L’autorité, une question de limites

20 09 2011

Être l’autorité, avoir de l’autorité, faire autorité. Trois expressions couramment employées.

L’exercice de l’autorité en classe, qu’il s’agisse du respect de la loi, de la norme, de la morale ou encore de celui du statut, se rapporte bien évidemment aux exigences du cadre collectif bien particulier qu’est l’école. Pourtant, au-delà du cadre, il se confronte toujours et avant tout à la personne qu’on est, au filtre du « je » intime, social ou professionnelle qui nous fonde au plus profond de nous-même.

Ma collègue d’en face ne supporte pas le mouvement, je ne supporte pas le silence. Celui d’à côté tolère les retards, je les accepte très mal. Le maître de mon fils se fait tutoyer, mes élèves doivent m’appeler Madame.  Un enfant ne fait pas ses devoirs, il les fera plus tard, restera à la récréation ou sera sanctionné par une heure de retenue? etc. Les exemples de dissonances sont multiples et récurrentes à l’école. Il n’y a qu’à entrouvrir la salle des profs et écouter les avis des uns et des autres… Qui a tort? qui a raison? Y a-t-il de bonnes réponses et de mauvaises réponses?  Existe-t-il des règles d’or inaltérables à définir collectivement, une fois pour toute? Force est de constater que cette question de l’autorité, qui ne date pas d’hier, ni d’avant-hier d’ailleurs, reste une question centrale à l’école, en famille mais aussi au bureau, dans le métro, sur le trottoir, à la télé, et  jusque dans nos pires cauchemars.

A chacun selon ses limites, ses valeurs, ses représentations, ses peurs. Une journée d’école est jalonnée de mille et un micro-événements vécus par certains comme de simples perturbations et par d’autres comme de véritables infractions. De l’anecdote sans conséquence à la faute caractérisée…du léger écart de conduite à la transgressionl’exercice de l’autorité n’est pas chose aisée.

Je vous propose un petit jeu. Voici une liste non exhaustive de perturbations courantes à l’école. Je vous propose d’en choisir UNE et une seule. Celle que vous considérez comme fortement dérangeante dans votre pratique de classe. Une fois choisie, je vous invite à exprimer ce qui vous conduit, vous, à considérer cette « perturbation » comme insupportable et enfin, et si vous en êtes d’accord, à nous raconter une situation qui s’y rapporte et que vous avez vécue.

NB: L’objectif ici n’est pas de se répondre les uns les autres et d’entamer une discussion à bâtons rompus mais plutôt, à tour de rôle, de s’exprimer librement sur ce qui nous pose un problème d’acceptation et donc nous conduira d’une manière ou d’une autre à exercer notre autorité. Tolérance, bienveillance et écoute ne sont-ils pas des mots que nous rabâchons à longueur de journée à nos enfants et nos élèves? Témoignages en direct, à vous la parole 😉

 

Liste non exhaustive de perturbations courantes

D’après l’ouvrage de Bruno Robbes L’autorité éducative en classe. 12 situations pour apprendre à l’exercer, ESF éditeur

 

  1.         l’élève qui ne croise jamais votre regard
  2.         l’élève qui vous regarde droit dans les yeux
  3.         l’élève qui se retourne sans arrêt vers ses voisins de derrière
  4.         l’élève qui utilise systématiquement les affaires du voisin
  5.         l’élève qui n’a pas ses affaires pour travailler
  6.         l’élève qui garde son blouson, sa casquette ou son foulard en classe
  7.         l’élève qui graffite sur ses cahiers
  8.         l’élève qui manipule continuellement des objets
  9.         l’élève qui se balance sur sa chaise
  10.         l’élève qui n’apprend jamais ses leçons
  11.        l’élève qui se déplace sans demander l’autorisation
  12.        l’élève qui ne lève pas la main pour demander la parole
  13.        l’élève qui mange ostensiblement des bonbons
  14.        l’élève qui arrive régulièrement en retard
  15.        le garçon qui refuse de s’assoir à côté d’une fille
  16.        la fille qui s’habille à la manière d’une ado
  17.        l’élève qui tient des propos racistes
  18.        l’élève qui en classe refuse d’exécuter une tâche
  19.        l’élève qui fait des bruits de bouche, de succion
  20.        l’élève qui parle tout seul en classe
  21.        l’élève qui se lève à la sonnerie sans attendre votre signal
  22.        l’élève qui insulte ses camarades
  23.        l’élève qui fait passer des petits mots en classe
  24.        l’élève qui triche

Quelques liens pour aller plus loin:

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Etats généraux du bonheur à l’école

7 04 2010

Les États généraux de la violence s’ouvrent donc aujourd’hui sous la direction d’Eric Debarbieux, spécialiste de la question. Jeunes, adultes, élèves, psychologues, force de l’ordre, juristes, enseignants et parents vont durant 2 jours explorer la question du passage à l’acte, en interroger les causes, analyser les manifestations de cette violence, soumettre des réponses, avec comme postulat cette nécessaire mise en garde « Pas de schémas simplistes pour aborder un phénomène complexe. Une dramatisation souvent excessive entrave une action à long terme. » E.Debarbieux

Cette violence, si l’on en croit les études chiffrées, toucherait environ 10% des établissements. 10% c’est bien évidemment déjà trop car derrière la froideur et la limite des chiffres se cachent des réalités humaines.

Pour autant il me parait intéressant et sait-on jamais utile de considérer également les 90% restants; les établissements qu’on appellerait donc par opposition non-violents, quoique ce terme mériterait qu’on s’y attarde…

Et sans doute, à l’intérieur de ces 90% de non-violents trouverait-on un certain pourcentage d’établissements qui ont choisi délibérément d’intégrer le bien-être et le bonheur à l’école comme facteur d’efficacité et de productivité…Non pas un bonheur béât et satisfait, non pas un bien-être individualiste et superficiel, mais un bien-être et un bonheur indispensables et indissociables de toute activité humaine.

