HISTOIRE DU BURKINA FASO

Chap1: Le Burkina Faso : Des origines à la fin du XIX s.

Leçon2: Sociétés et Royaumes

Introduction

Une fois les espaces  occupés, les différents peuples s’organisèrent en sociétés et en royaumes.

  1. Les sociétés « acéphales »

Elles sont qualifiées de sociétés sans pouvoir centralisé. Ce sont pour la plupart les populations de l’Ouest et du Sud Ouest à l’exception des gan. Elles se composent donc des bobo ,des sénoufo, des lobi, les birifor ,les dagara ,les bissa, les gourounsi, les dogons, les kurumba.

Ces populations ont par nature et par tradition un goût des plus prononcés pour leur indépendance individuelle, un souci intransigeant et constant d’être leurs propres maîtres. Leur organisation politique est un mélange de gérontocratie et de démocratie. Ce qui veut dire que toute personne sans condition préalable de naissance peut être appelée à diriger la cité si ses pairs la jugent la plus apte. Il faut donc être le plus âgé parmi ses pairs et être le plus digne. On peut toutefois diviser ces sociétés en deux groupes à savoir: les communautés villageoises et les sociétés lignagères.

  • Les communautés villageoises: elles sont organisées de telle sorte que ce qui compte le plus c’est le village quel que soit le nom de famille. Le sentiment de l’appartenance au village l’emporte sur celui du lignage. Exemple : les bwaba ,les sana, les marka.
  • Les sociétés à organisation lignagère: ce qui compte le plus est le lignage. La parenté est donc le lien central. La société est divisée en catégories socioprofessionnelles:les griots, les cultivateurs, les forgerons… Le mariage n’est pas possible entre eux parce qu’ils se considèrent comme frères et sœurs.
  1. La formation des royaumes

II.1.   Les royaumes moosé ou Mossi

Selon la tradition , Ouidiraogo(Ouédraogo)est l’ancêtre de l’aristocratie moaga(singulier de Mossi).il est le fruit de l’union de la princesse guerrière Yenenga fille de Nedega roi du royaume Mampursi capitale Gambaga dans le Nord du Ghana et de Rialé , un chasseur d’éléphant. A l’âge adulte , Ouidiraogo quitte Gambaga et s’installe plus au Nord à Tenkodogo(vieille terre) où il fonde une nouvelle dynastie vers le XII s , au XV s selon Michel Izard. Son fils Zoungrana lui succède sur le trône de Tenkodogo. Un autre Fils Rawa, partit dans le Nord et fonda le royaume du Zondoma. Diaba Lompo ,fils ou cousin de Ouédraogo s’installe à Pama à l’Est et fonde le royaume du Gourma. Oubri , fils de Zoungrana conquit l’Ouest de Tenkodogo et fonda l’Oubritenga(terre d’Oubri) occupé par les Yonyoosé et les Gourounsi. Les Yonyoosé sont intégrés au nouveau royaume et à la culture Mossi. Leur capitale, Kombentinga(la terre des guerriers)devient « Wogdgo »(venez m’honorer!)qui par déformation devient Ouagadougou, capitale du Burkina actuel. Ce royaume eut la prééminence sur tous les autres royaumes Mossi. es souverains portaient le titre de Mogho Naba. Au XVI s naît dans le Nord du Burkina le royaume du Yatenga(terre de Yadega). Yadega serait le frère jumeau de Koumdoumyé(petit fils d’Oubri)qui l’a évincé du trône d’Oubritenga.Yadega aidé de sa sœur Pabré qui avait dérobé à Koumdoumyé les insignes du pouvoir de la dynastie d’Oubri partit vers le Nord et après des conquêtes fonda le nouveau royaume. La capitale de ce royaume est Ouahigouya(venez vous prosterner devant moi.)

II.1.1 L’organisation sociale et politique des Mossi.

Comme le dit Albert Salfo Balima: »la société des Mossi est une oeuvre architecturale achevée, elle est hiérarchisée à l’extrême.(…)c’est une société savamment agencée et dosée ,une mixture supérieure qui englobe :le régime aristocratique sous sa forme la plus féodale, et certains éléments du régime démocratique, pour tempérer l’autoritarisme aristocratique. »Au sommet de la société on trouvait le Mogho Naba, les nabas vassaux, les ministres et les grands fonctionnaires, les seigneurs(aristocratie de cavaliers),les paysans, les artisans libres et les esclaves qui cultivent pour les nobles. Dans la société Mossi on distingue les détenteurs de la maîtrise de la terre(les tengsoba)qui sont les représentants des autochtones et les détenteurs du pouvoir ou du Naam qui sont les descendants de Ouédraogo.

