Séjour SIG Cilaos juin 2010
Dimanche 13 juin 2010


Belle classe, superbes souvenirs pédagogiques
Hello Chicago !
Est-ce qu’il y a quelqu’un qui doute encore qu’aux Etats-Unis, tout est possible ? Qui se demande encore sir le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant maintenant ? Qui remet en question la puissance de notre démocratie ? Ce soir, c’est votre réponse. C’est la réponse que l’on lit dans les écoles et dans les églises. Mes amis ont attendu pendant des heures, pour la première fois. Parce qu’ils croyaient pour la première fois que leur voix pourrait être entendue et faire la différence. Ces voix issues de tous les horizons : vieux, jeunes, noirs, blancs, hispaniques, asiatiques, hétérosexuels, homosexuels, handicapés, non handicapés… Bref, des américains qui donnent un message au monde. Nous n’avons jamais été une série d’individus avec une série d’Etats rouges ou bleus…. Nous sommes les Etats-Unis d’Amérique ! C’est la réponse qui a inspiré. Il y a eu tant de septiques, de gens qui doutaient. Eh bien, avec cette réponse, on peut rendre hommage à l’Histoire et avoir l’espoir d’un jour meilleur. Ca fait longtemps qu’on attend, mais ce soir, parce que nous avons fait ce que nous avons fait au cours de cette élection, hé bien le changement nous est arrivé aux Etats-Unis…..
Nous avons de grands défis devant nous : deux guerres, une planète en péril, une crise financière, la pire du siècle, et nous savons qu’actuellement il y a de jeunes américains courageux qui sont en Afghanistan et en Irak et qui risquent leur vie pour nous. Leurs parents qui n’arrivent pas à dormir la nuit parce qu’ils ne savent pas comment ils vont pouvoir payer leur maison ou l’éducation de leurs enfants. Il va falloir construire de nouvelles écoles, créer de nouveaux emplois, de nouvelles alliances à reconstituer. Notre route sera longue à parcourir et difficile. Cela ne se fera peut-être pas en un an ou en un mandat. Mais je n’ai jamais perdu espoir. Nous y arriverons. Je vous le promets ! En tant que nation, nous y arrivons.
« Yes we can ! yes we can! Yes we can” (scande la foule)
Commémoration du souvenir de Guy Môquet au lycée Ambroise Vollard de St Pierre
Témoignages du mardi 30 octobre 2007 (page 2 & 3)
Philippe Merleau, professeur d’histoire au lycée Ambroise Vollard a voulu donner un autre sens à cette journée de commémoration. Il souhaitait proposer aux élèves « une réelle leçon d’histoire, et non une creuse lecture de la lettre de Guy Môquet ». C’est en ce sens, que Roland Leroy, résistant à l’époque, a été invité afin de remettre cette lettre dans son contexte, de donner un aspect pédagogique à cette commémoration. Environ 150 élèves sont venus l’écouter se souvenir de son enfance, de son adolescence au cœur de la résistance.
LA lecture de la lettre de Guy Môquet a suscité des polémiques au sein du corps enseignant particulièrement. Philippe Merleau ne voulait pas d’une simple lecture sans suite. Il a donc décidé d’inviter Roland Leroy, résistant communiste et non moins historique qui a participé, comme beaucoup de jeunes communistes à l’époque, à la libération de la France.
Âgé de 17 ans à l’époque, il est entré très jeune dans la résistance, a adhéré à la Jeunesse Communiste Clandestine, a été responsable interrégional et a participé à la libération de Rouen.
« Monsieur Leroy est donc à mon avis le mieux placé pour expliquer à de jeunes adolescents de 17 ans le sens de l’engagement et de la résistance », a indiqué Philippe Merleau.
Selon ce dernier, il s’agit d’une réelle opportunité pour ces élèves de pouvoir rencontrer, de visu, un résistant, car il n’en reste malheureusement plus beaucoup et notamment sur l’île.
« Il était important de remettre cette lettre dans son contexte » et la rencontre avec Roland Leroy entrait dans un cadre tout à fait pédagogique.
« Pour préparer cette rencontre, nous avons consacré 3 heures de cours à travailler sur le thème de la résistance, pour que les élèves puissent mieux comprendre ce qu’ils allaient entendre et aussi avoir un esprit critique par rapport au discours de Monsieur Leroy ».
