LA DECOUVERTE ET LA DIFFUSION DU TRAVAIL DU FER EN AFRIQUE

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 INTRODUCTION

A la suite des différents âges de la pierre, l’humanité entre dans l’âge du fer. Il désigne à l’origine une période de la protohistoire caractérisée par l’usage de la métallurgie du fer. Les origines de son usage en Afrique sont à la base de débats contradictoires dans les milieux scientifiques.

I.            L’origine du travail du fer en Afrique

Deux théories sur l’origine du travail en Afrique sont développées. Ce sont le diffusionnisme et l’auto découverte.

  1. Le diffusionnisme

Selon des chercheurs occidentaux dont Raymond Mauny, le travail du fer a été découvert dans le Caucase en Asie mineure ou en Mésapotamie. De cette région le travail du fer s’est repandu dans le monde. Bertrand Gilles écrivait : « l’origine de la métallurgie du fer doit se situer entre 1700 et 1500 av. J.C probablement dans la région du Caucase chez les Chalypes d’un côté, les Hittites de l’autre côté. » A partir du Caucase, le travail du fer a atteint la Gréce vers 1200 av JC,  l’Inde vers 800, puis l’Afrique par la vallée de Méroé vers 600, le lac tchad vers 500, le nord du Nigéria vers 400, l’Afrique centrale vers 100 av JC.

  1. L’auto découverte

La thèse de l’auto découverte est soutenue par des chercheurs comme Henry Lothe, Cheick Anta Diop qui a découvert un morceau de fer entre 2 pierres de la pyramide de Khéops et daté de 2700 av JC. Il est donc plus ancien que celui découvert dans le Caucase. Pour le chercheur sénégalais, le fer est d’origine égyptienne, cependant le sous sol égyptien était pauvre en minerai de fer, celui-ci serait donc venu à ses voisins du Sud comme Méroé. On pense aussi qu’il ya eu plusieurs foyers indépendants les uns des autres ou mêmes de l’extérieur.

Des datations obtenues dans les années 1980, attestent que le travail du fer remonte à 2500 av J.C dans la localité d’Elgaro à l’ouest de Termit au Niger. Dans de nombreuses régions africaines on a découvert des objets en fer, des fourneaux encore garnis de scories et des creusets des tuyaux, à Nok (Nigeria), Termit, Rim (Nord du Burkina), Oliga (Cameroun), Mubuga (Burundi)…

II.            La production du fer

  1. L’obtention du minerai

Le minerai était obtenu dans certaines régions telles que le Nord du Cameroun par la séparation du minerai mêlés aux eaux sableuses des ruisseaux. Le minerai était obtenu un peu partout par excavation peu profonde d’environ un mètre de profondeur. Il était aussi obtenu dans des puits de forme et section variable avec ou sans galerie. Dans toute l’Afrique, les gravillons latéritiques ramassés sur le sol ont servi de matières premières.

  1. La réduction du fer

Le fer était obtenu généralement par deux technologies : la technologie dite de réduction directe et celle indirecte.

La technologie de réduction directe permet d’obtenir du fer utilisable en une seule opération. Les forgerons construisent des petits fourneaux alternativement chargés de charbon de bois et de minerai de fer. Aux alentours de 1200°c, le fer se sépare des impuretés évacués sous forme de scories. Le minerai récupéré est ensuite purifié par martelage à chaud et transformé en objet.

La technologie de réduction indirecte permet d’obtenir du fer en deux temps : les fondeurs produisent d’abord la fonte après liquéfaction totale du minerai dans des hauts fourneaux à partir de 1535°c. Débarrassée de son excès de carbone, elle est ensuite transformée en acier.

III.            Les conséquences de la maitrise du travail du fer

« L’avènement du fer en fait le roi des métaux industriel, fut pour l’Afrique une révolution aussi importante que la révolution néolithique ». Joseph Ki zerbo.

  1. Les conséquences politiques

La maitrise du travail du fer signifie puissance militaire et la possibilité de conquérir de nouveaux espaces sur les groupes les plus moins avancés. Elle est à l’origine d’Etats forts ; ainsi le Tékrour, état de la vallée du fleuve sénégal (III-XIII°s) a été fondé par une dynastie des forgerons : les Jaa-Ogo.

  1. Les conséquences sociales et économiques

Les sociétés africaines ont accordé des statuts privilégiés aux « hommes du fer ».Ils étaient les maitres de la religion traditionnelle et de la vie socio-économique. Dans les sociétés islamisées de la zone soudano-sahélienne, ils forment une caste. Dans les zones forestières, ils peuvent êtres considérés comme des êtres supérieurs exerçant un contrôle économique, politique, social et moral sur la société. Le forgeron était avec le griot celui qui pouvait dire ce que les autres ne peuvent exprimer. Il était le concepteur de l’arsenal militaire, les outils économiques, c’était un guérisseur et très souvent sa femme contrôlait la production de la céramique. Dans bien de communauté, le fer avait une si forte charge symbolique qu’il a été élevé au rang de divinité. Chez les yoruba du Nord du Nigéria, la forge est devenue le symbole de la royauté. Dans la région de yatenga au nord du Burkina Faso, l’ancêtre des forgerons, Bamogo, est considéré comme le sauveur de l’humanité : c’est lui qui fabriqué la lame servant à couper le cordon ombilical, la hache pour couper le bois, la pioche pour cultiver ou creuser la tombe.

Les outils en fer, ont triplé et parfois décuplé les possibilités de chasse et de culture pour exploiter de nouvelles zones plus activement. Les terres lourdes et parfois boisées de la forêt vont être désormais colonisées plus facilement.

CONCLUSION

Les africains ont-ils découvert eux-mêmes la technique du travail du fer ou l’ont-il emprunté à d’autres civilisations ? Au regard des datations, des objets découverts et des techniques utilisées, il est plausible que l’Afrique ait découvert seule le travail du fer. Les performances de l’outil ont non seulement rendu possible la conquête et la mise en valeur de grands espaces, mais aussi révolutionné les arts militaires et engendré de profonds bouleversements socio-économiques. Cependant l’exploitation du fer a eu un effet néfaste sur l’environnement.

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Civilisation négro-africaine

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LA CIVILISATION NEGRO-AFRICAINE

Notion de civilisation
Jadis la notion de civilisation opposait les peuples qui se disaient « civilisés » (grecs, romains) à ceux qui ne l’étaient pas (barbares). Le mot civilisation n’apparaît qu’au XIII°s ; il signifiait l’état des habitants des villes par opposition aux campagnards rustres, c’était du policé, de l’organisé par opposition à la barbarie, à la sauvagerie.
Cette définition porte un jugement de valeur puisque on se réfère à sa propre situation pour juger les autres. De plus en plus la civilisation est comprise comme l’ensemble des caractères appartenant à une certaine société, vivant sur un territoire déterminé à un certain moment de son histoire.
La définition se base sur des faits sociologiques bien précis : croyance, coutume, mœurs, langues, institutions politiques, sociales, économiques. Donc pour être civilisé, il faut avoir :
-Une organisation politique : monarchie, oligarchie, république, théocratie, tyrannie, démocratie…
-Une forme de société par exemple, nobles, chevaliers, plèbe, esclaves…
-Un type d’économie ; régime des terres, échanges, techniques culturales…
-Un système de valeur : morale, croyance, mentalité, sensibilité, écriture…
Tous ces éléments constitutifs d’une civilisation sont pris globalement mais n’ont pas la même valeur. En effet les faits religieux, techniques et économiques sont plus importants que les modes vestimentaires ou les goûts culinaires ou même les institutions politiques qui sont éphémères. Au total la civilisation d’absolu, de subjectif, d’objectif n’existe pas.
Une civilisation doit pouvoir définir des attitudes à suivre devant des faits naturels et surnaturels. Elle doit pouvoir donner des réponses aux grands problèmes moraux, métaphysiques, sociaux et politiques. Pour donner de telles réponses la civilisation se base sur les traditions.
Les grandes civilisations se diffusent grâce aux guerres, aux langues commerciales, aux échanges intellectuels, à la colonisation, la religion, les masses média.

LES CIVILISATIONS AFRICAINES
Longtemps considéré comme dépourvue de civilisation, l’Afrique noire en connaît pourtant qui n’a rien à envier aux autres civilisations. Il s’agit de civilisation très nombreuse et e beaucoup n’ont pas encore fait l’objet d’étude exhaustive. Ces civilisations évoluent sans cesse et s’enrichissent des apports étrangers, notamment depuis la colonisation au point de ne plus paraître authentique. Cependant les éléments traditionnels demeurent très tenaces dans les civilisations africaines en mutations.

1. Les caractéristiques de la société traditionnelle
A. Les structures sociales
La société africaine est essentiellement communautaire. Chaque unité sociale forme un tout au sein duquel l’homme se sent pleinement intégré.

  • La parenté et la solidarité: La parenté est le cadre, la base de toute organisation sociale africaine. Le clan étant un groupe formé par tous les descendants d’un ancêtre lointain, réel ou mythique, ayant conscience d’une filiation commune est formé de plusieurs familles très étendues. Il peut être divisé en lignages. Le lignage rassemble tous les descendants en une seule ligne d’une seule personne particulière. Exemple : la ligne masculine donne la parenté patrilinéaire. La ligne féminine donne la parenté matrilinéaire.
  • La solidarité : I y a un profond lien de solidarité entre parents, tous sensibles à leur commune appartenance. C’est dans le groupe que le noir trouve son équilibre. Isolé il perd une partie de sa confiance en soi. Cependant cet esprit de solidarité constitue de nos jours un problème sérieux pour les fonctionnaires sollicités par les innombrables parents.

a. L’organisation familiale
La communauté familiale est la base de la cellule sociale. C’est l’homme le plus âgé qui est le chef de famille. On l’appelle zaksoba chez les Mossi ; fâ chez chez les Malinké ; Nanan chez les Akan ; Lèhou chez les Sénoufo. Il est le gérant des biens de la famille. L’homme assure toutes les responsabilités au niveau de de la famille. Les familles vivent en communauté. La hiérarchie sociale repose sur les critères suivants : l’âge et le sexe. La société est dominée par les vieux. L’homme y tient une place privilégiée par rapport à la femme. Mais quelques soient les liens de parenté, les membres d’une même génération se considèrent comme frères et sœurs. Tous les travaux se font en commun. En général, les mariages sont des alliances scellées par la dot.
b. L’organisation sociale
La société africaine est architecturée et parait comme essentiellement hiérarchisée. Elle comprend :

  • Les Nobles : on naît noble .On les trouve à la tête de l’État et de l’armée.
  • Les hommes libres et les gens de castes .Ils sont artisans ou agriculteurs et travaillent pour leur propre compte. Les gens de castes sont spécialisés dans le travail artisanal. En général les gens de caste ne peuvent se marier qu’entre eux.
  • Les esclaves : ils sont au bas de l’échelle sociale. Ce sont les principaux producteurs de la société. Ils ont des descendants et possèdent des cases et des terres .Ils peuvent être affranchis.

B. Les structures politiques
Les sociétés africaines connaissent plusieurs formes d’organisation politique.
a. La tribu : c’est un assemblage de clans liés en général par la langue. A sa tête il y a un chef qui à un caractère religieux. Celui-ci est assisté d’un conseil de chefs de clans et de dignitaires.
b. Le royaume : c’est un état centralisé. Le roi appartient à la lignée fondatrice du royaume. Personnage sacré, le roi détient les pouvoirs politiques militaires et religieux. Mais son pouvoir est limité par des conseillers et surtout par des coutumes ancestrales. En réalité, le roi règne mais la coutume gouverne. Les États théocratiques (Nord du Nigeria et du Cameroun) sont appelés sultanats ou Émirats.
c. Les sociétés secrètes : Ce sont des organisations politico-religieuses. Les membres sont initiés et sont inconnus des autres membres de la société. Ils ne se produisent en public que caché sous des masques. Leur rôle est de faire respecter la coutume et susciter la crainte parmi la population.
C. Les fondements magico-religieux
Longtemps très mal connues , les religions africaines étaient considérés comme des pratiques fétichistes sans grande portée ; par fétichisme on entendait le culte voué à des « fétiches  » statues et objets symbolisant les esprits ou les dieux. L’africain est avant tout un croyant qui vit dans l’intimité des puissances invisibles dans un système cosmique, dans un ensemble cohérent. Tout acte malheureux peut provoquer une catastrophe. L’animisme est la religion première des africains. L’africain croit en l’existence d’un être suprême : Wende en Mossi ; Kolotioloh en Sénoufo. On ne peut atteindre cet être que par l’intermédiaire des génies, des esprits, les âmes des anciens qui sont dans la nature. Toute activité humaine doit tenir compte du concours des génies qu’il faut d’abord consulter. La nature renferme des puissances invisibles.