Curieux pari que celui de considérer le bonheur comme véritable stratégie, comme incontournable prérequis, comme enjeu vital. Et pourtant, tel est le parti pris au quotidien d’un grand nombre d’équipes et d’enseignants. Pour illustration, en février dernier un colloque organisé par l’académie de Paris, auquel j’ai eu la chance de participer, a même été réservé à ce sujet. Forum de discussions, échanges de pratiques, bilans d’expérimentations et synthèses de recherches sur ce thème à découvrir sur le site de l’académie.

Le sujet du bien-être est donc un sujet très sérieux, un cas d’étude, un domaine expérimental…

Est-il possible de dresser une typologie des établissements en question?

Est-il imaginable de parler d’ethnologie du bonheur en éducation?

Comment ces équipes ou ces enseignants s’y prennent-ils?

Quels projets éducatifs mettent-ils en place?

Quels types de coopération entretiennent-ils au sein de l’équipe éducative?

Quelles structures d’accueil ont-ils imaginé?

Quel travail d’équipe au service de quelles valeurs?

Quelles pratiques, quels rituels?

Le bonheur est un concept qui me semble intéressant tant il ouvre l’univers des possibles. Une des caractéristiques du bonheur est qu’il n’impose pas de modèle unique puisque chacun de nous a sa propre définition du bonheur, sa propre interprétation elle-même forgée à partir de ses propres expériences…Ces États généraux du bonheur à l’école, en plus d’être un clin d’œil impertinent à l’actualité du jour, se veulent être un lieu très sérieux d’échanges de pratiques éducatives fondées sur l’idée que le bonheur (vécu ou recherché) est indissociable de toute activité humaine; qu’il est à la fois moteur, enjeu et stratège…et que l’école, puisqu’elle est obligatoire, puisqu’elle est un lieu de vie, puisqu’elle est un lieu d’apprentissages et d’activités ne peut faire l’impasse sur cette question du bonheur…

J’ouvre donc ici très officiellement et très sérieusement 😉 les États généraux du bonheur à l’école, non par esprit de contradiction mais par souci de complémentarité. Prendre le sujet de la violence par un autre biais que celui de la violence…et tenter de mettre en évidence les facteurs de bien-être à l’école et leurs impacts sur le climat et les apprentissages solaires…Voir les autres sujets sur le même thème


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Eloge de la fragilité

2 04 2010

La fragilité, c’est cette texture de l’âme particulière à l’homme qui le rend à la fois si vulnérable et  si humain; c’est cette détresse existentielle qui fait de lui cet être imparfait qui cherche en vain les promesses d’un refuge; c’est cet espace incertain entre soi et les autres qui laisse une chance à l’humanité de se construire.

La fragilité, c’est cet enfant différent qui nous bouscule et nous appelle au plus profond de nous même; c’est notre incapacité à nous dire tels que nous sommes; c’est l’écho flottant de nos voix égarées qui se perd dans le tumulte de nos vies.

La fragilité, c’est ce sentiment de brisure imminente contre lequel on ne peut rien, contre lequel on peut tout et qui nous maintient en éveil, vivants et mortels; c’est le contour presque lisse d’un pétale qui s’esquisse sur le rose d’une joue; c’est le sable qui fond doucement sous mes pieds et le vent du nord qui pleure le long des plaines des sentiments perdus.

La fragilité, c’est la surface irisée au fond  de tes yeux qui se trouble au moindre souffle au cœur; c’est ce qui me  permet d’être toi quand tu pleures et toi quand tu ris, d’être toi quand tu vis et toi quand tu meurs; c’est ton regard qui se voile et ton âme qui se dévoile.

La fragilité, c’est un ruban de soie qui vient panser nos maux et dénouer nos peurs; c’est une musique d’eau qui coule sous la peau et caresse nos peines; c’est une amie fidèle d’une infinie douceur, une mère inconnue, une sœur.

La fragilité, c’est ce fil ténu tendu entre le ciel et la terre, c’est ce roseau qui danse et ce chêne déraciné, c’est l’horizon qui vacille dans le feu d’un soleil couchant; c’est la lueur d’un sourire qui se dessine dans un obscure silence.

La fragilité, c’est la lucidité des entrailles face à l’arrogance de la raison; c’est la détresse des puissants, la misère des riches et la force de l’enfance immortelle; c’est cette distance magnétique qui relie le corps des amants, la mère à l’enfant et  Dieu aux hommes.

La fragilité est invincible. Elle est partout et dans tout. Elle est l’essence et le miel de la vie. C’est elle qui colore l’existence et qui lui donne un sens. Elle seule connaît nos secrets, elle seule adoucit la violence. La fragilité est la plus belle chance offerte à l’homme de devenir un homme.

Et à l’école…que faisons-nous de cette fragilité?


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La violence et le bonheur

17 02 2010

Plus un enfant souffre et plus il faut l’aimer

Plus la violence est là et plus il faut l’accueillir.

Qui n’a jamais souffert?

Qui n’a jamais senti cette vague de violence le submerger?

La violence appartient à chacun de nous, elle est en chacun de nous, tapie, muette ou vive et irrépressible. La violence est un cri, un symptôme, une ultime pulsion de vie, un dernier rempart contre l’inhumanité.

Lutter « contre » la violence c’est détruire ce dernier rempart, c’est nier la maigre part de vie qui est à sauver, c’est bâillonner l’espoir de re-naissance et d’éducabilité, c’est refuser d’aimer celui qui tant besoin qu’on l’aime.

Alors quoi, on laisse faire? On applaudit? On se berce d’illusions? On fait comme si de rien n’était? On donne raison à la violence et on oublie les victimes de cette violence?

Comme chaque enseignant, comme chaque parent, comme chaque citoyen, je vis avec cette violence, je la subis ou je l’exerce, je la contourne ou je l’affronte. Je tente de faire avec. Faire avec, c’est accepter sans passivité, sans sentimentalisme, sans mollesse et sans démagogie. C’est être capable de dire Non, tu vois, là, tu as fais du mal et tu te fais du mal. Je ne peux pas te laisser agir ainsi. Mais je suis là et je t’entends.