« Donnez un sens à votre vie »
Invité par plusieurs établissements scolaires, c’est au lycée Ambroise Vollard que Roland Leroy, âgé aujourd’hui de 81 ans, a choisi de s’arrêter un instant pour parler du sens de la résistance et du combat des jeunes résistants et particulièrement de Guy Môquet. Ce travail de transmission de la mémoire et du souvenir est pour lui important.
Après la lecture de la lettre de Guy Môquet par Morgane, élève de terminale au lycée Ambroise Vollard, Roland Leroy raconte donc ce qui s’était passé ce jour-là, ce fameux 22 octobre 1941. (Cf Encadré : article de Roland Leroy)
Mais il souligne au passage que les 27 fusillés de Châteaubriant ont tous laissé des lettres, « de même résonance » à leurs proches. Il lut aux élèves une lettre du seul viet namien fusillé ce jour-là. « Il y a la lettre de Guy Môquet mais pas seulement la sienne, les 27 résistants étaient tous fiers de mourir pour leur pays et faisaient preuve de courage et dignité ».
Guy Môquet était donc un jeune militant communiste actif, résistant aux troupes hitlériennes et distribuait donc des tracts contre les politiques d’Hitler et de Vichy. Il fut arrêté et traduit devant un tribunal français et faute de preuve, il fut acquitté. Sa mère avait pris soin de jeter tous les tracts. Mais à sa sortie du tribunal, il fut livré à la police allemande et a été conduit à Châteaubriant.
Alors, bien entendu, après son allocution, les élèves ont pu poser leurs questions, « très intéressantes, pertinentes et sensibles », selon Roland Leroy.
La condition des femmes a été évoquée, « les impacts de la résistance sur une vie d’homme et sur la sienne en particulier ? Comment s’est passée la libération ? etc. »
Roland Leroy s’est efforcé d’être le plus précis possible et a retenu plusieurs enseignants de son expérience et qu’il a transmis aux jeunes. « Il faut apprendre à ne jamais renoncer lorsque l’on est certain et convaincu. Le patriotisme et l’internationalisme peuvent se conjuguer ; en effet, on peut aimer son pays et respecter les autres peuples ». Il a également souligné l’importance de la jeunesse dans les combats ; lors de la seconde guerre mondiale, le rôle et l’engagement des jeunes ont été décisifs. Et surtout, « ouvrir les yeux sur la réalité, donner un sens à votre vie, c’est une grande leçon à retenir ».
« L’avenir est fait de notre engagement d’aujourd’hui », a conclu Roland Leroy. Car, sans nul doute, le combat continue, la résistance continue et ce, au-delà des appartenances politiques. « Aujourd’hui, la résistance prend une autre forme, mais elle n’est pas terminée ; cet esprit de résistance est, à mon avis, apolitique », a souligné Philippe Merleau.
Sophie Périabe
Réactions des élèves
• Léa
« Je trouve que c’est une très bonne initiative car il est vrai que lire simplement la lettre est un peu inutile si on ne comprend pas tout le sens de la résistance. Et qui est mieux placé qu’un ancien résistant pour nous le comprendre. Je remercie Monsieur Leroy pour nous avoir fait partager ses souvenirs ».
• Frédéric
« Le fait de savoir ce qui s’est passé nous permet de nous remettre en cause, nous, jeunes de 17 ans. Est-ce qu’on aurait été capable de résister ? Moi, je ne sais pas. C’est important de rendre hommage à tous ceux qui ont eu le courage et la force de résister, au prix de leur vie ».
• Mélissa
« Roland Leroy est un personnage historique et emblématique de la jeunesse résistante française et il est important, je pense, de se souvenir du passé, parfois noir. Lire la lettre de Guy Môquet, c’est bien mais il est nécessaire également de comprendre le sens de l’engagement et de la résistance ».