  • Les totems : puissances accordant ses faveurs à certains clans…
  • Les mânes : les ancêtres
  • Les divinités : on fait souvent des offrandes aux génies, aux divinités, et aux ancêtres.

a . L’Islam noir
L’islam a pénétré en Afrique noir au Moyen Age grâce aux commerçants et aux marabouts ambulants. Cette religion a été réinterprétée par les noirs. Elle s’est développée grâce à la polygamie. L’islam a intégré les divinités africaines, « les djinn » ou les génies intermédiaires entre Dieu et l’Homme. Le marabout confectionne les talismans destinés à soigner, prévenir les maladies, écarter les dangers.
D. L’aspect culturel
a. L’Art
L’art est sacré. Tous les objets d’art sont des représentations de certaines divinités .Ils incarnent aussi l’esprit des ancêtres morts. L’art se manifeste dans l’architecture sous la forme de huttes en terre, rondes ou rectangulaires, et dans la sculpture. Le bois, la terre, l’ivoire sont des matériaux de sculpture qui permettent de fabriquer des masques, des statuettes, des meubles, des instruments de musique. C’est art utilitaire qui respecte les normes de la société.
b. La littérature orale.
L’humidité et la chaleur ne favorisent pas la conservation des vestiges historiques. Cette situation donne toute son importance à l’oralité en Afrique Noire. Celle-ci porte sur les contes, les fables, les proverbes. La littérature orale utilise toutes les langues africaines.

 

II . La vie économique traditionnelle
La terre généreuse offre une variété de produits aux populations: fruits, tubercules, lianes, gibiers, poissons. Des peuples comme les pygmées continuent de vivre de chasse et de cueillette. Les autres produisent ce dont ils besoin pour leur alimentation.
A . La production
Les techniques de production sont variées, mais les principales sont la jachère et la culture sur brûlis. Au niveau de la production il faut remarquer l’extrême spécialisation de certains groupes sociaux. Il y a des peuples agriculteurs, des peuples éleveurs.
Chez les peuples éleveurs (les Peuls), le bétail signe de richesse, peut être une propriété collective ou individuelle.
Chez les peuples agriculteurs, chaque société à sa façon de partager les terres. Le territoire du village appartient à la collectivité villageoise mais géré par le chef de terre. Il est partagé en parcelles dont chacune est l’objet d’un droit d’usage, d’un héritage qui doit être laissée comme telle aux descendants du clan ou de la famille.
B. Les échanges
Le « don », le cadeau joue un rôle très important dans la société traditionnelle africaine. La fonction première des échanges est de manifester des liens sociaux. Ex. la dot matrimoniale se traduit par le don d’une femme contre le don d’un bétail. On donne et on reçoit à l’occasion des naissances, des mariages, des funérailles. Le don donne de l’importance à l’homme. L’homme important est celui qui donne et non celui qui possède.
Le système de troc a permis l’échange des produits, mais l’Afrique a connu aussi la monnaie faite de coquillages (cauris) ou de pièces métalliques .Les prix ne sont pas fixés rationnellement. Le marchandage est de rigueur. Les pistes caravanières ont mis en contact les zones de forêt et de savane permettant ainsi des échanges à longue distance.

III . Les transformations de la société
La présence des européens a eu un impact sur les peuples d’Afrique Noire. Cet impact varie selon les régions et les sociétés. Les zones côtières, les zones riches qui ont beaucoup intéressée les européens ont plus bouleversées. Cependant il existe des traits communs à toutes les sociétés.
A. Au plan social et politique
a. La dislocation des unités familiales
L’introduction de l’argent dans les sociétés a eu pour conséquence la dislocation des familles. L’individu à la recherche de l’argent tend à se délivrer de la tutelle familiale. Dans cette émancipation individuelle l’homme veut être seul chez lui, se marier à son gré, profiter au maximum de son travail. Les tribunaux modernes prennent le parti de l’individu opprimé par la société.
La ville moderne est la vitrine de l’occident. La population est constituée de déracinés. C’est un ensemble hétérogène, rassemblant des individus de diverses ethnies, religions, régions. Elle a ses modes vestimentaires, son langage, ses valeurs. L’argent y est au centre de toutes les relations. La ville garde cependant des traits traditionnels à travers les quartiers ethniques.
Cette transformation se traduit par l’apparition d’une nouvelle hiérarchie sociale. La bourgeoisie noire constituée de grands planteurs, de commerçants, de hauts fonctionnaires, d’hommes d’affaires est au sommet de la nouvelle hiérarchie sociale. Cette bourgeoisie a un niveau de vie très développé qui tranche avec celui de leurs compatriotes. A côté de cette classe, on trouve les petits salaires, les ouvriers, les sans emploi qui constituent la population la plus nombreuse
b. Les transformations des structures politiques
La colonisation a porté des coups durs aux chefs traditionnels. Certains ont été écartés du pouvoir, d’autres ont vu leur autorité confirmée. Beaucoup de jeunes gouvernements ont mis de côtés les chefs traditionnels. Cependant une partie de l’élite politique est issue de la chefferie traditionnelle. Les nouvelles structures politiques sont :

  • Les partis politiques
  • Les sections et sous-sections des partis politiques
  • Les associations

La plupart des états africains se sont appuyés pendant longtemps sur un parti politique unique. Aujourd’hui la démocratie devient une réalité avec le développement du multipartisme.
B . Les transformations religieuses
L’implantation de l’islam est très ancienne (dès le VIII s). L’islam a été le ferment d’un certain nationalisme africain. Les grands résistants ont été des musulmans : Ex. Samory Touré ; El Hadj Omar …
Le christianisme n’a pas le même succès que l’islam. Il a eu du succès en Afrique Orientale, au Congo, en Angola, au Cameroun du Sud. Il a longtemps méprisé en bloc la superstition, le fétichisme, la sorcellerie des africains. C’est ce qui explique que les missionnaires n’aient pas réussi à implanter le christianisme en profondeur. Mais l’Afrique a par ailleurs, africanisé le christianisme. Beaucoup de religions syncrétiques sont nées sur la base des emprunts au christianisme et à l’animisme .Ex. Le Kimbanguisme au Congo ; le Harrisme en Côte d’Ivoire.
C. L’évolution des structures économiques
Certes, il existe encore le lopin de terre, mais la tendance est la création de très grandes exploitations agricoles de plus de 10 ha. En ville, surtout dans les capitales, l’on rencontre beaucoup d’industries. L’économie de subsistance a donc fait place à une économie de marché avec une augmentation considérable de la circulation des richesses. Aujourd’hui la réussite de l’homme est fonction de l’acquisition des biens matériels.

 

Conclusion
La civilisation négro-africaine caractérisée d’une part par l’importance des liens de parenté et la vie communautaire et d’autre part par une économie de subsistance est de nos jours en pleine mutation. Partout les Etats ont mis en place des économies modernes qui parachèvent ainsi la transformation de la société résolument tournée vers l’Occident.

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L’Empire du Mali

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LE MALI

Introduction

La chute du Ghana au XI°s a occasionné une rivalité entre les États indépendants de la boucle du niger. De cette rivalité le Mali émergea vers la première moitié du XIII°s et devint un grand empire jusqu’à la fin du XIV°s.

  1. Sources de connaissance et origines de l’empire du Mali.

1. Les sources de connaissance de l’histoire de l’empire du Mali.

L’histoire du Mali nous est connue grâce aux écrivains arabes notamment IBN KHALDUN, AL OMARI, IBN BATTUTA et aussi grâce à la tradition orale tenue par les griots de la famille KEITA dont le plus célèbre fut BALLA FASSEKE.

2. L’origine de l’empire.

On sait peu de chose sur l’origine de l’empire. La tradition orale rapporte l’existence de deux royaumes: le royaume de DO et celui de KRI. Ces deux royaumes sous l’action des KEITA vont fusionner pour créer le Mandé. L’un des souverains du Mandé, Naré Famaghan Kéita (1218-1230) entreprit des conquêtes vers le Sud, le Sud Ouest et la rive droite du fleuve Niger. Mais voulant contrôler toutes les régions mandingues et le Ghana, Soumahoro Kanté (1200-1235), roi de Sosso, attaqua et décima le Mandé. Vers 1235, Soundiata Keita fils de Naré Famaghan écrasa l’armée de Soumahoro Kanté à la bataille de Kirina. Il devint ainsi le roi de tout le manding. Il installa la capitale à Niani et entreprit l’organisation du royaume.

  1. Le Mali sous Soundiata Kéita.

1. Qui est Soundiata Keita?

« Naré Famaghan avait plusieurs femmes dont l’une s’appelait Sogolon Konté, surnommée Kédioudou (la vilaine). Cette femme malade donna le jour à un fils malade qui se traîna à quatre pattes jusqu’à l’âge de 7 ans. Il s’appelait Soundiata, ou Mari djata, ce qui signifierait »le lion du Mali ». doublement méprisée par sa co-épouse, Sogolon la vilaine, était au désespoir. Cependant c’est cette infirmité qui valut à son fils d’échapper au massacre des onze autres princes que Soumaoro fit périr impitoyablement après la conquête du Manding. Un jour pourtant, excédé par les bravades du seigneur de Sosso, Soundjata comme aiguillonné par la misère de sa patrie piétinée, décida de se lever pour lui porter secours. Il demanda, dit la légende, une barre de fer pour se dresser sur ces jambes. Cette barre se courba en deux sous son poids au point de se briser. Une autre et une troisième plus forte subirent le même sort. enfin quelqu’un s’écria:  » Donnez-lui donc le spectre de son père pour qu’il se redresse en s’appuyant dessus. » Et c’est en s’appuyant sur l’insigne royal que Soundjata se mit debout ».

Joseph Ki-Zerbo in Histoire de l’Afrique Noire.

2. L’assemblée constituante de Kurukan Fugan.

C’est à Kurukan Fugan que c’est tenue la grande assemblée constituante qui va donner naissance à la constitution de l’empire du Mali. Lors de cette assemblée, Soundiata est déclaré Mansa, roi des rois, empereur du nouvel empire. Tout empereur du Mali devrait être désormais de la lignée de Soundiata et la succession se fera de frère en frère et les princes devraient en première noce épouser une fille du clan des Kondé, clan de la mère de Soundiata.

Les chefs alliés sont confirmés à la tête de leurs provinces et prennent le titre de Farin exceptés les chefs de Néma et de Wagadu  qui portent le titre de roi pour l’hospitalité offerte à la famille de Soundiata. La société fut divisée en clan avec chacun ses droits et ses devoirs . La noblesse fut subdivisée en 16 clans porteurs de carquois symbole de liberté. On avait 5 clans maraboutiques, gardiens de la foi ( les Touré, les Bérété, les Cissé); 4 clans d’artisans et la profession se transmettait de père en fils. les Bozos et les Somonos furent confirmés maîtres des eaux. La parenté à plaisanterie fut instituée.

3. L’exercice du pouvoir.

A la tête de l’empire se trouvait Soundiata entouré de ses compagnons, des différents chefs de guerre et de lettrés issus des familles maraboutiques. L’empire se subdivisait en provinces alliées et en provinces soumises. Au plan militaire, les principales régions abritaient une garnison qui garantissait la sécurité de l’empire.