Il ne faut pas nier la violence, il faut la nommer chaque fois qu’elle se présente, la reconnaître chaque fois qu’elle s’immisce dans nos vies, il faut l’entendre et la voir en face. Il faut être là, à côté d’elle, avec elle et surtout pas contre elle.

Être là.

Ne pas juger l’enfant mais lui ouvrir d’autres voies d’expression. La violence ne s’extrait pas comme une dent. Elle s’approche avec douceur, elle s’apprivoise avec tendresse, elle se confie avec empathie. Il faut enseigner le bonheur à ceux qui souffrent et font souffrir.Enseigner le bonheur et enseigner avec bonheur.

Oui, le bonheur.

Des cours de bonheur à l’école, voilà ce que je proposerais comme piste de travail si je devais participer aux futurs États généraux sur la violence.

D’autres articles sur le même thème:

  1. L’école pour vivre ensemble
  2. La violence sans tabou
  3. Médiations éducatives (1)
  4. Médiations éducatives (2)
  5. De l’acte violence à l’acte d’écriture

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Médiation éducative 2

29 05 2009

Un petit retour en arrière. C’était à Roubaix, c’était beau, c’était chouette!

Roubaix 2009 au forum de l’innovation éducative, vous vous souvenez?

Monique, douée pour le bonheur

Voici son projet, grand vainqueur

Aujourd’hui plus que jamais à l’honneur!

Lutter contre l’exclusion c’est lutter contre la violence

Placer le jeune en situation de passeur, c’est lui accorder un vrai statut dans la société.

Combiner savoir-faire et savoir-être c’est parier sur la solidarité réciproque et le respect mutuel.

http://www.dailymotion.com/video/x4gpjj

Les rencontres inter-générationnelles sont toujours très enrichissantes, à la fois pour les jeunes et pour les anciens. Ici, dans le quartier de Recouvrance à Brest, les jeunes viennent initier les seniors aux « joies et douleurs » de l’informatique.

« Monique anime une classe relais à Brest. Elle accueille par demi journées des collégiens repérés comme en grande difficulté dans l’institution et présentant des problèmes de comportement. 10 à 15 élèves de 6e, 5e et 4e sont inscrits dans sa classe où ils viennent par groupe de 4 à 5. Dans le Finistère, le choix a été fait de ne pas les retirer du collège complètement mais de miser sur un changement progressif pour augmenter les chances d’insertion. Ces élèves ont souvent une image dégradée d’eux-mêmes, ils se considèrent comme des nuls. « Ils ne sont pas capables de construire, donc ils détruisent » analyse Monique. C’est pourquoi, le travail sur l’estime de soi est primordial. » Interview de Monique par Monique Royer, du Café Pédagogique.

Voilà un exemple de mesure pédagogique et éducative. Une question me brûle les lèvres…Nous étions 100 enseignants lors de ce forum sur l‘innovation pédagogique. Par manque de place, d’autres inscrits n’ont pu participer. Nous y avons entendu et vu tant de projets qui fonctionnent, tant d’idées à partager.

POURQUOI le gouvernement ne s’y est-il donc pas manifesté?

POURQUOI les politiques ont-ils tant peur de l’innovation éducative?

POURQUOI les médias n’ont-ils pas joué leur rôle de témoins et de transmetteurs d’informations?

POURQUOI toujours choisir d’étaler au grand jour les affres de la société et de cacher au grand public ce qui se fait au quotidien?

Tant d’énergie déployée à décrire le pire…

POURQUOI?

Si peu de respect pour ceux qui, sur le terrain, travaillent à éviter ce pire…

POURQUOI??

Un sujet sur les 100 plus grosses fortunes du monde, ça c’est intéressant!

Un reportage sur les 100 coups de couteau de l’homme de Londres, ça c’est passionnant!

Une émission consacrée aux 100 premiers jours de Président, ça c’est palpitant!

Mais franchement, relayer les expérimentations de 100 enseignants innovants…c’est perdre son temps…et le temps…c’est de l’argent!

Enfin surtout, ce serait prendre le risque de s’exprimer à contre-courant…

Et ça…c’est pas du tout dans l’air du temps!

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Médiations éducatives 1

28 05 2009

Traiter la violence comme un symptôme plutôt qu’une cause,

sonder le fond du problème autant que colmater des brèches,

considérer les jeunes comme des révélateurs plutôt que des catalyseurs…

Trois principes essentiels qui permettraient d’entamer un travail en profondeur. Le vrai générateur de violence est ailleurs, au cœur et en amont de la société toute entière et du système scolaire en particulier. C’est avant tout ce système qu’il parait urgent de remettre à plat. Pour cela, il faut du courage et de la volonté politique, professionnelle, citoyenne. Le gouvernement seul n’y parviendra pas, les enseignants seuls n’y parviendront pas les familles seules n’y parviendront pas, la répression seule n’y parviendra pas…

Mais alors par où commencer?

Ayant beaucoup entendu parler du primaire, du lycée et de l’enseignement supérieur cette année, et si nous évoquions un peu le Collège ce matin…Voici quelques réflexions générales que je mettrais volontiers au cœur d’un projet de réforme si j’étais conviée à y réfléchir…

1/ Concevoir l’enseignement au Collège comme un acte pédagogique:

– Injecter de la pédagogie dans la formation initiale des enseignants

– Favoriser la polyvalence disciplinaire

– Renforcer la formation continue

Impact sur la violence?

Davantage de connexions entre les disciplines et de cohésion dans les apprentissages permettent de réduire l’écart entre le savoir et l’élève. En le rendant plus concret il devient plus accessible.  Si le savoir-savant est transformé en savoir mobilisable et disponible, la projection redevient possible, le sentiment d’exclusion intellectuelle et culturelle diminue, la colère diminue, la violence diminue.

Le savoir, médiateur éducatif et prétexte aux mises en relations, un premier pas vers l’apaisement…

2/ Concevoir l’enseignement comme un acte collégial:

– Repenser la mobilité professionnelle et le système de mutation à l’ancienneté.

