L’horloge

17 03 2011

Carême pédagogique

Jour 8

Pensée 8


Pour vous j’ai capturé sur la toile,

une fraction d’instant,

un fragment de temps.

Il est à vous, là, ici, maintenant,

l’instant d’un moment,

d’une pause, d’une pensée, d’un recueillement.

Respirez-le, goûtez-le, savourez-le,

partagez-le, offrez-le,

tant qu’il est encore temps,

avant que l‘horloge ne s’éteigne

emportant avec elle,

la lune, le soleil, les étoiles

et toutes ces choses si belles

dont la vie nous fait don

à chaque inspiration.

Je n’ai que trop parlé

Il est grand temps à présent

de l’écouter vous murmurer

son mystérieux secret …

juste sur l’horloge

Partager




â côté d’un rêve…

11 03 2011

Carême pédagogique

Jour 3

Pensée 3

« C’est une chose souvent éprouvée : cet abîme entre un savoir lourd, embaumé dans les livres ou les morales, et l’humeur aérienne de la vie qui va. On peut ainsi être instruit de tout, et passer sa vie dans l’ignorance absolue de la vie. Ce ne sont pas les livres qui sont en cause, mais la parcimonie d’un désir, l’étroitesse d’un rêve. »

(« Le huitième jour de la semaine » C. Bobin)

lundi: je rêverai je rêverai je rêverai je rêverai…

Mardi: tu rêvas tu rêvas tu rêvas tu rêvas…

Mercredi: il rêvait il rêvait il rêvait il rêvait…

Jeudi: nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé nous avons rêvé…

Vendredi: vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé vous aurez rêvé…

Samedi: ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé ils avaient rêvé…

Dimanche: elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé elles eurent rêvé…

  • Le huitième jour de la semaine : Il est trop tard pour rêver au présent de l’indicatif! Le temps s’en est allé 🙁

Lorsqu’à l’école on apprend certains verbes

apprenons d’abord à les vivre

avant de les conjuguer

pour éviter de passer

à côté d’un rêve

Bonne journée donc!

Partager




Séquence d’histoire cycle 3

17 10 2010

Un article en guise de synthèse et de récapitulatif des grands concepts historiques abordés depuis le début d’année; concepts qu’il me semble incontournable d’appréhender dès le primaire afin de mettre en place chez le jeune enfant une posture de dé-centration, d’investigation et de questionnement. L’histoire se transmet, certes, mais elle interroge l’homme et son environnement proche et lointain, dans le temps, comme dans l’espace.

Discipline transversale par nature, l’histoire touche à ce que l’homme vit, a vécu et sans doute vivra, chacun d’entre nous étant une parcelle de l’humanité en devenir, chacun d’entre nous étant inscrit sur cette incommensurable frise historique, marquée elle-même par une multitudes d’événements allant de la micro situation anecdotique jusqu’au le fait majeur et historique.

1/ travail collectif de recueil des représentations en histoire.

Pour vous, c’est quoi l’histoire?

Quelques exemples donnés par les enfants et récoltés sur le tableau:

  • Christophe Colomb
  • les hiéroglyphes
  • les châteaux forts
  • les Romains
  • Léonard de Vinci
  • -500 avant Jésus Christ
  • la deuxième guerre mondiale
  • les silex
  • La Grèce
  • le Moyen Âge
  • Charlemagne
  • la Préhistoire
  • etc…

2/ clarification, organisation sur feuille de cette collecte et classification en 8 grands concept-clés

  • les périodes
  • les époques
  • les dates
  • les événements (ou faits)
  • les personnages historiques
  • les peuples et civilisations
  • les vestiges
  • les lieux

3/ mobilisation de ces données dans des activités de lecture-recherche

4/ travail sur les durées et le calendrier

  • le siècle et leur écriture en chiffres romains
  • le millénaire
  • l’ère
  • les différents calendriers (chrétien, musulman, juif)

5/ reformulation, formalisation et illustration par le biais d’une fiche-outil de référence

6/ méthodologie de l’exposé sous forme de carte mentale (schéma heuristique)

  • comment mener une recherche?
  • quels type de document utiliser?
  • où trouver les différentes sources historiques?
  • comment varier les types de support (carte, frise, schéma, objet, témoignage, etc)
  • comment analyser et exploiter des documents? (date, titre, sujet traité, etc)
  • comment présenter un thème (titre, paragraphe, sous-paragraphe, etc)

7/ rendez-vous sur le blog de classe pour une petite séance vidéo.