  1. Les successeurs de Soundiata Kéita.

1. De Soundiata à Sakoura.

Mansa Yérélekon dit Mansa Wulen (1255-1270) succède à Soundiata. Pendant son règne le Tékrour est assujetti. Il effectua le pèlerinage à la Mecque. A sa mort ses frères Ouatiawuli (1270-1274) et Khalifa (1274-1275) occupent tour à tour le trône du Mali. Ils furent considérés comme des souverains médiocres. A la mort de Khalifa c’est Abou Bakr (1275-1285) fils de la soeur de Soundiata qui prit le Trône contrairement à la constitution. Sous son règne, l’empire faillit s’écrouler à cause des intrigues de palais. En 1285, Sakoura un esclave affranchi de la famille royale général d’armée prit le pouvoir. Il agrandit l’empire qui s’étendait désormais depuis l’Atlantique au Ghana du côté de l’occident jusqu’au pays du Tékrour du côté de l’Orient. Il accomplit le pèlerinage de la Mecque mais fut assassiné sur le chemin de retour à Tripoli (Libye).

2. Kanko Moussa (1307-1332)

Il fut l’empereur le plus célèbre après Soundiata Kéita. Il effectua le pèlerinage à la Mecque en 1325 après avoir consolidé les assises du pouvoir impérial. selon le tarikh el fettach, Kanko Moussa aurait accidentellement fait tuer sa mère. Le remord et la crainte du châtiment divin le poussèrent à faire beaucoup d’ aumônes et à entreprendre le pèlerinage de la Mecque. Selon les auteurs arabes, sa suite se composaient de 60000 porteurs et 500 esclaves transportant d’importantes quantités d’or que l’empereur distribuait dans les principaux centres traversés. De la Mecque Kanko Moussa ramena avec lui Abou Ishac Ibrahim Es Saheli. Il est le père du style dit soudanais. On lui doit les mosquées de Gao et de Tombouctou.

Ce pèlerinage a ouvert le Mali sur le monde extérieur. En effet le Portugal, l’Italie, les pays du Maghreb commencèrent à s’intéresser à l’empire pour son or surtout. Au plan littéraire , on assiste à l’éclosion d’une littérature noire d’expression arabe. Au plan religieux, l’islam commença à prendre le pas sur l’animisme divisant du coup la société entre maninkas islamisés et bambara animistes.

  1. Apogée et évolution de l’empire.

Le Mali a atteint son apogée sous le règne de Kanko Moussa. L’empire s’étendait alors du Cap-Vert à la boucle du Niger et Tegassa au sortir du Sahara à la lisière Nord de la forêt.

L'Empire du Mali

1. L’organisation politique.

Elle n’a pas profondément variée depuis Soundiata. Le Mansa restait le patriarche, chef de la justice, des armées. Il était assisté d’un conseil composé de hauts fonctionnaires. Le second personnage de l’empire était le Kankoro Sigui, chef des armées, puis venait le Santigui responsable des finances. Mansa Moussa avait introduit une nouvelle catégorie de fonctionnaires que sont les secrétaires chargés de réceptionner et de rédiger les correspondances. Le griot jouait un rôle important, il était le porte-parole du mansa et avait en charge l’éducation et l’instruction des enfants du mansa.

2. L’organisation administrative.

A son apogée l’empire comptait 12 provinces gouvernés par des farins représentant l’autorité impériale. Dans chaque province le farin était assisté d’un conseil de notables locaux, gardiens de la tradition. La province ou Jamana se subdivisait en cantons et villages dirigés par des dugutigui.

3. L’économie de l’empire.

L’économie reposait sur l’agriculture, l’élevage, la pêche et le commerce. Le Mali qui englobait les anciennes régions du Ghana échangeait avec le Maghreb et les pays côtiers au Sud du Sahara. Walata, Tombouctou, Djenné étaient devenus les principaux centres commerciaux de la région. Du Maghreb, le Mali recevait des tissus, des bijoux, le sel. Du sud le Mali importait la cola, de l’huile de palme. le Mali exportait de l’or, du poisson, des étoffes, des produits artisanaux. Les cauris et souvent des barres de sel et de cuivre servaient de monnaie.

  1. La fin de l’empire du Mali

Mansa Moussa meurt en 1332, il est remplacé par son fils Maghan 1° qui sera évincé en 1336 par son oncle Mansa Souleymane qui était l’héritier constitutionnel. C’est sous son règne que l’écrivain et voyageur arabe Ibn Battuta visita l’empire. Il est remplacé en1358 par son fils Kasa qui en 1359 est renversé par Mari Djata ou Soundiata II (1360-1374) qui mourut par la maladie du sommeil. Depuis le règne de Kanko Moussa II (1374-1387), l’empire connait une situation politique instable. Des intrigues de palais, des assassinats troublent la quiétude de l’empire. Aussi la succession de souverains médiocres précipite l’affaiblissement de l’empire. Au plan économique, on assiste à un transfert progressif des centres commerciaux vers le royaume sonrai.

A ces crises internes le Mali doit faire face à la révolte des peuples soumis et aussi aux attaques des royaumes voisins tels que les mossi du Yatenga qui ravagea le Macina jusqu’au lac Débo vers1400. En 1480, les mossis conduits par Naba Naséré lancèrent un raid contre Walata. Les touaregs se rebellent et s’emparent des villes de Tombouctou, Walata, Nema. A la fin du XV°s et au début XVI°s, l’émergence d’une nouvelle puissance politique, l’État Pullo du Fouta Toro va menacer l’empire dans sa partie occidentale. Les portugais encourageaient les régions côtières à se libérer de la tutelle du Mali.

Conclusion

Le Mali comme le Ghana a marqué l’histoire de l’Afrique par l’originalité de son organisation fondé sur une décentralisation du pouvoir, la tolérance religieuse, sur un modèle d’intégration politique de nombreux peuples, sur une sécurité des biens et des personnes. Mais les nombreux conflits internes et les attaques extérieures mettent fin à l’existence de l’empire.

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L’Empire du Ghana

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L’EMPIRE DU GHANA

Introduction.

L’empire du Ghana est le premier grand empire noir à avoir émergé dans le soudan occidental. Il se situait par ses limites Nord aux portes du Sahara et dans sa partie Sud au sortir de la forêt, entre la vallée supérieur du Niger jusqu’au Haut Sénégal à la frontière de l’Afrique blanche. Son hégémonie a duré du IV°s au XI°s de notre ère.

  1. Sources de connaissance et origine de l’empire du Ghana.

1. Les sources de connaissances

Les principales sources dont nous disposons sur l’empire du Ghana sont à quelque exception près d’origine arabe. IBN AL FAQIL HAMADANI dans son ouvrage intitulé Le Kitab al Buldan écrit: « De Tarqala à la ville de Ghana il y a 3 mois de marche dans le désert. Au pays de Ghana, l’or pousse dans le sable comme des carottes. » IBN HAWQAL (X°s) dit à propos du souverain  » Celui-ci est le souverain le plus fortuné qui soit sur la surface de la terre à cause de ses grandes richesses et de la provision d’or pur extrait du sol. » AL BAKRI au XI°s  » Ghana est la marque de leurs rois. Le nom du pays est AOUKER (…) la ville de Ghana se compose de deux villes situées dans une plaine. »

La tradition orale, quant à elle parle de Ouagadou dont la capitale est Koumbi Saleh.

2. Origine de l’empire

Le royaume aurait commencé modestement dans l’Aouker par une simple confédération de tribus Sarakollés dont chacune exerçait son autorité sur un espace bien déterminé. Le royaume couvrait les villes de Bokounou, Ouagadou et de Kaarta. La politique expansionniste et la puissance militaire des souverains du Ghana ont fait qu’à la fin du X°s, les principautés berbères d’Aoudaghost et de Walata, les royaumes Mazzara de Tékrour, Barisa, Diara, Sosso, Silla, étaient incorporés dans l’empire.

On peut distinguer deux groupes composant le peuplement de l’empire: un au Nord et l’autre au Sud. Les gens du Nord se composent des tribus nomades berbères ou Touaregs (Les berbères Macmouda au sud du Maroc, les Zenâta), les Sanhadja ( les Goddala, les Messoufa, les Lemtouma spécialistes du désert.). Le groupe Sud comporte deux fractions: les Mazzara composés de Lebou, Wolof, Toucouleur, Sérères) et les Bafours (Soninké ou Ouakaré, les Marka, les Bambaras, les Malinké, les Songhaï.).

  1. L’apogée du Ghana

1. L’organisation politique

carte de l'empire du Ghana

Au sommet de l’État, on a le roi; on le désigne sous plusieurs appellations « Kaya Maghan » qui signifie roi de l’or en langue Ouakaré, « Tounka » qui veut dire Seigneur ou Dieu. Ses pouvoirs étaient très étendus: il était le juge suprême. Il rendait la justice en tenant compte de l’appartenance religieuse. Ses sujets qui dans l’ensemble appartenaient à la religion traditionnelle étaient jugés selon la coutume,les musulmans, eux, l’étaient sur la base du Coran.

La société était organisée en clans. Le clan royal était celui des Tounkara qui formaient avec trois autres clans l’aristocratie:( les Souba ou Magasouba étaient les guerriers du roi, les Kagoro qui formaient une élite militaire, les Magassi étaient les cavaliers du roi qui composaient la garde royale.). Ces clans qui constituent la noblesse fournissaient au roi, les grands dignitaires et hauts fonctionnaires de sa cour. On trouvait à la cour du roi, le gouvernement et le grand conseil dont les membres se recrutaient aussi bien dans l’aristocratie locale que chez les arabes et les lettrés musulmans. A ce propos AL BAKRI rapporte « Le roi choisissait ses interprètes parmi les musulmans, de même son trésorier et la plupart de ses ministres. » On trouvait au sein de son gouvernement, les fils des rois vassaux, otages à la cour. La succession sur le trône se faisait d’oncle à neveu. AL BAKRI « Tel est leur tradition: le souverain ne peut être que le neveu du roi en ligne maternelle puisque l’on est toujours sûr d’être bien le neveu de son oncle maternel. ».

2. L’organisation administrative.

L’empire était subdivisé en royaumes et en provinces eux-mêmes morcelés en villages et cantons. L’autorité du roi et de son gouvernement central s’exerçait de façon directe sur le berceau originel du royaume soninké. Les princes avaient en charge la gestion des provinces tandis que les royaumes vassaux tels que Sosso, Diara et le Tékrour conservaient leur organisation initiale et se contentaient de verser un tribut annuel et d’apporter leur contribution sur le plan militaire en fournissant à l’empereur un contingent.

3. L’organisation économique

L’activité économique était variée. Au Sahel, on pratiquait un élevage florissant et varié de boeufs, de moutons, de chèvres, de chameaux et de chevaux. Au Nord, autour des puits et oasis, on produit des dattes. La partie Sud, plus humide était la terre des céréales: on y cultivait le mil, le sorgho, le haricot, le coton, l’igname, le henné, les légumes et la cola tiré de la zone forestière. L’artisanat occupait une place de choix: la caste des forgerons équipait l’armée, les tisserands habillaient le roi et sa suite, produisaient des bandes de cotonnade qui alimentaient le commerce. Mais le pilier de l’économie était le commerce. L’empire par sa position de géographique était un carrefour important où les produits venus d’Afrique du Nord (tissus, cuivre, argent, dattes, figues et surtout les barres de sel amenés du Sahara) étaient échangés contre les marchandises des pays du Sud (plumes rares, ivoires, esclaves, gomme arabique, bétail, céréales et surtout l’or).

L’empereur tirait des revenus substantiels du commerce par le biais des impôts qui pesaient sur cette activité. AL BAKRI: « Le roi prélève un denier d’or sur chaque âne qui entre chargé de sel dans son pays et 2 deniers à la sortie. Il perçoit 5 milhqâl de cuivre et 10 par charge de marchandise. ».

  1. Le déclin de l’empire du Ghana

1. Les causes

En 1076, l’empire du Ghana s’écroule sous les coups de boutoir des almoravides. Mais on pense que plusieurs facteurs pourraient expliquer ce déclin. En effet l’empire était miné de l’intérieur par des conflits de succession, les vassaux supportaient de plus en plus mal la domination du Ghana: ils aspiraient à prendre leur indépendance.

2. Les conséquences du déclin.

La chute du Ghana a favorisé l’implantation de l’islam non seulement chez les berbères mais aussi chez les noirs. Les populations furent contraintes de se convertir à l’islam ou prendre le chemin de l’exil. Les animistes Sarakollés et mandé vont se replier plus au Sud, les peuls se fixèrent dans le Fouta. Les vassaux profitèrent de l’affaiblissement pour prendre retrouver leur indépendance. La région traversa dès lors une période de trouble jusqu’à l’émergence du Mali.