– Nommer des coordonnateurs pédagogiques externes aux établissements.

– Alléger les mégalopoles scolaires.

Impact sur la violence?

En consolidant l’équilibrage des équipes éducatives, en stimulant la mise en place et le suivi des projets pédagogiques,  en travaillant au sein de groupes humains à taille humaine, on pérennise les efforts, on renforce le statut des adultes aux yeux des élèves, on gagne en légitimité et en force d’action. Plus les élèves sentiront une cohésion forte entre les adultes,  moins ils auront d’occasion de s’engouffrer dans les failles du système.

La cohérence, médiatrice éducative et architecte du cadre scolaire, un deuxième pas vers l’apaisement…

3/ Développer l’idée du partenariat dans l’acte éducatif

– Intégrer les familles les plus isolées

– Mettre en place des jumelages entre établissements

– Développer des réseaux associatifs via les collectivités locales

Impact sur la violence?

Parier sur la complémentarité des compétences et associer les différents acteurs de la société génèrent du lien, du sens, de la solidarité, du respect. A l’école, dans la rue, ou bien à la maison, quand les jeunes sentent qu’une même volonté s’exerce et que chacun est reconnu comme un des maillons de la chaine éducative, ils sont moins sujets à la dérive, à l’absentéisme, à l’exclusion.

La co-éducation, partenaire officielle de la médiation éducative, un troisième pas vers l’apaisement…

Voilà donc en guise d’introduction et pour inaugurer cette série d’articles sur la violence scolaire. Pas de mesures miracles, mais l’ébauche d’une réflexion générale aujourd’hui urgente et incontournable si l’on souhaite entamer un véritable travail sur le moyen et le long terme.

Évidemment, en attendant que tout cela se mette en place, il conviendra de penser des modalités plus immédiates et concrètes pour éviter que les actes de violence se répètent et protéger élèves et enseignants.

4 exemples pour terminer ce billet et illustrer chacune des parties:

1/ Mettre en place des projets pluridisciplinaires centrés sur un travail de recherche collaboratif et des réalisations concrètes. Par exemple, en 3ème, en histoire en abordant la Résistance, faire intervenir les derniers témoins, transférer les apprentissages à la prise d’engagements réels: aider les élèves à collecter des fonds pour permettre à certaines colonies indiennes de racheter des parcelles de territoires. Un travail de mémoire, un travail sur les valeurs humaines, un travail dans l’action, un travail pour la survie de l’espèce et de la planète. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

2/ Cesser de placer systématiquement nos jeunes collègues à des postes dont personne ne veut car trop exposés. Le privilège de l’ancienneté réserve aux moins affutés les postes les plus complexes! Quelle incohérence et quelle violence! Violence infligée au enseignants et dont les jeunes s’emparent intuitivement. Lutte des territoires…c’est tellement évident qu’on a du mal à comprendre que ce système fonctionne encore! TROP SOUVENT VU et  pourtant INACCEPTABLE!

3/ Motiver des associations d’étudiants dans les quartiers pour accompagner et soutenir l’aide au devoir ou l’entraide au quotidien. Voir le site de l’AFEV. Favoriser les échanges inter-générationnels. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

4/ Et pour commencer, transférer le budget prévu pour l’installation d’un portique de sécurité à celui du recrutement immédiat de personnel d’encadrement éducatif. Surveillant, assistant social ou conseiller principal d’éducation. Voir les 3!

Ce sera tout pour aujourd’hui…

D’autres articles parus sur BLOG BLEU PRIMAIRE en lien  le même thème

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La violence sans tabou

25 05 2009

Autorité, légalité, efficacité, telle sera bientôt la belle devise sécuritaire qui brillera en lettres rouge sang sur les façades grillagées de nos écoles, pardon de nos centres de redressement.

Re-sanctuariser nos écoles ne suffirait même plus, l’heure serait à la « carcéralisation »…

En effet, à en croire les dernières déclarations ministérielles, les reprises médiatiques et les postures politiques, parler aujourd’hui sans tabou de la violence à l’école, c’est un peu comme parler sans tabou de la violence dans les prisons; c’est évoquer tout naturellement la mise en place de mesures policières, judiciaires voire pénitentiaires au sein même des établissements; c’est instaurer des gardes à vue intempestives qu’on ait 6 ans, qu’on en ait 15, qu’on soit mineur, qu’on soit majeur…

L’heure est grave chers concitoyens…Rien ne doit être écarté, tout doit être envisagé…Tout et sans tabou…

Oui, évoquer sans tabou la violence à l’école, c’est accepter aujourd’hui l’idée qu’aucune réflexion ne soit encore menée en profondeur, qu’aucune médiation éducative ne soit encore possible, qu’aucune stratégie humaine ne soit encore envisageable, et qu’il existerait des quartiers et des écoles entières d’où la liberté, l’égalité et la fraternité se seraient échappées…Rattrapez-les! La première s’est fait la belle en vélo, la seconde en trottinette et la troisième court toujours derrière! Rattrapez-les, enfermez-les, punissez-les! Que ces trois-là, une fois pour toute apprennent le mot respect!

Ainsi donc traiter sans tabou la violence à l’école signifierait tout simplement la légalisation des fouilles de cartables, l’installation de caméras et de gardes mobiles, la création de portiques de sécurité, la trans-mutation des directeurs en brigadiers et celles des brigadiers en personnels ré-éducatifs, sans oublier la mobilisation d’une armada de chiens policiers spécialisés en pédagogie canine…ouf, un peu de pédagogie tout de même…

Oui, lutter sans tabou contre la violence scolaire revient enfin à cibler l’action sur le seul et unique recours à la répression, la contrainte, l’intimidation, la force, la peur. N’ayez crainte, chers amis, on les aura, et on leur fera la peau… sans tabou…sans honte et sans reproche. Enfin s’en prendre à la violence scolaire est devenu une priorité nationale! Nous voilà rassurés! Nous voilà dans l’action, le concret, sauvés!