A suivre…


Partager




Rentrée 2009, J-9

25 08 2009

Ah, les vacances…Les journées qui n’en finissent pas, les longues soirées partagées toutes générations confondues dans la tiédeur du soir, les bains de minuit et les réveils à midi, les repas qui ne savent plus très bien s’ils s’appellent déjeuner,  goûter ou dîner et que l’on savoure autour d’une grande tablée, les emplois du temps improvisés, les promenades improbables au petit jour, les rythmes décalés qui nous entraînent au bout du monde et de la nuit! Oui, c’est un peu cela les vacances! Et comme c’est bon de se laisser vivre, d’arrêter montres et horloges et de se laisser porter au gré d’un éternel présent!

Plus de limite à l’espace et au temps…Maman, regarde les étoiles qui s’éteignent là haut…raconte-moi le ciel…c’est quoi une étoile?

etoiles rose

Une étoile mon chéri? laisse-moi réfléchir un peu…une étoile, c’est cet instant magique que l’on partage ensemble, ici, toi et moi, côte à côte…Une étoile, c’est une musique d’eau, un souffle dans le ciel, un bruissement d’aile…Une étoile, c’est Dieu qui parle aux hommes, c’est la signature d’un peintre un peu fou qui cherchait ses couleurs dans la nuit…

Dis, maman, on est bien là, hein? J’aimerais que cette étoile ne s’éteigne jamais!

Chhut, écoute…elle chante…

etoiles rose

Oui, c’est cela les vacances, c’est cette proximité retrouvée avec soi et les autres, avec le ciel et la terre. Tellement nécessaire, tellement essentiel! Faire le plein de ce temps retrouvé, c’est faire le plein vital d’une énergie inépuisable…

Oui, mais voilà…Tic-Tac, Tic-Tac, j’entends au loin le gardien du temps qui revient et qui s’approche à pas feutrés. Tic-Tac, Tic-Tac…Septembre apparait sur la ligne d’horizon, avec son grand cadran chronométré…

Tic-Tac…Il est 10 h, il est 9, il est…bientôt l’heure…

L’heure de se remettre à l’heure, à l’heure du monde et de sa réalité. Doucement, sans se presser, le temps organisé se réinstalle dans nos vies. C’est ainsi, les vacances sont bientôt finies…Il nous reste quelques jours pour nous remettre au temps du jour mais quoi qu’il arrive, nous garderons au fond de nous la saveur inestimable de ce temps partagé.

A DEMAIN!

gif animé reveils011.gif




Cruel mois de juin

21 06 2009

Ah le terrible mois de juin…le perfide mois de juin…On se dit, ça y est, l’été est là, on va pouvoir doucement se laisser vivre au rythme des cigales…Le ciel en témoigne, l’heure est à la nonchalance, les oiseaux le matin le crient par dessus les toits, le temps des cerises est arrivé!

Ah le cruel mois de juin…l’hypocrite mois de juin…depuis des mois il nous berce de promesses, nous chante les vertus d’un repos bien mérité…Et lorsque l’horizon tant attendu semble à portée de main, toujours il recule et jamais ne nous laisse approcher; les jours passent et le temps disponible, lui, semble se défiler au fil des jours!

Ah le subtil mois de juin…voyez comme il est juste et généreux…Qu’on soit parent, qu’on soit prof, qu’on soit élève, nul n’est épargné; oui, le mois de juin a cela de juste et bon qu’il n’oublie personne et chante à chacun le même refrain, la même rengaine, le même couplet…

Ho…hisse, allez on rame, encore, plus fort, plus vite, plus loin!!





Des enfants « stressés »…

2 05 2009

C’est l’enquête du mois dernier proposée par le magazine Famille et éducation avec un petit encart spécial p 26 …on y parle d’un petit exercice que mes élèves ont très vite reconnu! « Maîtresse, on parle de nous dans le journal! »

Pour illustrer ces propos, je vous propose une petite vidéo (une autre…fin d’année oblige, je vide mon stock!) tournée la veille de la rentrée 2008 avec l’équipe du Web pédagogique.

http://www.dailymotion.com/video/x6kp63

Quelques ouvrages sur ce sujet:

1/ J’suis pas motivé, je fais exprès! Brigitte Prot, psychopédagogue, enseignante, formatrice  éd. Albin Michel, 2003.