Conclusion

L’empire du Ghana a développé une brillante civilisation à travers une organisation politique remarquable et vie économique assez élaborée. Malheureusement cette belle organisation s’effondre à la fin du XIs entraînant une lutte d’hégémonie entre les anciens vassaux.

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L’Empire Songhay

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LE SONGHAI

Introduction.
A la suite du Ghana puis du Mali, émerge l’empire Songhay ou Sonrai à l’Est de la boucle du Niger. Les sonrai forment autour de Gao, un état musulman dont la puissance est à la fois religieuse, commerciale et militaire. L’empire fut dirigé par deux grandes dynasties : les Sonni et les Askia.

I. Sources et origines
1 Les sources de l’histoire
L’histoire des songhaï nous est rapportée par les écrivains arabes tels que Ibn Khaldun, Al Omari et surtout Ibn Battouta qui le parcourut et par les œuvres de lettrés soudanais : le Tarich el fettach et le tarikh es soudan. Les griots traditionnalistes ont aussi contribué à cette découverte.

2. L’origine de l’empire
Plusieurs légendes expliquent l’origine.
L’une d’elles rapporte que l’ancêtre Faran Makan Boté né d’un père Sorko et d’une mère génie, se serait allié avec les gow chasseurs et les sorkos pêcheurs dont un ressortissant faisait office de kanta, grand prête ; il établit ainsi son pouvoir sur un peuple de paysans dans la région de Tillabéry.
Une autre raconte que vers l’an 500, des princes berbères ou des arabes du Yemen seraient arrivés sur les bords de la boucle du Niger et là ils auraient débarrassé les riverains (pêcheurs Sorko et paysans Gabidi) de la terreur d’un poisson fétiche, dont les Sorkos se servaient pour extorquer des offrandes au Gabidi. La reconnaissance des Gabidi aurait porté, Za Aliamen, l’auteur de cet exploit, sur le trône. Et les Za ou Dia auraient régné jusqu’en 1335 à Koukya sur une île du Niger. C’est vers 1009 que le 15° roi Dia Kossoi aurait fixé sa capitale à Gao. Il fut le premier à embrasser l’islam.

II Le Royaume de Gao sous le règne des Sonni
1 Gao, un vassal du Mali
Au XI°s, Gao est une importanta place commerciale aussi riche que le Ghana. En 1325, un lieutenant de Kankou Moussa s’empare de Gao. Mais les princes songhai, Ali Kolen et son frère Souleiman Nar réussissent à s’enfuir après la mort de Kankou Moussa. Ali Kolen est proclamé roi de Gao et prend le titre de Sonni. Il fonda la dynastie des Si ou Sonni. Malgré une attaque du Mali, les Songhai résistent victorieusement et gardent leur indépendance ; plus tard, c’est à leur tour d’attaquer le Mali.
2. Sonni Ali à la conquête du Mali
Avec Sonni Ali (1464-1493), on assiste à un renversement de l’hégémonie sur la boucle du Niger. Surnommé Ali Ber c’est-à-dire Ali le Grand, ou encore Dâli, c’est-à-dire le très haut, Sonni Ali était un expert en magie, un courageux chef de guerre, mais un impie, cruel et sans scrupules. Il persécutait les savants et oulémas qu’il soupçonne de complicité avec les nomades sahariens.
En 1468, il saccage Tombouctou, en 1473 il s’empare de Djenné, puis c’est le tour du Macina ou les peuls notamment les Sangaré sont décimés. Mais les mossi du Yatenga dont il avait ravagé quelques temps auparavant le territoire, se livrent à leur tour à un raid sur Oualata qui est détruit. Ils sont pourchassés par Sonni Ali qui lance une expédition vers les falaises du Bandiagara jusqu’au Gourma. C’est de retour de ce dernier pays qu’il meurt en 1493, noyé dans un fleuve. En 10 ans de conquêtes, il s’était rendu maître de la moyenne vallée du Niger.

III. Les Askia et l’apogée de l’empire.
1. L’Askia Mohammed
L’impiété et la cruauté de Sonni Ali amènent ses sujets à proclamer roi, non son fils, mais un de ses lieutenants, le sarakhollé, Mamadou Touré, originaire du Fouta Toro et gouverneur de Hombori. Il règne sous le nom d’Askia Mohammed (1493-1528). Bon musulman, il gouverne avec l’appui des savants musulmans et les consultent sur les grandes décisions à prendre. Dès le début de son règne, il effectue un fastueux pèlerinage à La Mecque en 1496. Escorté de 500 cavaliers et 1000 fantassins, il emportait 300000 pièces d’or dont le tiers est distribué en aumônes. Il fonde à Médine une fondation pour les pèlerins soudanais. Il reçoit du Grand Cherif de La Mecque, les insignes de Calife (bonnet vert, turban blanc et sabre) du Soudan.
De retour de la Mecque, il fait la guerre sainte aux mossi du Yatenga d’où il ramène de nombreux captifs qu’il convertit à l’islam. Puis il conquiert le Galam aux dépens du Mali et accapare ses mines d’or. En 1528, son fils aîné, Moussa à la tête d’un complot le contraint à quitter le pouvoir. C’est sous le règne de l’Askia Mohammed que l’empire atteint son apogée.

2. L’organisation de l’empire
a. L’organisation politique et administrative
L’Askia Mohammed organise solidement un vaste empire. A la tête, se trouve l’empereur. Il crée une armée de métier sous les ordres du dyna koy. Elle était divisée en plusieurs corps dont l’un servait de garde impériale, les autres étant repartis entre les provinces. Les provinces sont administrées chacune par un gouverneur ou fari qui surveille les chefs locaux ou koy. Le Gourma fari était le plus important ; il portait le titre de chef supérieur (kanfari) et controlait une province considérée comme le grenier de l’empire. Il y’avait aussi le Hi Koy, sorte de ministre de la navigation fluviale, choisi toujours dans le clan des Sorkos, le fari mondyo, inspecteur général des collecteurs d’impôts, le horé farima grand prêtre du culte des ancêtres et des génies.
b. L’organisation économique
L’Askia Mohammed avait favorisé le commerce et aussi l’enseignement coranique qui a fait la fortune et la célébrité des villes d Gao, Oualata et surtout Tombouctou et Djenné. L’empire tire sa richesse de l’élevage, la riziculture sur de vastes domaines cultivés par des esclaves prélevés sur les populations vaincues et souvent offerts en cadeaux aux dignitaires et savants musulmans. Les royaumes vassaux payaient un tribut. L’Askia Mohammed s’était emparé de la production des mines d’or, le commerce des esclaves et du sel. Les populations payaient de lourds impôts représentés par d’importantes quantités de grains, de bétail. Des taxes étaient prélevées sur tous les grands marchés de l’empire. L’or, le sel et les cauris servaient de monnaient. Pour éviter les fraudes, les poids et les mesures étaient uniformisés. Afin d’améliorer la production, il entreprend les travaux de canalisation du fleuve Niger.

III. Le déclin de l’empire
1. Les causes
Elles sont à la fois internes et externes.
Au plan interne, l’empire se désorganise à la suite de l’éviction de l’Askia Mohammed et son exil sur une île du Niger par ses fils (Askia Moussa, Askia Mohammed Bounkan 1531-1537, Askia Ismaêl 1537-1539, Askia Ishak I 1539-1549). Ils dilapidèrent le trésor impérial, s’entretuèrent, pillèrent leurs provinces. Les royaumes vassaux comme le Trékour, se révoltèrent et devinrent indépendants. L’empire est aussi affaibli par la baisse de la production d’or.
Au plan extérieur, les mines d’or de l’empire sont convoitées par le Maroc en proie à des difficultés financières suite à la reconquête de l’Espagne par les rois catholiques, le développement de la navigation européenne. Après plusieurs tentatives, les soldats marocains sous le commandement du Pacha Djouder, défaits les sonrai à Tomdibi en 1591 où l’Askia Ishak est tué. Puis ils occupent Gao la capitale, Tombouctou. L’empire des Askia est ainsi détruit.
2. Les conséquences.
La destruction de l’empire Songhay entraîne la ruine des cités florissantes où s’échangeaient les productions de la Méditerranée et du monde noir, et où les lettrés musulmans étaient nombreux. Elle met fin à une période de sécurité dans le Soudan qui est ravagé par des famines et des épidémies. Les régions du sahel sont ruinées et dépeuplés par les pillages des nomades.

Conclusion.
L’empire Songhay s’est illustré par une parfaite organisation caractérisée par une hiérarchisation et une décentralisation du système politique et économique. Grâce à sa force militaire, l’empire dominait une grande partie de l’Afrique Occidentale sahélienne. Malheureusement l’empire s’écroule sous les effets conjugués de la mauvaise gestion des héritiers et des agressions extérieures.

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Documents sur le Burkina

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HISTOIRE DU BURKINA FASO

Documents annexes à l’histoire du Burkina Faso

LE TRAITE DE PAIX ET DE PROTECTORAT

La dynastie des Mogho Naba

Proclamation de l’indépendance par feu Maurice Yameogo

Hymne national de la République de Haute-Volta

Proclamation du CMRPN

 Proclamation du CNR

Annexe 1

LE TRAITE DE PAIX ET DE PROTECTORAT

AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE,

Entre nous DE TRENTINIAN, Colonel d’infanterie de Marine, Lieutenant Gouverneur du Soudan française, Officier dans la légion d’Honneur, représenté par le Lieutenant VOULET de l’infanterie de Marine, Chevalier de la légion d’Honneur, chargé de mission et agissant avec pleins pouvoir d’une part, et KOUKA KOUTOU, de la famille royale de KOUDA NABA du Mossi, d’une part, a été conclu le traité de paix et protectorat suivant :
 1/ Les hostilités entre les Français et les Mossi cessent pour toute la région soumise à dater de la présente signature acte.       
 2/ BOUKARI KOUTOU ayant, au mépris des droits des gens, fait attaquer une mission pacifique,insulté le pavillon français, chassé après les avoir maltraités les envoyés de la France,est déchu de tous ses droits à la souveraineté du Mossi et dépendance.
 3/ KOUKA KOUTOU, au nom de la France et avec l’assentiment des chefs et des populations est reconnu Naba du Mossi et dépendance, aux lieu et place de son frère BOUKAR KOUTOU, déchu.
4/KOUKA est confirmé dans la plénitude de tous les droits de souveraineté attachée à la personne du Naba du Mossi, notamment en ce qui concerne la suzeraineté à l’égard des Naba vassaux et de tous les territoires qui dépendent légitimement du Mossi.
5/ En témoigne de sa reconnaissance, KOUKA KOUTOU place sous le protectorat exclusif et sous la souveraineté absolue de la France le mossi et tous les territoires qui en dépendent légitimement.                                              
6/ Dépendent légitimement du Mossi :                                                                   
1) Tous les territoires ou la langue Mossi est en usage ;
2) Les territoires placés sous le commandement des Naba vassaux ;
3)Tous les pays qui dépendent du Mossi en raison de la tradition et des droits historiques ;
4) Les territoires reconnaissent la souveraineté du Mossi y compris ceux de la langue n’est pas en usage ;
5) Le pays connu sous le nom de BOUSSAE ou BOUSSANGA qui dépende du Mossi par droit historique.
7/ Le Naba du Mossi et ses successeurs légitimes ne pourront conclurent aucun traité,
acte ou arrangement avec une autre puissance autre que la France .
 8 / Le Naba signataire du présent acte déclare nul et sans valeur tout traité ou arrangement antérieurs dont pourrait se prévaloir nue autre puissance autre que la France.
 9/ Le Naba s’engage à accepter dans sa capitale, ainsi que dans tout autre localité des ses Etats, un résident français, avec une escorte dont l’effectif est laissé à l’appréciation du gouvernement de la République française.
 10 / Le gouvernement français s’engage à donner aide et appui au Naba du mossi contre tout ennemis extérieurs.
 11/ Comme réciprocité, le Naba du Mossi s’engage à donner aide et protection à tout commerçant ou sujet français. Les marchandises d’origine français ne seront frappés d’aucun droit de douane ni de transit.
 12 / KOUKA KOUTOU, le Naba du Mossi, a reçu des mains du Lieutenant VOULET, un pavillon français qu’il s’est engagé à conserver et à présenter à tout sujet d’une puissance étrangère voyageant.