Nous y sommes donc, le dossier de la violence scolaire est enfin ouvert et rien ni personne ne pourra plus empêcher les autorités judiciaires de l’instruire, les autorités policières de veiller à sa bonne application, et les autorités militaires ou para-militaires d’officier intramuros en tout légitimité pour y faire régner la Loi.

Autorité, légalité, efficacité…que la formule est rassurante, sécurisante, séduisante!

Le hall d’entrée? rebaptisé sas anti-gang.

La cour d’accueil? transformée en espace militarisé.

Le trottoir…nettoyé, karchérisé.

On n’a plus le choix, éradiquer la ghettoïsation passe par la stigmatisation et la sanction. A la violence il faut répondre par la violence, à l’expression de la souffrance il faut préférer celle de la démagogie infanticide.

Œil pour œil, dent pour dent!

Chers petits électeurs, n’ayez plus peur, Paparcos s’occupe de vous, veille sur tout…J’ai dit électeurs? Veuillez excuser cette erreur, mon clavier s’est emballé sous la terreur.

Pour en savoir plus, cesser la gesticulation et entrer dans la réflexion et l’action éducatives…

Un petit rappel des faits récents sur le blog de Luc Cédelle, journaliste éducation au Monde

– Un dossier très fourni sur la violence en milieu scolaire sur le site de Jacques NIMIER

– Les pistes pédagogiques d’Eveline Charmeux sur le blog de l’amie scolaire

– L’histoire de Clisthène, un collège de Bordeaux à suivre de près grâce aux Cahiers pédagogiques

– Un entretien avec Eric Debardieux

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Le jardinier pédagogue (Chap.1)

10 09 2008

IDENTITE ET SOCIALISATION

« Il ne s’agit pas de tuer la liberté individuelle,

mais de la socialiser. »

                                               P.J. Proudhon (1809-1865)

L’identité est un concept à double face. D’une part, l’identité désigne un individu dans ce qu’il a d’unique, dans son physique, sa psychologie : ce que Paul Ricœur nomme l’ipse. D’autre part, l’identité contient l’idée de mêmeté, ce qui est identique dans tous les membres de tel ou tel groupe humain, l’identité citoyenne : ce que Paul Ricœur nomme l’idem. Les enseignants jouent un rôle important, même s’il est souvent ignoré ou sous-estimé, dans le développement de ces deux aspects de l’identité. Par les exemples de comportements qu’ils donnent, par la philosophie qu’ils exposent consciemment ou inconsciemment, par la pédagogie qu’ils pratiquent, par les textes qu’ils proposent, et en particulier les récits. Ils peuvent enthousiasmer, indigner, révulser, passionner les enfants qui réagiront différemment selon leur milieu familial, leur origine. La laïcité doit s’exercer sans concession, non dans des choix restrictifs, mais dans une information neutre de tout ce qu’offre le monde aux jeunes intelligences. Paul Ricœur (5) parle de cette responsabilité subtile et déterminante dans son ouvrage : Soi-même comme un autre, Seuil, Paris, 1996. Je laisse le lecteur accompagner ce grand philosophe dans cette réflexion complexe. Je suis persuadé que les professeurs sont aussi des maîtres qui aident les enfants à se construire, et que cette fondation de ce qu’il y a d’humain dans l’homme doit s’effectuer dans le respect de la liberté de chacun.

C’est un euphémisme de dire que les rapports entre adultes et enfants sont peu amènes. Grossièreté, agressivité sont de mise, bizarrement mêlées à des manifestations exagérées d’amitié factice : baisers (bisous, dit-on) distribués à l’encan, marques incessantes de compassion convenue, manifestations envahissantes de convivialité qui trouvent rarement leur aboutissement. Les modèles médiatiques donnés par les émissions comiques, les talk-shows, les émissions de télé-réalité, les séries, les films, les hommes politiques (« Casse-toi, pauvre con ! ») sont désolants. Les enfants adoptent les modèles que les adultes leur donnent quels que puissent être les efforts de certaines familles pour donner encore un peu d’éducation à leurs rejetons. Cette déliquescence des rapports sociaux est sensible dans le milieu scolaire. De petits caïds se taillent des « territoires », terrorisent et rackettent les plus faibles. Des violences physiques ou sexuelles – verbales ou avec passage à l’acte – sont monnaie courante, y compris envers des adultes. Cela fait partie de l’échec scolaire. On constate aussi un esprit de défi permanent, de challenge, pour utiliser un anglicisme qui masque la violence de l’affrontement. Défis dans le négatif, et des émissions comme Jackass en donnent l’exemple : happy slapping (6), paris stupides, absorption de substances variées, paroxysmes de conduites aberrantes. Défis dans la course au résultat, certains élèves étant classés ou se classant comme surdoués et écrasant les autres, quitte à recevoir des raclées comme « intellos ». La société du spectacle fabrique à la chaîne du « sauvageon » comme Chevènement nomma ces enfants perdus.

Il est certain que l’état devrait agir auprès des médias pour protéger les enfants mais l’école a aussi vocation de donner des habitudes d’urbanité et de solidarité. Les adultes peuvent utiliser un langage irréprochable, éviter toute grossièreté, faire montre d’une correction totale envers leurs pairs ou envers tous les élèves. Cela leur permettrait de bannir de l’école les « cons », « enculés », « nique ta mère », « pétasses », qui fleurissent (fleurs de latrines, j’entends) dès la maternelle. J’en passe et de plus raides !