Au plan politique et administratif, l’empire Mossi est divisé en royaumes dirigés par des Naba, le royaume est divisé en provinces dirigées par des Kombéré. La province est divisée en cantons qui se divisent en villages dirigés par des Teng-naba, le village est constitué de quartiers gérés par des Sak-kasma. A la tête du Mogho(l’empire Mossi) se trouve le Mogho Naba(l’Empereur du Mogho).C’est le chef suprême, il est vénéré comme un Dieu. Il est choisi par le grand collège électoral parmi les descendants d’Oubri. Ses pouvoirs, les gestes de sa vie sont réglés par une tradition respectée de tous ; ce qui fait que le Mogho Naba règne mais la coutume gouverne. A sa mort,c’est en principe son premier fils(le Nabikeega=fils aîné du na)qui lui succède s’il le mérite. Autour du Mogho Naba il y a 16 ministres chargés de l’exécution des décisions arrêtées. Ils sont souvent d’origine modeste voire captive. Le Naba les choisis parce qu’ils ont seulement pour ambition de servir et pour éviter des velléités .Ils vivent à la cour. Les plus importants sont le Baloum Naba, maître des services du palais (ministre de l’intérieur),le Ouidi Naba maître de l’infanterie, de la cavalerie, le Poé Naba ou grand confesseur(une sorte de grand inquisiteur), le Larlé Naba considéré comme l’expert des coutumes, le Kamsaogho-Naba, eunuque chargé du harem et de l’exécution des hautes oeuvres.

II.1.2 La religion dans le Mogho

Les Mossi étaient animistes; toutes leurs activités étaient imprégnées d’esprit religieux. Le Mogho Naba est le chef religieux suprême, il est le dépositaire des forces surnaturelles. Mais à partir du XVIII s le Mogho s’ouvre peu à peu aux influences islamiques. Sous le règne de Naba Doulougou I(1783-1802)les yarsé convertis à l’islam par le biais du commerce avec l’extérieur sont autorisés à célébrer publiquement leur culte, à ériger une mosquée à Ouagadougou. Plus tard le Naba lui même se convertit à l’islam.

II.2.  Le royaume du Guiriko

Guiriko signifie pays au delà de la longue étape. Il est créé vers1774 dans l’Ouest du Burkina par un prince dioula du nom de Famaghan Ouattara petit frère de Sékou Ouattara fondateur du royaume de Kong en pays Senoufo dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Bobo Dioulasso en était la capitale. La création de ce royaume avait pour objectif le contrôle des routes commerciales reliant Kong aux cités du fleuve Niger. Le royaume atteint son apogée sous Oulé Ouattara (1749-1809) qui est arrivé à soumettre les populations bobo, marka, bwa grâce à une puissante cavalerie. Son frère Bakary Ouattara échoua dans la conquête du pays lobi. Au XIX s le royaume s’affaiblit à causes des querelles intestines, des révoltes des populations soumises ,d’incessantes guerres contre le jeune royaume de Kénedougou fondé vers 1825 à Sikasso(Mali) par les Traoré, mais aussi contre la redoutable armée de Samory Touré.

II.3  Le royaume de Ouahabou.

C’est un petit royaume créé dans l’ouest du Burkina entre le Mogho et le Guiriko par un marabout musulman du nom de Mamadou Karantao venu de Djénné au Mali. Il s’implante à Boromo où il soumet les gourounsi et étend son territoire dans toute la boucle de l’ex Volta Noire. Vers 1850, il déplace sa capitale de Boromo à Ouahabou qui a donné son nom au royaume. En 1897 son fils Karamoko Moktar signe un traité d’alliance avec les français.

II.4 Les formations du Nord.

Au XVIII s, les peul Jelgoobé conquièrent le Lurum (territoire des Kurumba) et mettent en place trois chefferies rivales autour de Djibo, Baraboulé, Tougoumayel. Vers 1810, les peul Ferobé dans le cadre de la Jihad(guerre sainte) déclenché par Ousmane Dan Fodio dans le Nord du Nigeria , chassent les gulmantcheba de Koala et édifie l’émirat du Liptako avec pour premier émir Ibrahim Seydou.

Tags : , , , , , ,