Fait à OUAGADOUGOU, le 20 Janvier 1897 (mil huit cent quatre vingt dix sept)

 

Annexe 2

  La dynastie des Mogho Naba

Naba Wubri (Oubri)
Naba Soaba , fils de Naba Wubri
Naba Naskyemde , fils de Naba Wubri
Naba Nasbiré , fils de Naba Wubri
Naba Nyingnemdo , fils de Naba Wubri
Naba Kumdumyé , fils de Naba Nyingnemdo
Naba Kuda , fils de Kumdumyé
Naba Dawema , fils de Naba Kuda
Naba Zwetembusma , fils de Naba Kuda
Naba Nyadfo , fils de Naba Zwetembusma
Naba Nyakê , fils de Naba Nyadfo
Naba Namwegha, fils de Naba Nakyê
Naba Kiba , fils de Naba Nyadfo ou de Naba Namwegha
Naba Kimba , fils de Naba Nyadfo ou de Naba Nakyê
Naba Koabgha , fils de Naba Kimba
Naba Zanna , fils de Naba Nakyê ou de Naba Koabgha
Naba Girga , fils de Naba Zanna
Naba Wubi , fils de Naba Zanna
Naba Moatiba , fils de Naba Wubi ou usurpateur peul
Naba Warga , fils de Naba Wubi
Naba Zombré (1774-1784), fils de Naba Warga
Naba Kom I (1784-1791) , fils de Naba Zombré
Naba Sagha I (1791-1796) fils de Naba Kom I
Naba Dulugu (1796-1825) , fils de Naba Sagha I
Naba Sawadogo (1825-1842) , fils de Naba Dulugu
Naba Karfo (1842-1849) , fils de Naba Dulugu
Naba Baogho (1849-1854) fils de Naba Dulugu
Naba Kutu (1854-1871) ,fils de Naba Sawadogo
Naba Sanem (1871-1889) , fils de Naba Kutu
Naba Wobgho (1889-1896) , fils de Naba Kutu
Naba Mazi (1896-Nov 1896)
Naba Sigiri (28 Janv 1897-Fev 1905)
Naba Kom II (27 Fev 1905-12 Mars 1942)
Naba Saaga II (1942-1957)
Naba Kugri (Nov 1957-1982)
Naba Baongo II (Dec 1982-

Annexe 3

Proclamation de l’indépendance par feu Maurice Yameogo

Aujourd’hui 5Août 1960, à 0 heure, au nom du droit naturel de l’homme à la liberté, à l’égalité, à l’égalité, je proclame solennellement l’indépendance de la République de Haute -Volta. Neuf siècles d’histoire ont révélé au monde la valeur morale de l’homme voltaïque. Au nom de cette morale à partir de laquelle nous voulons bâtir notre nation, j’exprime ma profonde reconnaissance à tous les de notre indépendance Nationale . A la France, au Général de Gaulle dont le courage et la magnifique lucidité lui valent l’immortalité devant l’histoire , à toues les nations qui nous assistent , au clergé qui fournit à ce pays sa première élite avec des moyens du bord , au professeur français, qui, patiemment ont façonné les responsables de ce pays, à nos chefs traditionnels qui ont su sauvegarder l’intégrité de notre état contre les atteintes de l’extérieur, l’honneur, à tous nos parlementaires, au militants politiques de tous les échelons, aux vaillants combattants qui sont morts pour le triomphe de notre liberté, j’adresse, au nom du gouvernement, l’hommage de ma profonde gratitude.
 Vive la Haute-Volta indépendante, vive la France, vive la fraternité des peuples de la terre.  

Annexe 4

Hymne national de la République de Haute-Volta
(Musique et Paroles de l’Abbé Robert Ouedraogo)

1
Fière Volta de mes aïeux
Ton soleil ardent et glorieux
Te revêt d’or et de clarté,
O, Reine drapée de loyauté.
Refrain
Nous te ferons et plus forte et plus belle,
A ton amour, nous resterons fidèles,
Et nos coeurs vibrants de fierté,
Acclamerons ta beauté.
2
Vers l’horizon lève les yeux,
Frémis aux accents tumultueux
De tes fiers enfants tous dressés
Promesse d’avenir caressé.
3
Le travail de ton sol brûlant,
Sans fin trempera les coeurs ardents,
Et les vertus de tes enfants
Le ceindront d’un diadème triomphant.
4
Que Dieu te garde en sa bonté
Que du bonheur de ton sol aimé
L’amour des frères soit la clé
Honneur, Unité et Liberté.

Annexe 5

Proclamation du CMRPN(Observateur, n° 1977 Mercredi 26/11/80) .

 « Peuple voltaïque,
Nous, Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National,
-Considérant la situation politique et économique de la Nation caractérisée par la
dégradation du climat social dans tous les secteurs de la vie nationale,
-Considérant les populations rurales et urbaines affamées, assoiffées par le fléau de la
sécheresse, et atteintes par les effets négatifs des prix anachroniques et incontrôlés des
produits manufacturés alors que s’effrite l’autorité de l’Etat mettant dangereusement en
péril la sécurité nationale ;
Considérant les menaces graves qui pèsent sur les libertés individuelles et collectives
après les nombreuses convulsions socio-économiques qui n’ont pas trouvé de solutions
appropriée et devant la crise que vit l’Ecole voltaïque ;
PROCLAMONS
1) La constitution du 13décembre 1977 est suspendu
2)L’assemblée Nationale est dissoute, les structures de progrès social pour l’instauration
d’une démocratie véritable, associant toutes les forces vives de la Nation seront mises
en place .
3) Le gouvernement est démis de ses fonctions : un gouvernement de redressement
et de Progrès National sera mis en place.
4) En attendant la mise en place du Gouvernement,le Comité Militaire de Redressement
pour le Progrès National assumera les responsabilités du Pouvoir Exécutif et légifèrera
par voie d’ordonnances et décrets réglementaire.
5) Les libertés individuelles et collectives autres politiques sont garanties.
6) Les accords internationaux seront respectés.
Peuple Voltaïque,
l’heure est grave .Par ton calme, ta sérénité et ta conscience mise dans les forces militaires et paramilitaires, tu participeras à l’œuvre de redressement national et de progrès social entreprise ce jour. Population laborieuse, travailleurs des villes et campagnes, le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National t’invite au travail dans la dignité et le sacrifice pour que vive la Haute Volta ».

 Annexe 6

Proclamation (SANKARA Thomas, « Oser inventer l’avenir » : la parole de Sankara (1983-1987), présenté par David GAKUNZI ? PATHFINDER et L’HARMATTAN, New York Paris, 1991, 290 p., pp 38-39.

« Peuple de Haute-Volta !
Aujourd’hui encore, les soldats, sous-officiers officiers de l’Armée Nationale et les fores paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans la conduite des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté et à notre peuple sa dignité.
En effet, ces objectifs patriotiques et progressistes qui ont justifié l’avènement du Conseil de Salut du Peuple (CSP) le 7 novembre 1982 ont été trahis le 17 mai 1983, soit seulement six mois après, par des individus farouchement hostiles aux intérêts du peuple voltaïque et à ses aspirations, à la démocratie et à la liberté.
Ces individus vous les connaissez, car ils se sont frauduleusement introduits dans l’histoire de notre peuple ; ils s’y sont tristement illustrés, d’abord par leur politique à double face, ensuite, par leur alliance ouverte avec toutes les forces conservatrices réactionnaires qui ne savent rien d’autre que de servir les intérêts des ennemis du peuple, les intérêts de la domination étrangère, du néo-colonialisme.
Aujourd’hui, 4août 1983, des soldats, sous- officiers et officiers patriotes et progressistes ont ainsi lavé l’honneur de notre peuple et de son armée et leur ont rendu leur dignité, leur permettant de retrouver le respect et la considération que chacun, en Haute-Volta comme à l’étranger leur portrait du 7 novembre 1982 au 17 Mai 1983.
Pour réaliser ces objectifs d’honneur, de dignité, d’indépendance véritable et de progrès pour la Haute-Volta et pour son peuple, le Mouvement actuel des forces armées voltaïques tire les leçons des amères expériences du CSP, a constitué ce jour ,4 août 1983, le Conseil national de la révolution (CNR) qui assume désormais le pouvoir de l’Etat, en même temps qu’il met fin au fantomatique régime du CSP du médecin commandant Jean-Baptiste Ouédraogo qui l’avait du reste arbitrairement dissous.
Peuple de Haute-Volta, le Conseil national de révolution appelle chaque Voltaïque, homme ou femme, jeune ou vieux à se mobiliser dans la vigilance pour lui apporter son soutien actif. Le Conseil national de la révolution invite le peuple voltaïque à constituer partout des Comités de défense de la révolution (CDR) pour participer à la grande lutte patriotique du CDR et pour empêcher les ennemis intérieurs et extérieurs de nuire à notre peuple. Il va sans dire que les partis politiques sont dissous.
Sur le plan international, le Conseil national de révolution proclame son engagement à respecter les accords qui lient notre pays aux autres Etats. Il maintient également l’adhésion de notre pays aux organisations régionales, continentale et internationales.
Le Conseil national de révolution n’est dirigé contre aucun pays, aucun Etat ou peuple. Il proclame sa solidarité avec tous les peuples, sa volonté de vivre en paix, et en bonne amitié avec tous les peuples et notamment avec tous les pays voisins de la Haute-Volta.
La raison fondamentale et l’objectif du Conseil national de la révolution, c’est la défense des intérêts du peuple voltaïque, la réalisation de ses profondes aspirations à la liberté, à l’indépendance véritable et progrès économique et social.
Peuple de Haute-Volta ! Tous en avant avec le Conseil national de la révolution pour le grand combat patriotique, pour l’avenir radieux de notre pays.
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Vive le peuple voltaïque !     
Vive le Conseil national de la révolution ! »

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Les Républiques au Burkina Faso

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HISTOIRE DU BURKINA FASO

Chapitre III :Le Burkina Faso : De 1960 à nos jours.

Leçon I : Les différentes Républiques

Introduction

L‘année 1960 marque une étape décisive dans l’histoire de la Haute-Volta, (Aujourd’hui Burkina Faso) de même que celle de la plupart des anciennes possessions françaises d’Afrique. L’accession de ces pays à la souveraineté nationale est l’aboutissement d’un processus politique amorcé une dizaine d’années plus tôt et institué par la Constitution de 1958 qui les fait passer du statut de colonies à celui d’États membres de la Communauté franco-africaine.

Le transfert de compétences de l’État français à l’État voltaïque a lieu le 11 juillet 1960, en concertation avec les autres membres du Conseil de l’Entente. Maurice Yaméogo préside alors aux destinées de la Haute-Volta. Le 5 août 1960, l’indépendance de la Haute-Volta est proclamée et dès le 20 septembre, le jeune État est admis aux Nations Unies.

La Ière République

L‘indépendance ne constitue pas une rupture brutale avec l’ancienne puissance coloniale. Elle est accompagnée par des accords de coopérations signés le 24 avril 1961 dont la particularité réside dans le fait que, sur le plan militaire, la Haute-Volta refuse l’installation de bases françaises sur son territoire. Pour le jeune Etat, cette période est marquée par la recherche d’un équilibre sur le plan diplomatique, économique et politique. En janvier 1962, la Haute-Volta adhère au groupe de Monrovia qui rassemble les pays modérés, mais maintient des relations avec le groupe panafricaniste. Elle avait même décidé, en juin 1961, de supprimer ses barrières douanières avec le Ghana.

En 1962, la Haute-Volta prend part à la constitution de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) et le 26 mai 1963 elle participe à Addis-Abéba, en Ethiopie, à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Au plan intérieur , les rapports entre le régime et les forces politiques ont toujours été conflictuels. Il s’agit des partis politiques , de la chefferie traditionnelle et des syndicats .