• Jérôme
« Je pense qu’il est important de commémorer, de se souvenir, mais est-ce nécessaire de lire cette lettre en classe tous les ans. Je trouve qu’on parle déjà assez suffisamment en classe de la résistance et de la lutte contre le régime de Vichy et Hitler, etc. alors pourquoi en faire une journée si particulière en classe ? »
• Vincent
« C’était intéressant et je suis content que Monsieur Leroy soit intervenu, cela a donné une note plus vivante à cette lecture de la lettre de Guy Môquet. Cette lettre, en elle-même, est une lettre comme beaucoup d’autres résistants ont écrit à leurs parents. Pourquoi parle t-on seulement de la lettre de Guy Môquet ? »
Propos recueillis par Sophie Périabe
L’engagement de leur jeunesse
À l’aube de ce matin d’octobre 1940, aussitôt après la levée du couvre-feu, un de mes jeunes cousins arriva chez nous pour nous annoncer que son père et un autre cousin venaient d’être arrêtés par la gendarmerie française. L’un mourut plus tard au camp hitlérien de Sachsenhausen, l’autre fut fusillé à Compiègne. Ils étaient victimes de la “rafle Pucheu” (du nom du sinistre ministre de l’Intérieur de Pétain).
Je fis aussitôt à pied, comme lui mais en sens inverse, les quelques kilomètres qui nous séparaient du centre de la ville d’Elbeuf pour prévenir un de mes frères. Chez lui, je trouve la porte ouverte, le lit défait. Je crus un instant qu’il avait été arrêté lui aussi. Mais il venait d’accompagner son épouse à la maternité ! Ainsi, mon neveu, plus tard militant syndicaliste de l’usine Renault de Sandouville, est donc né le jour de la mort de Guy Môquet.
C’est dans la journée que la radio annonça l’exécution des “otages” de Châteaubriant. Très vite, il apparut que le but de cette féroce répression était loin d’être atteint. Au lieu de tarir toute action, les arrestations et les exécutions galvanisèrent l’élan de résistance, éclairèrent aux yeux d’un grand nombre le sens de l’affrontement, balayèrent généralement les effets du trouble réel qu’avait provoqué le traité germano-soviétique. Les coups étaient portés aux forces les plus déterminées, à celles qui avaient fait quelques années plus tôt la victoire du Front populaire.
Mon père était ouvrier cheminot, d’esprit révolutionnaire teinté d’anarcho-syndicalisme comme l’étaient beaucoup d’ouvriers de Haute-Normandie. Les années de mon enfance et de mon adolescence étaient celles de la crise et du chômage qui frappait l’industrie textile, de la guerre d’Espagne qui nous avait fait accueillir en notre famille deux enfants de républicains, Conchita et Gregorito, des années de Munich et du prolongement deux fois répété du service militaire de mon frère aîné, plus tard prisonnier en Allemagne. Mon enfance et mon adolescence, c’est aussi les grandes grèves et manifestations ouvrières de 1936, l’élan du Front populaire, les congés payés et les auberges de jeunesse, la grève du 30 novembre 1938 où je vis les larmes de mon père déchiré par la répression policière. C’est aussi les voyages à Paris, grâce aux facilités de transport de mon père, l’exposition de 1937 avec ses deux pavillons, soviétique et hitlérien en face-à-face, les grandes manifestations avec les drapeaux rouges et tricolores pour la première fois mêlés et les âpres discussions qui s’ensuivaient dans la famille.
En lisant le livre de Michel Etievent, je viens d’apprendre que Guy Môquet, comme moi, lisait et diffusait à l’école “Mon camarade”, le journal pour enfants, en quelque sorte précurseur de Vaillant. C’est donc d’un mouvement naturel que, en même temps que j’entrais à la SNCF après un concours, je rejoignais les rangs de la Jeunesse communiste dans cette région urbaine dont la situation géographique faisait qu’elle était une zone de dense occupation hitlérienne et d’activité policière intense ; par conséquent où la répression creusait les rangs, ce qui me fit accéder rapidement – peut-être trop rapidement – à des responsabilités importantes.
Ceux qui, aujourd’hui, sur un ton de mépris, contestent le sens profond et conscient de l’engagement de Guy Môquet, négligent ces données essentielles pour comprendre le comportement d’une génération. Les mêmes valeurs ont toujours surgi dans la jeunesse, dans les grandes périodes de notre histoire. Le Gavroche de Victor Hugo n’est pas seulement le personnage type du “titi” parisien. Sa lucidité, son courage, même s’il voisine parfois avec l’imprudence inconsciente, sont celles de Jeanne d’Arc, de Bara, de Viala, de Guy Môquet, de tous ceux qui, adolescents en période de bouleversements sociaux et nationaux, s’engagent totalement dans un combat pour eux vital, essentiel. Comment ne pas comprendre que, dans de telles périodes, la jeunesse ne peut prendre son sens que dans son action transformatrice.
