2009

Profitez-en, ce week-end, grande braderie sur Blog Bleu Primaire: on solde les vieux habits, on liquide les fins de série, on brade les derniers stocks disponibles! Vous chinez les derniers uniformes remis au goût du jour? En quête d’une bonne affaire? C’est sûr c’est sur Bleu Primaire!

A vous de choisir!

Vous êtes parent, vous courez déséspérément après une tenue correcte pour vos enfants…

Vous êtes enseignant, vous cherchez obstinément, pour vos conférences, un habit décent…

Vous êtes directeur, vous hésitez entre un tablier bleu gris ou bien un costume or et argent…

Bref, vous êtes perdus, vous sentez dénudés, déshabillés, désorientés?

Ne cherchez plus…ici, vous trouverez de quoi vous rhabillez de la tête aux pieds!

A chacun selon ses goûts, son style, ses objectifs et son public!

Bon, voyons voir…vous êtes plutôt…

follklorique?

romantique?

psychédélique?

ou nostalgique?

féérique? automatique?

ou classique?

angélique?

oudiabolique?

historique?ou préhistorique?

comique?

stricte?

chic?

ou bien encore tricolore

aux couleurs de la République!




Le jardinier pédagogue (Intro)

6 09 2008

A débattre très prochainement sur BLOG BLEU PRIMAIRE…dans une nouvelle rubrique « La chronique de Christian Montelle »

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité »

Albert Einstein

Résumé

Les enfants en échec doivent passer par les étapes qui leur ont échappé ou qui ne leur ont pas été proposées. Avant d’en venir au « programme », aux remédiations, il est nécessaire de mettre en place les compétences premières et les appétences psychologiques qui permettent d’accéder à la pensée et au savoir.

Pour faire face au problème très préoccupant – mais qui n’est pas nouveau – de l’échec scolaire, de nombreuses réformes ont été proposées, mais jamais évaluées ni même, semble-t-il, massivement appliquées par les enseignants. Une querelle entre modernistes et traditionalistes s’est développée, avec une « victoire » récente de ces derniers. On ne peut attendre des miracles de ce retour en arrière, car les méthodes proposées produisaient déjà un lourd échec là et quand elles étaient (ou quand elles sont encore) mises en œuvre.

Christian Montelle tente d’explorer d’autres voies pour lutter contre le fléau de l’échec scolaire. Il rejette les approches mécanistes qui ne tiennent pas compte de la nature de l’enfant et appliquent des « remèdes » scientistes et technologiques à des élèves qui n’en sont que plus meurtris et humiliés. La violence engendrée par cette incompréhension empoisonne tout le monde scolaire. Un être humain n’est pas une machine dont on pourrait noter les symptômes de dysfonctionnement afin de les réparer de façon normée. Les méthodes employées pour dresser des rats, ou conditionner des hommes à un travail déshumanisé, montrent leur inefficacité : le taylorisme, le fordisme n’ont pas leur place dans l’école républicaine.

Sept pistes sont évoquées plus que traitées de façon exhaustive et beaucoup d’autres sont négligées afin de ne pas trop alourdir cet essai. D’autres points pourraient être pris en compte ou traités de façon plus approfondie. En vrac : l’apprentissage de la lecture et sa pratique, la construction de la parole, l’initiation à la sagesse et la transmission des valeurs, la précocité d’une sexualité dégradée en pulsions, la construction de l’identité psychologique et citoyenne, les errements de la psychiatrie chimique, les interactions entre la culture savante et la culture populaire, l’immense déferlement de la médiocrité et/ou de l’abjection dans les vecteurs médiatiques, le rapport à la nature, l’intégration des enfants issus de l’immigration, le délitement du milieu familial, la destruction de la valeur du travail au profit de l’idolâtrie de l’argent, la fermeture du marché de l’emploi, l’utilisation de la peur comme moyen d’aliénation des masses, le naufrage moral des « élites ». Et la liste n’est pas close ; elle veut simplement suggérer que les approches méthodologiques actuelles de lutte contre l’échec sont très insuffisantes.

On trouvera ici des réflexions et des propositions sur :
– la construction de l’identité psychologique et la socialisation.

– la fracture linguistique ;

– l’appréhension du temps et de l’espace ;

– le développement des compétences d’observation et de raisonnement ;

– l’initiation au monde de la technique ;

– l’appréciation des arts ;

– le bien-être physique ;

L’auteur voudrait simplement ici redonner une dimension humaine à la pédagogie, laisser sa place au cœur tout en respectant sans concession les exigences de la raison et de l’efficacité.