Pour asseoir son régime , le Président Maurice Yaméogo use de calculs politiques pour obtenir des ralliements mais aussi de répressions par de mesures d’interdiction et de dissolution des partis politiques .C’est ainsi que son parti l’UDV – RDA  était le seul parti légalement reconnu ; les autres tombaient dans la clandestinité . C’est le cas du Parti africain de l’Indépendance (créé en 1957 et introduit en Haute Volta par le canal des étudiants) , le Mouvement de Libération Nationale dont le leader était Joseph Ky Zerbo. L’instauration du parti unique était anti-constitutionnelle car la constitution autorisait que :  » Les partis politiques exercent leurs activités librement sous la condition de respecter les principes de souveraineté nationale , de la démocratie et des lois de la République. »  En plus des partis politiques le régime s’en prend également aux chefs coutumiers pour obtenir leur ralliement . Au cours d’un meeting à Ouagadougou le 28 Novembre 1961 , le Président demanda la libération de la jeune fille voltaïque , l’abolition de l’institution du « saponé ». Le 8 Juillet 1962 le Président prit un décret qui stipulait que  :  » Les chefferies coutumières devenues vacantes soit par suite du décès de leur titulaire , soit à la suite d’une mesure administrative ne sont plus pourvues sous aucune autre forme . Quant aux syndicats de travailleurs et du monde scolaire , une loi votée en Avril 1964 leur interdisait toute affiliation aux centrales internationales  . Sur le plan financier, l’euphorie de l’indépendance a fait perdre de vue les mises en garde sur la politique d’autorité prônée dès 1959, d’autant plus que les mauvais rapports avec la France ont eu pour conséquence une réduction de ses subventions. Confronté à la pénurie des caisses publiques, due pour l’essentiel à la gabegie du Chef de l’État, le gouvernement décide d’appliquer un train de mesures drastiques dont le clou est la réduction de 20% de la masse salariale.

C‘est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le ler janvier 1966, les syndicalistes décident de déclencher une grève qui mènera à la révolte. L’état d’urgence est décrété, mais l’agitation se poursuit et culmine par une marche populaire le 3 janvier. Le président est contraint de démissionner et, à la demande des manifestants, « le militaire le plus ancien dans le grade plus élevé  » prend le pouvoir: il s’agit du Commandant Sangoulé LAMIZANA.

Les années Lamizana :1966-1980

Elles durent près de seize ans sans discontinuer, mais ne sont pas homogènes sur les plans constitutionnel et politique. Plusieurs types de régimes se succèdent durant son règne ; correspondant à la périodisation suivante :

  • 1966-1970 : Gouvernement militaire provisoire
  • 1971-1974 : Ile République
  • 1974-1976 : Gouvernement de renouveau national
  • 1976-1978 : Gouvernement « de transition » et Gouvernement « d’union nationale »
  • 1978-1980 : Ille République

Le Gouvernement militaire provisoire :1966-1970

La prise du pouvoir par le commandant Lamizana donne lieu à la formation d’un gouvernement militaire provisoire, émanation du Conseil Supérieur des Forces Armées. La Constitution est suspendue, l’Assemblée Nationale et les Conseils Municipaux dissouts, les partis politiques interdits.

 La première tâche à laquelle s’attelle le nouveau gouvernement est l’assainissement des finances publiques et le redressement de la situation économique. Les mesures d’austérité préconisées auparavant sont appliquées avec beaucoup de rigueur, mais acceptées par les fonctionnaires bien qu’ils perdent un demi-mois de leur revenu annuel. Le train de vie gouvernemental et celui de l’Administration sont réduits à leur strict minimum. Finalement, le déficit budgétaire est résorbé en 1969. L’État renforce sa participation dans plusieurs secteurs économiques, culturels et sociaux tels l’électricité, l’eau, le cinéma, les banques, les assurances etc.

 Le pays est doté d’une nouvelle Constitution qui associe les civils à l’exercice du pouvoir et octroie le tiers des postes ministériels et celui de Chef de l’État à des militaires. Il est prévu que ceux-ci doivent rejoindre les casernes à l’issue d’une période transitoire de quatre années, c’est-à-dire en 1970.

La Ile République :1971-1974

Trois partis dominent alors le paysage politique voltaïque : le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), le Parti du Regroupement Africain (PRA) et le Mouvement de Libération Nationale (MLN). Les élections de décembre l970 sont remportées par le RDA. Son président, Gérard Kango Ouédraogo, est appelé à former le gouvernement et son secrétaire général, Joseph Ouédraogo, est nommé à la présidence de l’Assemblée Nationale. Le PRA intègre l’équipe gouvernemental avec deux ministres.

Le 8 Février 1974 , l’armée reprend le pouvoir à la faveur d’une querelle entre le Premier Ministre Gérard Kango Ouédraogo et Joseph Ouédraogo le Président de l’Assemblée Nationale avec pour conséquence la paralysie des institutions .

Le Gouvernement de renouveau national :1974-1976

Dès sa création il est confronté à de nombreuses difficultés : la sécheresse, les effets du premier choc pétrolier, le conflit frontalier avec le Mali.

Sur le plan politique ce nouveau gouvernement crée un Conseil Consultatif National pour le Renouveau (CCNR) et institue le Mouvement National pour le Renouveau (MNR) auquel les syndicats s’opposent en réclamant le retour à une vie constitutionnelle normale. Devant la fronde grossissante, le président Lamizana dissous le Gouvernement de renouveau national et constitue un cabinet de transition, lui-même bientôt remplacé par une équipe gouvernementale dite d’union nationale.

 Les gouvernements « de transition » et « d’union nationale » :1976-1978

Bien que composée de différentes sensibilités politiques du pays dont des représentants de la chefferie traditionnelle, le gouvernement « de transition » dure moins d’une année. Son règne est marqué par la création d’une Commission spéciale chargée d’élaborer un avant-projet de Constitution. Pour l’essentiel, celui-ci propose : la limitation des partis politiques à trois, selon leurs scores aux élections à venir, et la formation d’un gouvernement d’union nationale qui aurait pour mission de mettre en place les nouvelles institutions prévues. Ce gouvernement est installé en 1977 et, la même année, la Constitution est approuvée par référendum.

La IIIe République : 1978-1980

A la suite des élections législatives d’avril 1978, trois partis viennent en tête : l’UDV-RDA, l’UNDD et l’UPV. Au second tour des élections  présidentielles, du 28 Mai de la même année, le président Sangoulé Lamizana , alors général , devient enfin le président de la République démocratiquement élu avec 56,27% contre 43,73% à Macaire Ouédraogo candidat de l’UNDD. . Avec une courte majorité, Gérard Kango Ouedraogo (29 voix contre 28 à Joseph Ouédraogo du Front du Réfus du RDA) est élu à la tête de l’Assemblée Nationale et Joseph Conombo investi au poste de Premier Ministre.

Issu d’une majorité contestée, le régime fut très tôt confronté à diverses difficultés dont les plus déterminantes sont les luttes syndicales. C’est à l’issue de celles-ci, notamment la grève de cinquante six jours du Syndicat National des Enseignants Africains de Haute-Volta (SNEAHV), qu’un coup d’Etat porte au pouvoir le Comité Militaire pour le Redressement National (CMRPN) le 25 Novembre 1980 .

Le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National : 1980-1982

La reprise du pouvoir par les militaires suscite l’enthousiasme des nombreux mécontents de la IIIe République. Le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de transition, est porté à la tête du CMRPN. Il s’engage résolument dans une politique tournée vers les campagnes, avec un certain succès au départ, et il tente une moralisation de la vie publique en diligentant des enquêtes sur la gestion des dignitaires de la III République et en menant une lutte contre la corruption . Mais la popularité du régime s’émousse très vite, surtout à cause des restrictions du droit de grève et des mesures tendant à limiter l’émigration. Au sein de l’armée, un conflit larvée naît entre les colonels et les capitaines, dont certains font pour la première fois leur apparition sur la scène politique, tel le capitaine Thomas Sankara, nommé secrétaire d’Etat à l’information. Avec sa démission fracassante cinq mois plus tard, la crise devient ouverte. Le dénouement survint le 7 Novembre 1982, par un coup d’Etat qui porte les jeunes officiers au pouvoir. C’est l’avènement du Conseil du Salut du Peuple (CSP).

 

Le Conseil du Salut du Peuple (CSP) ou la phase transitoire vers les bouleversements politiques (1982-1983)

C‘est l’une des périodes les plus agitées de l’histoire du Burkina Faso. Assaillis par divers courants politiques, les jeunes militaires hésitent entre le retour à une vie constitutionnelle normale et le basculement du pays dans la voie progressiste. Le premier camp est représenté par le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, porté à la tête de l’Etat et soutenu par une frange importante de la haute hiérarchie militaire et le second par Thomas Sankara, son Premier ministre, qui bénéficie du soutien des jeunes officiers et de l’appui des organisations civiles marxisantes.

La crise s’amplifie avec l’arrestation du capitaine Thomas Sankara et de ses compagnons. Les jeunes de Ouagadougou , la capitale envahissent les rues pour réclamer leur libération. Pour contrer la popularité du camp des jeunes officiers, celui des modérés organise une contre-manifestation et libère tous les prisonniers politiques incarcérés depuis l’époque du CMRPN, dont Sankara et ses amis. Mais il est trop tard : l’Etat est fragilisé et l’armée divisé.

Le 4 août 1983, les militaires du Centre d’entraînement commando(CNEC) de Pô, au sud du pays, sous la conduite du capitaine Blaise Compaoré, prennent d’assaut Ouagadougou. Le Conseil National de la Révolution (CNR) est alors proclamé.

 

Le conseil national de la révolution (CNR) :1983-1987

Le CNR opte pour un régime de type progressiste. Composé d’une centaine de membres plus ou moins anonymes, il a à sa tête quatre leaders, aussi appelés « chefs historiques de la Révolution » : le capitaine Thomas Sankara, le capitaine Blaise Compaoré, le commandant Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo. Plusieurs partis d’obédience communiste soutiennent le régime, dont les Comités de Défense de la Révolution (CDR) constituent l’ossature organisationnelle à tous les échelons de la vie publique . Le CNR se montra plus volontariste que tous les régimes qui l’ont précédés . Il s’agissait pour ce régime de construire une société développée , une société de démocratie sociale , économique et politique .

 

De profondes transformations sont entreprises. Ainsi, l’organisation administrative et territoriale change avec le découpage du pays en dix provinces, la création des secteurs urbains en lieu et place des quartiers traditionnels, la nationalisation du sol et du sous-sol, etc. Le 4 Août 1984 , La Haute-Volta devient le Burkina Faso et les voltaïques, les burkinabé. C’est une période où, de gré ou de force, les populations consentent de nombreux sacrifices : réduction des salaires, restrictions des libertés syndicales, travaux d’intérêt collectifs, etc. En revanche, le plan populaire de développement (PPD), exécuté de façon volontariste, permet d’accroître le taux de scolarisation, de bâtir des logements sociaux, de promouvoir la vaccination à grande échelle, de construire des retenues d’eau et des forages . Les burkinabé doivent compter sur eux-mêmes et consommer leurs propres productions .

Sur le plan international le Burkina Faso est mieux connu qu’auparavant, admiré par les progressistes qui en font un exemple. Le charisme de son président dépasse largement les frontières du pays. Cependant, à l’intérieur, des fissures apparaissent dans la cohésion du pouvoir. Les burkinabé, qui ont connu durant de nombreuses années des espaces de liberté quelle que soit la nature des régimes, sont de plus en plus exaspérés par celui du CNR. Sont particulièrement mal supportés les exécutions sommaires, les « dégagements » de fonctionnaires, les exactions diverses de certains membres des CDR. Les organisations qui soutiennent le régime s’opposent dans des querelles interminables. Les contestations touchent l’armée. La confiance ne règne plus au sommet du pouvoir. Le dénouement est tragique : le président du CNR trouve la mort au cours d’une fusillade sanglante le 15 octobre 1987.