J’ai entendu récemment un de ces grincheux qui, au nom de la lutte politique nécessaire contre le pouvoir de Sarkozy, refusent d’évoquer Guy Môquet, dire : « Mais dans sa lettre, il n’y a rien de politique. » Quelle curieuse idée appauvrissante de la politique que de refuser de considérer dans toute sa signification cette phrase courte mais riche de tout son poids : « Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. »
Un article de Roland Leroy, publié le 22 octobre 2007 dans “l’Humanité”
Ou comment le génie de Boris Vian (paroles) associé au musicien et interprète extraordinaire Henri Salvador, donne un chef d'oeuvre de la chanson française. Reprise à contre-pied de tous les stéréotypes de la chanson coloniale et monument d'humour au second degré au service de la cause anticoloniale. Magnifique! (la chanson date de 1958)
Faut rigoler
Faut rigoler
Avant qu'le ciel nous tomb' sur la tête
Faut rigoler
Faut rigoler
Pour empêcher le ciel de tomber
Nos ancêtres les Gaulois
Cheveux blonds et têtes de bois
Longues moustaches et gros dadas
Ne connaissaient que ce refrain-là
Nos ancêtres les Gaulois
Habitaient des huttes en bois
Et le druides trois par trois
Sous le gui chantaient à pleine voix
Nos ancêtres les Gaulois
Prirent la pile à Alésia
Les barbares étaient là
Mais tant pis pour Jules dirent les Gaulois
Nos ancêtres les Gaulois
Inventèrent le tabac
Et c’est grâce à ce truc-là
Qu’ils s’fendaient la pipe à tour de bras
Nos ancêtres les Gaulois
Eurent tort d’être grand-papas
C’est leur faute si on est là
Et si on fait le mambo des Gaulois
Gaston Ouvrard pas bien portant 1932
Depuis que je suis sur la terre [militaire],
C’n'est pas rigolo. Entre nous,
Je suis d’une santé précaire,
Et je m’fais un mauvais sang fou,
J’ai beau vouloir me remonter
Je souffre de tous les côtés.
J’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
J’ai le ventre
Qui se rentre
J’ai l’pylore
Qui s’colore
J’ai l’gésier [gosier]
Anémié
L’estomac
Bien trop bas
Et les côtes
Bien trop hautes
J’ai les hanches
Qui s’démanchent
L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent
J’ai les reins
Bien trop fins
Les boyaux
Bien trop gros
J’ai l’sternum
Qui s’dégomme
Et l’sacrum
C’est tout comme
J’ai l’nombril
Tout en vrille
Et l’coccyx
Qui s’dévisse
Ah ! bon Dieu ! qu’c'est embêtant
D’être toujours patraque,
Ah ! bon Dieu ! qu’c'est embêtant
Je n’suis pas bien portant.
Pour tâcher d’guérir au plus vite,
Un matin tout dernièrement
Je suis allé à la visite [rendre visite]
Voir le major du régiment.
[A un méd'cin très épatant.]
D’où souffrez-vous ? qu’il m’a demandé.
C’est bien simpl’ que j’y ai répliqué.
J’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
Et puis j’ai
Ajouté
Voyez-vous
C’n'est pas tout
J’ai les g’noux
Qui sont mous
J’ai l’fémur
Qu’est trop dur
J’ai les cuisses
Qui s’raidissent
Les guiboles
Qui flageolent
J’ai les ch’villes
Qui s’tortillent
Les rotules
Qui ondulent
Les tibias
Raplapla
Les mollets
Trop épais
Les orteils
Pas pareils
J’ai le cœur
En largeur
Les poumons
Tout en long
L’occiput
Qui chahute
J’ai les coudes
Qui s’dessoudent
J’ai les seins
Sous l’bassin
Et l’bassin
Qu’est pas sain
{Refrain}
Avec un’ charmant’ demoiselle
Je devais m’marier par amour.