Ces enfants malades du stress. Gisèle George, Anne Carrière éd. 2002.

2/ L’enfant et l’adolescent: un enjeu de société, une priorité du système de santé. Danièle Sommelet, rapport de mission Octobre 2006.

3/ Phobie scolaire, comment aider les enfants et adolescents en mal d’école. Josette Lyon, 2008

4/ Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur? Olivier Galland, sociologue. Armand Colin éd. 2009.

Le site « Oser changer » nous donne quelques pistes

Si vous avez d’autres conseils, d’autres lectures et des expériences à partager, n’hésitez pas à nous en faire part …juste là, dans la boîte à commentaires!




Hors sujet

11 02 2009

Une nouvelle rubrique sur blog bleu primaire, celle de tous les possibles…

Hors sujet, telle est son titre…

Hors sujet…huuum, ça me rappelle bien des errements, bien des égarements…Tenez en philo par exemple, qui n’a pas fait le douloureuse expérience du 5/20 éliminatoire?

Et pourtant quels délicieux hors pistes que ceux du hors sujet, non?

Sortir du cadre pour en mieux cerner les limites. Partir pour mieux revenir. Quitter les chemins balisés et apprendre à se repérer. La construction intellectuelle n’a-t-elle point besoin, pour se forger une identité personnelle des ces temps d’évasion, de ces espaces d’exploration?

La pensée qui défile, qui mord à l’hameçon et qui laisse filer les pensées. La conviction qui prend le pas sur le conformisme. L’expression qui détrône la raison. Quelle douce sensation…

Je sais, ce n’est pas très convenable. Il existe des règles tout de même; règles et choix d’écriture imposés par le sujet lui-même. Non, ce n’est pas convenable. C’est vrai. Mais c’est parfois, souvent si bon.

On a tous en nous quelque chose de rebelle, quelque chose de nous-même qui ne répond pas forcément aux canons de la pensée présupposée construite. Ce quelque chose, parce qu’il n’est pas conforme ici et maintenant est-il pour autant illégitime en toutes circonstances? Rares sont les espaces réservés à la digression assumée, constructive, libératrice. En famille? difficile…Dans le milieu professionnel? dangereux. A l’école? impossible!

Toujours répondre avec justesse, selon des critères précis, respecter avec rigueur et la forme et le fond, observer avec discernement les contours de son propos; surtout rester dans le sujet, surtout ne pas sortir du sujet. Attention, danger d’expression! « Ce que vous dites est bien joli, mais ce que vous dites n’a pas de valeur puisque vous ne dites pas ce à quoi on s’attend… » Non conforme au sujet. Débordement illégal. Elucubrations aléatoires.

Et pourtant! Le hors sujet est une porte ouverte sur le labyrinthe de l’intériorité, une précieuse ouverture sur des mondes intérieurs inexplorés. Sans hors sujet, sans ces détours intellectuels, sans ces fausses notes formelles, sans ces dérapage d’humeur, sans ces dé-raisonnements imprévus, il ne reste guère que le convenu, l’attendu, et bien souvent le déjà vu…

Mais je m’égare! Revenons à notre sujet du jour: le hors sujet.

Voilà, nous y sommes; parce qu’il n’y a pas que l’école dans la vie, mais également pourrais-je dire parce que tous les chemins mènent ou ramènent à la culture et donc à l’éducation, je m’offre le luxe de mettre en ligne cette nouvelle rubrique. Hors sujet. Il y sera question de tout ou de rien. Peu importe, il y sera question d’autre chose. Et qui sait, de cet autre chose naîtra de nouvelles zones de contact, de nouveaux points de rencontre, traits d’union entre vous, nous, ils.

A bientôt donc!




