Jan 15

La marche

529427-la-marche-des-beurs-a-30-ans-quelles-retombees-aujourd-huiAu début des années 80, la France  fait face à la montée des violences à caractère raciste. Cette triste période est marquée au fer rouge par une série assassinats d’immigrés maghrébins. C’est dans ce contexte qu’éclatent les affrontements entre jeunes et policiers en 1983 dans la Cité des Minguettes à Vénissieux. S’en suit un drame à Marseille dans le quartier de la Cayolle , où un enfant de 13 ans, fils d’immigré, est tué.

Quelques habitants de la Cité des Minguettes se joignent alors aux habitants de la Cayolle pour lancer la première Marche pour l’égalité et contre la racisme, aujourd’hui connue sous le nom de la Marche des Beurs. Le 15 octobre 1983, les marcheurs s’engagent pour un périple à travers la France : 1500 kilomètres jusqu’à Paris :  ils sont 17.  Au fil des kilomètres, ce maigre cortège est rejoint par des milliers de personnes qui les accompagnent le temps de la traversée d’un quartier, d’une ville ou au-delà. Le silence est rompu. Les immigrés, leurs souffrances sont enfin audibles. Une partie du pays les soutient se refusant à voir s’instaurer la haine de l’Autre dans l’hexagone.

Cette incroyable aventure humaine a fêté ses 30 ans cette année.

Il existe de nombreux documents et archives pour aborder ce sujet et les questions qu’il soulève en classe, en voici quelques-uns :

« Il y a quelques jours, je regardais un documentaire dans lequel était interviewé un jeune homme qui participait à la fameuse « marche des beurs » en 1983. Un de mes fils, qui a 18 ans, me fit remarquer que ce jeune homme s’exprimait extrêmement bien, clairement et connaissait parfaitement son sujet. Je lui répondis que dans ces années là, les jeunes des quartiers étaient politiquement « conscientisés », qu’ils étaient capables de s’organiser au delà d’émeutes tiers-mondistes, et qu’ils pensaient en conjuguant tous les verbes avec « nous ». Et pour moi, voilà le terrible changement auquel nos sociétés, principalement urbaines, doivent faire face : l’ultra-individualisme…

Et le 11 septembre 2001 a scellé le côté irréversible de ce changement, car le premier support culturel de notre pays qu’est la télévision a complètement basculé dans un flot d’informations tragiques et effrayantes, de publicités rassurantes et de téléréalité absurde. L’information se délecte de faits divers violents qui étaient cantonnés aux colonnes de la sixième page du journal local il y a 30 ans. Et tous les Français se disent, » mon Dieu, que ce pays est devenu violent ! ». Violent ? Des aînés me racontaient l’autre jour comment ils se battaient dans les années 60, à 400 gars contre 400 bougres, ou à l’époque des « blousons noirs », comment le public s’affrontait à coup de chaises et de barres de fer pendant un concert de… Johnny ! Cela renvoie le grand méchant « gangster rap » français, si souvent décrié, dans la catégorie « musique pour enfants », si ça se passait aujourd’hui, ces « bastons » feraient la une du JT de 20 heures, et pour peu que les protagonistes soient des « caïds de cité – noirs – arabo – musulmans – armés jusqu’aux dents », on en aurait pour 6 mois…

Effectivement, les gamins des quartiers n’ont majoritairement plus aucune conscience sociale, ni politique. Ils veulent ressembler à « monsieur tout le monde », mais version riche. Car les formidables émissions télé qu’ils affectionnent leur rabâchent que l’apparence est primordiale, la forme l’emporte sur le fond. Du coup, ils veulent la femme avec la parfaite plastique, l’appart, la grosse voiture, les vêtements chers, et si possible: la rolex… Et si certains d’entre eux sont délinquants pour pouvoir accéder à leur idéal, ce ne sont pas des « robin des bois », ce sont des délinquants ultra-libéraux.

Ah… pour s’intégrer, ils se sont bien intégrés! Puis, lorsqu’ils s’aperçoivent que le modèle libéral ne fonctionne pas pour tous, ils partent en quête d’un idéal des origines, qu’ils ne connaissent pas pour la plupart, et le trouvent dans la voie des interprétations extrêmes car c’est la seule qui les valorise à leurs yeux, c’est la désintégration.

Dans tous ces changements de cap, les maître-mots sont « s’en sortir ». Seul. Les réseaux sociaux sont là pour l’attester, tout comme les forums, les commentaires correspondent souvent à un gonflement de l’ego. Un quotidien coincé entre clics, buzz, tweets et vues…

D’un autre côté, chez certaines personnes qui vivent un rêve gauchiste en habitant dans le 19ème à Paris ou au Panier à Marseille, qui vont aux « sardinades » comme les prolos, et qui nous distillent à nous les gens du Hip-Hop, des leçons de comportement à longueur de temps, on ne fait aucun effort pour cerner cette jeunesse. Puis vient la tarte, bien lourde, un dimanche, en rentrant chez soi, et on se fait voler son portable dans la foulée, les dangers du 19ème n’est-ce pas ? Ils étaient de gauche… jusqu’à l’agression.

Pour finir, dans cette France « profonde » ou on se jalouse, ou on vole la veste du petit camarade de son fils sur le portant de l’école maternelle tout en pestant contre les immigrés, ou on se délecte de voir des « stars » déchues de la télévision s’exploser dans une piscine en sautant de quinze mètres, on est convaincu que le pays sombre dans la violence. Oui, toute cette violence exhibée dans les médias est un formidable outil promotionnel, elle engendre la peur et la peur engendre la division, le désir de sur-consommation et la désignation de « l’autre » comme coupable d’une hypothétique situation critique. On s’isole, on essaie de « faire son trou » et les nouvelles valeurs télé-réalité-esques nous disent qu’on peut tricher, dénoncer, critiquer, faire des sale coups : c’est cool ! C’est le jeu ! Chacun sa mère comme on disait quand on était minots ! En bout de chaîne, les hommes et femmes politiques se sont adaptés à ce système, ils « squattent » les antennes radio, télé à tel point qu’on a le sentiment que c’est cela leur boulot finalement. Non, leur boulot c’est d’exécuter les tâches qu’ils ont promis d’accomplir quand ils ont été élus, à moins qu’ils ne travaillent depuis un bureau à BFM, i>Télé ou RTL… Auto-promo permanente… Il faut savoir se placer.

Dans tout ce chaos, je ne sais même pas ou me situer, je ne dis pas que je suis meilleur, je tombe certainement dans un de ces cas de figure parfois. Mais j’essaie de lutter contre, de penser au pluriel, éduquer mes enfants correctement, exprimer mon amour aux miens quotidiennement et faire des choses qui me semblent bien autour de moi constitue un premier pas. J’espère en tout cas, que notre beau pays dans les espoirs, les luttes et les épreuves qui l’attendent, conjuguera son futur avec « nous »… »

Akhenaton du groupe IAM
Source : Le Huffington Post, 18/02/2013

 

 

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