Mais un soir comm’ j’étais près d’elle,
En train de lui faire la cour,
Me voyant troublé, ell’ me dit :
- Qu’avez vous ? moi j’lui répondis :
J’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
J’ai le ventre
Qui se rentre
J’ai l’pylore
Qui s’colore
J’ai l’gésier [gosier]
Anémié
L’estomac
Bien trop bas
Et les côtes
Bien trop hautes
J’ai les hanches
Qui s’démanchent
L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent
J’ai les reins
Bien trop fins
Les boyaux
Bien trop gros
J’ai l’sternum
Qui s’dégomme
Et l’sacrum
C’est tout comme
J’ai l’nombril
Tout en vrille
Et l’coccyx
Qui s’dévisse
Et puis j’ai
Ajouté
Voyez-vous
C’n'est pas tout
J’ai les g’noux
Qui sont mous
J’ai l’fémur
Qu’est trop dur
J’ai les cuisses
Qui s’raidissent
Les guiboles
Qui flageolent
J’ai les ch’villes
Qui s’tortillent
Les rotules
Qui ondulent
Les tibias
Raplapla
Les mollets
Trop épais
Les orteils
Pas pareils
J’ai le cœur
En largeur
Les poumons
Tout en long
L’occiput
Qui chahute
J’ai les coudes
Qui s’dessoudent
J’ai les seins
Sous l’bassin
Et l’bassin
Qu’est pas sain
En plus d’ça
J’vous l’cach’ pas
J’ai aussi
Quel souci !
La luette
Trop fluette
L’oesophage
Qui surnage
Les gencives
Qui dérivent
J’ai l’palais
Qu’est pas laid
Mais les dents
C’est navrant
J’ai les p’tites
Qui s’irritent
Et les grosses
Qui s’déchaussent
Les canines
S’ratatinent
Les molaires
S’font la paire
Dans les yeux
C’est pas mieux
J’ai le droit
Qu’est pas droit
Et le gauche
Qu’est bien moche
J’ai les cils
Qui s’défilent
Les sourcils
Qui s’épilent
J’ai l’menton
Qu’est trop long
Les artères
Trop pépères
J’ai le nez
Tout bouché
L’trou du cou
Qui s’découd
Et du coup
Voyez-vous
J’suis gêné
Pour parler
C’est vexant
Car maint’nant
J’suis forcé
D’m'arrêter.
Tiré de “Casque d’or” Film de Jacques Becker (1951).
La communauté noire issue de l’esclavage représente une part importante de la société argentine au XVIIIème siècle. Les musiques et les danses de cette communauté noire constitueront l’un des piliers fondamentaux du tango.
Le terme de Tango est d’origine africaine.
Avant la fin du XIXe siècle, le tango ne renvoie pas encore à une forme musicale ou dansée définie, mais à des musiques et des danses très diverses, plus au moins ritualisées, pratiquées par les populations d’origine noire.
Au tournant du siècle, les danses de salon venues d’Europe, mazurkas, scottishs, valses… subissent l’influence du métissage. Les Danses de Blancs, les danses de Noirs, s’influencent et s’imitent mutuellement.
Les anciens esclaves empruntent de leurs anciens maîtres les danses de couples que la tradition africaine ignore. Les danses de salons européennes se déforment à leur contact car les Noirs les investissent d’éléments culturels qui sont étrangers à ces danses.
Au début du XXe siècle, de nombreux jeunes hommes de bonne famille aimant à s’encanailler et à séduire facilement, vont découvrir le tango. Il leur est cependant impossible de danser cette danse, immorale aux yeux de leur classe, avec les jeunes filles de leur milieu. C’est donc à Paris, lors de leurs voyages initiatiques de jeunes bourgeois, qu’ils initieront la société parisienne, cosmopolite et à l’affût de toutes les nouveautés pour s’égayer, à cette danse des bouges et des tripots. Très vite, le tango va être adopté par la capitale française. Choyé, il acquerra ainsi ses lettres de « bourgeoisie». C’est grâce à cette aura européenne que le tango se diffusera dans la bonne société argentine et uruguayenne, en retournant ainsi sur ses terres natales.