Dicton de saison

22 11 2008

« Terre retournée et blés semés, le ciel peut neiger »




Le jardinier pédagogue (Chap.3.2)

6 10 2008
…suite du Chapitre 3 Christian MONTELLE
Ornans, Août 2008
Diffusion libre
Tu disais donc….
Dans un premier temps, analysons très brièvement les éléments qui ont changé l’appréciation du temps chez l’être humain moderne, isolé du milieu qui lui était familier, celui de la nature.
Un premier élément est la « peur du noir ». La fée électricité, apparue à la fin du XIXe siècle, a inondé de clarté nos nuits, en tentant de les rendre semblables aux jours. Non seulement des milliards de lampes brillent du crépuscule à l’aube, mais les enfants exigent très souvent qu’une lampe soit allumée en permanence dans leur chambre, ou à proximité. Les citadins sont pour la plupart incapables de se déplacer dans un milieu dépourvu de lumière. Ils sont pris de panique à l’idée de marcher la nuit dans une forêt. Le « passage au noir » est cependant une suspension du temps indispensable pour les rythmes biologiques et les reconstructions psychologiques ; il doit s’accompagner d’un passage au silence profond. La mise en veille complète des interfaces sensorielles du corps permet un repos total au cours duquel le soma se régénère et la psyché se reconstruit. L’encre de la nuit laisse la liberté au cerveau de rappeler dans le rêve ce qui est advenu et d’écrire ce qui doit être retenu par la mémoire, avec les ratures et les interprétations nécessaires. Même un disque dur a besoin de défragmentation et de mise en ordre ! A fortiori un cerveau humain. Trop de clarté nuit : beaucoup de processus biologiques et psychologiques ont besoin de l’obscurité et du silence pour s’accomplir.

Un second bouleversement subi par l’homme urbain est l’effacement des saisons qui sont moins perçues par les sens. L’enfant est tenu au chaud, transporté au chaud, constamment plongé dans un bain de lumière. Les changements de teinte et d’aspect de la végétation, les variations d’éclairement et de températures sont beaucoup moins perceptibles en ville et même à la campagne où l’on ne voit plus un gamin dehors, attaché qu’il est à ses écrans. Or les changements saisonniers déterminent des cycles hormonaux, des évolutions corporelles et aussi une perception du caractère cyclique du temps (10).

Un troisième facteur qui nous fait percevoir le temps de façon différente est la fragmentation du temps vécu. Finies les longues périodes de labeur, de loisirs et de repos. Notre existence est un patchwork de mini-événements qui se chevauchent sans interruption. À l’école, puisque ce sont les enfants qui nous intéressent ici, les cours ne sont plus de longues séquences silencieuses, mais un zapping continuel d’interventions magistrales, de prises de paroles d’élèves, d’activités constamment renouvelées. À la maison, les télévisions, les MP3, les téléphones, les ordinateurs, les consoles de jeux, les activités de loisirs, les copains alternent avec les parents, souvent divisés en parent de la semaine et parent du week-end. Certains enfants sont agendés comme des ministres pour des activités extrascolaires excessivement nombreuses. Il ne faut pas oublier les déplacements en transports scolaires ou pour des week-ends parfois exténuants. La notion de durée s’efface peu à peu, celle de projet devient insaisissable. L’enfant est ballotté sur les vagues d’un chaos existentiel qui lui laisse peu de répit pour entreprendre des synthèses, des mises au point, pour vivre tranquillement la saveur du monde, pour rêver des ailleurs personnels et non imaginés par des adultes.

  • – Maman, ch’ais pas quoi faire …
  • – Tant mieux, mon enfant! Rêve aux nuages, aux merveilleux nuages!

Une quatrième approche du temps est celle de l’ubiquité spatiale et temporelle. L’enfant moderne n’est plus cantonné dans un espace-temps limité, celui de son village ou de son quartier. Le téléphone, la télévision lui permettent de voir et d’entendre d’autres lieux et d’autres temps. Naguère les récits oraux ou écrits permettaient à chacun de voyager autour de sa chambre, dans le passé ou l’avenir. Désormais, c’est une présence beaucoup plus prégnante de l’ailleurs, du passé du futur ou de la fiction. Il faut de solides repères pour s’orienter dans ce nouveau monde qui est si passionnant, mais dont les amers de navigation ne sont pas toujours mis en place.

