INTRODUCTION

A la suite des différents âges de la pierre, l’humanité entre dans l’âge du fer. Il désigne à l’origine une période de la protohistoire caractérisée par l’usage de la métallurgie du fer. Les origines de son usage en Afrique sont à la base de débats contradictoires dans les milieux scientifiques.

I.            L’origine du travail du fer en Afrique

Deux théories sur l’origine du travail en Afrique sont développées. Ce sont le diffusionnisme et l’auto découverte.

  1. Le diffusionnisme

Selon des chercheurs occidentaux dont Raymond Mauny, le travail du fer a été découvert dans le Caucase en Asie mineure ou en Mésapotamie. De cette région le travail du fer s’est repandu dans le monde. Bertrand Gilles écrivait : « l’origine de la métallurgie du fer doit se situer entre 1700 et 1500 av. J.C probablement dans la région du Caucase chez les Chalypes d’un côté, les Hittites de l’autre côté. » A partir du Caucase, le travail du fer a atteint la Gréce vers 1200 av JC,  l’Inde vers 800, puis l’Afrique par la vallée de Méroé vers 600, le lac tchad vers 500, le nord du Nigéria vers 400, l’Afrique centrale vers 100 av JC.

  1. L’auto découverte

La thèse de l’auto découverte est soutenue par des chercheurs comme Henry Lothe, Cheick Anta Diop qui a découvert un morceau de fer entre 2 pierres de la pyramide de Khéops et daté de 2700 av JC. Il est donc plus ancien que celui découvert dans le Caucase. Pour le chercheur sénégalais, le fer est d’origine égyptienne, cependant le sous sol égyptien était pauvre en minerai de fer, celui-ci serait donc venu à ses voisins du Sud comme Méroé. On pense aussi qu’il ya eu plusieurs foyers indépendants les uns des autres ou mêmes de l’extérieur.

Des datations obtenues dans les années 1980, attestent que le travail du fer remonte à 2500 av J.C dans la localité d’Elgaro à l’ouest de Termit au Niger. Dans de nombreuses régions africaines on a découvert des objets en fer, des fourneaux encore garnis de scories et des creusets des tuyaux, à Nok (Nigeria), Termit, Rim (Nord du Burkina), Oliga (Cameroun), Mubuga (Burundi)…

II.            La production du fer

  1. L’obtention du minerai

Le minerai était obtenu dans certaines régions telles que le Nord du Cameroun par la séparation du minerai mêlés aux eaux sableuses des ruisseaux. Le minerai était obtenu un peu partout par excavation peu profonde d’environ un mètre de profondeur. Il était aussi obtenu dans des puits de forme et section variable avec ou sans galerie. Dans toute l’Afrique, les gravillons latéritiques ramassés sur le sol ont servi de matières premières.

  1. La réduction du fer

Le fer était obtenu généralement par deux technologies : la technologie dite de réduction directe et celle indirecte.

La technologie de réduction directe permet d’obtenir du fer utilisable en une seule opération. Les forgerons construisent des petits fourneaux alternativement chargés de charbon de bois et de minerai de fer. Aux alentours de 1200°c, le fer se sépare des impuretés évacués sous forme de scories. Le minerai récupéré est ensuite purifié par martelage à chaud et transformé en objet.

La technologie de réduction indirecte permet d’obtenir du fer en deux temps : les fondeurs produisent d’abord la fonte après liquéfaction totale du minerai dans des hauts fourneaux à partir de 1535°c. Débarrassée de son excès de carbone, elle est ensuite transformée en acier.

III.            Les conséquences de la maitrise du travail du fer

« L’avènement du fer en fait le roi des métaux industriel, fut pour l’Afrique une révolution aussi importante que la révolution néolithique ». Joseph Ki zerbo.

  1. Les conséquences politiques

La maitrise du travail du fer signifie puissance militaire et la possibilité de conquérir de nouveaux espaces sur les groupes les plus moins avancés. Elle est à l’origine d’Etats forts ; ainsi le Tékrour, état de la vallée du fleuve sénégal (III-XIII°s) a été fondé par une dynastie des forgerons : les Jaa-Ogo.

  1. Les conséquences sociales et économiques

Les sociétés africaines ont accordé des statuts privilégiés aux « hommes du fer ».Ils étaient les maitres de la religion traditionnelle et de la vie socio-économique. Dans les sociétés islamisées de la zone soudano-sahélienne, ils forment une caste. Dans les zones forestières, ils peuvent êtres considérés comme des êtres supérieurs exerçant un contrôle économique, politique, social et moral sur la société. Le forgeron était avec le griot celui qui pouvait dire ce que les autres ne peuvent exprimer. Il était le concepteur de l’arsenal militaire, les outils économiques, c’était un guérisseur et très souvent sa femme contrôlait la production de la céramique. Dans bien de communauté, le fer avait une si forte charge symbolique qu’il a été élevé au rang de divinité. Chez les yoruba du Nord du Nigéria, la forge est devenue le symbole de la royauté. Dans la région de yatenga au nord du Burkina Faso, l’ancêtre des forgerons, Bamogo, est considéré comme le sauveur de l’humanité : c’est lui qui fabriqué la lame servant à couper le cordon ombilical, la hache pour couper le bois, la pioche pour cultiver ou creuser la tombe.

Les outils en fer, ont triplé et parfois décuplé les possibilités de chasse et de culture pour exploiter de nouvelles zones plus activement. Les terres lourdes et parfois boisées de la forêt vont être désormais colonisées plus facilement.

CONCLUSION

Les africains ont-ils découvert eux-mêmes la technique du travail du fer ou l’ont-il emprunté à d’autres civilisations ? Au regard des datations, des objets découverts et des techniques utilisées, il est plausible que l’Afrique ait découvert seule le travail du fer. Les performances de l’outil ont non seulement rendu possible la conquête et la mise en valeur de grands espaces, mais aussi révolutionné les arts militaires et engendré de profonds bouleversements socio-économiques. Cependant l’exploitation du fer a eu un effet néfaste sur l’environnement.

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