La science du pédagogue…
et le cœur du jardinier
Le Jardinier par Archimboldo

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre




Droit de réponse à Natacha Polony

17 06 2008

Si Natacha Polony m’avait interviewée…aux côtés de certaines de mes collègues Jeanne, Elisabeth, Ariane, Rachel, sans oublier Julien Dazay, inspecteur de Seine-Saint-Denis, je n’aurais pas forcément répondu comme elle eût souhaité que je l’eusse fait…

Je vais donc m’amuser ici, entre vous et moi, à improviser un dialogue dont les répliques de A sont toutes directement issues de « l’enquête » du Marianne de cette semaine, intitulé « Les instits sont-ils encore les hussards de la République? ». Vous trouverez au travers des répliques de B comme un écho de ma propre pensée…

  • Pour vous l’école aujourd’hui c’est quoi?

A: Tous les problèmes sociaux concentrés dans la vie quotidienne de 20 gamins.

B: Le reflet de la vie quotidienne.

  • Et votre métier, comment le qualifieriez-vous?

A: Un monde étrange qui ne ressemble pas à ce que j’avais espéré.

B: Le plus beau métier du monde, mais sans doute un des plus exigeants humainement, intellectuellement.

  • Selon vous, quelle est la mission de l’école primaire?

A: Autrefois, les instituteurs devaient former des hommes libres, les futurs citoyens de la République. Ils étaient le pilier sur lequel reposait l’édifice social et politique. Aujourd’hui l’école primaire est en crise, la société est bouleversée, l’école déstabilisée.

B: « Nos » écoliers sont nés à l’aube du XXIème siècle. Eux seuls détiennent les clés du futur. Il me semble alors que la mission de l’École est de les aider à vivre pleinement leur présent d’écolier de 5 ans, de 8 ans, de 10 ans. L’École et les familles, côte à côte et non plus l’institution scolaire au-dessus de tous. C’est un défi car cela signifie qu’on regarde enfin les écoliers comme des enfants d’aujourd’hui éducables et respectables.

  • Pour vous, c’est plutôt « instituteur » ou « professeur des écoles »?

A: Il y avait de la beauté dans ce titre: instituteur. « Professeur des écoles » est un titre prétentieux, boursoufflé. Pétris de sciences de l’éducation, ils ne sont plus ces missionnaires vénérés pour leur savoir autant que pour ce statut de modèle qui les auréolait.

B: Mon métier ne se résume ni à un titre ni à un statut, encore moins à l’allégorie statufiée d’un buste glorieux, vestige de je ne sais quel passé plus que parfait. Je me considère comme praticienne et pédagogue mais dans mes dîners entre amis je dis volontiers maîtresse d’Ecole ou instit’. C’est toujours l’Ecole qui porte la majuscule, pas le titre.

  • Justement, les parents, quels rôles jouent-ils dans l’éducation?

A: Ils nous demandent de combler leurs propres lacunes, ils n’ont pas le courage d’apprendre les bonnes manières à leurs enfants. Ils nous menacent quand les résultats sont mauvais et exigent, pour des élèves de maternelle de connaître le programme de mathématiques et de français. C’est à nous de les éduquer. Les gamins passent leur journée devant leur console de jeu. Comment voulez-vous que nous en tirions quoi que ce soit?

B: Les parents sont les premiers déstabilisés par une société qui les harcèle. Soumis aux intempéries de la vie familiale et professionnelle, ils transfèrent une grande part de leur angoisse dans la vie scolaire de leurs enfants. L’école n’est certes pas un centre d’écoute familiale mais elle doit prendre en considération certaines données sociétales. Elle ne peut en faire l’impasse. Nier le besoin des familles en matière d’aide à la parentalité, c’est fermer la porte à l’éducation d’une grande partie de nos élèves.

  • Enseignant, une mission ou une profession?

A: Qu’ils appellent cela mission ou vocation, les instituteurs font un métier qu’ils savent un peu à part, certains l’acceptent, s’en font un étendard, d’autres le refusent au nom de la « professionnalisation. »

B: Enseignante missionnaire, professionnelle de l’éducation, praticienne scolaire et chercheuse insatiable. Il est inconcevable de dissocier ces divers « attributs », tant ils sont liés les uns aux autres et surtout liés au devenir de l’École. Refuser une des dimensions c’est se confiner dans une posture et dans l’immobilisme. De tous temps, diviser pour mieux régner fut une stratégie efficace mais lorsque l’avenir de nos enfants est en jeu, de grâce, un peu de hauteur et beaucoup de pudeur.

  • On parle beaucoup du retour aux bonnes vielles méthodes. A commencer par apprendre à lire. N’est-ce pas une évidence?