Cinquième point très lié au précédent : la dégradation du statut du récit dans l’enseignement et dans l’éducation. Les récits peuvent servir à influencer les opinions des publics ou lecteurs et ce pouvoir est largement utilisé de façon négative, aujourd’hui, par les publicistes et les politiques grâce aux techniques du storytelling(11). Des fables antiques aux exempla (12) médiévaux en passant par les paraboles des religions, cette utilisation a été constante dans l’histoire, qu’elle ait eu pour but la transmission de valeurs ou l’aliénation des individus. Une réaction contre ce pouvoir des récits s’est développée – nécessaire distanciation de Brecht – et a abouti à un désir de libérer les romans des parures de la narration. Constat, rapport du strict réel, ont éclos dans la littérature, puis au cinéma. Hélas, on a abouti, au final, à la téléréalité ou au documentaire en lieu et place du récit fictionnel, qui est pollué à son tour et perd ses frontières avec le réel. Or, la narration imaginée est utile pour structurer le temps, car le récit fictionnel échappe au chaos du temps vécu, tout en organisant un temps du récit. Depuis les Grecs, on sait que seul le logos permet d’organiser le chaos. Cette évasion permet à chacun de se réfugier dans un espace-temps imaginaire qui nous donne une perspective, un recul nous permettant de nous libérer de l’imprévisibilité du présent et d’imaginer l’à venir. Paul Ricœur, dans les trois tomes de Temps et récit (Seuil), montre ce rôle essentiel des textes narratifs fictionnels (13). François Hartog dans : Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Le Seuil, Paris, 2002, révèle comment notre époque tend à tout ramener au présent, à faire table rase du passé, au besoin en l’étouffant par les excès de la commémoration, ce qui bloque la capacité de se projeter dans l’avenir.

En un sixième point, je tenterai d’exposer en quoi consistent cette nécessaire mémoire et cette capacité téléonomique (14) de se projeter dans le futur pour agir le présent. Dans les textes et surtout les récits oraux de la tradition populaire, chansons, proverbes, dictons, contes de toutes sortes, légendes, épopées, mythes, et dans les récits fondateurs de la littérature et de l’histoire sont accumulés des siècles de sagesse que nos anciens ont voulu nous transmettre. Véritables maquettes de vie, ces textes appellent une interprétation personnelle, un travail de décodage qui aboutit à une appropriation de savoirs, de sagesse et de valeurs qui rassemblent les membres des différentes sociétés de tout ordre. Ils permettent de juger la validité des décisions présentes en se projetant dans l’avenir pour en prévoir les conséquences. Cette vision du futur, qui est aussi une condition de la pensée scientifique, est indispensable si l’on ne veut pas vivre au gré des caprices de ceux qui savent accaparer le pouvoir.

Le septième point nous ramène à des explorations plus proches. S’il est indispensable d’explorer le passé pour prévoir l’avenir, on ne peut négliger l’étude de l’environnement spatial et temporel immédiat. Mon gendre, qui s’occupe des jeunes d’une cité, a découvert que beaucoup d’entre eux n’ont aucune notion de l’endroit où ils vivent. Sortant rarement du ghetto où on les a confinés, ils ont grand besoin qu’on leur présente le pays où ils vivent. Un animateur de MJC que je connais s’y emploie grâce à des promenades dans la nature environnante, des raids à pied, à bicyclette, à ski, en canoë. Et aussi à des visites à des entreprises de toutes sortes, à des artisans, à des musées, à tout ce qui constitue le substrat géographique, humain et culturel de notre région.

Cette exploration spatiale doit être complétée par une initiation au temps qui rythme la vie de chacun. Et cela dès la maternelle. En sus de la prise de conscience du temps considéré dans sa généralité comme nous l’avons vu plus haut, on a tout intérêt à présenter l’histoire locale, y compris le légendaire, à expliquer le sens et les rituels des fêtes et célébrations.

C’est grâce à ce bain dans les lieux et la culture de la région qui les accueille que de jeunes Turcs ou de jeunes Marocains peuvent devenir Francs-Comtois, Picards ou Franciliens. Il faut d’abord s’intégrer à un village, un quartier, un canton, une région, avant de s’intégrer à une nation.

Ces sept points étant repérés, que pouvons-nous proposer pour la formation des enfants présentant des lacunes dans l’appréhension du temps ?