Plus important : on peut tenter de fonder le groupe de la classe. Mon expérience me suggère de donner deux pistes pour ce faire. Premièrement, présenter le groupe-classe (qui devrait rester stable plusieurs années consécutives) comme une équipe :

« Cette classe est une équipe de foot. Dans une équipe, il n’y a pas des perdants d’un côté et des gagnants de l’autre. Tout le monde gagne ou tout le monde perd, selon que l’équipe a su se montrer solidaire ou non. C’est pourquoi nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Chaque fois qu’un condisciple sera en difficulté, un « sauveteur lui viendra en aide, lui « passera la balle ». Ceux qui sont le plus à l’aise dans telle ou telle matière seront les « tuteurs » (les entraîneurs) de ceux qui éprouvent des difficultés dans ce domaine. Tout le monde peut être tuteur car chacun possède un domaine d’excellence. Le bon slameur, guidera le fort en maths et vice versa. L’angliciste doué aidera de ses conseils l’acteur-né, qui lui donnera ses techniques. Et ainsi nous jouerons notre partie, chacun apprenant autant en partageant qu’en recevant. ».

On est étonné de constater comme les enfants entrent volontiers dans cette solidarité, reconnaissent des compétences qui fondent des hiérarchies estimées. Le maître est le chef d’orchestre qui coordonne l’ensemble.

En second lieu, la classe peut aussi être soudée par le partage culturel si elle reçoit des textes très forts qui suscitent des émotions et d’intenses jouissances intellectuelles d’interprétation. Les récits oraux ou écrits, les poèmes, les extraits de théâtres, les énigmes, les merveilles de la nature, les « exploits » sportifs, les célébrations, les sorties et tant d’autres événements peuvent être magnifiés pour devenir des références qui soudent un ensemble d’enfants en communauté. Pour renforcer cette spécificité, la classe peut adopter le nom d’un héros dont elle se baptisera. La 5e Berlioz, la 4e Courbet, la 6e Marie Curie ont plus de sens que 6e1 ou 3e2 ! Ce héros sera l’objet de travaux divers qui seront échangés et exposés à l’occasion des journées « portes ouvertes », en même temps que les chefs-d’œuvre réalisés par les élèves. Ils pourront aussi être diffusés dans un journal scolaire, ou un cyberjournal, ce qui leur permettra d’être soumis à une critique externe.

Le but est que les enfants cessent de dénigrer leur établissement, soient fiers de leur classe et de leur école, de leur collège ou de leur lycée. Pour qu’ils apprennent la vie avec autrui, le respect de l’autre, l’urbanité qui fait le charme des rapports sociaux, il est important de prendre très au sérieux les procédures démocratiques d’élections, de ne pas manquer une occasion de donner une illustration d’éducation civique. Non pas dans des « journées de… » , mais de façon beaucoup plus proche, en traitant des exemples locaux. Intervenir toutes les fois que cela est possible, au lieu de se contenter de yaka-ci ou yaka-ça.

D’une manière générale, la socialisation se réalise quand on la vit plus que lorsqu’on en parle. Comme le dit si justement Ostiane Mathon : « Il vaut mieux FAIRE ensemble plutôt que de DIRE aux autres de FAIRE ceci ou cela. »

A SUIVRE…

Christian MONTELLE

Ornans, août 2008

Diffusion libre

 


 

5 On l’aura remarqué, je cite abondamment Paul Ricœur qui nous a quittés récemment. Bien que ce soit pas précisément son propos, il traite dans ses ouvrages  de nombreux sujets intéressant l’enseignement : l’interprétation, l’identité, le temps et le récit, la poésie (La métaphore vive), la mémoire, la responsabilité…

6 On filme subrepticement (avec son portable) une scène d’agression brutale et on la place sur le Net.

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L’école, pour vivre ensemble

16 04 2008

Pour les lecteurs qui ne lisent pas la presse quotidienne, et pour ceux qui n’ont pas encore exploré le site d’Eveline Charmeux….

Voici, dans son intégralité, mon « coup de colère » publié hier par le quotidien « La Croix »

LA VIOLENCE A L’ECOLE

L’école pour apprendre à vivre ensemble…

Belle ambition !

A son service ? L’éducation civique et ses leçons de vie.
A son service encore ? Les groupes de paroles entre enfants.
A son service toujours ? Les enseignants-éducateurs. (Voir aussi l’article du 4 février « complément d’enquête sur le métier d’enseignants »)
Bref, vivre ensemble, à l’école, c’est vital, c’est inévitable.
Mais alors, et les autres, que font-ils ?

Et vous ?

Vous, les parents ? Les grands parents ?
Vous, les marchands de vidéo ?
Vous, les promoteurs  de gadgets belliqueux ?
Vous, dans le métro ? Dans la rue ?
Vous, le voisin du dessous ? L’automobiliste pressé ?

Vous, intouchables puissants? Juges corrompus ou politiques décadents?

Que croyez-vous donc ? Qu’il suffit de prononcer les mots respect ou morale deux fois dans la journée pour participer à leur diffusion ?

Le respect,un mot tant à la mode qu’il s’est vidé de son propre sens. Trop utilisé, trop galvanisé, trop médiatisé sans doute. Un mot qu’on proclame aux autres, rarement à soi-même. Il erre sur les bancs de la cour de récré, il traîne sur les chaînes de télé. Le Respect s’il vous plaît, je réclame le respect ! Combien de fois par jour entends-je ce même refrain ?

Mais le respect, ça ne se décrète pas ! Ça se vit, ça se transmet. Le respect, c’est un remaniement permanent, une exigence de chaque instant ; si l’on n’y prend garde, les mots, les gestes, les regards, les silences, les rires, les attitudes prennent si naturellement le pas sur la réflexion et le jugement. Apprendre à gérer les paroles et les actes, comprendre pourquoi et comment y parvenir, c’est tout cela que nos enfants apprennent à l’école, dans la cour, dans les couloirs, dans la classe.

Qui peut proclamer que la chose est simple ? Qui peut imaginer que l’école seule relèvera le défi ? Quel parent honnête peut se soustraire à ce devoir d’éducation ? Quel individu majeur peut se dire dégagé de toute responsabilité ? Car enfin, posons-nous (vous étant inclus dans le nous), posons-nous donc aujourd’hui, sans biais ni faux-semblant, la question du rôle de l’exemplarité des adultes pour la construction des jeunes enfants ; ce qu’on leur donne à voir ou à entendre, dans la rue, dans le bus ou le métro, chez le voisin ou à la maison. Les images, les mots, les attitudes dont nous sommes seuls responsables puisque soit nous les véhiculons nous-mêmes, soit nous les laissons à leur portée, soit nous les ignorons.