A: Je suis avec les enfants et je me considère comme un rouage dans le processus de liberté. Pourquoi j’enseigne le B et A-BA? Cela n’a l’air de rien, mais l’enjeu du CP est de savoir si, plus tard, il y aura la lecture de Balzac ou pas.

B: Balzac est un auteur parmi tant d’autres. Pourquoi pas lui, pourquoi pas Villon, pourquoi pas aussi Boris Vian? Lire bien sûr, évidemment, énormément, passionnément. B et A, ça donne bien les deux premières lettres de Balzac. Mais de là à croire que déchiffrer B.A.L.Z.A.C. permettra d’entrer dans l’univers de Lucien de Rubempré ou de Lolotte, il y a là un tour de passe-passe proche de l’escroquerie intellectuelle qui fera perdre à beaucoup bien des illusions!

  • L’échec scolaire, un sujet qui fâche. Quelles leçons tirer de ces chiffres qui font frémir?

A: Pris entre leur envie d’affirmer la grandeur de leur métier et le refus d’assumer les échecs du système, qu’ils préfèrent attribuer aux inégalités sociales et à des causes externes, laissant croire ainsi qu’il n’est pas de pouvoir émancipateur du savoir, les enseignants courent le risque de dévaloriser eux-mêmes l’école en clamant son impuissance. Qui croit en l’homme, croit en un rôle majeure de l’éducation. Le reste doit être dicté par le pragmatisme et l’évaluation des résultats.

B: Et si on arrêtait de vivre par procuration au travers de ces chiffres qui veulent tout dire et ne signifient pas grand chose. Je veux dire par là, oui il y d’immenses progrès à faire en terme d’éducation, d’instruction, d’enseignement. Le nier serait faire preuve d’immaturité et d’un manque total du sens des réalités et des responsabilités. Mais qui souhaite progrès exige aide et formation. Il en va des élèves comme des enseignants, et oserais-je ajouter, comme des parents. Faire le pari d’une école ambitieuse ne se mesure pas qu’aux seuls résultats chiffrés. La valeur de l’homme, et encore moins de l’enfant, ne se réduit pas à une somme de notes. La part humaine de l’écolier n’est que très rarement prise en compte. Pourquoi? Parce qu’elle n’est pas quantifiable. C’est dommage. Car alors, les statistiques parleraient autrement.

  • Et la maternelle, fleuron de l’école française ou débâcle annoncée du système?

A: La maternelle va mal. Elle a pour objet de faire intégrer aux enfants des repères temporels, de les préparer à devenir des élèves, c’est à dire à contrôler leurs pulsions et à se tenir silencieux et concentrés. Il m’arrive d’inspecter des écoles dans lesquelles les enfants ne restent pas une heure affilée dans la classe. Activités de groupe, sorties…Ils bougent en permanence et sont incapables de se taire et d’écouter. L’enjeu est clair, pour défendre cet outil formidable qu’est la maternelle, à la française, il faut le repenser, le réformer dans le sens de l’exigence.

B: Il me semble que tout enseignant devrait commencer par enseigner en maternelle. Tout s’y apprend, tout s’y comprend, tout s’y construit. La maternelle, la plus belle chose que l’école ait inventé mais qui reste à réinventer avec toujours plus d’audace et de courage. Je refuse le terme d’outil. Non, la maternelle est un espace de vie, de mouvement, de découverte, d’apprentissage, de construction. Elle ne doit en rien dresser le futur élève, elle doit révéler l’enfant. C’est bien différent.

  • Pour terminer sur une note positive, que proposeriez-vous?

A: Plus que jamais, les instituteurs et professeurs des écoles jouent un rôle fondamental dans le processus d’émancipation des futurs citoyens. Sans doute faut-il retrouver un peu de la force de ce pacte moral noué il y a plus d’un siècle entre la nation et ses instituteurs. Retrouver aussi les conditions de la confiance.

B: Je propose 5 entrées en matière pour une réflexion en profondeur sur ce pacte d’éducation:

  1. l’Ecole pour tous
  2. l’Ecole de tous
  3. l’Ecole comme rempart contre l’exclusion
  4. l’Ecole comme vecteur d’accès au monde
  5. l’Ecole comme moyen de partage.

Les programmes et les réformes doivent être pensés en fonction des élèves et non pour coller à une société qui ne sera, de toute façon, pas celle dans laquelle nos enfants vivront. Donnons-leur les moyens de construire leurs rêves, pas les nôtres, et de ces rêves d’imaginer leur réalité, et non pas la nôtre…

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