 

Le Front Populaire et la marche vers la démocratie :1987-1991

Dirigé par le Capitaine Blaise Compaoré, le Front Populaire prône la rectification de la Révolution. Le nouveau pouvoir entreprend de décrisper l’atmosphère sociale : libération des prisonniers politiques, dialogue avec les différentes forces sociales, réparations des torts causés pour des motifs syndicaux, politiques ou autres, réhabilitation de la chefferie traditionnelle, etc. Cette nouvelle politique exige des adaptions, notamment au niveau des structures émanant du CNR. Ainsi, les CDR sont-ils dissous et remplacés par les Comités de la Révolution (CR), éphémères elles-mêmes.

Persuadé que la mise en place d’un véritable Etat de droit constitue le seul rempart aux errements du passé, le Président du Faso, Blaise Compaoré, fait part, dans son discours à la Nation le 31 décembre 1989, de son intention de doter le pays d’une Constitution. Cette intention est réaffirmée au premier Congrès ordinaire du Front Populaire en mars 1990 et deux mois plus tard, en mai, une Commission Constitutionnelle est installée. Elle élabore un avant-projet qui est soumis à l’examen des Assises nationales convoquées à cet effet en décembre 1990.

L‘année 1991 est une étape essentielle dans cette marche vers un Etat de droit. En janvier, le Président du Faso autorise la création des partis politiques. Une vingtaine est aussitôt reconnue. Quelques mois plus tard, le 2 juin, un référendum permet l’adoption de la nouvelle constitution qui est promulguée le 11 juin. Les fondements de la IVe République sont alors posés.

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La période coloniale

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HISTOIRE DU BURKINA FASO

 
Chapitre II :Le Burkina Faso :De la fin du XIX s à 1960

Leçon 2 :La domination coloniale :1896-1960

Introduction

Une fois conquis, le territoire du Burkina Faso est intégré aux possessions ouest africaine de la France. Le Burkina aura dès lors une vie marquée d’étapes décisives.

  1. De 1896 à 1919

Le territoire du Burkina Faso constitue « un territoire militaire »où l’autorité française, la direction des affaires est laissée aux mains des officiers militaires. Vers 1899, les premières missions chrétiennes s’installes à Fada N’Gourma. En 1900, les pères blancs dirigés par Monseigneur Hacquard s’installent à Koupéla puis à Ouagadougou en1901.

En 1904, le pays est administrativement rattaché à la colonie du Haut Sénégal Niger. Le décret du premier Mars 1919 crée la colonie de Haute Volta en vue de mieux contenir les populations et mieux réaliser l’exploitation coloniale.

    2.  De 1919 à 1932

Le premier gouverneur de la colonie fut François Charles Édouard Hesling. Il développa les infrastructures de communication, les équipements administratifs et sociaux, la culture du coton.

Au plan administratif, la nouvelle colonie fut divisée en cercles. Ainsi on avait les cercles de Bobo Dioulasso , Gaou , Dédougou, Dori, Fada N’Gourma, Ouahigouya, Koudougou, Batié, Kaya, Tenkodogo, Ouagadougou, chef lieu de la nouvelle colonie.

Le 4 Décembre 1926, des arrêtés érigent Ouagadougou et Bob Dioulasso en communes mixtes. Le 5 Septembre 1932, un décret pris par Monsieur Albert Sarrault, Ministre des colonies, supprimait la colonie de Haute Volta en raison des difficultés économiques. Le territoire et les habitants furent distribués à partir du 01 Janvier à:

  • A La Côte d’Ivoire, les cercles de Ouagadougou, Koudougou, Tenkodogo, Kaya, Gaoua, Batié, Bobo Dioulasso et une partie du cercle de Dedougou; soit une superficie de 150000 km2 et une population d’environ 2400000 habitants.
  • Au soudan français (Mali) , le Yatenga et le reste du cercle de Dedougou; 60000 km2 pour 800000 habitants.
  • Au Niger on rattacha le Gourma, le Liptako, soit 80000 Km2 pour 300000 habitants.

III . La reconstitution et la marche vers l’indépendance (1947-1960)

Les plaidoiries du Mogho Naba Kom II, les protestations officielles et organisées, l’avancée du RDA (Rassemblement Démocratique Africain), militèrent en faveur de la reconstitution de la colonie de Haute Volta.

La loi du 4 Septembre rétablit les territoires de Haute Volta dans ses limites de 1932. Ce rétablissement intervient dans le contexte de l’Union Française instituée le 27 Octobre 1946. le 28 juin 1948, la Haute Volta élit ses conseillers généraux puis ses députés à l’Assemblée Nationale Française. La liste de L’Union Voltaïque, parti sous influence de la chefferie traditionnelle remporte les élections. Ses délégués au palais Bourbon étaient Messieurs Henri Guissou, Mamadou Ouédraogo, Nazi Boni.

Le 23 Juin 1956, fut votée la Loi Cadre qui permettait aux colonies d’avoir un Conseil de gouvernement dont les membres élus par l’Assemblée territoriale avaient rang de Ministres et étaient chargés de la gestion des affaires territoriales. Ils devaient choisir un vice-président, le président étant celui de la métropole. En Haute Volta, le RDA gagne les élections du 31 Mars 1957 et son chef, Daniel Ouezzin Coulibaly devient Vice-président du premier Conseil de Gouvernement; Yalgado Ouédraogo est Président de l’Assemblée Territoriale. La même année le RDA est rejoint par une dissidence du MDV (Mouvement Démocratique Voltaïque) sous la conduite de Maurice Yaméogo un élu de Koudougou. Le 07 Septembre 195 , Daniel Ouezzin Coulibaly meurt à Paris de suite de maladie. Maurice Yaméogo lui succède au poste de vice-président.

En 1958, le Général De Gaulle est de retour au pouvoir (V République en France). Partisan du fédéralisme , De Gaulle est décidé à donner d’avantages d’autonomie aux futures Républiques dans le cadre de la Communauté Française. Le 28 Septembre La Haute Volta adhère par référendum à la Communauté. Le 11 Septembre 1958 , elle obtient le statut de République autonome. En Janvier 1959, elle adhère à la fédération du Mali qui comprenait le Sénégal, Le Mali mais plus tard elle se retire pour former avec la Côte d’Ivoire, le Niger, Le Bénin, le Conseil de l’Entente.

Le 05 Août 1960, elle accède à la souveraineté nationale et le 29 Novembre de la même année, la nouvelle constitution est adoptée; elle avait un caractère présidentiel. Maurice Yameogo fut le premier président.

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La conquête coloniale du Burkina

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HISTOIRE DU BURKINA FASO

Chap II: Le Burkina Faso de la fin du XIX s à 1960

Leçon 1:     De l’exploration à la conquête du territoire

Introduction

Le début du XIX s marque le départ de l’impérialisme européen en Afrique. Le Burkina à l’instar des autres territoires africains suscite l’intérêt des européens. La conquête est précédée d’une phase d’exploration dirigée par trois puissances de 1853 à 1894.

  1. Les principaux explorateurs du Burkina
  • Heinrich Barth : c’est un docteur allemand, il est le premier européen à fouler le sol burkinabé en atteignant Dori en Juillet 1853. Il était membre d’un ordre humanitariste dirigé par un anti- esclavagiste.
  • Le docteur Krause. Parti d’Accra (Ghana) le 12 Mai 1886 , dans le cadre d’une mission scientifique , il arrive à Ouagadougou le 24 Septembre 1886. Il est le premier européen à pénétrer dans la capitale du Mogho.
  • Louis Gustave Binger : c’est un officier français chargé d’étudier les possibilités de rattachement des des territoires français de la boucle de la Côte d’Ivoire à ceux de l’intérieur et préparer des négociations politiques et commerciales, la prise de possession effective de la sphère. Parti de Bamako (Mali) le 30 juin 1887,il atteint Bobo le 25 Avril 1888 puis Ouagadougou où il est reçu par Naba Sanem qui l’interdira de continuer vers le Nord. Il laissa d’importants renseignements sur les peuples du Burkina.
  • Kurt Von François: cet explorateur allemand signa un traité avec le Mampursi , traversa le pays bissa , mais il fut interdit par Naba Sanem d’entrer à Ouagadougou.
  • Le lieutenant Spitzer : il avait pour mission de signer un traité avec le Mogho et le Yatenga, mais il fut contraint de rebrousser chemin à partir de Fio par le chef Amadou Abdoul Balobo.
  • Crozat , il était chargé de signer un traité avec le Mogho pour la France. Parti de Sikasso (Mali) en Août 1890 , il est reçu par le Mogho Naba le 21 Septembre 1890 mais il n’obtient par la signature du traité.
  • Monteil , sa mission fut un échec car il n’est pas reçu par l’empereur qui lui intime l’ordre de quitter son territoire le 28 Avril 1891
  • George Eykem Fergusson, ce métis afro britannique venait saluer le Mogho Naba au nom de la Reine Victoria d’Angleterre. il réussit à signer un traité d’amitié et de libre commerce . En retour le Mogho Naba s’engage à n’accepter aucun autre traité sans le consentement des anglais. Pour les français ce traité est usurpé, il est donc nul et non avenu.

A partir de 1895, la compétition devient âpre. Les allemands déléguèrent Gruner, Von Karnap et Von Zech; les anglais envoyèrent Lugard, les français dépêchèrent Alby, Decoeur, Baud, et surtout le capitaine Destenaves aidé des lieutenants Voulet, Margaine,Gaden.

II . La situation socio-politique du Burkina à la veille de la conquête

A l’intérieur le territoire était miné par de nombreuses crises et guerres civiles.

II .1. Dans l’Oubritenga

Le Mogho Naba Wobgo était en lutte contre un tout petit vassal, le chef de canton de Lallé. Incapable de s’imposer et de se faire obéir par ses sujets gourounsi le Naba fit appel aux redoutables Djerma du Niger pour rétablir l’ordre.

II .2. Dans le Gourma

Il y régnait une véritable confusion : les tueries , les assassinats des chefs ,les complots , étaient quotidiens.

II .3. Dans le Yatenga.

L’autorité de Naba Baogo était contesté par un prétendant , le prince Bangré (Bagaré). incapable de s’imposer , le Naba demanda le secours du Mogho Naba puis celui du Capitaine Destenaves , Chef des troupes françaises installées à Bandiagara (Mali).

II . 4. A Tenkodogo

Le roi , Naba Karango était en constante querelle avec son cousin Yellisida alias Bangandé qui lui disputait le port du  » bonnet rouge » symbole de chef. Le royaume était en proie à des pillages , meurtres et assassinats , vols , viols.

III . La conquête du Burkina

C’est dans un contexte de désordre interne et de course au clocher qu’intervenue la conquête du territoire. La France avait comme but politique la volonté de réaliser une Afrique française territorialement unie. Cette unification exigeait la jonction de l’Afrique Centrale, du Maghreb et de l’Afrique Occidentale. Il fallait ainsi relier les possessions françaises du Dahomey (Bénin) et du Soudan.

III . 1 .La conquête du Gulmu ou de l’Est.

Les français et les allemands se disputèrent cette région. Les missions allemandes conduites par Von Karnap et Gruner parties du Togo en début Janvier 1895 signèrent un traité le 14 Janvier 1895 avec Bahama , le roi de Pama un vassal du Gulmu. Le 21 Janvier 1895 , elles signèrent un autre traité avec le roi de Matiacoli qu’il croyait être le grand chef du Gulmu.

La mission française conduite par le commandant Decoeur qui poursuivait les allemands dans la région réussit à signer le 20 Janvier avec le vrai chef du Gulmu ,  le grand roi Bantchandé ,un traité qui plaçait le royaume sous protectorat français. le second de Decoeur , le lieutenant Baud , qui avait continuer vers le Nord signa deux traités avec Botou le 23 Janvier et Say le 25 Janvier 1895. La jonction entre le Niger et le Dahomey était ainsi réalisée.