  • On sent tout de suite qu’un outil essentiel sera constitué par les textes et récits fondateurs, qu’ils soient issus de la tradition orale ou des patrimoines littéraires, théâtraux, filmiques, etc. Je pense que la mise au même niveau de tous les textes proposés aux enfants est une lourde erreur. Mettre sur le même plan un récit policier ordinaire, une bande dessinée démagogique, un article de journal, un conte merveilleux et un poème de Ronsard a pour conséquence déplorable de priver les enfants démunis, chez eux, de textes riches et symboliques, de les priver justement de ces récits porteurs de langue et de symboles de ce patrimoine qui fonde les êtres humains. Loin d’aider les enfants en difficulté, cette erreur qui va jusqu’à la faute, aggrave la fracture linguistique et culturelle, quelque excellentes que soient les intentions des promoteurs de ce nivellement. Le nivellement est si massif qu’il a touché tous les enfants à des degrés divers, quels que soient leurs milieux sociaux ou culturels. Le ministère réagit depuis quelques années pour réintroduire les hiérarchies nécessaires, mais il faut des décades pour inverser une telle tendance.
  • Il est tout à fait souhaitable que parents et enseignants racontent abondamment aux petits des contes qui leur sont destinés : en particulier, des contes de randonnée, et des contes d’animaux. Je dis bien raconter et non lire comme le préconisent certains, car avant sept ans, l’enfant a besoin d’une parole témoin, dite par un adulte qui est là et qui parle avec sa propre poétique et sa propre expérience. Une pratique massive d’un oral de qualité nourrit les enfants de lexique, de style, de grammaire, de connaissances, de valeurs et leur permet de construire une parole – donc une pensée – riche et précise. Elle leur permet de prendre le sens du temps chronologique dans ses déroulements linéaires, dans ses anticipations, dans ses retours en arrière. De bien séparer le temps réel et le temps du récit. D’acquérir, dans les contes étiologiques par exemple, le sens des temps cycliques des saisons, des astres et des organismes vivants.
  • La prise de conscience des temps calendaires, des temps commémoratifs est une préoccupation dans la majorité des classes de maternelle. Elle doit devenir générale et systématique ; élargie à tous les types de temps, y compris le temps météorologique, les variations saisonnières, les temps de la vie, le temps historique, le temps du souvenir, etc.
  • Il faudrait aussi faire la guerre au zapping, à l’inachevé, au bâclé. Trouver le temps de séquences de travail ou de repos longues, calmes, sans cette agitation factice qui envahit la vie des enfants dans leur vie en dehors de l’école. Le recours au yoga ou à la sophrologie est d’un grand secours pour instaurer ce calme intérieur qui permet la maturation. On arrive alors à vivre le moment présent dans sa réalité et non dans l’impatience fébrile de l’à venir. À voir vraiment, à savourer les bruits, les odeurs, les saveurs, les contacts, la lumière, les vibrations, les rythmes, la beauté, l’harmonie, toute la joie d’être là et vivant. Non pas dans une carapace de gadgets technologiques, mais dans un rapport sensuel et amoureux au monde et à ses merveilles, dans une empathie avec l’autre qui peut nous enrichir de ses différences. Cette initiation à l’exploration de l’intériorité est essentielle car elle est reliée au besoin fondamental d’intimité. Les effets positifs en sont aussi immédiats que spectaculaires. L’école doit être apaisée et défragmentée, en antidote à l’hystérie et l’éclatement de la vie moderne. D’où la nécessité de mettre en place de vrais projets qui demandent anticipation, engagement, temps, construction, durée, effort.
  • Une information des parents est nécessaire. Leur rôle est décisif dans les premières années de la vie de leur enfant. Ce sont eux qui doivent d’abord nourrir leurs bébés d’amour et de récits merveilleux, qui doivent leur apprendre le monde et le temps. Il n’est pas admissible que des parents rejettent massivement sur les maîtres la responsabilité de l’échec scolaire de leur enfant. C’est se défausser un peu trop facilement. Mais les maîtres ne doivent pas non plus se contenter d’entériner les inégalités et trier les « bons » et les « mauvais ». Leur devoir est de se substituer au milieu parental – compléter le bagage reçu, si vous préférez ce verbe – quand il y a eu des carences, de façon à ce que tous les enfants puissent acquérir les compétences qui leur permettront de développer au mieux leur propre potentiel de capacités.

Chapitre 4 à suivre et à poursuivre!


10 Alors, promis ? Plus de fraises à Noël ni de poires en août !

11 Les textes de la tradition orale sont en général fort mal utilisés. Les critères d’âge ne sont pas connus, la parodie remplace souvent le contage, quand on ne se limite pas à l’étude de LA structure du récit, comme s’il n’existait qu’une seule structure narrative !