Nous vivons dans une société formidablement agressive pour les jeunes esprits. Il faut le rappeler, votre enfant ne perçoit pas les images comme vous. Son cerveau ne reçoit pas la même information de la même manière. L’adulte traite toutes les données visibles et sonores via des filtres que la maturité et l’expérience lui ont fournis. L’enfant n’est pas encore capable de cette distanciation, de ce tri entre le réel et le factice. Face à un film d’horreur, il est dans le film, dans l’image, dans la peau du tueur ou de la proie. Quand vous êtes spectateurs, il est lui, auteur ou acteur. Quand vous êtes témoins, il est, lui victime. Et quand enfin vous regardez Catch-Attack le week-end avec lui, il apprend lui que la violence est un jeu, un spectacle qu’on regarde en famille.

Pour le jeune enfant, fiction et réalité sont deux espaces superposables. C’est pour cela qu’il aime tant qu’on lui raconte des histoires, voire toujours la même histoire. Pour lui, au moment où vous lui lisez les mots, où vous lui livrez l’intrigue, il quitte quelques instants le monde, retarde à l’infini l’heure de se coucher et plonge avec délice dans un univers construit rien que pour lui. Mais dès le lendemain matin, lorsqu’il se réveille, lorsqu’il est planté devant son poste de télévision, ou quand la radio lui déverse un flot ininterrompu de paroles en tout genre, lorsqu’il se glisse dans une rame bondée d’adultes gesticulant où maugréant, lorsqu’il traverse les avenues et autres artères survoltées, voilà notre chérubin livré en pâture aux affres du monde moderne. Le parcours du combattant reprend sa course effrénée.

Petit arrêt sur image. Zoom sur la réalité. Extraits choisis. Morceaux vécus.
Attention, esprits sensibles, s’abstenir.

Dressons un échantillon des clichés hauts en couleur qu’un enfant reçoit, sans pouvoir s’en prémunir, en une seule journée: les photos sans équivoque dans les kiosques, juste à hauteur d’yeux, les formules choc en bandeau des journaux, les publicités libidineuses entre deux soit disant programmes télévisuels pour enfants, les clips musicaux qui prônent souvent la violence et le sexe, les téléfilms scandaleux enrobés façon comédies, les faits-divers sordides livrés aux heures de grande écoute, les images sanglantes du « JT » juste avant d’aller dormir. Allez, fais de beaux rêves mon chéri…

Quelle vision de l’homme offrons-nous à ce petit enfant de deux ans, six ans, huit ans, ou à cette toute jeune fille de douze ou quinze ans ? Lui livre-t-on les clés pour décrypter telle affiche, lui donne-t-on les mots pour interpréter tel slogan, lui octroie-t-on du temps pour parler de tout cela ? A défaut de refaire le monde, ayons l’exigence d’exprimer ce que nous ressentons. « Je suis une adulte, mais vois-tu cette image d’adulte me dérange. Je suis un homme mais vois-tu les mots de cet homme me blessent, je suis une grande personne et vois-tu l’attitude de cette grande personne me révolte. Et toi, qu’en penses-tu ? »

Prenez-vous, prenons-nous ce temps là ?

Oui, la violence existe, existait et existera toujours. C’est un fait universel, une donnée intemporelle. La question est ailleurs, inéluctable pour l’éducateur, vitale pour l’enfant, essentielle pour la société. Une question qui engendre mille questions. Mille questions générant la réflexion et non le délit d’opinion, non plus la soumission.

« Que fais-je de cette violence ? Comment travailles-tu avec cette violence ? Que pense-t-elle de cette violence ? Qui jugeons-nous au travers de cette violence ?  De quelle manière transformez-vous cette violence? Comment vivent-ils dans cette violence ? »

A défaut de refaire le monde, ayons l’honnêteté d’affronter ses faiblesses, de s’en insurger, de se positionner. Si nous, responsables majeurs et soi-disant éducateurs, si nous parents ou tout autre tuteur, nous autorisons le silence ou l’indifférence s’installer, alors nous ouvrons délibérément la porte à la banalisation de la violence ou de la médiocrité.  Bien évidemment, face à cette leçon de morale un peu provocatrice, j’en conviens, un tantinet réactionnaire, je l’avoue, et très culpabilisante, il est vrai, la rhétorique du laisser-faire impuissant reprend le dessus. Ainsi va le monde diront certains, nous n’y pouvons rien, se dédouaneront les autres, les enfants s’adaptent à tout rétorqueront les uns, l’école leur apprendra bien les bonnes manières espéreront les derniers. Une ou deux maximes livrées en bon uniforme à la manière du bon vieux temps et nous autres adultes serons absous de toutes nos dérives.

L’école, encore l’école, toujours l’école …L’école fera ce que les adultes souvent ne savent plus faire.

Et bien oui, le matin, quand vous quittez votre enfant et que j’accueille mon élève, je sais qu’il me faudra souvent remonter le cours du temps, effacer certains cauchemars, adoucir des paroles trop brutales, gommer des images affolantes. Dès les premières minutes, dans la cour de récré, il est aisé de capter  l’atmosphère qui déterminera les apprentissages du jour. Agités, bagarreurs, électriques, certains matins ressemblent trop au tapage urbain, certains matins, il ne fait pas bon rester trop longtemps dehors. Vite, il nous faut rentrer la troupe avant la débandade. Ouf, la cloche sonne et tout ce petit monde se met en rang, par deux et dans le calme, s’il vous plait. Pardon ? Dans le quoi ? Lui donner la main, à elle ? Et pourquoi je dois tenir la porte ? T’as vu le dernier combat de Catch-Attack hier, c’était top ! Trop cool quand on lui arrache les yeux ! Pousse-toi gros tas ! M’dam ! y m’a traité ! Même pas vrai, c’est elle qu’a commencé ! Dans tes rêves …

Il est 8 h… l’école s’éveille …
« Bonjour Léa, bonjour Sam ! Tiens, tu t’es coupé les cheveux Sofia ? Attention, tes lacets sont défaits Nicolas. Bonne fête Maxime ! »

La porte de la classe s’ouvre et la leçon de vie reprend son cours.