III . 2 .La conquête du Mogho et le pays gourounsi

Elle sera faite par la force et preparée minutieusement depuis la colonie du Soudan (Mali). Le 18 Mai 1895 , le capitaine Destenaves avait réussi à signer un traité de protectorat avec Naba Baogo du Yatenga en échange d’un semblant d’appui militaire contre le prince Bangré ou Bagaré. Ce traité sera consolidé par le lieutenant Paul Lucien Gustave Voulet chargé d’établir le protectorat français dans les pays mossi et gourounsi. Le 27 Août 1896 , la ville de Yako est conquise , le  31 Août la colonne Voulet aidée du lieutenant Chanoine , des sergents Laury et Jariel sont aux portes de Ouagadougou. le Mogho Naba refuse de les recevoir et envoie ses cavaliers pour leur barrer l’entrée. Mais le 01 septembre la colonne entre victorieusement à Ouaga et à 17h le drapeau français flottait sur le palais du Mogho Naba (Naba Wobgo=Boukary Kutu) qui s’était enfui vers le Ghana. Il fut remplacé par Naba Sigiri qui signa un traité de protectorat avec la France. La colonne continua sa mission en pays gourounsi affaibli par les invasions djermas. Le 17 Septembre elle était à Léo et le 18 à sati. Le lendemain un traité était signé le chef Hamaria Mayac plaçant le Gurunsi sous protectorat français.

III . 3 .La conquête de l’Ouest

Elle s’est faite dans l’ensemble pacifiquement.

Les français passèrent des traités avec Dédougou , le royaume de Ouahabou , avec Diébougou d’Avril à Mai 1897. En Juin 1897 , le commandant Caudrelier occupe Ouarkoye , signe un traité avec le Guiriko à Bobo Dioulasso en Septembre 1897. Puis Banfora et le Kénédougou sont soumis après la destruction de Sikasso.

III . 4 .La conquête du Nord

Elle est l’œuvre du capitaines Destenaves . Auparavant , Monteil avait obtenu la signature d’un traité avec le Jelgooji et l’Arbinda le 23 Mai 1891 et qui était devenu caduc après la mort du chef Boari remplacé par son rival . Malgré tout , l’Oumiru de Dori et l’Almamy reconnurent ce traité. Le 4 Octobre 1895 Destenaves obtint la signature d’un autre traité à Dori qui confirmait celui de 1895.

IV . Les résistances

Elles furent nombreuses et multiformes. On distingue les résistances actives et les résistances passives.

IV . 1 .Les résistances passives.

La résistance passive fut la plus longue. Elle s’est traduite par le refus de payer l’impôt, d’aller à l’école,de se faire soigner, par l’apathie de la population , le rejet total du colon.

IV . 2 .Les résistances actives.

Elles ont été menées par le Mogho Naba Wobgo , les peuples Marka , les Gourounsi , les Lobi , les Samo

  • La résistance de Boukary Kutu (Naba Wobgo)
Il n’a pas renoncé à conserver le trône du Mogho. Il refusa tout compromis avec les français et appela les mossi à à ne pas se soumettre .Il entretint une agitation permanente qui traumatisait les habitants de Ouagadougou. En Juin 1897,il échappa à plusieurs expéditions menées par le capitaine Saule à Jiba ,en pays bissa. Le 23 Juin 1897 , il mène une rude bataille contre les soldats du capitaine Mamane. Boukary Kutu en bon stratège s’allie aux anglais installés au Ghana désireux de prendre leur revanche sur les français. Les troupes anglaises conduites par le capitaine Steward pénètrent le territoire et se trouvent face aux français. Après une entrevue pacifique et la signature d’une convention à Kombissiri , les troupes anglaises se retirèrent entérinant ainsi la prise de possession effective des territoires mossi par les français. Boukary Kutu venait ainsi d’échouer mais continuait sa lutte jusqu’à sa mort en Mars 1904.

Le Burkina Faso à la fin du XIX siècle


Conclusion

La conquête du territoire du Burkina fut une entreprise relativement facile .Certaines populations ont accueilli les colons à bras ouverts , d’autres les ont combattus sans succès.

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Société et Royaumes au Burkina Faso

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HISTOIRE DU BURKINA FASO

Chap1: Le Burkina Faso : Des origines à la fin du XIX s.

Leçon2: Sociétés et Royaumes

Introduction

Une fois les espaces  occupés, les différents peuples s’organisèrent en sociétés et en royaumes.

  1. Les sociétés « acéphales »

Elles sont qualifiées de sociétés sans pouvoir centralisé. Ce sont pour la plupart les populations de l’Ouest et du Sud Ouest à l’exception des gan. Elles se composent donc des bobo ,des sénoufo, des lobi, les birifor ,les dagara ,les bissa, les gourounsi, les dogons, les kurumba.

Ces populations ont par nature et par tradition un goût des plus prononcés pour leur indépendance individuelle, un souci intransigeant et constant d’être leurs propres maîtres. Leur organisation politique est un mélange de gérontocratie et de démocratie. Ce qui veut dire que toute personne sans condition préalable de naissance peut être appelée à diriger la cité si ses pairs la jugent la plus apte. Il faut donc être le plus âgé parmi ses pairs et être le plus digne. On peut toutefois diviser ces sociétés en deux groupes à savoir: les communautés villageoises et les sociétés lignagères.

  • Les communautés villageoises: elles sont organisées de telle sorte que ce qui compte le plus c’est le village quel que soit le nom de famille. Le sentiment de l’appartenance au village l’emporte sur celui du lignage. Exemple : les bwaba ,les sana, les marka.
  • Les sociétés à organisation lignagère: ce qui compte le plus est le lignage. La parenté est donc le lien central. La société est divisée en catégories socioprofessionnelles:les griots, les cultivateurs, les forgerons… Le mariage n’est pas possible entre eux parce qu’ils se considèrent comme frères et sœurs.
  1. La formation des royaumes

II.1.   Les royaumes moosé ou Mossi

Selon la tradition , Ouidiraogo(Ouédraogo)est l’ancêtre de l’aristocratie moaga(singulier de Mossi).il est le fruit de l’union de la princesse guerrière Yenenga fille de Nedega roi du royaume Mampursi capitale Gambaga dans le Nord du Ghana et de Rialé , un chasseur d’éléphant. A l’âge adulte , Ouidiraogo quitte Gambaga et s’installe plus au Nord à Tenkodogo(vieille terre) où il fonde une nouvelle dynastie vers le XII s , au XV s selon Michel Izard. Son fils Zoungrana lui succède sur le trône de Tenkodogo. Un autre Fils Rawa, partit dans le Nord et fonda le royaume du Zondoma. Diaba Lompo ,fils ou cousin de Ouédraogo s’installe à Pama à l’Est et fonde le royaume du Gourma. Oubri , fils de Zoungrana conquit l’Ouest de Tenkodogo et fonda l’Oubritenga(terre d’Oubri) occupé par les Yonyoosé et les Gourounsi. Les Yonyoosé sont intégrés au nouveau royaume et à la culture Mossi. Leur capitale, Kombentinga(la terre des guerriers)devient « Wogdgo »(venez m’honorer!)qui par déformation devient Ouagadougou, capitale du Burkina actuel. Ce royaume eut la prééminence sur tous les autres royaumes Mossi. es souverains portaient le titre de Mogho Naba. Au XVI s naît dans le Nord du Burkina le royaume du Yatenga(terre de Yadega). Yadega serait le frère jumeau de Koumdoumyé(petit fils d’Oubri)qui l’a évincé du trône d’Oubritenga.Yadega aidé de sa sœur Pabré qui avait dérobé à Koumdoumyé les insignes du pouvoir de la dynastie d’Oubri partit vers le Nord et après des conquêtes fonda le nouveau royaume. La capitale de ce royaume est Ouahigouya(venez vous prosterner devant moi.)

II.1.1 L’organisation sociale et politique des Mossi.

Comme le dit Albert Salfo Balima: »la société des Mossi est une oeuvre architecturale achevée, elle est hiérarchisée à l’extrême.(…)c’est une société savamment agencée et dosée ,une mixture supérieure qui englobe :le régime aristocratique sous sa forme la plus féodale, et certains éléments du régime démocratique, pour tempérer l’autoritarisme aristocratique. »Au sommet de la société on trouvait le Mogho Naba, les nabas vassaux, les ministres et les grands fonctionnaires, les seigneurs(aristocratie de cavaliers),les paysans, les artisans libres et les esclaves qui cultivent pour les nobles. Dans la société Mossi on distingue les détenteurs de la maîtrise de la terre(les tengsoba)qui sont les représentants des autochtones et les détenteurs du pouvoir ou du Naam qui sont les descendants de Ouédraogo.

Au plan politique et administratif, l’empire Mossi est divisé en royaumes dirigés par des Naba, le royaume est divisé en provinces dirigées par des Kombéré. La province est divisée en cantons qui se divisent en villages dirigés par des Teng-naba, le village est constitué de quartiers gérés par des Sak-kasma. A la tête du Mogho(l’empire Mossi) se trouve le Mogho Naba(l’Empereur du Mogho).C’est le chef suprême, il est vénéré comme un Dieu. Il est choisi par le grand collège électoral parmi les descendants d’Oubri. Ses pouvoirs, les gestes de sa vie sont réglés par une tradition respectée de tous ; ce qui fait que le Mogho Naba règne mais la coutume gouverne. A sa mort,c’est en principe son premier fils(le Nabikeega=fils aîné du na)qui lui succède s’il le mérite. Autour du Mogho Naba il y a 16 ministres chargés de l’exécution des décisions arrêtées. Ils sont souvent d’origine modeste voire captive. Le Naba les choisis parce qu’ils ont seulement pour ambition de servir et pour éviter des velléités .Ils vivent à la cour. Les plus importants sont le Baloum Naba, maître des services du palais (ministre de l’intérieur),le Ouidi Naba maître de l’infanterie, de la cavalerie, le Poé Naba ou grand confesseur(une sorte de grand inquisiteur), le Larlé Naba considéré comme l’expert des coutumes, le Kamsaogho-Naba, eunuque chargé du harem et de l’exécution des hautes oeuvres.

II.1.2 La religion dans le Mogho

Les Mossi étaient animistes; toutes leurs activités étaient imprégnées d’esprit religieux. Le Mogho Naba est le chef religieux suprême, il est le dépositaire des forces surnaturelles. Mais à partir du XVIII s le Mogho s’ouvre peu à peu aux influences islamiques. Sous le règne de Naba Doulougou I(1783-1802)les yarsé convertis à l’islam par le biais du commerce avec l’extérieur sont autorisés à célébrer publiquement leur culte, à ériger une mosquée à Ouagadougou. Plus tard le Naba lui même se convertit à l’islam.

II.2.  Le royaume du Guiriko

Guiriko signifie pays au delà de la longue étape. Il est créé vers1774 dans l’Ouest du Burkina par un prince dioula du nom de Famaghan Ouattara petit frère de Sékou Ouattara fondateur du royaume de Kong en pays Senoufo dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Bobo Dioulasso en était la capitale. La création de ce royaume avait pour objectif le contrôle des routes commerciales reliant Kong aux cités du fleuve Niger. Le royaume atteint son apogée sous Oulé Ouattara (1749-1809) qui est arrivé à soumettre les populations bobo, marka, bwa grâce à une puissante cavalerie. Son frère Bakary Ouattara échoua dans la conquête du pays lobi. Au XIX s le royaume s’affaiblit à causes des querelles intestines, des révoltes des populations soumises ,d’incessantes guerres contre le jeune royaume de Kénedougou fondé vers 1825 à Sikasso(Mali) par les Traoré, mais aussi contre la redoutable armée de Samory Touré.

II.3  Le royaume de Ouahabou.

C’est un petit royaume créé dans l’ouest du Burkina entre le Mogho et le Guiriko par un marabout musulman du nom de Mamadou Karantao venu de Djénné au Mali. Il s’implante à Boromo où il soumet les gourounsi et étend son territoire dans toute la boucle de l’ex Volta Noire. Vers 1850, il déplace sa capitale de Boromo à Ouahabou qui a donné son nom au royaume. En 1897 son fils Karamoko Moktar signe un traité d’alliance avec les français.

II.4 Les formations du Nord.

Au XVIII s, les peul Jelgoobé conquièrent le Lurum (territoire des Kurumba) et mettent en place trois chefferies rivales autour de Djibo, Baraboulé, Tougoumayel. Vers 1810, les peul Ferobé dans le cadre de la Jihad(guerre sainte) déclenché par Ousmane Dan Fodio dans le Nord du Nigeria , chassent les gulmantcheba de Koala et édifie l’émirat du Liptako avec pour premier émir Ibrahim Seydou.

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