12 L’exemplum est un récit, une historiette  ou une fable donné comme véridique et destiné à être inséré dans un discours, en général un sermon, pour convaincre un auditoire par une leçon salutaire qui a valeur d’exemple. Les contes populaires ont longtemps été récupérés en exempla par les prédicateurs et les moralistes (la Fontaine, Perrault, d’Aulnoy, Disney…).

13 Un livre récent alimente cette réflexion avec humour : L’espèce fabulatrice, Nancy Huster, Actes Sud, Arles, 2008

14 téléonomique dans le sens que lui donne Jacques Ellul (La technique ou l’enjeu du siècle, Armand Colin, Paris, 1954) : projection subjective dans l’avenir avant de décider le présent.




Le jardiner pédagogue (Chap.3.1)

25 09 2008

LE TEMPS, L’ESPACE

« Je passe tout mon temps  

à comprendre le temps. »

Alain Bosquet (extrait de : Avoir empêche d’être)

Ce qui différencie l’être humain de l’animal c’est qu’il maîtrise le temps : grâce à sa mémoire qui garde le passé, sa pensée/parole qui organise le présent et son imagination qui permet d’imaginer le futur. Un être qui subit le temps n’a pas d’essence humaine, mais seulement une existence. Une cause importante du retard ou de l’échec scolaire provient de l’incapacité de certains enfants à sortir du chaos existentiel vécu dans un présent racorni au vécu de l’ici et maintenant. Ils n’ont aucun sens de la chronologie, tiennent Jules César et Napoléon pour contemporains.

Le problème du temps se présente sous deux aspects :

– analyser les éléments qui compromettent la construction du temps chez l’enfant dans la société moderne ;

– trouver des stratégies et des pédagogies qui vont permettre à l’enfant d’organiser le temps.

Pour le premier point, je vois quelques pistes possibles :

– le manque d’obscurité dans les villes, en raison de l’éclairage urbain et des habitudes d’éclairement des chambres d’enfant,

– l’effacement des saisons par manque de contact sensoriel avec des milieux naturels,

– la fragmentation du temps vécu, aggravée par l’irruption des écrans divers qui induisent un va-et-vient constant entre télé, ordinateur, téléphone portable, consoles et… la vie réelle, elle-même éclatée entre parents, école, copains, déplacements ;

– le brouillage des seuils entre les âges de la vie : on voudrait devenir adulte toujours plus tôt, garder l’innocence de l’enfance tout en jouissant de la plénitude de l’âge adulte, garder une éternelle jeunesse dans un refus pitoyable de vieillir ;

– le floutage des frontières entre réel et fiction, réel et virtuel, vu à la télévision et vécu concrètement ;

– l’explosion du temps en raison de la possibilité d’être constamment dans toutes les parties du monde, dans tous les moments de l’histoire ;

– le discrédit de la narration, qui nous apprend à apprivoiser le temps, dans certaines approches linguistiques (nouveau roman, distanciation théâtrale, nouvelle histoire, normalisation en schéma unique des structures narratives sur le modèle proppien… ), alors que, pour l’être humain, il n’est de temps que raconté ;

– le peu d’attention apporté à la mémoire (remplacée par la commémoration qui est un déplacement du passé dans le présent et non un voyage dans le passé) et à la visée téléonomique (se projeter dans le futur pour décider le présent), pourtant essentielles dans tout projet ou acte pédagogique ;

– l’insuffisance de l’exploration spatiale des milieux proches, espace et temps étant intimement liés ;

– le système de consommation du « prêt à jeter » instantané, quel que soit le secteur envisagé.

Ce dérèglement du temps est aggravé par le peu de considération accordée aux rythmes scolaires et parascolaires. Les conséquences en sont lourdes pour nombre d’enfants. Beaucoup sont signalées mais on peut insister sur l’une d’entre elles : la confusion dans la perception du déroulement temporel rend difficile la maîtrise de l’analyse, de la synthèse, de l’appréhension des rapports de cause et de conséquence, ce qui entraîne des difficultés majeures dans le domaine des apprentissages scientifiques.

Dans un premier temps (…)

Christian MONTELLE
Ornans, Août 2008
Diffusion libre
…Ne m’en veux pas de te couper ainsi la parole, Christian. Un abus d’autorité de ma part, juste pour permettre à chacun de bien lire et relire ces premiers éléments, avant de poursuivre ensemble ta réflexion. Ce début de chapitre laisse entrevoir que la chose est complexe…prenons donc le temps nécessaire pour entrer dans le débat!