A commencer par quoi ?

Par se dire bonjour, tout simplement.

Oui, chaque matin, j’apprends à mes élèves à se saluer en se serrant la main, à se sourire en se regardant dans les yeux. Le matin, j’adresse à chaque élève, un mot, un regard. Le matin, je leur lis une histoire, pour leur plaisir et pour le mien. Le matin, on chante une chanson qui nous rassemble. Le matin, j’accroche aux murs les dessins de la veille. Le matin on prend le temps de raconter un petit bonheur vécu. J’appelle ce temps « Les cinq minutes d’intro. » Sans ce temps là, rien n’est possible, sans ce temps là, rien ne se fera. S’installer, s’arrimer, s’ancrer, prendre place, toute sa place. Une place pour chacun. Voilà qui est fait. Je suis là. Ils sont là. Nous sommes là. Tous là ?

« Y manque Sara M’dam, ch’peux prendre ses d’voirs ?
– Oui, merci Victor.
»

Oui, chaque matin, à l’école, on essaie de replanter un décor humain. Chaque matin on essaie de recréer du lien. Pour que la journée soit belle, pour que les heures d’école soient plus douces que la veille, pour que la vie ait un goût d’enfance, pour que l’enfant ait le goût de la vie. Les enseignants s’y attellent à chaque instant car « apprendre à vivre ensemble », c’est le cœur de notre projet éducatif. Alors, c’est vrai, lorsque je quitte cette école le soir, et que j’entends le monde et ses cris, lorsque je vois les hommes et leur violence, je pense à mes élèves, à ma journée et à celle du lendemain. Et j’imagine aisément le malaise qu’ils ressentent ; d’un côté, soumis à des règlements scolaires écrits par l’institution et contresignés par les parents et de l’autre spectateur d’un monde schizophrène qui manie aussi bien la décadence que la repentance, qui instille aussi bien l’éducation civique, que l’incivilité publique.

Et je l’admets, il m’arrive d’être en colère, contre moi et contre vous, car il me semble qu’aucun adulte ne devrait ignorer ce qui est susceptible de corrompre l’innocence d’un enfant.

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De l’acte violent à l’acte d’écriture.

26 02 2008

Écrire…Oui, mais pour quoi dire? Pour quoi faire?

Écrire pour désamorcer.

Écrire pour se distancer.

Écrire pour se recentrer.

Écrire pour exister.

Écrire.

De l’acte violent à l’acte d’écriture, la voie est possible, le chemin initiatique et le résultat accessible.

Un monde sans violence est une illusion de monde.

La violence a toujours existé, elle existera toujours. Vouloir l’éteindre n’aboutirait qu’à en rallumer plus ardemment la flamme.

La (les) question(s), il me semble, se trouve(nt) ailleurs…

Que faire de cette violence?

Comment vivre avec cette violence?

Comment la rendre acceptable?

Peut-on partager cette violence?

Avec qui? Où et comment?

Un possible élément de réponse proposé par ce mini film proposé par le site Curiosphère

La violence réincarnée dans ( l’écriture. )

Ce qui me paraît essentiel dans cette approche, c’est qu’elle permet un processus de réconciliation de l’individu avec ses propres émotions.

« Oui, je ressens cela, j’en ai le droit, je l’exprime avec mes mots pour que l’autre l’entende, pour que l’autre le sache et pour que l’autre me reconnaisse. Oui, j’ai écrit et mon nom est inscrit. Alors maintenant que je suis reconnu comme une personne à part entière qui pense et qui s’exprime dans la cité, dans le quartier, dans l’école, je n’ai plus le droit de faire « le con ».« 

Il n’existe pas de solutions miraculeuses, mais des centaines d’attitudes éducatives, de postures pédagogiques, de compétences individuelles prêtes à accompagner ces jeunes, ces moins jeunes, ces familles, ces quartiers dits trop facilement « à la dérive ». Les regarder s’éloigner, sans rien faire nous rend coupables de « non assistance à personne en danger ».

Ne plus considérer la violence comme un acte fondamentalement illégitime mais tenter de trouver en elle le langage qui lui permettra de lutter contre contre  sa propre explosion.

Cela vaut la peine d’essayer, non?

Des commentaires?

N’hésitez pas, faites-vous violence!

Un peu de courage…

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Catch-Attack dans la cour de récré!

6 02 2008

Je suis en colère…

Interdit au moins de 10 ans, un label qui fait vendre…

Quand la télé et la violence cautionnées par la famille se retrouvent dans la cour de récrée, le spectacle n’est pas joli à voir. Et hier matin, chers parents, la cour de récrée ressemblait étrangement à ce ring de Catch.

Esprits sensibles, s’abstenir…

POUR DES RAISONS QUE J’IGNORE LA VIDÉO A DISPARU DEPUIS QUELQUES MINUTES DE MON TEXTE APRÈS Y ÊTRE RESTÉE 2 JOURS. SANS DOUTE TROP VIOLENTE.

MAIS ET DANS MA COUR DE RECRÉE, VOUS PENSEZ QUE JE PEUX CLIQUER POUR STOPPER LES MATCHS DE CATCH?

ALORS A DÉFAUT D’IMAGES, PRENEZ LE TEMPS DE LIRE MON ARTICLE SUR LE SUJET.

(ROUGE=TRÈS EN COLÈRE!)

Et maintenant, pour ceux qui sont prêts à réfléchir…un peu de lecture! Le clic ci-dessous en vaut la peine. Merci d’y consacrer un peu de votre temps.

( LA VIOLENCE A L’ECOLE )

A QUI LA FAUTE??

Article paru dans le quotidien « La Croix »

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